CHAPITRE VI
Premièrg Prédication dé Jésus SURALE ROYAUME DE: DIEU
Les deux mots ÆHamalkouth Haschamajim (le Royaume des cieux), sont certainement ceux que Jésus a le plus souvent prononcés ; il préférait cette expression à celle de Royaume de Dieu. Nous avons expliqué, dans notre premier volume, queles deux termes étaient synonymes.
. Jésus a employé le premier ; les apôtres, sans doute pour être mieux compris des païens, se sont servis du second. Cependant, si les deux
termes étaient synonymes, une nuance les séparait, et nous pouvons rapprocher de la préférence marquée de Jésus pour la forme : Royaume des cieux, cette expression qui lui est également favorite : «le Père qui est dans les cieux ». Il parle aussi de récompense « dans les cieux ». Or, les Rabbins de son temps admettaient l’existence de plusieurs cieux, sept au moins, superposés au-dessus de nos têtes dans l’espace bleu qui s'étend par delà les nuages (1). Là, se trouvait le monde nouveau, la « Jérusalem céleste », le Royaume à venir, et les Docteurs croyaient, fondant cette croyance sur Daniel (2) et sur Enoch (3), que ce Royaume appelé «des cieux, » parce qu'il était dans les cieux, en descendrait (4) tout prêt, toutinstallé, en quelquesorte, et s’établirait sur la terre. Le Fils de l’homme, apparaissant sur les nuées, le fonderait avec
(1) Bereschit Rabba. Bamidebar Rabba. Oracl. sibyll. 3:83. :Tést. patrrarch."12 sf: 2 Cor: r2 12/Ephes. 45m Hébreux 4: 14). |
(2) Daniel 7 et suiv.
(3) Livre d’'Enoch, passim.
(4) Voir Apoc. 21 : 10.
laide des anges (1). Les élus alors le « verraient » et y « entreraient » (2). Ces expressions étaient prises dans leur sens le plus littéral, et quand on disait : le Royaume approche ou :
s'est approché (3), on voulait dire : il va descendre, il s'établira prochainement.
Rien n'indique que Jésus ait entendu par Royaume des cieux autre chose que ses contem-
porains ; rien n'autorise à lui faire tenir sur ce
point un autre langage que les Docteurs de son peuple.
Si, sur cette importante doctrine, Jésus avait eu une autre notion que ses contemporains, Il l'aurait dit ; il aurait soigneusement distingué sa manière de voir de celle de son peuple;
parlant en particulier à ses apôtres,’ craignant
tout malentendu de leur part, comprenant com-
bien ce malentendu serait naturel, il aurait pris soin de le dissiper, les aurait avertis, éclairés, mis sur leurs gardes. Or, de tout cela, il n'a jamais rien fait. Et non seulement il n’a jamais
(1) Matth. 16 : 27.
{2} Jéan:3 :73et 5.
(3) Matth. 4 : 17.