SEPTIÈME MÉDITATION
dur l’Evangile de* noce* de Cana.
PREMIÈRE CONSIDÉRATION
Explication de cet Evangile selon le spns littéral. — Leçons qu’il renferme.
Quoique le récit de ce fait évangélique soit un peu long , il nous semble qu’il convient d’abord de le lire ici en entier. Il faut bien qu’il ait, dans la pensée de l’Esprit-Saint, une grande importance, pour que cet Esprit d’infini sagesse l’ait fait raconter avec de tels détails. D’autre part, c’est ici, à proprement parler, que commence la Vie Publique de Jésus, puisque l’Evangile dit expressément que « c’est par le premier miracle qu’il opéra en cette circonstance , qu’il manifesta sa gloire. » — Le récit est de saint Jean l’évangéliste , comme celui qui nous a occupé dans la Méditation précédente.
Saint Jean était; du reste, au festin; il fut donc témoin oculaire du miracle. Ecoutons-le.
« Trois jours après, il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la Mère de Jésus y était.
y> Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples.
y> Et le vin ayant manqué, la Mère de Jésus lui dit : ce II n’ont pas de vin. »
» Jésus lui dit : « O Femme, qu’est-ce que cela est à vous et à moi? Mon heure n’est pas encore venue. »
» Sa Mère dit à ceux qui servaient : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
» Or, il y avait là six grandes urnes de pierre, pour servir aux purifications des Juifs, et dont chacune contenait deux ou trois mesures.
» Jésus leur dit : « Emplissez les urnes d’eau, » et ils les remplirent jusqu’au bord.
» Alors il leur dit : « Puisez maintenant , et portez-en au président du festin, et ils lui en portèrent.
» Le président du festin, ayant goûté cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d’où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l’eau le sussent bien, appela l’époux ,
» Et lui dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et après que les conviés ont bu abondamment, il fait servir le moindre ; mais, pour vous* vous avez réservé le vin excellent jusqu’à cette heure. »
» Ce fut donc à Cana, en Galilée , que Jésus fit le premier de ses miracles. Et il manifesta ainsi sa gloire, et ses disciples crurent en lui (1). »
Tel est le récit évangélique. Reprenons-le ; tâchons d’en comprendre d’abord le sens littéral , et d’y puiser les principales leçons qu'il renferme.
<c Trois jours après. » Il faut ajouter : après l’événement qui nous a occupés dans la Méditation précédente. Voici la suite des premières circonstances de la Vie publique de notre miséricordieux Rédempteur. Rien de tout cela n’est indifférent.
Notre-Seigneur fut baptisé, suivant l’opinion commune, le 6 janvier de la première année de sa Vie publique. Il avait trente ans et treize jours. Le lendemain, 7 janvier, il était au désert, et y demeurait quarante jours, c’est-à-dire jus-
(1) S. Jean, ii, 1-11.
qu’au 15 du mois suivant. Le 3 mars, il était de nouveau auprès de saint Jean, son Précurseur, qui dit alors de manière à être entendu de deux de ses disciples Jean et André : « Voilà l’Agneau de Dieu. » Les noces de Cana eurent lieu « trois jours après , » c’est-à-dire le 5 du même mois (1).
« La Mère de Jésus s’y trouvait; » parce qu’elle était parente ou amie de la famille des époux. « La charité est bienveillante, » dit saint Paul (2). La Reine de la charité devait donner l’exemple de cette bonté cordiale et condescendante, qu’il faut toujours avoir pour le cher prochain , toutes les fois que Dieu n’en est pas offensé, et surtout s’il doit y trouver sa gloire : ce qui devait avoir lieu, dans cette circonstance, d’une manière admirable.
« Jésus fut aussi convié. » Marie attire toujours Jésus. Nous devons, dans la Méditation suivante, méditer cette touchante vérité. — Il y avait d’autres motifs de la présence du divin Maître.
Premier motif. — Sa divine condescendance . — Il était venu en ce monde pour se mettre à
(1) Corn, à Lap. in Joann., cap. n , v, 1. — (2) lre Epît. aux Corinth.
la disposition de ses créatures, en tout ce qui est bon. « Jésus n’a pas cherché à se satisfaire (1). Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (2). » On l’appelle ; sa présence doit être une consolation et un honneur pour les époux. Il se rend à leur repas de noces. Saint Jean a dit : « Voilà l’Agneau de Dieu. » C’est toujours lui, plein de douceur et de bonté.
Deuxième motif. — La sanctification d'un des plus grands actes de la vie humaine , le mariage. — Le mariage, en général, est nécessaire ; Jésus l’a établi lui-même au commencement ; mais il veut qu’il soit saint. C’est pourquoi, préludant à ce qu’il doit faire plus tard pour son Eglise, qui est d’élever cette alliance terrestre à la dignité d’un sacrement, il vient s’asseoir à la table des époux de Cana, dès les premiers jours de sa Vie publique.
Il veut apprendre en même temps aux époux de tous les siècles, que s’ils veulent avoir, pour l’alliance qu’ils contractent, les bénédictions de sa Providence et de sa Grâce, il doit être avec eux, il doit être présent à tout ce qui est de cette
(1) Epît. aux llom , xv, 3. — (2) S. Malth., xx, 28.
grande action ; — Présent , quand ils s’y préparent, voulant que leurs vues soient droites et pures et non point mondaines ni charnelles, et qu’ils portent devant les saints autels, témoins de leurs engagements, une conscience sans souillure et l’état de grâce des enfants de Dieu; — Présent , lorsque. le jour de l’alliance que le sacrement consomme est venu, afin que toute chose se fasse comme il convient à des membres de Jésus-Christ, sans excès , sans folles dissipations, avec décence et une joie modeste ; — Présent aussi après que l’alliance est contractée, afin que la charité , la douceur, la paix, l’élévation des sentiments, la pureté des intentions président toujours aux rapports mutuels de ceux que le sacrement a saintement unis.
Il y a, dans la suite de l’Evangile, d’autres leçons que notre miséricordieux Maître nous donne. Nous recueillerons dans la Méditation suivante celles qui nous viennent de Marie. — Voici la suite du récit.
& Mon heure n’est pas encore venue. » C’est le témoignage de l’obéissance de notre douce Victime envers son Père céleste. Jésus ne fait rien que ce Père adorable n’ait déterminé et fixé
d’avance. Il a dit au commencement, dans le Mystère même de son Incarnation : «Voilà que je viens pour faire votre volonté , et votre loi est écrite au milieu de mon cœur. » Jusqu’à la mort de la croix , l’obéissance sera son unique guide en ce monde. O doux Agneau de Dieu! c’est toujours vous qui nous apparaissez... Ecce Agnus Dei.
cc Emplissez les urnes d’eau. » C’est Jésus qui parle. Il donne avis qu’on emplisse les urnes d’eau , et il se prépare ainsi à faire le miracle que sa divine Mère sollicite. Tout à l’heure, le moment n’était pas venu ; mais, maintenant que Marie a parlé, le moment est venu. Il obéit. Comme à Nazareth, il est soumis à Celle qui est en vérité sa créature , mais qui a sur lui l’autorité d’une mère, autorité qu’elle a reçue du Père même qui est aux Cieux. Jésus , qui fait des miracles, est toujours l’Agneau divin.
<c Portez-le maintenant (le vin miraculeux) au président du festin. » C’est un acte de déférence. Le vin n’est servi qu’après que le président du festin l’a goûté, et l’a trouvé bon. — Toujours l’Agneau de Dieu , toujours Jésus doux et humble de cœur.
« Vous avez réservé le vin excellent jusqu’à cette heure. » Ces paroles sont du président du
festin , s’adressant à l’époux ; elles témoignent de la touchante délicatesse du Cœur de Jésus. Un vin ordinaire pouvait suffire ; mais, quand il s’agit de charité envers ses créatures , le doux Sauveur ne s’en tient pas à ce qui est simplement nécessaire; c’est la surabondance qu’il donne.
« Et il manifesta ainsi sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Ce dernier trait est une autre révélation de son sacré Cœur. Il fait un miracle, « il manifeste sa gloire , » c’est-à-dire sa toutepuissance, sa divinité; mais c’est afin que le don surnaturel de la foi, que ses disciples ont reçu, soit confirmé en eux. C’était beaucoup que de donner une preuve de bonté à ces époux pris ainsi au dépourvu , mais le Dieu des âmes immortelles, le Sauveur qui vient à ses créatures « pour qu’elles aient la vie et une abondante vie (1), » la vie qui ne périt pas, la vie divine, se propose une fin plus haute qu’une consolation terrestre. « Et ses disciples crurent en lui, » ou, suivant les Pères , furent fortifiés dans la foi qu’ils avaient déjà en sa mission. Voilà le but du divin Rédempteur. Car avoir la foi en lui , et
(1) S. Jean, x, 10.
par ce moyen « le connaître , c’est la vie éternelle (1). »
Soyez béni , ô Dieu ! ô Sauveur ! ô très-doux Agneau ! si condescendant dans nos besoins , si indulgent pour nos misères , si compatissant et si tendre, si prompt à nous secourir, si désireux de notre bien , plus empressé à nous donner votre divine grâce et tous vos dons célestes, que nous ne le sommes nous-mêmes à vous les demander ; manifestez-nous, tout indignes que nous en sommes , votre gloire , votre divine beauté , votre ravissante bonté ! O amour ! nous n’avons, en cette terre de ténèbres qui est l’exil , pas d’autre ambition . Agneau, « Lumière du Ciel (2), » éclairez-nous , soyez ce la lumière qui brille dans nos cœurs (3), » jusqu’à ce que nous voyions <c dans votre lumière celle de la face de votre Père (4). »
(1) S. Jean, xvn, 3. — (2) Lucerna ejus est Agirais, Apoc., xxi, 23. — (3) Ipse illuxit in cordibus nostris. 2e Epît. aux Corinth., iv, 6. — (4) Et in lumine tuo videbimus lumen. Ps. XXXY, 10.
DEUXIÈME CONSIDÉRATION
Sur le sens spirituel renfermé dans cet Evangile. — JÉSUS-CHRIST est l'Epoux de nos âmes.
Les paroles de la sainte Ecriture ne contiennent pas seulement un sens littéral (c’est-à-dire celui qui, eu égard aux règles ordinaires du langage, s’offre comme tout naturellement à l’esprit du lecteur); mais elles renferment encore une signification plus élevée et plus profonde, que les commentateurs appellent le sens spirituel. L’une et l’autre de ces deux manières d’interpréter l’Ecriture sont autorisées dans l’Eglise ; et les théologiens s’accordent à dire que ces deux significations d’un même texte ont été dans l’intention de l’Esprit- Saint, quand il a donné l’inspiration ou l’assistance divine aux écrivains sacrés.
Or, ce que nous disons des textes de l’Ecriture, il faut le dire aussi des actions de Notre- Seigneur. Ce divin Maitre a voulu, en les faisant, nous donner quelque enseignement particulier et plus intime que celui qui paraît
d’abord, selon le sens littéral , dans ses actions divines.
Seulement, pour ne pas nous tromper dans l’interprétation spirituelle , soit des textes des Livres saints, soit des actes de Notre-Seigneur, nous avons besoin de consulter, non point nos vues et nos conceptions particulières, mais les pensées et les sentiments des Pères et des Docteurs de l’Eglise, qui sont comme les interprètes naturels suscités de Dieu, pour nous faire connaître les divers sens des Ecritures. Nous allons les entendre sur le fait qui nous occupe, et nous admirerons le Mystère sublime qu’ils ont vu et contemplé les premiers, dans un événement en apparence si ordinaire.
Saint Augustin le révèle en peu de mots, dans un discours à son peuple d’Hippone : « Ne nous étonnons pas, dit-il, si le Seigneur est venu à Cana assister à des noces, puisqu’en vérité, il n’est venu sur cette terre que pour y être Epoux. C’est pourquoi , dans cette circonstance, l’Epoux véritable, dont celui qui est désigné dans l’Evangile n’était que l’image, c’est Lui, c’est le Verbe fait chair (1). »
(1) Quid mirum si in illam domum Dominus ad nuptias vtnerit, qui in hunç mundurn ad nuptias vmit", lllarum
Saint Bernard dit aussi « L’histoire de ce premier miracle est admirable ; mais la signification en est encore plus consolante. G’est une grande preuve de la puissance de Dieu que de changer l’eau en vin ; mais le changement spirituel qui s’opère dans nos âmes, figuré par ce prodige , fait bien plus éclater la force de son bras : Jésus-Christ est Epoux, et nous sommes tous appelés à des noces spirituelles, en qualité d’épouses. O mon âme ! quel honneur est celui que tu reçois! Te voilà donc destinée à être l’épouse de Celui que les anges eux-mêmes n’osent regarder qu’en tremblant ! »
Ces paroles sont expresses. Plusieurs autres Pères ont parlé de la sorte ; parmi lesquels il faut nommer saint Cyrille d’Alexandrie , saint Théophile d’Antioche, saint Gaudence, saint Maxime et le vénérable Bède (1). Il serait trop long de les citer. Le commentateur Corneille Lapierre, le plus consulté des interprètes de l’Ecriture, s’est inspiré des témoignages des
nuptiarum sponsus personam Domini figurabat . — S. Àug* in Joan. Tract., vin, n. 4; et Tract., ix, n. 2. — Patrol. lat., t. xxxv, col. 1452, 1459.
(1) Vid. in Patrol . lat, hornrnce Patr.Opera,Annota- HowiYm in Evang, Joann*
44 MEDITATIONS SUR LES MYSTÈRES Pères, quand il a dit que ces noces terrestres étaient l’image du mariage mystique de Notre- Seigneur avec l’humanité dans son Incarnation, celle de son alliance avec l’âme chrétienne par sa grâce et par sa charité, et la prophétie des noces éternelles qu’il célébrera dans la gloire avec ses élus. Enfin, Bossuet, dont l’autorité est si grande, a résumé toute la tradition dans ces simples et fortes paroles :
« Dans cette histoire miraculeuse, tout me représente le Sauveur Jésus. Il y est lui-même en personne ; mais, si j’ose parler de la sorte, il y est encore plus en mystère. Il est invité, selon la vérité de l’histoire, et si nous le savons entendre, il est lui-même l’Epoux, selon la vérité du Mystère (1).
Arrêtons-nous à ce beau témoignage et voyons maintenant de quelle manière touchante et admirable Jésus, notre Dieu et notre Rédempteur, a daigné devenir, malgré notre bassesse et notre indignité extrême, l’Epoux de nos âmes. .
Quand ce miséricordieux Sauveur vint sur la terre, la pauvre humanité était bien loin de lui. Pauvre fugitive, elle s’était violemment séparée
(1) Sermon pour le dim, après TEpiphanie*
de son Dieu, et s’était précipitée sous les pieds de Satan, dont elle était l’esclave. Maintenant encore, quand un enfant est présenté à l’Eglise pour être baptisé , il faut que le prêtre l’exorcise et chasse le démon qui le possède (1). Ce qui prouve qu’en dehors de la Rédemption de Jésus, l’âme est dans l’état le plus misérable ; elle est sous la domination de son plus cruel ennemi.
Or, ce doux Sauveur vint pour nous délivrer. Nous nous étions vendus au démon, il vint nous racheter de cet ignominieux esclavage ; et pour prix de notre rachat, il donna son sang et sa vie. Dès ce moment nous fûmes, de plein droit, sa propriété et son bien.
Mais une fois rachetés de la sorte, notre Rédempteur pouvait nous constituer en des conditions et en des relations fort différentes vis-àvis de lui. Il pouvait, par exemple, nous traiter simplement en Maître ; et dans ce cas nous l’aurions servi , peut-être sans autre récompense que l’honneur de lui appartenir et de le servir. — Ou bien il pouvait nous traiter en Roi ; et dans ce cas, nous aurions été ses sujets, ce qui est
(1) Rituale Rom.
plus honorable que d’être serviteurs. — Ou bien encore, il pouvait établir entre lui et nous une relation plus étroite, celle de Père à l’égard d’enfants bien-aiinés ; et il l’a fait en vérité ; et Jésus est pour nous le Père le plus tendre. Ce titre est d’une douceur infinie , la relation qu’il exprime est ravissante. Et pourtant qu’il est grand et prodigieux l’amour de notre Rédempteur ! Ce titre et cette relation ne disent pas tout ce que Jésus voulait être et faire pour nous. O merveille vraiment divine ! Nos âmes ainsi reconquises, il a voulu les élever à la dignité d’épouses.Ce fut son dessein, dès le commencement. Il le fit annoncer par ses Prophètes, dans l’Ancien Testament ; et en vérité toutes les Ecritures sont pleines de cette doctrine (1). Le Seigneur dit lui-même, parlant à l’âme rachetée, dans le livre du prophète Osée : « Je t’unirai à moi et tu seras mon épouse pour l’éternité. Je t’épouserai dans la miséricorde et dans la commisé-
(1) Per omnia scriplurœ voluminaj hœc imago (connubii sc. Christi et animæ) diffusa est , neque quidquam fre quentiùs quam sponsi et sponsœ nomine, Dei et Ecclesiœ œternam conjunctionem f amorem vehementissimum , f%rmam et incommutabilem fidempassim denotari. — Bossuet, Præfatio in C&ntic . canticoram.
ration : et je t’épouserai dans la foi, et tu sauras que je suis le Seigneur (1). » C’est pourquoi saint Paul écrivait aux habitants de Corinthe, qu’il avait évangélisés, et à qui il avait à cœur de bien faire comprendre le but de ses travaux apostoliques : « Je sens en moi pour vous un amour de jalousie et un zèle qui me vient de Dieu; je vous ai fiancées à l’unique Epoux Jésus, et je veux vous présenter à lui, comme autant de vierges chastes (2). »
Belle et touchante pensée ! toute la Rédemption tend à cette union !... que sommes-nous pour que leVerbe éternel eût ce dessein sur nous, et l’exécutât d’une manière si sublime et si glorieuse pour de pauvres créatures? Ah ! c’est que Jésus n’est que charité et tendresse; et ce qu’il attend de nous envers lui, c’est aussi, la charité et la tendresse la plus amoureuse, cc Le titre d’épouses, dit Bossuet, est le plus doux dont JÉsus- Ghrist puisse honorer les âmes qu’il appelle à la sainteté de son amour ; et il ne pouvait choisir un nom plus propre que celui d’époux pour exprimer l’amour qu’il porte à l’âme et l’amour que l’âme doit avoir réciproquement pour lui (3). »
(1) Osée, H, 19, 20. — (2) 2a Eplt. aux Corinth., xi, 2. — (3) Exode du Disçours sur l’union de /, C. et de son Eglise .
Qu’il plaise à notre doux Rédempteur de nous donner l’intelligence d’un si touchant et si magnifique Mystère! 11 est vrai que, si le Mystère est le même pour tous, il ne s’effectue pas pour tous de la même manière. Jésus a ses Epouses privilégiées. Que personne n’en soit étonné ni jaloux. Lésâmes consacrées parles saints vœux lui appartiennent et lui sont unies d’une manière si intime et si spéciale, que le langage humain n’a pas d’expression pour le dire. Heureuses sont ces âmes élues, mille fois heureuses entre toutes ! Mais Jésus est l’Epoux de son Eglise, et quiconque fait partie de l’Eglise, en vivant de la vie que Jésus lui communique, qui est la vie de la grâce, participe en toute vérité à la céleste alliance. C’est pourquoi dans l’office des saintes Veuves, nous lisons ces glorieuses paroles qui sembleraient ne convenir qu’aux Vierges : ce Venez, Epouse du Christ, venez recevoir la couronne qui vous a été préparée pour l’éternité (1). »
O Jésus! ô mon Epoux! mon Epoux immortel , si condescendant , si miséricordieux et si tendre ! brisez mes liens , délivrez-moi de mes
(1) De Connu, non Virgin. 9 Antiph. Matntin,
pesanteurs , qui semblent me fixer à la terre ! Que je m’élève vers vous , ô Amour unique ! et que mon âme devienne dans l’humilité, la fidélité et l’amour, une de vos intimes épouses !...
TROISIÈME CONSIDÉRATION
JÉSUS est l’Epoux de nos âmes, par la vertu de son Sacerdoce.
Mais comment notre miséricordieux Rédempteur arrive-t-il à contracter cette alliance . C’est par la vertu de son Sacerdoce. — Il nous faut méditer un instant cette vérité.
Saint Paul , parlant du mariage chrétien et voulant en montrer aux fidèles le premier exemplaire, leur rappelle l’union indissoluble de Jésus-Christ et de son Eglise. Or, voici, selon le grand Apôtre , ce que Jésus a fait pour se donner cette Epouse mystique, et la rendre digne de lui. « Jésus-Christ a aimé l’Eglise, et il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier et de se donner à lui-même une Eglise glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais une Eglise sainte et immaculée (1). » Remarquons
(1) Epît. aux Ephés., v, 25, 26, 27,
ces mots : « Il s’est livré pour elle. » C’est en se livrant, qu’il s’est donné une Epouse sainte et immaculée. S’il ne se livre pas , il ne sera pas Epoux, ou bien il sera Epoux sans Epouse; mais il se livre, seipsum tradidit pro eâ. Or, se livrer, c’est s’immoler. C’est donc son Sacerdoce qui le fait Epoux ; car c’est son Sacerdoce qui l’immole et le fait Hostie pour son Eglise. Ainsi son Sacerdoce nous rachète et son Sacerdoce élève nos âmes à la dignité d’Epouses. Et, afin que nous ne puissions en douter, voyez ce qu’il fait. Par une de ces inventions, qui ne peuvent être que de lui, par une de ses harmonies, qui sont propres aux œuvres de son amour, ce souverain Prêtre, qui devient Victime pour s’unir nos âmes, se donne à nous, en cette qualité de Victime , dans un sacrement qu’il institue à cette fin ; et , en se donnant de la sorte , il nous fait voir, par les conditions dans lesquelles il se donne, (qui sont celles de sa chair à manger et de son sang à boire), quelle est l’alliance , quelle est l’union qu’il veut contracter avec nous. O mystère ! 6 vraie union et communion de l’Epoux divin et de l’Epouse mystique! ô sublime tin de la Rédemption admirablement atteinte
dès cet exil ! ô gags ineffablement beau de l’union et de la communion éternelles!...
Nous savons maintenant pourquoi Jésus se rendit à Cana, au commencement de son ministère. Il y avait des noces ; elles étaient la figure de celles qu’il devait célébrer avec son Eglise et nos âmes. Il y avait un époux; il était l’Epoux véritable , type et modèle des époux terrestres , Epoux immortel et qui donne pour dot à ses Epouses ses mérites et sa chair et son sang. Il est parlé d’un président du festin ; c’est bien lui qui le présidait en réalité. Plusieurs graves auteurs ont pensé que le président du festin des noces, chez les Juifs, était un prêtre député par le Sanhédrin , afin qu’en une circonstance aussi considérable de la vie humaine , et quelquefois exposée à plusieurs abus, toute chose se fît avec décence et religion (1). Mais le Prêtre, qui préside toujours, afin que tout soit selon Dieu, c’est Jésus seul ; et c’est pourquoi il prélude ici à son Sacrifice ; car ce miracle de l’eau changée en
(l) S. Gaudentius {et ex eo Baronius qui asserit hanc esse traditionem ) : « Nuptiœ cum fièrent apud Judeos, unus è sacerdotibus dabalur qui morem disciplinée légitimes gu bernaret, curamque pudoris ageret , etc. — Apud Corn, b Lap. in Joann., il
vin n’est-il pas l’annonce de cet autre changement qu’il fera du vin en son Sang, dans la dernière Gène ? A Gana, il dit aux serviteurs, quand le miracle est opéré : « Puisez maintenant ; » il dit, au Cénacle, à ses Apôtres et à toute l’Eglise : « Prenez et buvez, ceci est mon sang. »
O Prêtre ! ô vrai Président du Festin ! qui donnez le vin par excellence, « le vin qui fait germer les Vierges, » vos Epouses, et le pain vivant , vrai a froment des élus (1) ! » Gomme vous ne cessez de montrer que vous êtes tout amour !... Oh ! que j’aie le bonheur d’être de ce Festin délicieux tous les jours de ma vie, jusqu’à ce que je sois assis à cette table que vous dresserez, pour l’éternité, aux âmes bienheureuses, vos épouses (2) !...
(I) Zacharie, ix, 27. — (2) Ego dispono vobis ... utedatis et bibatis super mensam meam in regno meo. — S. Luc, xxu , 30.