‹ Jésus-Christ, prêtre et victimeChapitre 14 sur 24 · DIX-HUITIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME MÉDITATION

' Moiré-Seigneur Jésis-Chiust et les Enfanté.

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.. ... . PREMIÈRE CONSIDÉRATJQN. ' .

Sur la merveilleuse tendresse du Gœuf de ' JÉSUS pour lés Enfants. f

;; NoôS' avons médité sur l’amour si tendue y si ‘profond, si constant, si admirablement bienfait saint du. Cœur de Jésus pour toutes les âmes qui pouvaient se mettre en rapport avecsa PersOnne adorable, et qu’il daignait / admettre luiménûe en sa divine société : : ses < Apôtres.' , , ses disciples, ses amis, ses ennemis, les pécheurs,

les affligés, les pauvres; et nous avons vu, avec une grande joie spirituelle , comment tout ce qu’il disait à ces diverses âmes , selon leurs besoins si variés, ou qu’il faisait en leur faveur, soit miraculeusement, soit par la seule influence de sa présence ou de sa conduite , était digne de Celui qui donnait de lui-même cette définition touchante : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. »

Mais voici une nouvelle merveille : l'amour de Jésus pour les enfants. Le doux Rédempteur s’est occupé d’eux avec tant de tendresse, il leur a donné, en toute occasion, des témoignages Si extraordinaires de sa prédilection, que l’on serait porté à dire que c’est avec eux surtout que son Cœur si affectueux et si bon était à Taise, et trouvait ici-bas quelque particulière consolation. Nous ne pouvons pas oublier sans doute ce que nous avons dit précédemment. Il a tant aimé ses amis, et les pécheurs, et les affligés, et les pauvres, que l’on ne sait comment, après ces1 preuves d’amour, on peut parler de prédilection singulière pour d’autres âmes. Mais il y a dans le Cœur de Jésus « une multitude d’abîmes (1). »

(1) Abyssus multa. — Psaume xxxv, 7.

.. . DE LA. ViÇ JPUBUQUE. - ' 335

Lespéçheurs,les misérables, ceux qui souffrent, ; ont leur place dans ces profondeurs immenses; les, chers petits enfants aussi. Et nui ne peut,* disconvenir que Jésus semble leur avoir réservé » leur place en son Cœur si vaste ; avec une ten- ; dresse mêlée de plus de joie et de suavité. ' ; {

, iNpqs affops voir, ae que Jésus; disait et fjaisaitj pour eux. Ces citations et ces, extraits des saints Evangélistes pourraient, être appelés YEvwgiteb d$f, petits Enfants. - ;,;/«*/ c- :■ a' ÏUesiappelait à lui, il leur prodiguaitœes tendress.es, — il les . proposait pour modèles,. i*r ?, il; les défendait — et les justifiait. ; • .? r.- .>•,$ z

..Je Il ies,r.appelaH' à lui.. -ss 11 arriva qu’un 0 jour , on amena â JÉSUS de petits ; enfants., Ptu»-; sieurs m.éme étaient portés dans les, bfastde leur a mère, et on les lui présentait afin-qd-it les tou- • cljât, leur imposât les mains, etr les bénît.' Mais>j sfts diecàplesj-, les voyant approcher de Jésus, les;: rebutaient et menaçaient même , avec des paroles dures , ; , ceux qui les lui amenaient. Ils n) avaient pas encore compris l’esprit si doux du , Maître qui; les avait élus; et c’est pourquoi jlsx se conduisaient de la sorte. Mais JésüB' ne le1 put souffrir ; « il en éprouva de l’indignation, dit saint Marc , ,» et appelant près, 4e,, lui.

tous ensemble , ces petits enfants , il dit à ses disciples :

: : es Laissez venir à moi les petits enfants et ne les repoussez! pas. Car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »

' <i Je vous le dis en vérité , quiconque ne recevra point le royaume de Dieu, comme un petit enfant, n’y outrera point (i). >

IL Jésus «prodiguait aux enfants ses ten* dresses. Quel tableau que celui que tracent les Evangélistes ! :

.«J « Jésus, les embrassant et lesbénissant, leur imposait les mains. »

« Il appela un petit enfant , et le prenant par la main, il le plaça au milieu de ses disciples, près de lui y et l’ayant embrassé , il leur dit : uc Quiconque s’humiliera comme cet enfant , tsera le plus grand dans le ROyaumè des Æieux (2). » - 1 ■

j O doux et attrayant Mystère ! LeDiEUéterriel venant en' ce monde j vêtu de notre humanité , mais toujours le Dieu de gloire, de majesté infinie et de • toutë-puissance * • s’inclinant vers

(1) S. Matthieu, xix, 13. — S. Marc, x, 13. — S. Luc, xvm, 15. — (2?) Ibid.

ces humbles existences, vers ces visages ^enfants, et « les embrassant, les bénissant, leur imposant les mains!... » Ce n’est plus seulement le sublime, c’est l’adorabLe ; c’est le ravissement de l’âme que la vue d’un spectacle si beau, si élevée si pur, si saint, enlève, transporte et fixe dans la plus haute et la plus douce des contemplations. Tous les Mystères de Jésus opèrent de tels effets ; mais celui-ci répand dans l’âme une tendresse, une douceur, une joie, qui ne semblent pas avoir d’égales.

> Voyons la Suite, Nous dirons bientôt comment s’explique cette merveilleuse prédilection du Cœur de Jésus pour des petits enfants. *

III. Il les proposait pour modèles. — Un jour que les disciples voyageaient avec NotrerSeigneur,il leur vint le désir de, savoir lequel d’entre eux était plus grand que les autres , et ils en disputaient ensemble. Mais Jésus, qui marchait ayant ^ vit les pensées de leurs coeurs., et lorsqu’ils furent arrivés à la maison où ils allaient, il leur demanda : « De quoi dispuliezvous ensemble le long du chemin ? » Ils demeurèrent dans le silence et n’osèrent pas lui dire quel avait été 1e. sujet de leur discussion. , Alors Jésus s’assit, et il appella les Douze, et

caux-pi ■ «pproçhsuiM: ; lui .dirent : ; c Qui est , Vpen* t see-vqus, le plus grand dans le royaume du- Ciel? » La question dut être faite un peutimi- . dejnenL r.Les ; Apôtres., pouvaient s’attendre à n’être. pas: approuvés dans leur prétention à la primauté. Jésus répwdit: • > i

A Qttioomiue voudra êtrecle puemier , qtt’il se,, place le dernier, et se fasse le- serviteur détails. » . : ; i.:

; Et afin de rendre plUs sensible son ense^ie-;; ment, il appella un petit enfant (heureux enfant!-);1 etiljVe^pritpar la main, et déplaça; au milieu dieux* prèsde lui* etil’ayaotembiasséyil leur d ji : '<■ . s. En vérité,, je vous l’assure) si voua ne, vôüs j côDvertjssez. et devenez; sêmblables à de, petits" eûfaots* vous m’eu tserëzpoint dans' te royaume;: des Gieux. Quiconque s’humiliera (commence!: petit enfant, ç’eat celui-là qui est leplus grànd dans le royaume' desv CieuX. » f i . , ci ■ ~i ru cPuislili'ajouta : Quieonquacneçait eru mon

notn an de ces petits enfants , me reçoit 'moi*-,, même petpme recevant, ce n’est pas moi Seuley< ment qu’il reçoit mais.Çelui qui m’aenvoyé. ’Uri » Celui qui sera le plus petit parmi vous, c’est celui qui.sera le plus grand; et quiconque donnera seulement un verre d’eau froide en mon

DE LA VIË PÛBLIQUE. T 339

nom, à vous ou au plus pbtit dô ces enfants , je vous le dis en vérité , il ne perdra point sa récompense (1). ï> • < ' ;

Notre salut est donc attaché au zèle avec le- 1 quel nous nous appliquerons àreôSOmblèf à éès humbles créatures, et à leur faire du bien. Mais i que serait-ce donc , si nous avions le malheur de les;seandaliseir? » ^ , !

IV. Jésus prononçait de redoutables sén^ tenees contre ceux qui les scandalisent. — ^ Il disait n •. ' h

a Malheur au monde à cause de ses scandatlés f * Si quelqu’un vient à scandaliser un seul de ces * petits enfants qui croient on moi, il vaudrait mieux qu’on lui attachât au cou une meule de ^ moulin et qu’on le jetât dans le plus profond delà mer. » 7 ■. . ■ ; >'• )

j c Prenez bien garde de ne mépriser Ijamais 3 aucun de ces petits enfants , car j je vous le dis ; en vérité, leurs anges dans le Ciel, voiént sans cesse la face: de mon Père céleste ; et c’est : la» 1 volonté de mon Père que pas un seul de ces 1 petits enfants ne périsse (2}v » . , : * .r

.1 , ' . r . 1 -, ■ ü:',' . v jj'r :y

(ïj S. Matthieu, xvm, 1; x, 42. — ~S. Marc, ii, 35. —

S. Luc, ixy 46. — (2) S. Matthieu, xvin, 6, 10,14. < < '»

V. Dans d’autrës occasions, Jésus se faisait leur avocat ët’leS justifiait devant les hommes: Nous avons une preüVe singulièrement intéressante de Cétte tendre sollicitude du' bon Maître; à la Veille rtïènie1 dè ! sa Passion . C’est le lundi dë la Seniaïne Sainte que’ le fait d lieu. Jésus arrivant au Temple; en troüvé les abords et les dépendances encombrés et profanés par des vendeurs , des acheteurs et des changeurs d’èr-* gent. Saisi de douleur à la vue d'un tel abus, fl chasse tout ce monde avec indignation; et Tem verse même les tables et les sièges. Persôèné n’ose lui résister ; son triomphe eët cOmpîet. Les enfants, ses aifiîS, en sont témoins, et pleines d'enthousiasme et de bonheur, ils poussent dëà cris de joie, disant ‘. « Hdsannà au FilS de David! » ce qui Signifie : « Gloire aü Fils de David ! » où encore : « Vive le Fils de David! 5> Ils étaient apparemment très nombreux, et leurs acclamé tionS se faisaient entendre aVeC uhe sorte d’éclat; car les Pontifes et lès Prêtres, « Voyaht les rriër- Vëilles que Jésus faisait , dit saint Mathieu (1); et les enfants qui criaient et chantaient dans Té Temple : « Hosânna au Fils de David! » en

(1) S. Matthieu, Xxi, 15. ' ■ .-n ' m

furent irrités, et dirent au Seigneur : « Entendez-vous bien ce que disent, ceux-ci ? (Pommes misérables et que leur jalousie rendait ridicqles, ils s'en priaient à la joie et à l'enthousiasme des petits enfants !) Jésus daigna leur répondre, et il se lit l’apologiste delà joyeuse et si aimante petite troupe : « Oui , je les entends, réponditr il avec suavité. Vous n’avez dpnc. jamais lu cptte parole , de l’Ecriture,: « C’est de la bouche des petits enfants et de ceu^.qui sont à la mamelle que vous, avez tiré , Seigneur, la louange lajjilus parfaite (1). »

Ces paroles que Notre^Seigneur emprunte au Ifaaume vin® ont, fait , penser à saint Jérôme qq!il y avait dans cette gracieuse foule, des enfants 4e tout âge, que quelques-uns môme étaient portés au sein de, leur mère, etque ceuxçi comrne.les plus grands chantaient miraculeusement les lpuanges du Rédempteur (2). Quelle cj^mantp, scpnp ! Elle dut être une bien donne eomsolation pour le Cœur de Jésus, ap milieu datant de pujets.de tristesse. Hélas 1 quelques jours après, montant au Calvaire , ehqrgé de ^

(1) Psaumes vm , 3. — (2) Lib. iv. Gomment, in Matth. in Brev. Rom., ix lect. octav. S. Stephani.

‘ croix* il devait* donner h ces chères petites finies un souvenir > de son Cœur; mais c? était pour prédire h leurs mères les grandes désolations dont leurs enfants seraient plus tard témoins, après avoir grandi, quand Jérusalem, la cité déicide, verrait ses ennemis l’environner de toute part et la prendre et la réduire en servitude. « Ne pleurez pas sur moi, disait-il, mais pleurez, sur vous-mêmes et sur vos enfants. Car ils viendront bientôt les jours où l’on dira : « Heureuses les stériles et les entrailles qui n’ont point porté d'enfants, et les mamelles qui n’en ont point allaité î » C’est alors qu'on entendra ce cri : « Montagnes, tombez sur nou$!

, ;collines, écraâez-nous (1)1»

C’est ainsi que Jésus, avec un Cœur toujours tendre, compatissant, rempli d’amour, maâs hélas ! abreuvé d’amertume , dans la prévisiôn de l’avenir , s’occupait de ces innocentes et humbles créatures , accomplissant la parole*du Prophète : « Le Seigneur est miséricordieux * il est juste, il est compatissant ; il est le gardien des petits enfants (2). »

’ 'tl) S* tue, xxiii, 28. — (%) Cüstodims parmlos Dominus. Psaume tas tf, A ^(6. j • '• <

> (Rendons-nous compte maintenant dé ce qui -le portait (s’il plaît à son Cœur de nous le révéler) -à. donner à ces chères âmes d’enfants tant d’amour. . f» ->■

" ' ' DEUXIÈME ÇONSIDÉRATION.

:.i ; : ; - Comment s'explique cette merveilleuse tendresse de JÉSUS pour lés enfants.

. L Jésus n’oubliait point ce qui s’était pissé ,iaux premiers jours de sa vie mortelle, quand la - fureur d’Hérode s’était armée contre lui. Il avait ; pu se soustraire à sa rage: insensée; mais que d’innocents avaient été immolés à sa place ! “-*11 : avait, tout petit enfant qu’il était lui-même, la ^plénitude de son intelligence , et il avait été témoin des moindres circonstances de ce douloureux, événement : ces cris des enfants et des jiinèresv ce, sang versé* ce carnage épouvantable. ,;§on Cœur en avait été brisé ; et, parce que ces humbles petits êtres périssaient ainsi à cause de lui , son Cœur si bon éprouvait une affection plus sensible, plus intime pour eux.

w En, même, temps , il voyait (en eux un rapport particulièrement touchant avec son.étot de iVic-

time. Gomme cette mystérieuse et sainte qualité de Victime devait être le grand caractère de sa vie, il considérait, avec émotion, que ces petits enfants étaient victimes avec lui. Cet aspect du martyre des saints Innocents n’a pas échappé à l’Eglise et aux Pères. Saint Augustin dit : « Dès que le Seigneur vient au monde , voilà des victimes innocentes qui lui sont offertes. Il fallait d’abord que ces petits agneaux fussent immolés ; ils étaient les précurseurs de l’Agneau qui porte les péchés du monde et qui devait être crucifié (1). » Les commentateurs disent « que cet événement eut lieu vers la fête de Pâques, et voient, dans cette coïncidence , un rapprochement très digne de remarque entre l'immolation des enfants et l’immolation du Sauveur , qui devait se consommer trente-deux ans plus tard, à cette même époque. L’Eglise, dans son hymne de la fête des saints Innocents, les appelle aussi <c les premières hosties du Christ et un tendre troupeau de petits agneaux immolés (3).»

Or, le doux Rédempteur n’oublia jamais que

(1) Ap. Corn, h Lap. in Matth. , u. — Brev. Rom. in oct. SS. Innoc. — (2) Id . Corn, à Lap. , ibid. — (3) Vos, prima Christi victima, — Grex immolatorum tener .

fe enfants avaient été ainsi ses premières victimes et ses premiers martyrs ; et durant les jours de sa vie publique (qui pourrait en douter ?) il reportait toute l’affection, la tendresse, la douce compassion qu’il avait eue , pour les enfants des environs de Bethléem , sur les petits enfants de la Judée , de la Galilée et dé la Samarie , qui, eux aussi , à leur manière , se' montraient si dévoués au divin Rédempteur,' qui le cherchaient partout , même dans lés mon-1 tagnes, comme l’Evangile nous l’apprend (1), et qui l'acclamaient, alors même que ses ennemis le poursuivaient de leur méchante haine.

IL Saint Léon donne une seconde raison de la prédilection de Jésus pour cet âge si tendre.

« Jésus , dit-il , aime l’enfance , qui a été son premier état en venant en ce monde , parce que l’enfance nous enseigne l’humilité, et qu’elle est la règle de l’innocence et l’exemplaire de la douceur. Le Christ aime l’enfance, parce qu’elle apprend aux grands eux-mêmes et aux vieillards ce qu’ils ont à faire pour leur salut , les mœurs qu’ils doivent avoir, et que, les déterminant de la sorte à suivre ses exemples, renfarice' les

(1) S. Matthieu, xiv, 21.

élève à la participation du royaume éternel (1). »

Ces paroles du saint Pontife sont le commentaire de l’oracle du divin Maître : « Si vous ne devenez semblables à de petits enfants , vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

On comprend que leur candeur , leur simplicité , leur doux abandon à quiconque est bienveillant, la confiance qu’ils donnent sans arrière-pensée , leur obéissance, tant de charmantes qualités que l’on rencontre dans un enfant bien né , l’admirable pureté intérieure des plus jeunes , le doux spectacle de la grâce divine que rien n’a pu encore ternir (car il y avait dans l’ancienne loi, avant l’institution du Baptême , une cérémonie qui donnait aux enfants l’état de grâce), on comprend , disonsnous, que tous ces trésors célestes, dont il était d’ailleurs lui-même le Principe et l’ Auteur, attirassent suavement le Verbe incarné , « le Saint , l’Innocent, l’immaculé, » comme saint Paul l’appelle (2).

Mais tous peut-être n’avaient pas conservé leur innocence ; quelques-uns , au milieu de ce

(1) Ap. Corn, à Lap. in Matth., ii, 16. — (2) Ep. anx

Hébr., vu, 26.

monde cfui se pervertissait toujours davantage , avaient peut-être été flétris.

C’était alors pour le Cœur de Jésus une autre sorte d’attraits. N’était-il pas l’Agneau qui portait sur lui les péchés des petits enfants, comme de toute créature humaine? Il allait donc à ces pauvres âmes déjà souillées, afin de les purifier et de les ramener à la sainteté de leur première innocence... Il est si triste de voir une âme d’enfant profanée. C’est un spectacle Si douloureux que cette ruine prématurée , cette désolation qui succède si vite aux saintes profusions de la divine grâce 1... Le Cœur de Jésus saignait, et il voulait au plus tôt réparer ce mal , réhabiliter ces existences humiliées. Ses embrassements étaient ceux du père qui presse sur son cœur son fils menacé de mourir, et ses impositions de mains , une sorte d’absolution. Àh ! que de sens profonds et merveilleux dans ces paroles : « Laissez venir à moi les petits enfants !... »

III. Il disait : « à moi ! » c’est-à-dire à leur véritable ami, à leur bienfaiteur, à leur protecteur , à leur Sauveur. Nous ne doutons pas que , lorsque Jésus disait cette parole, il n’eût un sentiment particulièrement douloureux de ce qu’était alors, dans le monde, dans le vaste

monde païen, l’état de ces pauvres petites créatures. Ce que disent les écrivains de l’antiquité grecque et romaine du sort qui leur était réservé , si leur naissance contrariait leurs parents, jette la désolation dans le cœur. Les premiers apologistes delà religion, saint Justin, Tertullien , qui reprochaient aux païens , aux magistrats eux-mèmes cette cruelle conduite , entrent dans des détails navrants : « Parmi ceux qui m’entourent et qui ont soif de notre sang , disait Tertullien , y en a-t-il qui n’aient pas donné la mort à leurs enfants ? qui ne les aient pas noyé, fait périr de froid, de faim, de misère, et jeté en pâture aux chiens et aux oiseaux de proie (1) ? »

C’est ce qui se passait dans le monde civilisé de Rome et delà Grèce. Mais ailleurs que d’autres sujets de tristesse ! Nous ne pouvons nous arrêter à les retracer ici. Ce que racontent les Annales de la Sainte-Enfance de la barbarie des Chinois nous donne une idée de l’état malheureux de ces enfants, partout où le vrai Dieu n’était pas connu.

(1) Tertullien, Apologétique , ix. — S. Justin, 4r* Apologie, xxvii. — Minutius Félix , Octavius.

Eh bien ! le doux et miséricordieux Rédempteur voyait dans son infaillible science cette universelle iniquité, cet avilissement, ce mépris de leur vie , de leur innocence , de leur âme ; et, contemplant avec amour , à ses pieds , dans ses mains,, sur son Cœur, ces charmants petits êtres si privilégiés, qui se pressaient , avec tant de joie, autour de sa Personne adorable, il leur prodiguait, semble-t-il, tout ce qu’il aurait voulu donner à tous : des tendresses et des bénédictions sans fin.

IV. Mais si ces chères âmes d’enfants étaient actuellement protégées contre la perversité des hommes, par les bénédictions du très doux Rédempteur,en serait-il toujours ainsi?... Seraientelles toujours fidèles, toujours pures?... Il semble qu’on pouvait espérer que la prédilection du Verbe incarné les préserverait de tout mal et leur assurerait, pour l’avenir, une vie de vertu et même de sainteté. Et de fait, si une tradition très ancienne ne nous trompe pas, le béni petit enfant, que Notre-Seigneur appela auprès de lui, lorsque les Apôtres se disputaient ensemble sur la primauté , et qu’il fit placer « au milieu d’eux et qu’il embrassa » si affectueusement , aurait eu un avenir bien beau. Cet enfant serait saint

Martial, plus tard disciple de saint Pierre et apôtre de Limoges, de Bordeaux et de Toulouse (1). Plusieurs autres sans doute devinrent, en grandissant, des chrétiens pleins de zèle, pour la sainte cause de leur divin Bienfaiteur.

Mais un grand nombre ne fut-il pas infidèle? Quelqu’un qui avait reçu infiniment plus qu’eux, le malheureux Judas, ne répondit pas à l’amour de son Maître. Les abîmes de la malice, de l’ingratitude ou de l’inconstance du cœur humain sontd’insondables mystères. Si Jésus vit d’avance la chute de plusieurs , son Cœur les bénit avec une effusion plus abondante et plus tendre, voulant multiplier ses grâces , pour écarter le plus longtemps possible le danger , le conjurer même, s’il se pouvait, et préparer, avant le terme de la vie , un retour de leur cœur à son Cœur qui les avait tant aimés...

V. Le regard de Jésus se porta plus loin que la scène présente. Il vit dans ces petits enfants les enfants de tous les siècles. Il nous vit, nous

(1) Putatur puellus hic , ait Jansenius fuisse S. Martialis , qui posteà discipulus Pétri , etc. Cornel. à Lap. in Matth., xvin, 2.

qui lisons ces lignes. Il nous vit à cet âge si beau qui précède le premier usage de la raison. Alors tout est lumière, paix, vie céleste et divine, et cc son regard se fixa sur nous (1), » comme parlent les Livres saints ; et son Cœur se dilatait' dans l’amour. C’était son œuvre et cette œuvre était parfaite... Il nous vit ensuite, après le premier usage de notre raison, quand nous avions quatre ans, quatre ans et demi, cinq ans, six ans...

Mais que vit- il alors?... Une grâce première s’embellissant sous l’action des grâces actuelles incessantes : grâces de foi, de confiance dans la prière, de reconnaissance, de fidélité?... C’est en cet état qu’il vit les âmes saintes des petits enfants. Mais que vit-il en nous? Qu’était devenue notre première grâce, menacée, attaquée, à tout instant compromise par des passions naissantes : la duplicité , la colère , la sensualité , le jalousie, tout ce qu’engendre l’amour-propre , un fonds nativement vicié?... Hélas! qui sait s’il ne nous vit pas de bonne heure sous l’empire du péché mortel?... Quel mystère que celui de la perte de l’innocence baptismale dans un si grand

(I) Firmabo super te oculos meos. Ps. xxxi, 8.

nombre d’enfants!... Miséricordieux Pasteur des petits agneau*: de votre bergerie ! Agneau Yous-même, qui portez les péchés de tous! douce Victime, qui n’avez d’autre désir que celui de vous immoler pour laver, dans votre Sang immaculé, ces âmes sitôt souillées, dégradées, avilies... O Jésus ! vous nous vîtes avec nos défauts, nos passions déjà vives, nos péchés véniels, si multipliés qui ruinaient, comme des vers rongeurs, les premiers fruits de votre libéralité divine... Hélas! hélas ! ce sont peut-être des péchés mortels hideux que vous 'eûtes la douleur de voir dans nos pauvres petites âmes, en apparence gracieuses, belles et pures ; votre regard voyait la mort là où la vie paraissait si vivante , si attrayante et si aimable... Pardonnez-nous la vive peine dont votre Cœur a souffert, à cette douloureuse vue ; et ayez pitié de cette enfance qui n’a pas fait honneur à votre Rédemption , à votre amour, à la prédilection dont vous avez usé envers nous , quand tant d’autres enfants, dans les pays infidèles , ou hérétiques , ont été comme délaissés !.,. non , pas délaissés , ô mystérieux Sauveur des âmes ; mais manifestement beaucoup moins privilégiés.

Vous nous avez vus avec nos infidélités ; et nous nous humilions de ce que votre regard a découvert dans, le secret de notre première vie.

Mais ce même regard s* est arrêté aussi à ces autres âmes d’enfants qui nous entourent, dont nous sommes chargés, ou vers lesquelles nos cœurs se portent, sous l’empire de la charité. Vous les avez vues , à travers l’espace et le temps, des bords des lacs de la Palestine , des montagnes et des plaines, partout où la foule des petits enfants israélites vous arrêtait, se pressait , demandait votre bénédiction , l’imposition de vos mains. En eux, vous voyiez ceux qui nous environnent , qui nous préoccupent , qui font notre joie , qui sont l’objet de nos sollicitudes et de nos craintes. Vous les voyiez alors ; et vous ne cessez de les voir des profondeurs de vos Tabernacles. Car vous vivez toujours parmi nous, toujours bon, incliné à bénir, disant toujours : « Laissez-les venir à moi ! > Votre regard, votre cœur, tout ce que vous êtes, ô Jésus , ô notre Dieu, ô notre Hostie 1 est occupé de ces enfants. Plus encore que pour les petits de la Galilée et de la Judée, vous êtes libéral , affectueux et tendre. Ce ne sont pas seulement des bénédictions que vous leur

3^4 MÉDITATIONS . SlfR LES MYSTÈRES

pjr^parez ; ce n’est, paslf seulement votre main imposée sur leur tête et vos bras les pressant sur votre Cœur,, qui sont les signes de votré aimour. C’est le, Mystère incomparable, plus <*tonnanl que .tous les grands prodiges que vous faisiez durant les jours de votre vie mortelle , \e Mystère de la Communion, que vous leur réservez. Ils recevront, dans quelque temps , cette grâceimmense > incompréhensible. Ce dessein de l’amour de votre Cœur n’a point de nom dans le langage de la terre. Soyez éternellement béni, ô Sauveur, ô Ami des enfants, ô yictime, ô Hostie ! ô( Agneau très doux ! qui: vous donnez en nourriture aux plus petits dub troupeau mystique ! Préservez les plus jeunes , ceux qui gardent encore leur innocence baptismale. Dçnnez-leur de telles bénédictions, de tels secours, entourez-les de dévouements si constants, si affectueux;, si fidèles* ménagez-leur des conseils, des encouragements, toutes sortes^ d’inffuences, saintes , si efficaces , que rien n’altère, que tout confirme, élève , ennoblisse et fasse resplendir d’un plus bel éclat, à vos yeux, ; la glorieuse et royale beauté de leur grâce première.

Mais si cette grâce est altérée, ô unique Espé-

rance de ceux qui vous ont offensé, réparez tout, pardonnez tout. Qu’ils deviennent et qu’ils demeurent comme ceux dont parle la sainte Liturgie de l’Eglise : « Ceux-ci sotit des agneaux renouvelée qui entonnent Yallelûia. Ils viennent depuis peu des fontaines (Où toute purification ^accomplit), et ils sont brillants dé clarté. En présence de l’Agneau , ils sont vêtus de robes blanches, et ils ont des palmes dans leurs mains, et ils sont brillants de clarté (1). »

N’oubliez pas ceux qui naissent dans le schisme et dans l’hérésie. Si le Bâptême qu’ils reçoivent est celui de votre Eglise, ô mîsëricor- ' dieux Rédempteur! soyez béni de toutes les bénédictions des anges et des saints ! Inspirez aux ministres des fausses religions de conférer le sacrement, avec les dispositions et le rite qui seuls le rendent efficace.

Ayez pitié des enfants qui viennent au monde dans les pays où règne l’infidélité, dans les familles juives, parmi les musulmans et les idolâtres. Quel sujet de désolation que l'état de cés pauvres petites créatures, si elles meurent avant d’avoir reçu le saint Baptême !

(1) ln off. oct . Paschœ.

Ayez pitié de ceux qui, naissant dans les pays catholiques, appartiennent à des familles impies. Mon Dieu ! mon Dieu ! ayez pitié du sort de ces âmes qui semblent condamnées à mourir, si tôt après avoir reçu la vie! Hélas! plusieurs ne reçoivent même pas la vie, la vie que donne le Baptême, par un effet de la malice impie de leurs parents ou de leur lamentable indifférence. '

Ayez pitié des pauvres petits êtres qui n’ont pas encore paru à la lumière du jodr , et que quelque malheur fera mourir dan9 le sein de leur mère. Faites quelque miracle, ô tout-puissant Sauveur des âmes î Ayez pitié l Envoyezïeur vos anges, où bien qu’ils aient un seul instailtj^avéc la lumière de la raison* celle de votre divine grâce, pour qu’ils puissent désirer d’être à vous, qui êtes si douloureusement et amoureusement mort pour eux. Tibi derelictus est pau per, orphano tu eris adjutor ( 1).

Que le Cœur de Jésus ait pitié de tous les petits enfants ! Que le Cœur de Marie les couvre de sa tendre protection! Que les puissants Auges gardiens les préservent de tout danger!

(1) Psaume x, 14.

Providence infinie de Dieu, en faveur des petits enfants, multipliez, multipliez vos prodiges et vos miracles, vos grands miracles! j..

troisième considération.

Sur quelques paroles de Notre- Seigneur JBSÜS-

CHRIST relatives aux petits Enfants.

. . . :fl

l. — x< Laissez venir à moües petits, Enfants* et ne les repoussez pas. » .

Un ancien Père a dit que « l’â me est natu^ Tellement chrétienne (1). » Il n’est donc pas étonnant que l’enfant qui, de sa nature, est simple et confiant soit porté vers Dieu, et;lee choses de Dieu , pour peu qu’on ; lui vienne en aide. Facilement il prie, il reçoit renseignement des mystères de la foi , il est incliné à vénérer et à aimer le Prêtre- Les secours que nous lui donnons, pour qu’il soit ainsi tourné yers çp qui est de la religion et de la foi , lui est certaine? ment fort utile, nécessaire même ; mais il faut reconnaître qu’il y est principalement prédis*

(1) Tertullieü.

posé par la grâce de son Baptême et par l’assistance de son Ange gardien.

Heureux l’enfant qui va ainsi à Dieu, à Jésus, à ses mmiétries! Son avenir sera béni , et l’affaire de son salut se fait déjà d’une manière admirable.

« Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les repoussez pas. » Oh ! grandes et touchantes paroles, qu’il est plus nécessaire que jamais de comprendre et de mettre en pratique î Quel temps douloureux que le nôtre , à cause des projets abominables des impies! Ils veulent s’emparer dés enfants , comme d’une proie ; ils veulent être les maîtres de leur intelligence, de leurs cœurs, de leurs âmes. Ils ne cc les' laissent plus aller à Jésus, fc ils <t les repoussent » loin de son Cœur , de sa grâtee , de soh Eglise , de son sacerdoce , de son pardon, de ses bénédictions, de sa Sauvegarde. Ils ont juré de les perdre ; ils les perdront infailliblement poiir l’éternité , en leur refusant les enseignements de la foi, la connaissance des mystères de Jésus et de ses Sacrements , et tout ce qui prépare Pâme à paraître devant son Juge à l’heure de la mort.

Hâtons-nous de prier, avec des cris intérieurs ,

avec des, larmes, pour les petits enfants, pour qu’ils soient préservés de l’effroyable malheur qui les menace , pour que les desseins de leurs ennemis soient déjoués et confondus , pour que Jésus soit connu et , aimé d© leur âme, pour qu’ils soient heureux en ce pauvre exil , > jouissants des consolations de la foi, et heureux dans d’éternité, après une vie de mérites. .J

, Prions pour eux, mais donnons aussi avec abondance, avec largesse nos aumônes pour que, soustraits aux mains criminelles des impies, ils puissent être confiés, dans les salles df asile, , 4ans lee écoles chrétiennes , à des cœurs dévoués, pleins de charité et de zèle, qui les portent à Dieu , à Jésus , à son amour , à ses bénédiction^ à spn Eucharistie, et qui les fassent jouir de : la , douce liberté de ses enfants et de ses .amis. ,

, Donnons aussi tout ce que nous avons d’influence , d’autorité , pour atteindre ce but* ÎJe . nous épargnons pas. Les plus grands intérêts .sont en cause. Et le Cœur de Jésus, ce Cœur qui ne cesse de dire : « Laissez venir à moi les petits enfants, » mérite, à des milliers de titres, que nous lui donnions cette consolation quUl désire si ardemment. ,

IL — « Si quelqu’un vient à scandaliser un de ces petits enfants qui croient en moi , il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attachât au cou une meule de moulin et qu’on le précipitât dans la mer. »

C’est une effrayante parole. Malheur à qui elle s’applique!... Hélas! combien qui ne l’entendent pas ! Qu’il plaise à notre Maître de nous en donner l’intelligence !

Scandaliser un enfant, c’est le porter au mal, soit qu’on veuille le faire directement et par malice (ce qui est un crime que l’enfer seul peut inspirer), soit qu’on le fasse indirectement et comme par insouciance.

Gn le scandalise soit par les paroles que l’on dit , soit par les actes que l'on fait , soit par les enseignements mauvais qu’on lui donne , soit par divers conseils, exhortations, suggestions, qui sont de nature à le déterminer à faire mal.

Rien qu’à dire ces choses , un frisson gagne le cœur, et l’on sent douloureusement la justice et la vérité de l’anathème du Dieu toutpuissant contre ceux qui se rendent coupables de si grands crimes.

Qu’est-ce que l’âme pure encore d’un enfant

qu’on scandalise ? C’est un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’amour de Jésus. Mais vouloir décrire une telle merveille , c’est vraiment vouloir l’impossible. L’Esprit-Saint est en lui comme dans son royaume , l’Esprit-Saint avec ses dons et ses grâces. Cette présence divine fait de l’âme de l’enfant baptisé un paradis. Ces dons, ces grâces, sont un trésor de vie, de magnificences, de beautés, de splendeurs dont rien ici-bas, ni la plus riche nature , ni le plus beau ciel, ni les plus étonnantes et les plus glorieuses œuvres du génie ne peuvent nous donner une idée. L’âme qui porte encore l’innocence de son Baptême, est plus admirable aux yeux des anges et aux yeux de Dieu même qui ne peut se tromper ; plus admirable , disons-nous, que tous les biens, les trésors , les œuvres quelles qu’elles soient de l’ordre naturel, et non-seulement que tous ces biens et ces trésors existants, mais tous ceux que la puissance même de Dieu peut réaliser, dans ce même ordre de là nature. Et la raison de cette vérité est que tout l’ordre naturel existant ou possible ne vaut pas une goutte du Sang de Jésus-Christ ; et c’est tout le Sang de notre Dieu qui, répandu

sur l’âme de l'enfant baptisé, l’embellit de cette manière ineffable.

Il y aurait bien plus à dire sur ce grand sujet. — La grâce présente est la semence de la gloire future. L’enfant est réellement fils de Dieu. « S’il est fils, il est héritier de son royaume céleste, et par conséquent cohéritier de Jésus- Christ (1). » Sa dignité est donc au-dessus de toutes les dignités humaines de la terre.

Eh bien 1 scandaliser un enfant, le porter au mal, au péché, au péché mortel, c’est ruiner cette œuvre admirable et toute divine, c’est avilir cette dignité merveilleuse, c’est anéantir toute cette vie surnaturelle, cette gloire, ces sublimes magnificences... Quel outrage fait à Dieu! Quelle cruauté envers l’enfant!... Que peut-on comparer à ce crime?...

C’est pourquoi Jésus irrité dit : « Malheur au iponde à cause de ses scandales ! Malheur à l’homme par qui le scandale est commis!... U serait meilleur pour lui qu’on lui attachât au cou une meule de moulin et qu’on le précipitât dans la mer. » Il disait que ce châtiment serait c meilleur pour lui, » bien qu’il ait un caractère

(1) Epître aux Rom , viii, 17.

DE LA VIE PUBLIQUE, de grande ignominie ; parce qu’il pourrait être l’expiation temporelle de son crime, lequel, en vérité, ne trouve de châtiment digne de lui que dans les plus profonds abîmes de l’enfer.

Nous venons de supposer que l’enfant scandalisé est en état de grâce ; mais s’il porte déjà en lui le péché mortel, le scandale est-il un crime moins odieux? Il ne l’est pas moins. Scandaliser l’enfant déjà coupable, c’est accumuler ruines sur ruines ; c’est creuser de nouveaux abîmes sur des abîmes déjà profonds; c’est consacrer et concourir à rendre quelquefois irrémédiable un mal déjà immense.

O Jésus 1 ayez pitié de nous ! Préservez-nous d’une si révoltante iniquité ! O Victime ! ô Agneau ! ô l’Ami des petits enfants ! Protégezles par la vertu de votre Sang, contre la malice, la perversité des méchants, et la cruelle indifférence, pour leur état de grâce , qui existe en plusieurs, en leurs parents, en des maîtres chargés de les instruire , indifférence dont les, résultats sont quelquefois aussi déplorables que ceux des plus grands scandales !

III. « Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants, me reçoit moi-même, et me

recevant, ce n’est pas moi seulement qtf il reçoit, mais Celui qui m’a envoyé. »

Recevoir , c’est accueillir avec bonté, avec déférence, avec honneur, suivant lès occurences. L’enfant mérite cet accueil. Toutes sortes d’égards lui sont dus. Au milieu de la corruption païenne, plusieurs bons esprits l’avaient dit (1). La foi nous apprend qu’il est fils de Roi, et qu’il est destiné à régner. Mais, en attendant qu’il possède son royaume, il a toutes sortes de besoins. C’est pourquoi, ce le recevoir, » c’est encore compatir à ses nécessités, à ses misères, à ses peines d’esprit , de cœur, de corps; c’est lui faire bon visage* afin qu’il soit à l’aise avec nous, et qu’il nous dise ses épreuves, ses tentations, les souffrances de son âme, de sa conscience , ses tristesses , ses rer mords; c’est l’encourager dans ses bonnes pensées, ses bons mouvements, ses résolutions; c’est lui tendre la main, quand il est en danger, c’est le ravir au péril qui le menace ; c’est aussi l'éclairer dans son ignorance, c’est l’instruire de ses devoirs; et s’il est en état de péché, c’est

(I) Mabima debetur puero reverentia. Si guid — Turpe paras, ne tu pueri contempseris annos . Juvén., sat. xiv.

faire tout ce qui est possible pour le retirer de l’abîme où il est tombé.

Quelle belle récompense est promise à celui qui « reçoit, » qui accueille l’enfant , qui pan eet accueil le porte au bien, à la vertu., à l’amour de Dieu ! « Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants , me reçoit moimême ; et me recevant, ce n’est pas moi seule-» ment qu’il reçoit, mais Celui qui m’a envoyé. » Seul, un Dieu peut parler ainsi. Recevoir Jésus, recevoir le Père qui est aux Cieux !... Qui pourra dire tout ce qu’il y a de joie , d’honneur , de gloire, assurés à nos âmes par cette divine pro~> messe?... Mon Dieu! que vous êtes grand, profond , au-dessus de toutes nos conceptions et de nos attentes, quand vous nous révélez ce que vous voulez être avec nous et pour nous IV. « Leurs anges dans les Cieux voient toujours la face du Père. »

Saint Jean Chrysostôme fait, à propos de ces» paroles , cette belle réflexion : « Pour que Notre-Seigneur Jésus-Christ parle ainsi , il faut que les Anges gardiens des petits enfants ne soient pas seulement les esprits célestes d’une hiérarchie inférieure , mais de ceux qui

366 MÉDITATIONS SUR LES MYSTÈRES occupent des places éminentes au Ciel (1). » Dans les traditions juives , ces esprits bienheureux-d’un ordre plus élevé étaient appelés « les Anges de la Face. »

Voici, en vérité, un bien doux et touchant mystère ! Ces Princes de la cour de Dieu , ces Esprits d’une nature si sublime , d’une intelligence si élevée et si profonde , d’une béatitude si parfaite (puisqu’ils jouissent sans cesse de la vision de la Face de Dieu), sont occupés, comme des mères, même plus aimants que des mères, de ces humbles et faibles créatures, veillent sur elles , les assistent de saintes et bienfaisantes inspirations, les protègent contre les démons, les recommandent à la Providence de Dieu , et les offrent au Cœur de Jésus , Gomme d’humbles et pures victimes de sa Rédemption. Iis sont patients, doux, indulgents , pardonnant toujours , toujours fidèles , quelles que soient l’inconstance , la légèreté de ces âmes qui, malheureusement, malgré tant de grâces, portent les tristes restes du péché dé leur premier père ; ils ne se rebutent point de leurs plus grands défauts , hélas ! de leurs pé-

(1) Homil., lix, in Matth.

chés, de leurs péchés mortels , et ne désespèrent jamais du salut même des plus insoumis et des plus rebelles...

Dans nos rapports , — rapports d’autorité , rapports de société, rapports de charité, — avec ces âmes bien-aimées , les saints Anges sont nos modèles. Voyons toujours « la Face de Dieu » qui est le Père des petits enfants , afin de les traiter avec plus d’amour, de res^ pect et de dévouement, priant pour eux, les recommandant à ce Père qui les a créés et sauvés. Soyons toujours patients, toujours miséricordieux, mais aussi toujours attentifs, vigilants, comme on l’est pour la garde d’un trésor sans prix. Puis, pour notre encouragement, souvenons-nous de cette si engageante parole : « Ce que vous aurez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Les Anges le savent, et, tout brûlants d’amour pour leur Roi Jésus , ils servent avec joie les âmes des petits Enfants.

V. « Si vous ne devenez semblables à de petits Enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

Il serait bien beau de pouvoir dire l’adipi-

rable révolution que cette parole a faite dans le monde et le nombre de saints qu’elle a produits. Il s’agit ici de l’humilité , de la simplicité, du désintéressement de toutes les choses de ce monde, de l’oubli des injures, du filial abandon à la Providence du Père qui est aux dieux. Ce sont les dispositions que les auteurs ascétiques appellent V Esprit de la sainte Enfance , esprit très pur que saint Pierre recommandait par ces paroles : « Vous étant dépouillés de toute sorte de malice , de tromperie , de dissimulation , d’envie, de médisance, soyez comme des enfants nouveau-nés , désirez ardemment le lait spirituel et tout pur de la grâce divine, afin qu’il vous fasse croître pour le salut, si toutefois vous avez goûté combien le Seigneur est doux (1). »

: Saint Paul tient le même langage. Il veut que nous soyons des <r enfants de Dieu pleins de simplicité (2). »

de qui domine dans l’esprit de l’enfance chrétienne , c’est cette merveilleuse vertu de simplicité, dont le P. Faber a dit que les saints

(1) Prem. Epttre de s. Pierre, il, 1-3. — (2) E pitre aux Philipp., n, 15; — aux Rom. xyi, 19, etp.

arrivés au sommet de la perfection deviennent alors seulement tout à fait simples. Et le fonds et la substance de cette toute divine vertu , c’est le filial, tranquille, amoureux et fidèle abandon au bon Plaisir divin. C’est Jésus, Enfant au sein de sa Mère et disant : « Voilà que je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté. »

«c Oh 1 que cet état e9t parfait , dit un vénérable auteur de notre temps (1) , plus parfait que l’amour des souffrances , car rien n’immole tant l’homme que d’être sincèrement et paisiblement petit. L’orgueil est le premier des péchés capitaux : c’est le fond de toute concupiscence et l’essence du venin que l’ancien serpent a coulé dans le monde. L’esprit d’enfance le tue bien plus sûrement que l’esprit de pénitence. L’homme se retrouve aisément, quand il lutte avec la douleur ; il peut s’y croire grand et s’y admirer lui-même. S’il est vraiment enfant, l’amour-propre est désespéré. L’âpre rocher du Calvaire offre encore quelque pâture à la vanité ; si dépouillé qu’il soit , c’est une montagne : à la crèche , tout le vieil

(I) M«p Gay, De la Vie et des Vertus chrétiennes , De l'abandon à Dieu, ii.

homme meurt forcément d’inanition... L’enfance , l’abandon par là même , c’est la grâce propre du Christianisme. »

O Jésus ! que je devienne enfant î De sorte que vous me deveniez absolument Père, Providence, Repos, unique Ressource, unique Paix, unique Vie. Je veux absolument « entrer dans le royaume des Cieux , » c’est-à-dire, dès à présent, être sous votre domaine, Votre empire, votre souveraine direction, votre toute-puissante conduite. Je veux être à votre disposition, entre vos mains, sans préoccupation, sans opposition, sans désir , sans souci, avec sérénité, sécurité, inaltérable tranquillité, confiance sans réserve et sans limite, universelle et absolue. O Dieu ! mon Dieu ! soyez-moi Dieu et mon Dieu ; et c’est tout, tout ici-bas, tout à la vie et à la mort, et tout aux siècles éternels. Oh ! Amen ! amen filial, amen des petits enfants « dont le cantique est la louange, parfaite, ^ amen amoureux, amen tranquille , amen incessant comme la vie, amen inaltérable , indéfectible , absolument fixe, joyeux comme les cantiques du Ciel(l)!...

(1) Et omnes angeli stabant in circuitu throni ... et ceci-

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