‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 11 sur 40 · Rom · texte numérisé non relu

Rom

'^lle a donc toujours cru qu'elle avait besoin d'expiation^ et elle l'a cherchée dans le sang répandu devant les images •ie la divinité.

La conscience de l'homme, vous le voyez, n'ose plus paraître devant Dieu, et réclame impérieusement une expiation qui fléchisse la colère du ciel et rapproche le créa- ^^ur apaisé de sa créature repentante. Ici surtout se fait sentir la nécessité d'une réparation surhumaine ; je dis plus, d'une réparation divine. Quand tous les hommes s'im- "^oleraient pour satisfaire à Dieu, de quelle valeur serait 6Ur sacrifice? Dieu accepterait-il un sang coupable? Âgréel'aU-il une vie réprouvée et maudite? Celte réparation de ■lomme aurait-elle quelque proportion avec l'injure de •eu ? Serait-ce assez d'une expiation finie, quand il y a i infini dans le crime? Donc nécessité d'un médiateur di- ^"1 ; nécessité de J.-C. Instaiirare omnia in Christo.

'^nfin la dernière conséquence du péché originel, c'est la ^sgradation de la nature humaine qui avait perdu par sa 3-ute tous les privilèges de son alliance avec le Ci'éateur.

Ici-bas lorsqu'un grand crime a été commis, la justice de •^ loi met le coupable au ban de la société; elle le dépouille ^^ de ses titres et de ses biens; elle enchaîne sa liberté; elle achevé la vengeance publique en l'envoyant à l'échafaud.

Quelque chose de semblable se passa entre Dieu et nomme. Sitôt que la liberté humaine eut consommé sa evolte, le coupable se trouva déchu de tous les droits de alliance divine. Dieu lui retira avec sa présence, ses com-

unications intimes. L'humanité se trouva seule dans le

onde avec son crime, et ses remords, et ses misères sans ^ombre, avec l'horrible perspective de la tombe aux limites ^^ lemps, et, au seuil de l'éternilé , de l'enfer.

i^t comme devant la justice humaine la dégradation flétrit

^'e entière du rondamné, de même toute la vie de

l'homme se trouva flétrie par la déchéance qui punit son péché. Etranger aux yeux de Dieu, objet de colère et de haine, ses hommages n'eurent plus de valeur devant lui. Comme d'une racine maudite ne sort qu'un fruit maudit, tout ce qui sortit du cœur du coupable participa de la corruption du péché et fut rejeté de Dieu. Tel fut l'état de l'homme après sa chute; tel a été notre état à tous, avant notre régénération spirituelle par le saint baptême.

Et ici encore les traditions des peuples parlent comme la foi chrétienne ; tous les peuples ont si bien compris cette dégradation de l'être humain, que toutes les religions s'accordent à prescrire des rites expiatoires pour l'enfant qui vient au monde. La croyance universelle apercevait une souillure native dans l'être humain, et la foi des peuples, cherchant dans le culte un remède contre le mal de notre nature, demandait au ciel la régénération de l'homme dés son entrée dans la vie.

Il y a plus , rien n'est isolé dans l'univers : les mondes s'enchaînent aux mondes, et tous les événements qui s'accomplissent dans la société religieuse ont au-dessous leur retentissement et comme leur contre-coup dans la société temporelle. Les suites de la déchéance humaine ne s'arrêtèrent pas à l'autel et dans l'enceinte du temple ; elles s'étendirent jusque dans la famille et dans l'état.

De là ces oppressions et ces tyrannies qui pesèrent partout sur la race humaine avant l'avènement de J.-C. Dès qu'il cessa de porter le sceau divin sur le front, l'homme resta avili même aux yeux de ses semblables. Sans valeur morale en lui, son être spirituel ne put rien devant les législations diverses qui le régirent; il n'eut d'importance que par le côté matériel. Jouet de toutes les servitudes, s'il était faible; oppresseur lui-même, s'il était fort. C'est que l'homme n'a de dignité ici-bas que celle qu'il reçoit de

udée religieuse. Dieu sur la terre, si la religion le consacre ; si elle l'abandonne, vil et au-dessous même du mépris.

L'homme, vous le voyez, avait besoin d'une réhabilita- •^lon puissante qui rendît à sa nature toute sa grandeur. Ici le doute est impossible ; il est évident que nulle action "Umaine ne pouvait régénérer l'humanité ; il ne faut rien '^oins qu'une seconde création. Donc encore, toujours l'action divine, la réparation par un Dieu. Instaurare omnia in Christo.

Résumons ces pensées chrétiennes. Le péché a tout renversé; il faut tout rétablir. Par rapport à Dieu, il ravit au ^l'éateur toute la gloire que devait lui rendre la création, ^t il faut renouer les liens qui unissent à l'Ouvrier divin son ouvrage. Par rapport à l'homme, il a laissé en lui ignoï'ance, corruption, souillure de la conscience, dégradation "e tout son être; et il faut, révélation, sanctification, expia- "on, réhabilitation. A tout cela, l'action humaine est impuissante, car c'est l'homme même qui doit être guéri, '^'^nc, ou la déchéance de notre nature ne sera jamais ^sparée, ou elle le sera par une intervention surhumaine. 'Oilà toute la nécessité de la réparation.

Mais de \h, une conséquence pratique ; c'est que la reli-

S'on humaine, ou n'est rien, ou doit être la religion du

^lediaieur. Folie donc et impiété de vouloir aller à Dieu de

Soi-même et par ses propres efforts. Entre Dieu et vous il

y ^ un abîme et il faut J.-C. pour le combler, c'est lui qui

e?t la vie ; hors de lui, vous ne pouvez aboutir qu'aux pré-

•^'P'ces ! Il est la lumière qui éclaire tout homme; hors de

^^ qu'y a-t-il? Que les ténèbres ! Il est la grâce qui sanc-

"0 tout coupable comme la victime qui expie tout crime.

ors de lui donc, qu'y a-t-il? Qu'une corruption sans

finiede et un crime sans pardon. Rester donc loin de lui,

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c'est rester loia de Dieu, c'est vivre et mourir sans Dieu, c'est, comme l'a si bien dit l'évêque de Meaux, sous les dehors de je ne sais quelle religion chimérique, toute la réalité de l'athéisme. Or l'athéisme, loin de combler le cœur de l'homme , y creuse des abîmes plus désolants : J.-G. seul peut les combler. Nous allons voir comment le Verbe incarné répond admirablement à ce besoin de réparation qui tourmentait l'humanité déchue.

Qu'est-ce que l'Incarnation? C'est le mystère d'un Dieu prenant corps et âme et nous régénérant dans une nature semblable à la nôtre. Voilà le dogme catholique. Considérons s'il répare pleinement les désordres du péché originel.

D'abord comment la gloire de Dieu est-elle réparée et dans le monde matériel et dans le monde moral? Le péché, vous l'avez vu, avait brisé les rapports de l'homme à Dieu, et la création matérielle cessant de remonter au ciel par l'hommage de l'homme, le monde restait stérile pour la gloire de son Auteur. L'Incarnation renoue ce lien rompu ; l'Homme-Dieu se fait le médiateur universel et par lui toute chose retourne divinement au Créateur.

Et voyez comme dans ce plan nouveau de la Providence, Dieu retrouve infiniment plus de gloire que le péché ne lui en avait ravi. Qu'était la religion humaine avant la chute? Un culte pur, il est vrai, mais limité comme la créature qui l'offrait et, dès lors, combien indigne du Créateur ! L'homme dans son innocence primitive l'honorait sans doute par la pureté de son adoration, mais le fini se trouvait partout dans ses hommages. L'éternité eût été épuisée

avant que Dieu eût été adoré dignement, c'est-à-dire en •Uieu. Le Verbe se fait chair, et Ycrbum caro faclum est; aussitôt la religion humaine s'agrandit. L'iiomme s'élevant Qe toute la hauteur du Verbe, l'infini se trouve dans tous ses actes. Il prie, il rend grâces, il adore; c'est la prière et 'a reconnaissance et l'adoration d'un Dieu, et chose ineflable, la religion devient le culte de la divinité par une personne divine.

Et ne croyez pas que la religion humaine ne prenne ce caractère de l'infini que dans les seuls actes du Verbe incarné. Non, par l'Incarnation, le Verbe qui ne s'unit subs- ^•tutiellement qu'à un seul homme, s'unit réellement, quoi- ■^l'ie sous un mode divers, à tous les hommes. Il est en tous •^t tous sont en lui; comme la vigne jette sa sève du tronc aux rameaux, le Verbe incarné répand sa vie divine du chef aux membres. Toujours un en lui-même, multiplié cependant par chacun de ses fidèles, en eux et par eux il ^o'tet son action reste toujours infinie. Concevez-vous une P'us grande gloire pour Dieu? On a dit mille fois que le reateur se louait dans chaque atome, et cela est vrai, ^(■ain de sable ou insecte, bruit qui se perd dans l'espace, poussière que le vent emporte et mouvement des mondes, 'oute existence est une hymne à la gloire de Dieu ; car elle ""■ à sa manière et la puissance et la sagesse du Créateur, "iais qu'est-ce que cette gloire auprès de celle que Dieu ^*^Çoit du Verbe incarné! Identifié avec ses membres, c'est 'ui qui seul en tous prie, et demande, et adore; mouve- "^ent de tout cœur qui aime, voix de toute langue qui bénit! Promis au monde dès l'origine, il anime déjà et Vivifie de son esprit la religion de tous ceux qui l'attendent, '•'^nné au monde dans la plénitude du temps, il continue " cire le médiateur du culte rendu à son Père. En lui, par •^•î le Père se loue, se glorifie lui-même dans tous les

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hommages de sa créature intelligente. Immuablement uni à tous ses élus, il les consomme en soi dans les cieux et se fait à jamais leur adoration dans l'éternité. La parole de saint Paul vraiment est justifiée : le Christ était hier; il est aujourd'hui, il sera dans les siècles. Jésus Chrislus heri, et hodie ipse, et in sœcula (1). Quelle religion que celle qui embrasse ainsi et tous les points de l'espace et tous les points de la durée ! Quelle religion que celle dont un Dieu se fait ainsi tout à la fois le principe, et le moyen et le terme ! C'est la religion du Verbe incarné.

Il y a plus encore. Avec le monde moral, le monde physique s'élève lui-même et se divinise par ce grand mystère du Dieu fait homme. En prenant notre nature matérielle par elle le Verbe devient, à la rigueur du terme , partie de la création. Médiateur de ce qui est corps et de ce qui est esprit, l'homme a lui-même son médiateur qui, unissant en soi et la nature intelligente et la nature matérielle, les grandit l'une et l'autre de toute sa dignité personnelle. Les limites disparaissent dans l'œuvre divine; à leur place se révèle de tous côtés l'infini, et depuis la Trinité que les chérubins adorent au haut des cieux, jusqu'au grain de sable ignoré au rivage des mers, tout se lie et s'enchaîne d'une magnifique unité. Creusez le possible, descendez si avant qu'il vous plaira dans les entrailles des idées, trouvez quelque chose, non qui surpasse, mais qui égale ce système divin de la régénération universelle ! La raison se trouble à une telle hauteur, l'œil de l'esprit siUe aux bords de cet abîme. Non, la pensée créatrice ne saurait aller plus loin tout infinie qu'elle est, et ici son intelligence est à bout comme sa puissance.

De la réparation de la gloire de Dieu, passons à la répa-

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