‹ Jésus-Christ, prêtre et victimeChapitre 4 sur 24 · HUITIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

HUITIÈME MÉDITATION

Sur la part de MARIE dans le Mystère des noces de Cana.

PREMIÈRE CONSIDÉRATION

Sur les motifs de la présence de MARIE, aux noces de Cana.

Marie , Mère de Jésus et notre Mère, occupe une si grande place dans le récit évangélique des noces de Cana , que nous sentons le besoin de consacrer une Méditation entière à la part qu’a cette Mère bien-aimée à ce Mystère.

Mettons-nous à ses pieds avec amour, et considérons d’abord les motifs de sa présence.

I. — Marie assistait aux noces de Cana, parce qu’elle était parente des époux ou de la famille des époux , nous l’avons déjà dit. Cette raison était bien suffisante pour son cœur si bon. Ce n’était pas le plaisir d’une fête qui l’attirait, certes 1 non ; c’était le devoir des convenances , ou, si l’on veut, la consolation qu’éprouve toute

àme bien faite à être agréable au prochain , en tout ce qui est bien , suivant la règle de la charité, que saint Paul devait plus tard formuler ainsi : « Que chacun fasse plaisir à son prochain, en vue du bien et pour l’édification (1). »

Les interprètes ne sont pas d’accord sur le personnage qui était l’époux , en cette circonstance. L’opinion la plus commune désigne Simon, qui est appelé dans l’Evangile Cananéen ou natif de Cana. Celui-ci était le fils de Cléophas et de Marie d’Alphée. On sait que Marie d’Alphée porte, dans l’Evangile, le nom de sœur de la sainte Vierge. En réalité, elle en était seulement la belle-sœur, son mari, Gléophas, étant le frère de saint Joseph. Ce Simon Cananéen était donc le neveu de la Mère de Jésus, et par conséquent cousin -germain de Notre-Seigneur.

Ainsi s’explique la présence de la divine Vierge et de celle de son adorable Fils. Ce Simon Cananéen, au sentiment d’anciens auteurs, fut tellement touché du miracle que fit Jésus, et de la divine grâce qu’apportaient au festin le doux Sauveur et sa divine Mère, qu’il obtint de son épouse de garder la virginité et de suivre Jésus.

(1) Epît. aux Rom., xv, 2 : Unusquisquç proximo suq ylaceaf banum, ad (edificationem,

Î)E LA ŸIE PUBLIQUE. 5S

Il est en etYet nommé parmi les apôtres, et est désigné dans l’Evangile sous le nom de Zèlotès , ce qui veut dire un homme plein de zèle.

II. — Une autre raison de la présence de Marie nous semble indiquée par les expressions dont se sert l’évangéliste : « Il se fit des noces à Cana, et la Mère de Jésus y était, et Jésus fut aussi convié aux noces. » On dirait que Jésus ne vient au festin qu’à cause de Marie. La Mère est invitée, le Fils aussi. C’est comme si l’Esprit- Saint avait voulu nous apprendre que Marie et Jésus ne font qu’un ; que là où se trouve cette divine Vierge, elle y attire nécessairement notre doux Rédempteur ; que la dévotion à Marie est la voie la plus sûre et la plus conforme aux plans de la divine Providence pour nous faire arriver à une grande dévotion envers Jésus ; que Marie est vraiment le lien délicieux et tout divin qui unit nos âmes à Jésus (1). Heureuse t l’âme qui ne l’oublie jamais !...

III. — Une troisième raison de la présence de Marie au festin, c’est le caractère mystérieux de ce fait en apparence si ordinaire , caractère

(1) Unio hominum ad Deum. Anast. Antioch. Orat. 2, de Anqunt. B, Y, — Ap. Maracci Polyant . ü/ar. vox Uniq ,

qui nous a occupés dans la Méditation précédente. Jésus y apparaît en sa qualité d’Epoux mystique des âmes rachetées ; il y annonce en figure l’alliance céleste et éternelle qu’il veut contracter avec elles. Or, entre toutes les âmes, et les plus privilégiées, que Jésus doit s’unir par sa divine grâce, Marie est la première. Elle est Mère, mais sous un autre rapport elle est Epouse du Verbe incarné ; et vraiment c’est en Elle que sans cesse l’Epoux immortel engendre spirituellement tous les enfants de l’Eglise. O Mystère divin!... C’est pourquoi saint Augustin a dit cette magnifique parole : « Tant que nous sommes sur la terre, nous sommes portés dans le sein de Marie , et quand arrive le jour de la mort, la divine Vierge nous met au monde de l’Eternité (1). »

Si Marie est par excellence l’Epouse du Dieu éternel, fait homme pour notre amour, il convenait qu’elle fût présente à ce Mystère où Jésus révèle à son Eglise son titre d’Epoux.

(1) Ltfcr. de Yirginitate,

DEUXIÈME CONSIDÉRATION

Sur les caractères de la charité ô/s MARIE en ce Mystère.

Considérons, en second lieu, les caractères de la charilé de l’admirable Vierge. — C’est une charité attentive , une charité compatissante et une charité dévouée .

I. Une charité attentive. — Marie est le plus parfait modèle de la modestie , et cependant rien de ce qui peut intéresser les époux, qui l’ont invitée, ne lui échappe. Elle voit, vers la fin du repas, que le vin va manquer, — ce vin dont vraisemblablement elle n’usait pas, — et elle dit à Jésus : « Ils n’ont plus de vin. » Comme la vraie charité est soigneuse à ne rien négliger ! Que pourrait être, pour la Reine de la mortification, cet accident? Encore une fois, il est vraisemblable qu’elle n’usait pas de ce vin qui allait faire défaut. C’est pourquoi elle dit : « Ils n’ont plus de vin, » et non point : « Nous n’avons plus de vin.» — Mais elle a remarqué que ce qui était essentiel , suivant les mœurs communes, étaient sur le point de manquer, et elle

se hâte de solliciter le seul moyen qui pût tirer d’embarras la famille prise au dépouvu. — Nous disons : le seul moyen, c’est-à-dire, un miracle ; car, au sentiment des interprètes, cette famille était pauvre ; le vin qui manque en est la preuve ; et elle n’aurait probablement pas pu s’en procurer, faute d’argent.

Que la charité de Marie est admirable!... Nous aurions pu penser que cette auguste Vierge ne s’intéressait qu’aux besoins de l’âme, étant toute absorbée par les choses divines. Il n’en est rien ; les besoins les plus vulgaires de la vie occupent son cœur si bon. Et remarquez qu’elle n’attend pas que les époux ou les convives s’aperçoivent que le vin va manquer, ou qu’ils s’en plaignent ; elle les prévient , parce que sans doute , attentive et vigilante dans sa modeste charité, elle a prévu ce qui allait arriver. C’est la Mère du parfait amour, Mater pulchrœ dilectionis( 1).

Douce et aimante Mère ! elle est toujours la même. « Ce qu’elle fit alors, dit un pieux auteur, elle le fait toujours ! Qu’elle écarte de dangers que nous ne craignons pas ! qu’elle prévient de

(1) Ecclésiastique, xxiv, 24,

t)E LA VIE PUBLIQUE.

malheurs que nous ne prévoyons pas ! Que de grâces elle obtient que nous ne demandons pas (1). »

II. Charité attentive , mais aussi charité compatissante. — La charité attentive a principalement son siège dans l'intelligence ; la charité compatissante réside au cœur, elle l’émeut, elle l’attendrit, elle fait naître quelquefois les larmes, quand ce qui provoque l’émotion porte des caractères de douleur. Il ne pouvait y avoir des larmes au milieu d’un festin , et c’est la confusion qu’il fallait éviter aux époux. Marie, touchée de l’extrémité où ils sont réduits, se hâte de leur être utile. Quelle que soit la cause de l’humiliation que souffre le prochain, la charité s’attache à lui en éviter la peine. Les cœurs bons ont de ces sortes de délicatesse. Ne soyons pas de ceux qui, animés d’une indignation tout humaine, et quelquefois coupable, se réjouissent du malheur dans lequel le prochain est tombé, disant : « C’est bien sa faute ; la honte qu’il subit lui sera une utile leçon. » Non, ce n’est pas l’esprit miséricordieux et compatissant de Jésus , doux et humble de cœur, et de

(1) Duquesne, Evangile médité , xxxiv* Médit.

son indulgente Mère , qui leur fait tenir ce langage. Soyons toujours obligeants ; n’ayons jamais que de la bienveillance pour tous, et ne donnons à ceux qui sont dans la peine, que la commisération et l’indulgence.

III. Enfin , charité de Marie, charité dévouée. — La vraie charité est attentive ; elle est tendre et compatissante ; mais elle ne s’en tient pas là, elle agit. Ce qu’elle peut faire , elle s’y porte sans délai : ce qu’elle ne peut pas faire , elle le sollicite, fallût-il subir, pour l’amour du cher prochain, quelque humiliation.

La demande de Marie, — la réponse de Jésus, — le miracle qui termine cette touchante scène, vont faire le sujet de la troisième considération.

TROISIÈME CONSIDÉRATION

Sur l’autorité qui apparaît en MARIE dans ce Mystère.

Reprenons ici l’explication du texte de l’Evangile.

I. — « Et le vin ayant manqué, la Mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Cette

parole est une prière; elle exprime aussi un désir. — Une prière : Marie n’oublie jamais qu’elle est la créature et la servante de ce Dieu d’amour qui daigne s’appeler son Fils; — un désir , parce qu’elle sait, par expérience, qu’un simple désir suffit pour obtenir de son Jésus ce qu’elle demande. Cette expérience, elle l’avait faite durant les heureuses années de la vie cachée, vie de trente années, que l’Esprit-Saint a résumée dans ces simples mots : « Il leur était soumis. )>

« Us n’ont pas de vin. » Que ces paroles sont brèves ! Elles sont l’expression de l’humilité et de la confiance : Marie connaît le Cœur de Jésus. Marthe et Madeleine feront dire plus tard au doux Sauveur, dans leur extrême inquiétude sur la maladie de leur frère Lazare : « Celui que vous aimez est malade. » G’est assez... O Jésus ! quand aurons -nous le bonheur, comme votre divine Mère , et comme Marthe et Madeleine, de connaître les tendresses de votre Cœur?...

II. — Jésus lui dit : « O femme ! qu’est-ce que cela est à vous et à moi? Mon heure n’est pas encore venue. » Ces paroles nous étonnent peut-être; mais, si nous entrons dans le sens

profond qu’elles renferment, nous y admireront un grand Mystère.

Il ne faut pas perdre de vue que Jésus, depuis le moment de son Incarnation, était sans cesse occupé à sanctifier sa divine Mère. Il est bien plus venu ici bas pour sa Mère , dit la Théologie, que pour tout le reste du monde (1). C’est pourquoi, soit par des lumières nouvelles, soit par une action plus forte de sa grâce, Jésus l’élevait à chaque instant plus haut dans le monde de la sainteté. Cette considération est comme le flambeau qui nous éclaire, pour l’interprétation de ce texte mystérieux. Quand Jésus dit à Marie : « O Femme! qu’estce que cela est à vous et à moi? Mon heure n’est pas encore venue , » c’est comme s’il lui disait : cc O vous ! qui êtes la Femme par excellence, le vrai type et modèle de la femme parfaite, Femme bénie entre toutes, comme je suis l’Homme béni entre tous et principe de bénédiction pour tous , qu* est-ce que cela est à vous et à moi (2)? » Votre charité est bonne et sainte

/l) Plus pro illâ redimendâ venit, etc. Voy. Suarez in ni part. Thomæ, disp. 3, sect. 2 et 5 ; et disput. 18, sect 4. — (2) On a traduit quelquefois ces paroles : Quid mihi et tibi est mulier, par celles ci : Femme , quy a-t-il de commun

DE LA VIE PUBLIQUE, et méritoire ; mais souvenez-vous qu’au-dessus des pensées les meilleures et des désirs les plus louables, il y a une règle unique et infiniment aimable ; c’est la volonté de mon Père. A Bethléem, en Egypte, à Nazareth, j’étais tout consumé du désir de glorifier ce Père adorable, j’aurais voulu me répandre dès lors parmi les hommes, et m’occuper de ses intérêts, en parlant aux âmes de ses droits et de leur salut. Je vous le disais même publiquement dans le Temple, à l’âge de douze ans. Et cependant, je demeurais dans l’obscurité et dans une sorte d’inaction. C’est parce que « mon heure n’était pas encore venue. » Pour moi et pour vous aussi , ô Femme ! ô ma Mère ! qu9 est-ce donc que telle œuvre de charité et de zèle, si le moment de l’exécuter n’est pas encore venu? Je ferai le miracle que vous me demandez; mais ayons toujours devant le regard de l’esprit et du cœur, vous et moi , le tout aimable et adorable bon Plaisir de mon Père. »

L’enseignement était digne du Fils et de la Mère.

entre vous et moi? Mais cette traduction est, croyons-nous, non-seulement inexacte, mais irrespectueuse pour N. S. et sa divine Mère.

III. — Cependant , Jésus avait dit expressément : « Mon heure n’est pas encore venue. » Comment faut-il entendre ces paroles si formelles? L’heure n’est pas venue, et voilà qu’un peu après Jésus fait le miracle que Marie sollicite. Il y a ici un nouveau Mystère à adorer. Essayons d’en pénétrer le sens.

Jésus, en tant qu’homme, était à la fois soumis à son Père céleste et à sa Mère terrestre. Il n’y a point de doute à cet égard ; et nul n’a observé, comme lui , le quatrième commandement du Décalogue. Donc, il était sous l’autorité de Marie, comme sous l’autorité de Dieu le Père. Au moment où l’auguste Vierge prononça ces paroles : « Us n’ont pas de vin, » il existait une volonté du Père, suivant laquelle Jésus ne devait pas encore faire de miracles. C’est pourquoi il dit : « Mon heure n’est pas encore venue. » Mais Marie, qui n’avait exprimé qu’un désir, insiste humblement et amoureusement, connaissant avec quelle bonté la volonté du Père s’incline aux humbles prières de ses créatures. C’est pourquoi elle dit aux serviteurs : (.<. Faites tout ce qu’il vous dira. » C’était à la fois soumettre son désir à la volonté du Père céleste, et, en même temps, insister d’une cer-

taine manière, de la manière propre à une Mère, à une Mère de Jésus et des pauvres et des affligés. En ce moment , nous sommes incliné à le croire, Jésus vit la volonté du Père adorable le céder avec amour à l’humble volonté de Marie, et le miracle eut lieu.

O condescendance mille fois aimable du Père ! ô ravissante obéissance du Fils ! ô humble et glorieuse autorité de la Mère (1) ! Vraiment, quand l’heureux saint Jean, qui fut témoin du miracle, et qui eut sans doute l’intelligence du Mystère qui s’accomplissait dans ces noces bénies, dit, en terminant son récit, que cc Jésus manifesta ainsi sa gloire , » il dit mille fois vrai. Votre gloire, ô Verbe divin, fait homme pour notre amour ! ô Victime du Père ! ô très-respectueux Fils de Marie ! c’est la révélation de la grandeur et de l’amour de ce Père adorable, et celle de votre obéissance si humble et si soumise, et c’est aussi la connaissance si consolante que vous nous donnez de la glorieuse et douce autorité de votre Mère sur votre sacré Cœur !

fl) Maximum esse honorcm qui parentibus debetur Christus ostendit , dum reverentiâ Matris faciendum sus cepit quod facere nolebat. — S. Cyrill. Alex, in Joann., t. it (Biblioth. Patr.).

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