CHAPITRE XI
L'Été de lan 29 (
Jésus était tout plein de ses pensées, quand la nouvelle bien inattendue de la mort de Jean- Baptiste vint le surprendre tout à coup.
(1) Nous n'insistons pas sur ce chiffre 29. L’exactitude des recherches chronologiques qui nous le font écrire nous semble probable; mais, à une telle distance des événements, et avec les imperfections du calendrier des anciens Juifs, rien n’est certain. L’essentiel est qu’il s’agit de l’été de la dernière année de la vie de Jésus. Il
n’est l’été de l’an 29 que si Jésus est mort en l’an 30.
Jusque-là, malgré l'opposition qu'il soule-
vait, et les complots qui se formaient contre lui, malgré les retards que semblait devoir subir l'apparition du Royaume, il était resté en Galilée, non sans inquiétude, sans doute, mais attendant l'heure du Père et poursuivant son œuvre. La mort de Jean, si prématurée, si imprévue, accompagnée de si horribles détails, fut pour lui un très solennel avertissement.
La possibilité d’une fin tragique et inopinée n’est donc pas une chimère; lui aussi peut disparaître et de la même manière; Hérode lui paraît redoutable.
Quelques amis sûrs et fidèles, qu’il a conservés parmi les Pharisiens, viennent précisément le prévenir de propos tenus sur lui par le tétrarque ; Antipas, entendant parler de Jésus et de sa popularité, aurait dit : « Ce Jésus, c’est Jean-Baptiste ressuscité des morts ». Or, celui
qui a prononcé ce mot est fort puissant, et il est:
à Tibériade, où Jésus, il est vrai, ne va jamais, mais qui n’est pas loin de Capernaüm (1). Il
(1) Matth. 14; r et suiv. Marc 6 : 14 et suiv. Luc 0:17 -et SUV:
a donc lieu de se préoccuper de ce dangereux voisinage. Sans doute Hérode, aussi léger que vindicatif, ne pensera pas longtemps à ce Jean ressuscité ; mais il a des espions, des affidés, certains individus appelés les Hérodiens (1), et Jésus apprend que ces Hérodiens ont eu des entrevues à son sujet avec quelques Pharisiens décidément hostiles. Ils se sont entendus. Quelque chose se trame; et instruit par ces événements multiples, il prend des résolutions nouvelles.
I] décide avant tout qu’il ne prêchera plus dans les synagogues ; puis il renonce à sa maison de Capernaüm pour n’y plus rentrer qu'en passant, une seule fois, pendant quelques jours ou même quelques heures. Désormais il n’aura plus de domicile fixe (2) ; et il commence un ministère errant, une vie de voyages continuels sur lesquels nous sommes assez exactement renseignés. Il se rapproche tout d’abord de la frontière du Nord. C’est une sage précaution; la Phénicie lui offrirait, au besoin, une retraite
CHeMare es 10: 1212213. Matth.'22 :016.
(2) Matth. 8 : 20. Luc 9 : 58.
assurée. [l aime ‘aussi à se tenir sur la rive orientale du lac; c’est un pays fort désert sur lequel Antipas n’a aucun droit; et la Décapole pourrait à son tour être pour Jésus un sûr et tranquille abri.
Un jour qu'il s'était précisément réfugié sur le bord oriental du lac, le peuple en foule vint l'y trouver.
Ce sera son dernier jour de popularité et l’un de ceux où il se montrera le plus grand. Le peuple qui déteste Hérode, proclame Jésus son
Messie et lui décerne la royauté. Que se passe-t-il
alors dans son âme? Etre Roi! Etre le Messie national et être acclamé comme tel! c’est tout ce qu’il espère, tout ce qu’il demande. L'œuvre
de préparation qu’il a commencée toucherait-
elle donc à son terme? Non, car le Royaume doit venir d’abord. Il est le Messie, mais il doit rester humble et caché et se borner à une œuvre de préparation aussi longtemps que le Royaume n’a point paru. Si Jésus laissait faire le peuple, ce seraitune révolte, une émeute à main armée, une seconde fois l'expérience de Judas le Gau-
lonite, tout ce qu’il a repoussé à la tentation. Il se retire alors sur la montagne et passe la nuit à prier (1).
Le lendemain, plus décidé que jamais, il parle une dernière fois dans la synagogue de Capernaüm. S’emparant du symbole du pain qu'il avait, sans doute, déjà expliqué aux Douze, il parle de manger sa chair et de boire son sang; il promet de rassassier et de désaltérer ceux qui viendront à lui. Ces phrases incomprises révoltent Ses auditeurs et une crise éclate ; crise formidable où l'opposition du peuple se manifeste à son tour et vient s'ajouter à celle des Pharisiens.
Quant à lui, il va jusqu’au bout de sa pensée. Elle est nouvelle et elle le saisit d'autant plus; et, plein de la perspective d’une mort violente qui peut survenir, il tire une comparaison du pain rompu et du vin versé. Avant de manger le pain on le rompt, avant de boire le vin on le verse, et alors, il complète l’image déjà employée et il y trouve une figure de sa mort. Dès ce moment, sans doute, il a la pensée
(1) Jean 6 : 15 et suiv.
d’une cérémonie commémorant cette mort, si toutefois elle est prochaine et doit être violente.
Le peuple refuse d'entendre Jésus jusqu’au bout; il se produit chez lui ce qui se produit toujours dans la classe populaire lorsqu'on a éveillé ses espérances et qu’on ne les a pas satisfaites. À la popularité succède l’abandon, à l'enthousiasme, la haine. Le peuple a de ces brusques revirements ; la foule accuse ceux qu'elle encensait, de l’avoir trahie et trompée. Pour éviter cette crise, il aurait fallu que Jésus allât de l’avant, se laissât nommer roi; mais il ne le pouvait. Les espérances qu'il avait éveillées, reposaient sur un malentendu ; ce malentendu devait éclater tôt ou tard, et nous sommes au jour où l'inévitable rupture se consomme.
La foule déçue abandonne Jésus pour toujours.
Lui n’est pas ébranlé un instant. Et cependant, quelle douleur! et quel avertissement ! Il n’a pas réussi en Galilée ; mais alors, réussirat-il ailleurs ? Cela semble impossible, et c'est pour cela qu'il parle de chair rompue et de sang VÉSé 5 et cependant, qui sait ? la réussite sans
sa mort peut se produire encore. I] la désire, il l'espère, il la demande à Dieu ; il l’espèrera et la demandera jusqu’en Gethsémané. Mais, quel que soit l'avenir, ce qui arrivera sera la volonté du Père. Il sera donc victorieux, et même, s’il est vaincu par la plus atroce etla plusignominieuse des morts, il sera encore vainqueur, ou plutôt, il sera un vaincu victorieux. La victoire se trouvera renfermée dans sa défaite même, dans son martyre. Îl ne sait pas comment, mais Dieu est son Père, et Dieu ne peut pas être vaincu; sa causeret celle de’ Son Père sont une seule et même cause.
Chez Jésus, toutes ces idées nouvelles montent, se pressent, se succèdent et se concilient très bien. Il est convaincu qu'il abolira la Loi de Moïse et établira le Règne de Dieu. La pensée qu'il pourrait être victime de cet établissement, et de l’accomplissement d'une œuvre aussi différente de celle que son peuple attend, l’aborde, mais le Royaume ne doit-il pas s'établir par des crises, des déchirements (1)r donc, rien de surprenant à ce qu'il ait à souffrir; et, (ne Matth re "12. Luc 106 : 16.
s'il meurt, eh bien ! il reviendra accompagné de légions d’anges, et, alors, il fondera le Royaume.
A ce moment, Jésus décide de se rendre en.
Judée. C’est en Judée qu'il livrera la lutte définitive.
En même temps il devient universaliste. Sa rupture avec les Pharisiens consomme son universalisme. Il déclare qu’à partir de Jean-Baptiste la Loi n'existe plus (1). La vraie portée de: sa parole : « ne pas abolir, accomplir », lui apparaît de nouveau. Il a déjà dit qu'on ne coud pas le vieux avec le neuf et qu’on ne met pas le vin nouveau dans une vieille outre; voilà certes une notion nouvelle, un acte créateur. Tout homme de bonne volonté est fils d’Abraham (2) et la Loi n’est faite que pour les fils d'Abraham selon la chair; tous les hommes.
sont appelés à être fils de Dieu; c’est l’homme qu’il appelle et non le Juif; c’est la religion de l'humanité, les droits de l’humanité, le salut de
(1) Luc 16:16. Matth. rr : 6-13; Matth..0°: 16-1% Luc 5 : 36 et suiv.
}EuC 020:
L'ÉTÉ DE L'AN 20 HA l'humanité et non ceux du Juif qu'il prêche. Le Mosaïsme a vécu : il n’a plus qu’à disparaître.
C'est le plus enraciné des préjugés juifs qui disparaît, lui aussi, de la pensée de Jésus et pour toujours. Décidément il a perdu sa foi juive (1). De magnifiques horizons s'ouvrent alors à sa pensée : tous les hommes sont égaux, tous sont frères. Les païens aussi, même les Samaritains! Le Royaume sera aussi pour eux!
Ce qui acheva d'éclairer Jésus à cet égard ce furent ses voyages en terre païenne. Voir les « Goïm », les visiter chez eux, fut pour lui une révélation. Jusque-là il les avait peu connus et peu vus. En Galilée, Tibériade seule était
paienne et Jésus n'y allait jamais, précisément
(r) Il faut ici ne pas oublier que les apôtres restèrent pour la plupart fort attachés au Judaïsme, et qu’ils ne se
rendirent pas compte que leur maitre était allé fort loin.
Ils le crurent resté plus Juif que cela n’était. Dans son procès, Jésus fut traité de «-séducteur », et le sens talmudique de ce mot est très clair. On appelait séducteur celui qui renversait la loi de Moïse (Jérus. Sanh. 14, 16. (Babyl. Sanh. 43 a et 67 a). Dans ces passages, les Talmuds parlent de Jésus et disent quelle procédure on a
suivie contre lui. Il a été considéré comme séducteur.
258 JÉSUS-CHRIST PENDANT SON MINISTÈRE parce qu'on n'allait pas dans les villes païennes. Mais le voici à Tyr et à Sidon; il y voit des temples consacrés aux idoles et un culte organisé; il se trouve, dans ces deux villes, en plein paganisme, et c’est là qu’il achève de se dégager de l’opinion qui excluait les païens du Royaume.
Son entrevue avec une femme cananéenne (1) marque la fin de ses anciennes idées sur les païens. Il dit à cette femme qui lui demande de guérir sa fille : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël », c’est le mot qu'il disait déjà aux apôtres : « N’allez pas chez les païens, n’entrez dans aucune ville des Samaritains », et, un instant plus tard, quand la Cananéenne insiste, il déclare qu’ « il n’est pas bon de jeter à des chiens le pain des enfants. » Les enfants ce sont les Juifs et eux seuls : les chiens ce sont les païens. Et voici, c’est à ce
moment même qu'il est vaincu par la foi de
l’infortunée qui le supplie de sauver son enfant. La lumière se lève pour lui; il affirme qu'il n’a trouvé de foi pareille nulle part « même chez son peuple ». À dater de ce jour il est universa-
(1) Matth. 15 : 21-28. Marc 7 : 24-30.
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MOT 2 Ni
liste; il l’est au sens le plus absolu, c’est une notion nouvelle ; c’est encore un acte créateur.
Quels autres contacts eut-il avec les païens? Quelques semaines plus tard, à Césarée de Philippe, dans une autre de ces excursions commandées par la prudence et faites hors des atteintes d’Antipas et des Hérodiens, il vit un temple de marbre élevé par Hérode-le-Grand à Auguste, et des statues du dieu Pan avec ses nymphes.
Mais devant ces statues, le Juif était un peu comme le Musulman d’aujourd’hui dans les pays polythéistes ; il est fermé ; il semble qu'il n’y voit plus. De même le monothéisme rigoureux du fils d'Israël lui Ôôtait toute capacité de comprendre le paganisme.
Il est remarquable, d’ailleurs, que Jésus n’a jamais parlé de l’idolâtrie et du paganisme pour les condamner directement comme le faisaient les Juifs de son temps, déclamant contre les idolâtres (1).
Ce qui le frappait surtout c'était l’asservisse-
(1) Voir Sapience 13 et suiv. Dans ce livre nous avons le type de ces pédantes et inintelligentes condamnations.
ment politique des païens. Pour le Juif, le seul maître c'était Dieu. Fallait-il servir d’autres maîtres sur la terre? Jésus entendait agiter autour de lui cette grosse question depuis son enfance, et il savait que Judas le Gaulonite et d’autres l'avaient prise au sérieux et s'étaient révoltés. Il était bien d’avis que, dans un sens, Dieu seul est le maître, et il blâmait la servilité mensongère des païens qui se trahissait
par les titres qu'ils donnaient à leurs souve-
rains (1); mais il n'en voyait pas moins en eux des frères, appelés, eux aussi, et auxquels, il le dira désormais, le Royaume sera transféré (2).
C’est sur la fraternité universelle qu’il fonde son universalisme absolu. I] conçoit donc un culte universel, et pour lui aucune barrière ne sépare désormais les peuples (3). Nous avons déjà signalé les paraboles de ce temps-là : La vigne louée à d’autres (4); le fils prodigue reve-
(t}:Marc ro. +45 Lucas 25 H(2}:Matth.,21 743.
(3; Matth.:8:: 5 et SuiV.s 15122 etrSUuv- Mare 7e et suiv. Luc 4 : 25 et suiv. | 3 (4) Matth. 2141 Marche: 04 PuG20 10:
L'ÉTÉ DE L’AN 29 261 nant à la maison ; les serviteurs allant chercher dans les rues les derniers, et aucun des premiers invités qui se font excuser ne devant goûter du souper préparé. Le Royaume, qui est toujours à venir, Sera remis aux païens. « Beaucoup viendront d'Orient et d'Occident » et entreront dans la salle du festin messianique. Les Juifs seront exclus. Jésus ne dit pas seulement les païens aussi; il ne dit pas même les païens les premiers ; il va jusqu’à dire : les païens seuls.
Qu'on ne croie pas qu’une telle conception fût entièrement nouvelle. Si les voyages de Jésus en pays païens ont définitivement fixé son universalisme, si son entretien avec la Cananéenne, où il a employé les termes particularistes les plus absolus, a achevé de lui ouvrir les yeux, depuis longtemps, depuis le début de son ministère, il était logiquement mené à l’universalisme. Le fait même qu'il prêchait le changement des cœurs,la conversion à Dieu et rien d'autre, supprimait les barrières qui séparaient les peuples. Si le changement intérieur suffit, s’il n’est pas nécessaire d’appartenir à la race
202 JÉSUS-CHRIST PENDANT SON MINISTÈRE juive, pourquoi les païens ne seraient-ils pas appelés aussi? Les Juifs le sont d’abord parce qu'ils sont le peuple préféré, et, quand il dit aux apôtres de n’aller prêcher qu'aux enfants d'Israël, c'est parce qu'ils ont le droit d’aînesse ; mais il y a longtemps qu'il a dit dans une de ses paraboles : le champ, c’est le monde (1), montrant bien qu'il ne fait pas de différence entre les peuples (2).
Il fut aussi préparé à l’universalisme par cette conviction que Dieu est le Dieu de l'humanité, et non le Dieu spécial d'Israël seul ; ce Dieu qui n’est pas un être fatal, tuant, damnant ou sauvant à son gré, ce Dieu qui estle Père, est universel. Si Jésus comprend les Macchabées et Judas le Gaulonite, il s'élève bien au-dessus d'eux. Judas le Gaulonite disait : Dieu seul est le maître; il faut mourir plutôt que d’appeler quelqu'un maître sur la terre. Jésus, lui, réserve à Dieu le nom de Père et il laisse les hommes trouver des maîtres sur la terre. Les rois, les puissants, les grands sont des maîtres et il faut
(1) Matth. 13: 38.
ah Matth: 8: "ir da:525/2 9311929904
les respecter. Mais chacun a son Père dans le ciel et peut se sentir son fils sur la terre; les hommes sont tous frères, les païens sont aussi fils du Père qui est dans les cieux.
D'ailleurs, si, chez Jésus, il y a beaucoup de nouveau, il n’y acependant rien d’imprévu, rien qui ne soit préparé de longue date ; non seulement il tire l’universalisme de la deuxième partie de son ministère des profondeurs de sa conscience, et on peut en trouver l’origine dans ses premières paroles, mais encore il vient de l’Ancien Testament. Ce progrès a toutes ses
racines dans le passé, et, depuis les prophètes, la.
conversion des Gentils était une des œuvres du Messie et un des signes de sa venue (1). Seulement, Jésus a placé cette conversion des païens dans l'avenir, et ila maintenu toute sa vie la seule évangélisation des Juifs par les apôtres (2).
(1) Esaïe 2 : 2 et suiv. 60. Amos 9 : 11 et suiv. Jérémie Dr NElaelie) ne: 1: Tobie :13::113/et.suiv..Orac. OMR E3N7rS ete. Cf. Matth. 241: 14. Actes ‘15: 19;et suiv.
CNMatthonerOsirottihiet 66 "24
Sur les Samaritains ses idées avaient toujours
été très larges ; à leur sujet, il s'était de bonne heure entièrement séparé de son peuple. La haine des Juifs pour les Samaritains dépassait celle qu’ils montraient aux païens ; ils les abhorraient. Jésus, au contraire, a toujours été bien disposé pour eux. Il y a eu ici, chez lui, un esprit de réaction très net. La parabole du bon Samaritain est fort claire.
“ D’après elle, le prochain c’est tout homme, même le Samaritain. Ainsi pensait Jésus lorsqu'il allait à Jérusalem ou quand il en revenait, en traversant la Samarie.
Un jour, surtout, qu'il s'était arrêté quelques instants pour se reposer au bord du puits de Jacob, il avait eu avec une femme du pays un entretien qui avait marqué dans sa vie. Lui parler, c'était déjà donner une preuve de lar- geur ; mais le langage qu'il lui avaittenu montre bien que les tendances universalistes qui s’accentuèrent au milieu dé son ministère, et quand il entra en contact avec les païens, étaient depuis longtemps latentes dans son âme.
Depuis bien des années, Jésus embrassait ainsi dans sa pensée le monde entier dont Dieu est le Père, et croyait qu'il n’y avait qu'un culte sans date, sans patrie, le culte du Dieu Esprit, qui veut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit éteniverité (1):
. Telles étaient les pensées qui montaient au cœur de Jésus, pendant les quelques mois de l'été 20. | : Il va çà et là, il veut échapper à ses ennemis, et, en même temps, il cherche la volonté du Père et attend son heure. Résolu de partir pour la Judée, d'aller à Jérusalem même se manifester à tous, il reste, cependant, encore quelques semaines dans les contrées du Nord, caril a d'importantes communications à faire à ses apôtres. Désormais, il n’a plus rien à leur cacher, et il comprend que sa messianité n'est plus un mystère pour eux.
Un jour, alors, il les emmène sur le chemin ‘ de Césarée de Philippe, un frère d’Antipas, dont il sait qu'il n’a rien à craindre.
(1) Jean:4123; 24)
Après avoir suivi quelque temps les bords du Jourdain et traversé de grands marécages, le maître et les disciples s’éloignent du fleuve, et s'élèvent par des pentes douces sur les montagnes qui ferment à l'Est la vallée du Haut- Jourdain. Ils sortent ainsi, peu à peu, du pays d'Israël et pénètrent sur le territoire des païens. Là, Jésus est inconnu, il se sent à l'étranger, et, seul avec les Douze, l'intimité est entre eux plus grande ; il provoque la confession de Pierre: « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant (1) » ; et aussitôt après 1l leur révèle le secret qui pèse sur son âme : Il faudra qu’il meure bientôt etsa mort sera violente. Il montera à Jérusalem, et et là on le condamnera au dernier supplice. Il le prévoit, il l’annonce, il l’affirme... puis, à d’autres moments, il espèrera qu’il n’en sera pas ainsi car son peuple peut le reconnaître. ah ! si Jérusalem l’acclamait, il fonderait le Royaume et ne serait pas mis à mort |
Cependant, il faut qu'il parte.
Cette résolution de partir pour la Judée est
(1) Matth. 16 : 16.
une des plus grandes que prit Jésus. Sans doute, aucune autre issue ne lui était ouverte; mais il l'avait voulu ainsi, et ce qu'il décide alors, c’est de faire de sa mort, si elle est inévitable, le plus grand acte de sa mission.
- [est plus sûr que jamais de la venue du Royaume. Il l'annonce toujours comme prochaine, et déclare que plusieurs de ceux qui l'entourent ne mourront pas avant de l'avoir vu venir, lui, avec son Royaume ou dans son Royaume (1). Plus tard, il déclarera à Pierre, tellement il est certain de la prochaine apparition du Royaume, qu'il aura une récompense publique et éclatante en ce monde, et puis une autre dans le siècle à venir (2). Le Royaume est donc, pour Jésus, à la fois toujours à venir et toujours prochain. La prévision de sa mortn'y change rien ; et plus tard encore, quand il parlera de la coupe qu'il doit boire et du baptème de sang qu'il doit recevoir, c’est-à-dire, quand il
(1) Matth. 101281001935 124 2345 Marc 0°: r."Luc
(2) Marc 10 : 28-31. Luc 18 : 28-30. Matth. 19 : 27-29.
affirmera la proximité de sa mort violente, il dira cependant aux fils de Zébédée qu'ils pourront être assis à sa droite et à sa gauche, avoir les deux premières places, quand il viendra dans sa gloire entouré des anges, et que les Douze siègeront sur douze trônes.{1). Ce n'est pas lui qui décidera de ces places, ce sera son Père; mais il ne nie ni le triomphe prochain, ni la réalité des assises des apôtres et du Jugement qui approche, et cela, malgré sa mort et en face de sa mort, à l'heure même où il l’annonce comme certaine. Celle-ci, en effet, ne sera qu'un passage, un accident, en quelque sorte, un acte voulu du Père, sans doute, et ayant une importance capitale, mais un fait qui n'ôte pas quoi que ce soit à son espérance messianique et à sa prédiction de la venue du Royaume.
| (1): Matth: 19 ‘28 "Luc 22:50.
définitif
JR JÉRUSALEM :