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INSTITUTION DE L'APOSTOLAT 233 de paix, ils prendront d'eux-mêmes l'hospitalité (1). Point de provisions, point de vêtements de rechange; une seule tunique, une seule paire de sandales suffisent. Tout cela est du plus pur Essénisme. Qu'ils n’aillent ni chez les païens, ni chez les Samaritains; qu'ils exercent la médecine, guérissant les malades, chassant les démons, purifiant les lépreux et qu'ils l’exercent gratuitement (2).
Pour Jésus, l’apôtre c’est lui-même; et, dans ses instructions, il le dit aux Douze (3). Cette création de l’Apostolat prouve donc deux choses : 1° le désir de Jésus de se continuer sur la terre dans la personne de représentants authentiques s'il vient à disparaître, représentants chargés d'achever la préparation à la venue prochaine du Royaume qui aura été interrompue par sa mort ; 2° le désir de rétablir les douze tribus
d'Israël quand le Royaume paraîtra.
Aussi Jésus ne communique-t-il qu'aux Douze
(1) Matth. 10 : passim.
(2) Matth. 10 : 8.
(3) Matth. 10 : 40-42; 25 : 35 et suiv. Marc 9 : 40. Luc 10 : 16. Jean 13 : 20.
son pouvoir de guérir, d’expulser les démons et de prophétiser (1), c'est-à-dire, sa charge entière de Rabbi.
Les procédés de guérison des apôtres étaient ceux des Esséniens, l’onction d’huile et l’imposition des mains. On parlait aussi de leur pouvoir de manier les serpents venimeux et de boire impunément des breuvages empoisonnés ; mais le passage des Evangiles qui l’affirme est certainement apocryphe (2), et de telles prétentions ne leur ont été attribuées que plus tard. Il est même évident que leur pouvoir de guérir était limité et qu'ils avaient des insuccès. Certains cas de possession étaient trop difficiles pour eux; il leur arrivait de ne pas avoir les connaissances nécessaires, et d’ignorer les procédés spéciaux à employer pour expulser toutes les espèces de démons (3). Pour quelques-unes, la prière était indispensable, ainsi que le jeûne.
Ce détail montre que la prière n’était pas tou-
(x) Matth: 7-22 54101 7 -5Marc 22/79/20 215 0Re OM
(2) Marc 16 : 18.
(3) Matth. 17 : 19-21.
jours obligatoire pour obtenir la guérison d’un possédé et que, par contre, il était parfois nécessaire, non seulement de demander à Dieu l’expulsion du mauvais esprit, mais encore de pratiquer un jeûne plus ou moins prolongé, jeûne dont Jésus, dans la vie ordinaire, autorisait ses disciples à se dispenser (1).
Quoique Jésus n'ait communiqué qu'à ses apôtres le pouvoir de guérir et d’exorciser, il arrivait que l’on essayait de chasser les démons en son nom, sans être même de ses disciples, et il ne nous est pas dit qu’on n'y réussissait pas. Jésus, auquel on rapportait un jour ce fait, déclara l’autoriser (2). |
On employait d’ailleurs tous les moyens pour délivrer les malheureux possédés. On allait, nous l'avons vu plus haut, jusqu’à invoquer Beelzébul, le prince des régions infernales, parce que, étant le Diable, ilavait tout pouvoir sur ses subordonnés. C’est ainsi que les superstitions se repro-
(1) Nous avons déjà fait allusion à ce passage et dit que la mention du jeûne dans le verset 21 de Matth. 17 est probablement inauthentique (voir p. 137).
(2) Marc 9 : 38 et suiv. Luc 9 : 49 et 50.
duisent toujours les mêmes, et que les plus ridicules inventions du Moyen Age existaient déjà.
En choisissant les Douze, Jésus fondait une:
Eglise, une communauté. Il a admirablement compris l'importance de l’action en commun, son énorme puissance, et la force invincible de l'union par l'amour.
Cette Eglise, cette Société des Douze /et’de tous ceux qui se rattacheront à eux, liera et déliera, c’est-à-dire, aura le droit de permettre et. de défendre; elle pourra remettre les péchés, réprimander, avertir. Mais Jésus n’ajoute rien de précis à ces promesses et à ces privilèges. Il ne donne aucune indication sur les assemblées. de ses fidèles et ne prescrit pas aux apôtres de: cérémonies à célébrer. Aussi, la première Eglise. sera-t-elle instituée sur le modèle de la syna-gogue juive, et les Douze n’auront pas d’autre culte que celui de leurs pères.
Cela se comprend. La seule préoccupation de Jésus est d'assurer la vie des siens, pendant le temps qui s’écoulera entre sa mort et la venue:
du Royaume, puisqu'il est possible qu'il meure avant que vienne le Règne de Dieu; et, alors, -après avoir institué l’apostolat, 1l se borne à donner aux siens. quelques indications générales ; il ne les envoie qu'aux Juifs, et il lui suffit de prononcer les paroles qui doivent les encourager quand il ne sera plus au milieu d’eux.
Leur première consolation, ils la trouveront dans la pensée que l'Esprit saint est avec eux. OGuandr ui Jésus ne: sera plus 1à,: l'Esprit viendra, et ce sera son Esprit, fortifiant les siens, car il sera toujours présent au milieu de ses fidèles, ne fussent-ils que deux ou trois réunis (1). |
De telles paroles et de tels conseils furent une grande force pour les apôtres, quand plus tard ils S’en souvinrent. Jésus avait bien prédit, c’est PEsprit de Dieu qui les remplissait; jamais humanité n'aurait produit d'elle-même les œuvres qu'ils ont accomplies, et, partout dans l’histoire de l'Eglise primitive, éclate le surnaturel.
(a) Matth. 18 : 20.
Il va sans dire qu'il n’y a nulle trace dans l’enseignement de Jésus de la Trinité ecclésiastique, comme, d’ailleurs, nulle trace de théologie ni de confession de foi. Mais ce que saint Paul dira plus tard dans une de ses salutations apostoliques (1), nommant successivement la grâce de Dieu le Père céleste, l’amour de Jésus- Christ et la communion du Saint-Esprit, et souhaitant ces bénédictions à ses lecteurs, ressort clairement des paroles du Christ. L'Esprit Saint n'est pas une personnalité à part (cela devrait être inutile à dire tellement cela est évident), c’est lui-même, Jésus, revenant dans le cœur de ses disciples pour établir par eux le Royaume.
On ne peut pas ne pas admettre que Jésus connaissait la théologie juive, qui faisait du Saint- Esprit une hypostase divine et l’identifiait avec le Verbe ou la sagesse (2), et c’est pour cela qu'il a insisté sur le Saint-Esprit, non seulement dans
(1), 2° Ep; aux Con r3#"135/où, ce que dira eus lui-même en instituant le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Matth. 28 : 19 et 20.
(a) SAP. 1157567207 ds pa nr. PCCIT PSS ONE ENS 24.275 130.8J0dith 16%"
son enseignement tel que l’expose le quatrième Evangile, mais aussi dans celui des trois premiers : « Le blasphème contre le Saint-Esprit, dit-il, ne sera point pardonné (1) ». « Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est le Saint-Esprit qui parlera par vous (2). » « Le Père donne le Saint-Esprit à qui le demande » (3), etc., etc. Les passages abondent, et il n’y a là rien de surprenant, car c'était le point de la théologie juive auquel on attachait alors le plus d'importance. De cette doctrine sortait, en effet, la grande question des rapports de Dieu avec le monde ou des êtres intermédiaires et Jean- Baptiste lui-même avait déjà annoncé un baptème par le feu et par l'Esprit (4).
Quand Jésus annonçait que l'Esprit Saint viendrait, il lui donnait, dans sa langue syrochaldaïque, un nom que nous connaissons, il l’'appelait Peraklit (5). Les Docteurs juifs avaient
MijoMatth,\19 231,132 Marc 3:: 20. Luc 12: 10.
(Mare rire LUC 12: 12.
(3) Luc 11 : 13.
CoMatthS sr Marc r:87 Luc 3 "16. Jean 1: 26;
MO AEteS 115) 85.10 :"A7.
(5) Voir Buxtorf Lex. Talm.
tiré ce mot du grec Parakletos qui signifie avocat, conseiller, docteur qui explique les mystères cachés. Le Peraklit était si peu une personnalité distincte que Jésus lui-même est appelé ainsi (1). L'Esprit, le Peraklit le rempla- Cera et ce sera son Esprit, ce sera Jui-même (2).
Quant à un livre où seraient consignés ses enseignements, Jésus n’en parle pas. Nous avons dit pourquoi l’idée d’un tel ouvrage était bien loin de sa pensée (3). Il venait accomplir la Loi et les Prophètes, et nullement publier des textes à ajouter à ceux de l’Ancien Testament.
Enfin, il institua deux cérémonies : le baptème et la Cène (4). Nous devons réserver ce sujet ‘pour notre troisième volume. Mais il faut dire ici un mot des repas qu'il prenait en commun avec les apôtres et seul avec eux. Nous croyons.
(1)T' Jéan'2 "re
(2),J6an:T4 Lee |
(3) Voir chapitre II Le langage de Jésus, page 59 et suiv.
(4) Il est remarquable que Jésus, sauf quelques inter- .dictions comme celle du serment (Matth. 5: 34) ou celle du divorce (Matth. 19 : 3 et suiv.), n’a jamais donné aucune règle à suivre.
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que longtemps avant l'institution de la Cène, qui ne fut établie que le dernier jour, Jésus avait avec les apôtres des repas ayant un caractère sacré. Les Pharisiens avaient l'habitude des agapes fraternelles avec ablutions complètes avant et après, bénédiction de chaque plat et entretiens sur des sujets religieux ; et il est fort possible que les festins auxquels Jésus était invité chez eux eussent ce caractère (1).
Quoi qu'il en soit, il y a plus d’un rapport entre les confréries des Pharisiens, qui avaient institué des jours fixes où les affiliés se réunissaient pour prendre ensemble un repas, et les agapes des premiers chrétiens. Les frères célébraient ces agapes en signe d'union. Il est donc plus que probable que Jésus, dans le cours de son ministère, et lorsqu'il présidait la table autour de laquelle se groupaient les Douze, donnait à la réunion un caractère spécial. Nous le voyons dans saint Jean, un an avant d’instituer
la Cène (2), se comparer au pain qui nourrit
et vivifie; et, d’après certains passages, il avait
Mes 2000062097 T4 1 et SUIV.
(2ean 61: 35'et suiy,
l'habitude, au commencement du repas, de rompre un pain, d'en donner les morceaux à ses apôtres en prononçant une prière d'actions de grâces. Le geste qu'il faisait d'ordinaire à ce moment lui était particulier. Il pouvait aider à le reconnaître (1), et les apôtres conservèrent dans leur mémoire et dans leur cœur le souvenir de l’instant solennel de « la fraction du pain » par leur Maître ; c'était, dans les repas qu’il prenait avec les siens, un moment sacré qui avait un caractère religieux. D'ailleurs, manger le même pain était toujours pour le Juif le lien qui unissait et rapprochait. Un fils d'Israël ne s’asseyait pas à la table d’un païen, précisément parce que cet acte supposait une entière communauté de sentiments et d'idées, et on comprend que Jésus, qui aimait ces repas pris en commun, qui se sentait à ces moments-là plus près des siens et davantage uni à eux, dût, au moment de quitter les apôtres, éprouver le besoin d’instituer une cérémonie, un souper sacré qui leur rappellerait ceux qu'ils prenaient ensemble, et