acte a certainement été approuvé par les Phari
siens, en même temps qu'il le faisait très mal voir des autorités officielles ; mais, en l’accomplissant eten s'élevant contre les sacrifices, Jésus ne faisait que continuer Esaïe écrivant ces paroles :
« Qu'’ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices ? dit
[PEternel :
Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse
[des veaux ;
. Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des
[brebis et des boucs ; Quand vous venez vous présenter devant moi, Qui vous demande de souiller mes parvis ?
Cessez d'apporter de vaines offrandes, J'ai en horreur l’encens, Les néoménies, les sabbats et les assemblées ; Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. Mon âme haït vos néoménies et vos fêtes.
Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter.
Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous [mes yeux, Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas; Vos mains sont pleines de sang; Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions, Cessez de faire le mal:
Apprenez à faire le bien, cherchez la justice, Protégez l'opprimé, Faites droit à l’orphelin, Défendez la veuve.
Venez et plaidons ! dit l'Eternel (1.
Depuis que ces paroles avaient été écrites, le Temple était condamné à disparaître.
Les ardentes apostrophes d’Esaïe et les autres passages semblables du Livre des Prophètes étaient lus et relus par les Pharisiens, par les Ebionites, par tous ceux qui avaient des besoins religieux et qui ne trouvaient pas leur satisfaction dans les cérémonies du Temple, et une séparation s'était faite depuis longtemps entre eux et les aristocrates Sadducéens. Il fallait choisir ou bien ceux-ci ou bien les Pharisiens libéraux; Jésus avait fait son choix depuis long-
temps, et la purification du Temple souleva
(1) Esaïe 1 : 11 à 18. (Trad. Segond).
. contre lui la haine des prêtres. Il sentit, ce jour-là, qu'il trouverait de ce côté une opposition irréductible.
1 était, d’ailleurs, trop indépendant pour réussir dans un milieu aussi étroit et d’un conservatisme aussi inintelligent. On s’empara d’une parole prononcée par lui à l’occasion de l'expulsion des vendeurs; on la dénatura ; on y vit un blasphème (1).
À partir de ce moment, Jésus dut renoncer à toute entreprise immédiate sur la ville safnte ; . mais il continua à y monter par devoir trois ou .… quatre fois par an, pour les fêtes, et, en tout cas, ; au mois de Nisan, pour la Pâque.
- Il tenait beaucoup à ce pélerinage de Pâque, dont il avait pris l’habitude dans son enfance. Ses disciples et lui se rendaient ensemble à la
- capitale, et la petite troupe, perdue dans l'énorme
foule de ces jours de fête, célébrait le repas pascal
et accomplissait les rites d'usage. [ls allumaient
. la lumière sabbatique — comme chaque semaine
(r) Ev. de Jean 2 : 19 et suiv.
d’ailleurs, mais plus solennelle ce soir-là; — la famille spirituelle, formée par les apôtres et le Maître, se tenait attablée autour du pain azyme, et tous ensemble psalmodiaient à pleine voix les vieux chants patriotiques et religieux sus par cœur dès l’enfance.
Jésus ne profitait pas toujours de ces courts séjours pour essayer de nouveau de se faire connaître. [1 sentait bien que l'heure de parler sous les portiques du Temple n’était pas encorevenue, et que recommencer ses premières tentatives eût été inutile. Saint Jean nous a conservé le souvenir d'un entretien qu'il eut, dans un de ses premiers voyages, avec un Pharisien de marque appelé Nicodème (1). Les paroles alors
échangées entre son interlocuteur et lui servi-
rent, sans doute aussi, à lui montrer que toute
entreprise sérieuse sur une société aussi inintel- w
ligente des choses religieuses était entièrement «
inutile, du moins à ce moment-là.
Il faut dire plus : les voyages annuels de
Jésus à Jérusalem commencèrent à le séparer
(r) Jean 3 :Treét Suiv.
du Judaïsme, ou du moins d’un certain Judaïsme. West. dieux que lui: vinrent les ::premières lumières ; ce sont eux qui lui firent comprendre combien il était peu Juif, et qu'il l'était de moins en moins tous les jours. D'ailleurs, il avait échoué. et il avait une œuvre à faire en Galilée. Elle était commencée ; elle lui donnait de belles espérances ; il fallait la poursuivre.
À Jérusalem, régnait, à côté du Sadducéisme, étroite union du formalisme et du fanatisme, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus repoussant au monde, un Pharisaïsme animé du plus détestable esprit.
Jésus voyait passer dans les rues des personnages, dont il faisait ensuite la description à ses auditeurs de Galilée. En voici un, exténué par les jeûnes, poussant de profonds soupirs, s'avançant péniblement pour exagérer son état d’épuisement et de faiblesse, et montrant à tout le monde une figure de déterré. En voici un autre qui relève sur sa tête, et par-dessus son turban, un coin de son manteau, pour ne pas être distrait par la vue des femmes qui passent; alors, il n’y
voit plus du tout et se heurte aux murailles. Celui-ci, debout au coin de la rue, à un carrefour, pour être bien en évidence, a le visage tourné vers le mur ; il parle à voix haute; il priè:il raconte à Dieu comme :il paie bien la dîime et comme il sait bien donner l'exemple de toutes les vertus; celui-là enfin marche courbé en deux, la tête aussi basse que possible, et ne faisant attention à rien, parce qu'il est absorbé par la méditation d’un texte difficile.
On se représente l’indignation que de tels spectacles inspiraient à Jésus. « Oh ! les comédiens! » s’écriait-il en les apercevant, «ils ont reçu leur récompense! » (1).
Entre eux, dans leurs maisons d’école, ces personnages se plongeaient dans une casuistique toute hérissée de minuties. C’étaient des docteurs à la science creuse, science dont la lecture d’une page quelconque des Talmuds donne la plus exacte idée. Ils avaient des discussions d’un enfantillage vraiment inepte; c’étaient d’interminables séries de solennelles bêtises sans
(1) vrozpurat Matth. 6 : 2, 5, 16; 15 : 7; 23:: 13, etc.
aucune valeur morale, remplissant d’orgueil ceux qui s’adonnaient à ces prétendues études, et fermant leur esprit, au point que ces barbares absurdités leur semblaient l’occcupation naturelle et sérieuse des personnes respectables et graves. (
Il n’y avait, il ne pouvait y avoir aucun point de contact entre Jésus et ces Jérusalémites. D’ail-
leurs, les Galiléens étaient méprisés. Le dédain
que Jésus avait déjà senti lorsque, à douze ans, il avait accompagné pour la première fois Joseph et Marie, avait été senti par lui tous Îles ans davantage. On riait beaucoup de leur accent ; on les tenait pour peu orthodoxes, on les trouvait
ignorants et quelque peu ridicules.
Et puis, les idées de Jésus avaient décidément changé. Ce Temple où il avait goûté, à douzeans, de si douces et si pures émotions, au point qu’il
appelait ce qu'il y faisait « s'occuper des choses de
son Père » (1), et qu'il y resta, oubliant tout, ce lemple, dont le séjour lui paraissait alors le