‹ Jésus-Christ pendant son ministèreChapitre 46 sur 53 · I EU · texte numérisé non relu

I EU

qui perpétuerait sa présence mystique, puisque, par l'Esprit Saint, il serait toujours au milieu d'eux.

Jésus devait éprouver d’autant plus le besoin de se rapprocher des apôtres et de vivre avec eux dans une étroite intimité, que sa rupture avec le Judaïsme se consommait chaque jour davantage.

Cette rupture aura bientôt un résultat important, Jésus va devenir universaliste. Jusqu'ici, il ne l’a pas été; il a parlé des païens comme d'étrangers, et, en envoyant les Douze en mission, il leur a dit : « N’allez ni chez les païens, ni chez les Samaritains. » Bientôt, il tiendra un tout autre langage, il ira jusqu’à dire que, dans le Royaume, les païens passeront avant les Juifs (1), que la vigne destinée aux enfants d'Israël sera donnée à d’autres (2), et, dans une de ses paraboles, désignant clairement les Juifs, il fera dire au Roi qui représente Dieu lui-

(1) Luc 15 : 24 et suiv.

MAENAtN Ian t'Ar etc.

même : « Aucun de ceux qui étaient conviés ne goûtera de mon souper (1) ».

Ce seront des paroles nouvelles et qui révéleront de longues et douloureuses expériences. Dès à présent, nous sommes loin des premiers temps, loin des premières prédications du lac ou de la montagne. L'opposition — et une opposition formidable — a éclaté sous la pression des événements. Maintenant, l’impatience du peuple va, à son tour, précipiter ces événements. Jésus laissera entendre qu’il est bien le Messie, et cela, avant que le changement des cœurs se soit opéré ; et son peuple, qui ne sera pas en état de comprendre l’austère spiritualité de son Messianisme, se séparera de lui après les Pharisiens. Déjà Jésus a tout fait pour retarder sa rupture avec ceux-ci. Il a espéré l’éviter, et, quand elle s'est produite, il a fait face à toutes ses. conséquences en créant l'apostolat; c'est ainsi qu'avec une énergie admirable, une conviction, une certitude que rien n’ébranle, il se prépare à l'avenir, à ce qu'il appelle «l’heure du Père »,

(1) Euc 14524.

l’attendant avec confiance, quel que soit le sacrifice que le Père lui demandera.

Aussi, dans ses jours de souffrance, de préoccupation et de renoncement, les Douze étaientils pour lui une espérance et une consolation. Quand il pensait à eux, il avait des tressaillements de joie (1), il les recommandait à son Père, il le remerciait de lui avoir donné ces « enfants » qui en savaient plus que «les philosophes et les savants », et quand ceux-ci lui racontaient leurs succès, quand ils lui disaient : « Nous avons même expulsé des démons » (2), c'est-à-dire :nousavonsété jusqu'aux exorcismes, oh ! alors, il voyait d’avance toutes les victoires remportées, le mal à jamais vaincu, et Satan foudroyé lui apparaissait dans une vision créée par son inébranlable optimisme, tombant du haut du ciel et disparaissant comme l'éclair (3).

(ALUCrOZ<21.

Page 1