CHAPITRE VIII Voyages à Jérusalem
Chaque année, Jésus faisait quelques voyages obligatoires à Jérusalem. Il les avait toujours faits, et il avait pu, depuis bien longtemps, se former une opinion sur les Sadducéens, sur le Temple et sur le culte qui y était célébré. Nous croyons que ses convictions, à cet égard, dataient au moins des derniers temps qui avaient précédé son entrée dans son ministère.
Comme tout vrai Pharisien et tout Essénien sérieux, ils’était séparé du Sadducéisme. Cepen-
dant, il avait gardé l’espérance de réussir auprès des Sadducéens eux-mêmes, et il est certain, pour nous, qu'avant de se décider pour Capernaüm, les bords du lac, la Galilée, il avait essayé de se faire connaître à Jérusalem.
On comprend que la capitale l’attirât avant tout, et qu'il ne se résolüt à s’enfermer dans un étroit canton de la Galilée qu'après avoir échoué au centre même, là où il ne pouvait perdre l'espoir d’être un jour accueilli ; car il n’y avait de succès définitif pour lui que s’il réussissait dans la ville sainte. C'est elle qu'il fallait conquérir, et, quand elle serait gagnée, le reste du pays le serait bientôt. Aussi, ne s’était-il décidé pour les bords du lac que lorsque Jérusalem lui avait été fermée.
Les Evangiles de tradition ne connaissent, il est vrai, que le ministère de Galilée, sauf la dernière semaine ; mais l'Evangile de saint Jean nous a conservé le souvenir très net de plusieurs entreprises de Jésus sur Jérusalem, la plupart au début de son ministère, précisément à l’époque où le désir de parler et d’agir au centre même de la nation devait naturellement lui monter au
VOYAGES A JÉRUSALEM IOI
cœur. Tout nous porte donc à croire que les renseignements du quatrième Evangile sont, ici comme ailleurs, tout-à-fait historiques:
Jésus n'avait pas débuté par la Galilée, mais par la Judée, et c’est là un de ces traits multiples où se révèle le témoin oculaire redressant les erreurs de la tradition synoptique.
Il est encore remarquable que saint Jean place à sa vraie date la purification du Temple. C’est un acte de début, et les trofs premiers Evangiles, qui ne connaissent qu’un seul voyage de Jésus à Jérusalem, tout en en affirmant plusieurs (1), sont forcés de placer la purification du Temple dans cet unique séjour, et la relèguent dans la dernière semaine, à une époque où elle est fort improbable (2).
(1) Matth. 23 : 37. Qu'on veuille bien remarquer le mOt TOGA7LC.
(2) Je ne relève pas l’opinion ‘bizarre de ceux qu croient à deux purifications du Temple, l’une au début, l’autre à la fin du ministère de Jésus, pauvre invention des harmonistes qui, malgré leurs protestations, restent esclaves de leur invincible croyance en l’infaillibilité de la Bible.
Jésus, dans un de ses premiers voyages, à Jérusalem, bien avant tout le ministère de Galilée que nous avons déjà raconté, avait chassé les vendeurs du Temple parce que, comme tout vrai Essénien et tout vrai Pharisien, il était scandalisé par la profanation du sanctuaire.
Il expulsait les vendeurs du parvis parce qu'ils n'y avaient pas droit, il voulait qu'ils s'installassent hors des portes. Leur présence dans la cour des païens était une injure à Dieu ; ils changeaient « une maison de prières » en « caverne de voleurs ».
De plus, il est permis de supposer que Jésus n'a pas seulement blâmé le fait qu'ils étaient installés à telle place et non à telle autre, et qu'il a blâmé jusqu'à un certain point leur présence même. Il est certain que Jésus, sauf l'agneau pascal (fête patriotique et de famille à laquelle il tenait beaucoup), ne semble pas avoir jamais fait offrir de sacrifices au Temple. Il aimait à rappeler la parole de l'Eternel dans Osée, disant : « Je veux la miséricorde et non les sacrifices. » Le sacrifice, d’ailleurs, était tombé en discrédit. Aucun des Juifs « de la dispersion » n'en
offrait ni ne pouvait en offrir. [ls n’en étaient pas moins pieux, pas moins attachés à la Loi, pas moins Juifs bien authentiques. Jésus, en
chassant les vendeurs du Temple, a donc agi en
Juif libéral, en Pharisien antisadducéen, et cet