‹ Jésus-Christ pendant son ministèreChapitre 36 sur 53 · LES · texte numérisé non relu

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lui, il défend alors à ce démon de parler de sa messianité ; car ce démon y croyaitet la savait réelle, parce que le démon, esprit supérieur à l'esprit de l’homme, sait, devine, comprend des

choses qui restent inconnues de l’homme (1).

Il y a plus : quand Jésus guérissait un malade, il tenait à montrer que la guérison morale était

‘beaucoup plus importante à ses yeux que la gué-

rison physique. Il tenait à dire au malade :

« Tes péchés te sont pardonnés. » Le pardon, telle était la vraie guérison; celle du corps n’en était que le symbole.

Ce fait se montre avec une grande évidence dans lesguérisons de démoniaques. C'était là surtout que le retour à la santé apparaissait clairementcomme une victoireremportée sur le péché, c'est-à-dire sur le monde des ténèbres et sur les mauvais Esprits qui y règnent.

La croyance aux démons était très générale dans l'antiquité. Les Grecs et les Romains, comme les Juifs, étaient persuadés que de mau- :

MNT 240343: LUC 4:41

vais Esprits s'emparaient du corps de certaines personnes. Nous avons dit que toutes les maladies étaient attribuées aux démons par les Juifs, mais il yen avait qui étaient plus évidemment leur œuvre ; celles, surtout, où le patient ne semble plus s’appartenir (troubles hystériques, maladies nerveuses, folie), ou celles où la cause du mal ne se voit pas (mutisme, surdité). Ces affections passaient pour des cas indéniables de possession. D’autres, la lèpre par exemple, étaient moins évidemment des maladies d’origine satanique; cependant, elles venaient du monde des ténèbres comme les autres.

Etudions maintenant, en détail, les procédésde guérison employés par Jésus. Le premier fait qui frappe, c'est que Jésus agit bien en médecin. I] lui arrive de poser des questions commeun médecin quitient à s’éclairer sur la gravité du cas : « Combien y a-t-il de temss que cela lui arrive P (1). » Il demande à un aveugle dont il a commencé la guérison : « Vois-tu quelque chose? (2). »

(x) Marco : 21e (2) Marc 8:23; voir aussi 5:19,

C’est le médecin qui s'informe et veut se rendre compte. Ce jour-là il guérit lentement et en plusieurs fois. [l commande de donner à manger à la fille de Jaïrus (1) ; c'est une prescription médicale. Il fait de la boue avec sa salive De ordonne au malade d’aller se laver à un certain réservoir qu'il indique, pour achever le bien commencé (3). Une fois, pour guérir un sourdmuet, 1l met ses doigts dans ses oreilles, il tou-

che sa langue avec dela salive, il pousse un pro-

-fond soupir, 1l prononce le mot : Ouvre-toi (4). [ci encore la guérison est lente, difficile, on se demande presque si elle se produira à la fin. Ces guérisons difficiles se présentent de temps à autre. Il y avait une sorte de démon particulièrement malfaisant et tenace, qui ne se décidait à sortir qu'après que l’exorciste avait prié et jeüné (5). Aussi Jésus qui, le plus souvent,

(1) Marc 5 : 43.

mean 060; Marc:$:::23:

(3) Jean 9 : 6.

(4: Marci7/:733 et. Suiv.

(5) Matth. 17 : 21; Marc 9: 29. Il est possible que la mention du jeûne soit inauthentique.

138 JÉSUS-CHRIST PENDANT SON MINISTÈRE se fait solliciter pour accomplir un miracle (r), ne guérit parfois qu’à la suite d’un effort, d'une véritable fatigue morale. Il lui arrive de fuir, malgré sa grande compassion, les malades qui . lF'implorent, qui le supplient, et de s’en aller prier dans la solitude.

La réussite, d’ailleurs, n’est pas certaine. Elle dépend d’une condition essentielle, que le ma-. lade ait la foi,et même quelepeuplel’aitaussi (2). Quand il n’y a de foi ni chez le malade, ni chez ceux qui l'entourent, Jésus ne guérit pas; il ne peut pas guérir (3). Il n'ya pas seulement refus de sa part, refus d’un acte qu'il pourrait accomplir s’il voulait; non, il y a impossibilité. Et l'inverse est vrai. Quand la foule est pleine d’enthousiasme et de foi, Jésus guérit beaucoup, même à distance et sans que le malade soit présent.

La présence de Jésus suffisait; elle entre-

(1) Matth. 12 : 30; 16 : 45 17 : 16; Marc8 : 22 et suiv. Dr EUC 0:46

(2) « Voyant leur foi », Matth. 9 : 2; Marc 2: 5; Luc SE 20:

(3) Marc 6 : 5, 6; Matth. 13 : 58.

tenait une surexcitation morale bienfaisante, et provoquait une confiance qui mettait le malade

‘en Communication avec lui par l'intermédiaire de la foule. On cite de nos jours des faits de

suggestion qui ressemblent beaucoup à ceux-là. C'est la foi du malade, ou celle du peuple, qui opère le miracle. Jésus en est tellement convaincu qu'il ne dit jamais :« Je t'ai guéri » mais toujours : « Ta foi t’a guéri ». Aussi, s’il emploie de la boue pour oindre les yeux d’un aveugle (1), s’il suffit qu’une femme touche ses vêtements pour être guérie (2), il n’attache à ces faits aucune idée superstitieuse. Il dit à cette femme, comme aux autres :« Ta foi t'a guérie », et nelui dit pas : « Ton contact avec mes vêtements t'a guérie. »

Comment la guérison se produisait-elle ?

D'après l'exemple que nous venons de citer, il pouvait arriver qu'elle se produisit par le contact avec les vêtements de Jésus, même à son

(1) Jean 9 : 6; Marc 8 : 23.

(2) Marc 5 : 27, 28.

insu (1). Mais, d'ordinaire, le malade était guéri à la suite de paroles prononcées par Jésus sur un ton de commandement {2). Il résultait sans doute de l'accent de ses paroles, unecommotion morale qui provoquait le retour à la santé de celui qui avait la foi.

Quant à Jésus lui-même, c'était par la prière qu'il guérissait. Il avait une foi profonde et ardente en son exaucement. Il n’est rien dont Jésus ait parlé avec une conviction plus inébranlable que de l’'exaucement de la prière. Il avait la certitude intime, entière, absolue que, par la prière, on peut tout ; par elle, on-agit sur Dieu et, par lui, sur la nature elle-même (3).

Voilà pourquoi Jésus a certainement opéré de vrais miracles, et en a souvent opéré ; car Dieu lui a certainement accordé l’exaucement de ses prières, et il a souvent fait l'expérience de la réponse directe du Père à ses supplications.

Quand il disait : « Demandez et vous rece-

(rMarc'S 2:70 :9:1307 0550:

(2) Marc 1 : 25 èt passim. (3):Matth!"17": 10%:27 : 21,22. Marc 11 : 23, 24.

Vrez » CE il tirait cette parole des profondeurs de son expérience personnelle. Il avait demandé, et il avait reçu ; il avait frappé à la porte du Père, et le Père lui avait ouvert les trésors de sa compassion et de ses exaucements.

La certaine authenticité de la plupart des paroles prononcées par Jésus, en guérissant tel ou tel malade ou à l'occasion de tel ou tel miracle, est la preuve irréfutable de l’authenticité du miracle lui-même. De nos jours, en Suisse par exemple, dans certains établissements reli-

gieux, des chrétiens à la foi ardente ont obtenu

des guérisons par la prière, guérisons qui ontété scientifiquement constatées ; et quiconque croit à la puissance de Dieu et à la puissance de la prière croit que la santé peut être rendue par Dieu à un malade qui la lui demande ou pour lequel on l'intercède. À bien plus forte raison, Jésus a-t-l obtenu de ces guérisons-là.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des guérisons ôpérées par Jésus ; mais ce que nous disons

(Gi) Matth: 7iiT'etiSUIN. et parall:

d'elles, peut s'appliquer à tous les miracles attribués au Christ dans les Evangiles. Nous n'avons a priori aucune objection à leur authenticité. Mais il faut que chacun d’eux soit étudié séparément, en lui-même, et à la lumière d’une saine critique. Cette critique doit reposer sur ce principe indiscutable, sur cette affirmation définitive de la science moderne : Les lois de la nature sont inviolables.

Nous nous sommes expliqué, dans notre premier volume, sur l’état des esprits en Palestine au premier siècle, sur la facilité avec laquelle on voyait partout des miracles, et la différence qu’il y a, à cet égard, entre un homme de cette époque et un homme de la nôtre qui, lui, n’en voit nulle part. Cette remarque doit entrer en ligne de compte et, puisqu'il est avéré que les lois de la nature sont inviolables, il s'ensuit que le fait appelé miracle ne peut être, s’il estauthentique, s’il s’est réellement passé, qu’un fait qui reste momentanément en dehors des forces connues de la nature.

Jésus n’ayant jamais attiré l'attention sur ce

qu'il y avait de merveilleux, d'inexplicabledans les miracles qu'il accomplissait, il en résulte — et cette constatation est de la plus haute importance — que Jésus n’a jamais voulu qu'on vit rien de magique dans ses actes, même les plus extraordinaires. Une des victoires de la tentation avait consisté précisément, à répudier tout acte destiné par son caractère de prodige à éblouir la foule et à l’'émerveiller. Tout ce qui tient donc à la sorcellerie, à la magie, tout ce qui ressemblerait à un tour d’adresse destiné à étonner, est resté entièrement hors de sa pensée et n’a jamais rien eu à faire avec l'Evangile tel qu'il l’a conçu et tel qu'il l’a prèché. Le prodige en tant que prodige est étranger au christianisme de Jésus.

Cela est d’autant plus remarquable que les disciples et tous les contemporains de Jésus, sans exception, comprenaient le miracle fort différemment. [ls l’appelaient un signe et, pour eux, un envoyé divin, et surtout le Messie, ne pouvait s’accréditer que s’il faisait des miracles et, aussi, s’il accomplissait les prophéties. C'étaient les deux preuves exigées. Aussitôt que les mi-

racles étaient bien réels et que l’accomplissement des prophéties était bien constaté, tout doute était levé. Les disciples ne pouvaient donc admettre qu'un Messie thaumaturge. On le devine aisément à: maints passages des Evangiles, et par suite, la grandeur des vues de Jésus sur ce point et l'originalité de ses idées sont d'autant plus faciles à discerner et d’autant plus certainement authentiques.

Il est si vrai que le prodige ne faisait pas partie de sa mission que, lorsqu'il expulsait un démon, il défendait au possédé avec menaces (quelles menaces P celle, peut-être, de voir revenir son mal) de divulguer sa guérison ; et que deux fois il refuse un miracle parce qu'il serait bien constaté qu'il en est l’auteur, miracle qu’il accomplirait sous les yeux des Pharisiens, les savants de l’époque (1). Il déclare à cette occasion que le vrai signe de sa mission est sa prédication, aussi puissante que celle de Jonas, et sa sagesse, aussi grande que celle de Salomon. Dans la parabole du mauvais riche, lorsque celui-ci, étant en

(1) Matth. 12 : 38 et suiv. :6: r et suiv. Marc 8: r1.

enfer, pense à ses cinq frères, et demande à Abraham d'envoyer Lazare les prévenir, pour qu'ils

ne viennent pas en enfer eux aussi, Abraham

répond : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent; ils ne croiraient pas, quand même un mort ressusciterait (1) ». Donc, le miracle des miracles, la résurrection d’un mortprouve moins, a moins de. valeur que la prédication de Moïse ou que celle des prophètes, et il résulte de ce passage que, dans la pensée de Jésus, la véracité

de sa prédication, l’authenticité de sa mission,

son Evangile enfin ne sont pas prouvés par un seul de ses miracles, pas même par sa propre résurrection d’entre les morts (2).

(ONEUC:r0: 3. |

(2) Un seul passage paraît contredire cette attitude constante de Jésus, c’est sa réponse aux envoyés de Jean- Baptiste : « Allez et rapportez à Jean ce que vous voyez et entendez ; les aveugles voient, les estropiés marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Evangile est annoncé aux pauvres.» (Matth. 11:5. Luc7: 22). Mais, ici, Jésus n’en appelle pas à ses miracles parcé qu’ils sont des prodiges, pour en conclure que Jean doit croire en lui ; il en appelle à eux parce qu'ils sont des actes de compassion, et des victoires remportées sur Satan. Jésus place en gradation les faits remarquables

Si Jésus a défendu qu'on parlât de ses miracles, ce n'est assurément pas pour que nous.

les passions sous silence aujourd’hui, et si nous avions ainsi Compris sa parole sur ce sujet, nous n'aurions pas écrit ce chapitre. Cependant il nous a donné là un très grand enseignement, un enseignement méconnu par les croyants qui persistent à trouver aux miracles: une valeur apologétique. Car s’il est un fait qui se dégage de l'attitude du Christ avec une évidence écrasante, c'est qu'ils n'en ont aucune, et qu'il ne sert à rien d'en démontrer l'authenticité. Cette

qu’il accomplit, et, après les résurrections de morts, il nomme l’annonce de l'Evangile aux pauvres, fait purement moral et qui lui paraît plus étonnant encore que des résurrections. En effet, chaque fois qu’il fait son œuvre, soit en guérissant un malade, soit en prêchant l'Evangile, mais surtout en prèchant l'Evangile et en le prêchant aux pauvres, il travaille à renverser le trône de Satan, et c’est là le but de sa vie. Jésus{même dans ce passage qui, d’ailleurs, est unique)considère ses miracles comme des actes religieux, des victoires de Dieu sur Satan, de la lumière sur les ténèbres. Chaque âme convertie et chaque malade guéri reculent les limites du Royaume des ténèbres, aussi bien l’un de ces faits que l’autre, et même l’âme convertie davantage.

JÉSUS ET LES MIRACLES 147 démonstration n’a qu’un intérêt historique, comme l'est la démonstration de l'existence

d’Homère, et ne saurait avoir en aucun cas une valeur religieuse quelconque. Jésus n’eût-il pas

fait un seul miracle (j'entends un seul miracle

physique), cela n’ôterait absolument rien à la

valeur de sa personne et à la réalité du surnaturel moral qui éclate dans son apparition tout

entière. Heureux ceux qui comprennent l’enseignement que Jésus a donné en disant de ses

miracles : « N’en parlez à personne ! » Rien n'est indifférent dans les paroles de Jésus. Le moindre de ses mots aune importance capitale,

et on peut dire que les chrétiens n'ont pas

encore compris l'immense portée de celui-là.

« Un événement historique, extraordinaire « ou non, a écrit M. Lachelier (1), ne peut pas « être un objet de foi, précisément parce qu’il

« est historique et qu'ilest, à ce titre, un objet de .« science. Il en est de même des conclusions

« que l’on tirerait d’un miracle sur le carac- « tère et la puissance de celui qui l’a opéré. Ces

(1) Extrait d’une lettre inédite à nous adressée.

148 JÉSUS-CHRIST PENDANT SON MINISTÈRE ; ! n e

« conclusions, en les supposant légitimes, appartiendront toujours à l’ordre de la science,

«et ne constitueront jamais une croyance

« morale et religieuse. »

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