‹ Jésus-Christ pendant son ministèreChapitre 35 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jésus ef les Migaqdles

Le plus ancien souvenir que Jésus ait laissé de son ministère est celui-ci : « Jésus de Naza- « reth oint par Dieu d’Esprit saint et de puis- « sance, allait de lieu en lieu en faisant le bien « et en guérissant tous ceux qui étaient au « pouvoir du Diable, parce que Dieu était avec « lui (1) ». Ce témoignage est d’une indiscu-

(1) Actes 10 : 38. Voir aussi Matth. 4 : 23.

table authenticité; il ne nous aurait pas été conservé, les Evangiles ne nous raconteraient pas une seule cure opérée par Jésus, que nous devrions en supposer, car il était Rabbi et, en qualité de Rabbi, il devait exercer les fonctions de médecin. Tout Rabbi était médecin; il n’y avait point d’autres médecins que les Rabbis et, d'une manière générale, les hommes considérés pour leur piété, à quelque parti religieux qu'ils appartinssent. |

Guérir les malades était, par exemple, une des principales fonctions des Esséniens. Les Pharisiens aussi chassaient les démons (1) et, ici encore, Jésus, en même temps qu'il agissait comme Rabbi, s’est conduit à la mode essénienne et à la mode pharisienne.

La médecine, d’ailleurs, était livrée à l’inspiration individuelle, et ce n’était pas l'instruction qui apprenait à guérir, c'était la piété. Ce qui n’empêchait pas, si peu avancée que fût la médecine au premier siècle, en Palestine, qu’il ne se fit de temps en temps des guérisons obtenues par les remèdes que les Rabbis indiquaient.

(1) Matth.*i2% 27" Eucsrs "70e

Mais ils guérissaient surtout par des pratiques religieuses, car la maladie était toujours considérée, soit comme la punition d’un péché (1), soit comme le fait d’un démon (2). Voilà pourquoi c'était le Rabbi, homme pieux, adonné aux méditations religieuses et redouté des démons, qui était capable de guérir. Les Essé- niens et les Pharisiens, avons-nous dit, s’occu- | paient beaucoup d’expulser les démons, et il leur arrivait de réussir. Jésus a reconnu queles Pharisiens en chassaient (3).

Toutes les maladies, et non pas seulement les | possessions, ‘étant attribuées à des causes morales, on n'en cherchait pas la cause phy- | sique. Sans doute, on se servait de quelques plantes médicinales, mais fort peu; car le mal dont on était atteint avait, avant tout, une origine satanique. Sa guérison ne pouvait donc être qu'un acte moral et une victoire morale. Aussi, plus le médecin était pieux, plus il était habile à guérir.

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(3) -Matth:-12 : 27.

On comprend, par suite, l'immense réputation que s’acquit Jésus dans les villages de Galilée. Il. passait pour un médecin remarquable, précisé-" sément parce qu'il s’occupait du salut des âmes, et que les deux guérisons, celle de l’âme et celle du corps ne se séparaient pas. Jésus était surtout considéré comme un exorciste très puissant et très redoutable (1).

Quiconque est un peu au courant de l’histoire de la médecine à travers les âges, ne sera point surpris du rapport étroit qu'elle avait avec la … 1 religion au premier siècle en Palestine. Ce rap- 4 port, à vrai dire, avait toujours existé, et chez tous les peuples. Aucune science ne s’est déve= loppée plus lentement que la médecine.

En Grèce, paruneexception unique, ses progrès … avaient été extrêmement remarquables. Hippocrate, près de 500 ans avant Jésus-Christ, avait ‘Ft créé la médecine scientifique, fondée sur l’expé- “rience et l'observation des faits; mais ces pro= w (1). Marc 5%: 12//r5, 47,033) 30200080) MODES

Matth. 8: 27et 340: 8, 14:27 PyN LD CIN EI D LUC'4 18,5 2 17,18 205 35200 Us

grès, dus au génie d’un seul homme, étaient restés isolés. Les méthodes d’Hippocrate, son nom même, étaient ignorés en Judée. Hors de Grèce, le médecin devait rester pendant des siècles ce qu'il était à l’origine de l'humanité, un personnage s’entourant de mystère, se mettant en relation avec la Divinité, attirant les esprits favorables et éloignant les esprits mauvais et, en Palestine, cette manière de voir étaitcouranteautemps … deJésus-Christ. Faut-ils’étonnerqueles maladies . fussent toujours attribuées à des esprits malfai- “ sants,quand denos jours bien des paysans croient

encore à la réalité des possessions ? Les sorciers « d'aujourd'hui ne sont-ils pas proches parents des guérisseurs d'autrefois ? et les magiciens des M tribus nègres de l'Afrique ne sont-ils pas les

» fils authentiques des médecins de l'antiquité P

- Hi: La chirurgie a été dans une situation toute « différente; comme il n’y a rien de mysté- Ë -rieux dans une jambe cassée, et que la cause du | mal est connue, le chirurgien était un person- L nage beaucoup moins considéré que le médecin. "Il en fut longtemps ainsi; on le classaitencore en

France au xvirt siècle, parmi les barbiers et les

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coiffeurs, et, au temps de Louis XIV, lechirurgien n'opérait que sous la surveillance et les ordres du médecin. Lui était un être supérieur, qui regardait le malade, mais ne s’abaissait pas jusqu'à le toucher. Il avait des allures mystérieuses, et aimait à se donner quelque chose de surnaturel. | La mode qui survit encore, en certains-pays, d'écrire les ordonnancesen latin, estun reste de

ces temps où le médecin en imposait au client.

par des mots incompréhensibles et des expressions obscures et savantes.

Jésus, assurément, n’a jamais pris de telles

attitudes ; mais il doit être placé ici, commeen «

toutes choses, dans le milieu où il a vécu. Il est incontestable qu'il a guéri les malades en qualité de Rabbi. Pour lui, prédications et guéri-

sons sont sur la mème ligne (1). I est le méde-

cin qui donne la santé à l’âme, soit en l’atteignant directement par sa parole, soit en guérissant le corps qu'elle habite, car la maladie

(HPMATUL ONE 19

JÉSUS ET LES MIRACLES 133 vient de Satan ; elle est une possession et, que Jésus prêche ou qu'il guérisse, son but, dans les Héux cas. est lé même: cest l'âme qu'il. veut atteindre, et Satan qu'il combat.

On a dit que Jésus, en guérissant les malades, et en s’occupant d'eux, accomplissait son œuvre messianique. Nous ne le pensons pas. En exerçant la médecine, il agissait simplement en

- Rabbi,et nullement en Messie. S'il avait agi en

Messie. il aurait attiré l'attention sur ses guéri- 5 =)

sons ; il en aurait mis en lumière le côté merveilleux, miraculeux et y aurait trouvé une preuve de sa messianité, ce qu'il n’a jamais fait. Renan a commis sur ce point une erreur qui étonne, de la

part d’un homme aussi versé que lui dans le Judaïsme palestinien du premier siècle. Il dit . que Jésus, en qualité de Messie, a dû se laisser . attribuer des miracles, parce que le Messie devait en faire. Prenant le rôle, il devait en subir les

parties qu'il désapprouvait. Il lui répugnait, sans doute, de paraître faire des miracles qu'il ne faisait pas, mais il dut s’y résigner. L'erreur est étrange, car Jésus n’a jamais faitle thaumaturge,

et Renan n’en donne aucune preuve. Il aurait M dû, si l’assertion de Renan était exacte, dire”

après avoir fait un miracle : Voyez ce prodige,

il est la preuve que je suis le Messie. Or, Jésusa «

tout simplement fait des miracies comme Rabbi;

il a guéri les malades parce qu'il étaittouché de « compassion envers eux, et la preuveirréfragable M de l'erreur de Renan, c’est que Jésus défend

aux malades de divulguer leur guérison miraculeuse. Il ne comptait donc pas sur l'effet pro-

duit par le prodige qu’il venait d'accomplir pour »

se faire accepter comme Messie. Tout Rabbi, encore une fois, était médecin, et la compassion

de Jésus, son immense compassion pour les

hommes, le portait à soulager leurs misères morales et physiques. Voilà tout le secret de ses guérisons.

Jésus cache donc ses miracles ; il les laisse

entièrement de côté, en tant qu'œuvres messianiques ; 1l les fait en secret, et défend d’en par-

ler (1). Un jour, un démon le reconnaît malgré

(1) Matth. 8: 4: 0: 30, 315: 12: 16 et suiv. Marc 1228

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