‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 12 sur 40 · Hebr · texte numérisé non relu

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l'ation de la déchéance humaine; c'est toujours la même hauteur de vues, toujours la même magnificence de résultats.

D'abord, en prenant notre nature, le Verbe s'engage à la relever. Par cela seul qu'il entre dans cette famille d'Adam "Ont nous sommes membres^ il s'associe à tous nos besoins ^t il se doit à lui-même de n'abandonner point à sa misère cette humanité qui lui est commune avec nous. Cette dette, ^1 va l'acquitter et son avènement même dans le monde 'i est autre chose que le renouvellement de l'être humain. ■^cce nova fado omnia (1).

Et en effet, d'où venaient toutes les misères de l'homme, '''non de ce que le péché l'avait séparé de Dieu? Car ainsi •ï^e le disait cet ancien, Pythagore, nés de Dieu, nous avons ^nlui nos racines; qui se sépare de lui périt, comme tarit '6 ruisseau détaché de la source; comme la plante arrachée ^'^ sol et se sèche et se dissout. Or, qu'est-ce que l'Incar- '^'ition, sinon un Dieu venant à l'homme dans la nature de

homme? Voilà donc le Créateur uni de nouveau à sa créa-

"^•■e inteUigente. Et qu'est-ce qu'être uni à Dieu, sinon être 'ini à la vérité, uni à la sainteté, uni à la bonté, uni à la '^'^jesté infinie? En un mot, dire un Dieu fait homme, c'est •^""e tout ce que l'homme avait perdu par sa faute, c'est

out ce qu'il demandait de son Réparateur.

Et pour mieux comprendre l'excellence de cette répara-

'on par le Verbe incarné, rappelez-vous quels étaient les

fisoins de l'humanité déchue, et considérez comment J.-G.

^Pond à chacun de ces besoins.

E'homme avant tout avait besoin d'expiation ; l'Incarna-

00 est le sacrifice à sa plus haute idée. A proprement par-

1er, la

créature n'est pas capable de sacrifice; car, dépen-

!• Apoc, 21, 5.

clante avant d'être coupable, ce qu'elle offrirait comme satisfaction, elle le doit déjà à Dieu, comme don de sa création et infiniment au delà. Il appartient au seul Verbe incarné d'être infiniment indépendant et infiniment saint tout ensemble, et dès lors de trouver en soi la matière d'une parfaite expiation. Représentant du genre humain, il s'offre donc à la justice de son Père pour satisfaire à tous ses droits, et combien la satisfaction n'est-elle pas au-dessus du péché! Le péché avait été la révolte de l'homme; la satisfaction est la soumission d'un Dieu. Le péché avait ravi au Créateur son empire sur une créature; la satisfaction lui donne l'empire sur un Dieu. Après la chute, le péché méritait d'être vengé par la mort du pécheur. Grâce à l'Incarnation, il sera vengé par la mort d'un Dieu. Le péché puni par un supplice, même éternel, eût bien manifesté la justice, il n'eût pas réparé la gloire divine. Le péché puni ' par le supplice volontaire d'un Dieu mourant sur la croix, est tout ensemble la plus éclatante manifestation de la justice comme la plus magnifique réparation de la gloire de Dieu.

Grâce à. celte satisfaction infinie, le pardon du ciel descend sur la terre. Dans le sang de J.-C. la conscience est purifiée de ses souillures et l'humanité à jamais réconciliée avec Dieu. Désormais l'homme pourra s'approcher de Dieu avec confiance. La justice qui poursuit le coupable se désarme elle-même; il n'y a plus à sa place que la charité se communiquant à l'homme. Le juge a disparu, le Père seul est resté. L'Incarnation est tout à la fois le signe et le moyen de ce rapprochement ineflable ; et par cela seul qu'il voit un Dieu venir à soi, l'homme retrouve, pour ne plus la perdre, la confiance cte venir à Dieu. El Verbtmi caro fudum esl et hahilavU in nobis.

Une révolution subite s'opère dans la religion humaine.

i^SÊiàs

Autrefois la crainte en faisait le fond; c'était la religion de l'homme coupable. Aujourd'hui l'essence du culte, c'est amour; c'est la religion de l'homme régénéré. Et c'est un caractère du catholicisme qu'on ne remarque pas assez. Il ^st le seul culte où l'homme ose traiter familièrement avec Dieu, dans l'intimité de sa pensée, dans l'épanchement du cœur.

^ Il fallait enseigner l'homme et le fixer dans la vérité. L Incarnation est l'enseignement de l'homme par Dieu même.

Les prophètes annonçaient que le Messie serait le docteur du genre humain ; la sagesse profane, découragée par ses éternelles incertitudes, avait proclamé la nécessité d'un enseignement descendu du ciel. Le Verbe incarné ne justi-

ip-t-il pas tous les oracles? Ne répond-il pas à tous les I^esoins de l'intelligence ?

Depuis que ce Maître divin est venu éclairer le monde, quelle vérité ignorons-nous qu'il nous importe de connaître? Il a tout appris et il l'a appris à tous. Grâces à lui

^ ^'erité est descendue des hauteurs oii elle se cachait jusque-là. Accessible désormais à quiconque ne veut pas s'égarer soi-même, depuis les habiles et les savants jusqu'aux petits et aux simples, tous peuvent l'approcher et l'écouter ^' 'a comprendre. Avec lui, tout autre maître est inutile; que diront-ils que J.-C. ne dise et avec une bien autre

°rce et une bien autre autorité? Depuis lui, aucun autre

^itre n'a rien appris à l'humanité ni sur Dieu, ni sur elle-

^^me, ni sur le culte, ni sur la règle des mœurs. J.-C. a

onné à l'intelligence touf ce qu'ici-bas son œil peut porter

^ lumière. L'homme ne peut ni ajouter à ses clartés ni les obscurcir.

^ Et l'Incarnation, à elle seule, n'est-elle pas une éclatante ^^elation de toutes les vérités religieuses? Imaginez des

SERMO.NS. 4

rHsttftSwaiiiiîsiatïmfttn.-'

questions sans fm et sur Dieu et sur l'homme; ce seul mot en est la solution la plus décisive : et Verbitm caro facttim est. Maintenant je saisis l'existence divine, non plus par ma raison seulement, mais encore par mes sens, puisque Dieu même daigne se rendre visible dans une nature semblable à la mienne. Maintenant je comprends la souveraineté du domaine divin, puisqu'il s'étend jusqu'à un Dieu, et les droits de sa gloire, puisqu'un Dieu seul la peut réparer. Je ne puis douter de la Providence de Dieu qui me donne un tel Sauveur, ni de sa sainteté à qui il faut une telle victime. Je sais que je suis un être tombé, et les frais que coûte ma réparation m'apprennent toute l'étendue de ma déchéance. Je sais ce que vaut mon âme, et j'en conclus la dignité de ce que fait un Dieu pour la sauver. Je suis assuré de l'immortaUté de la vie future; un Dieu ne voudrait pas racheter à si haut prix ce qui doit s'éteindre dans un tombeau, et ce serait trop qu'un Dieu homme et qu'un Dieu victime, si l'avenir offrait à ma fidélité ou à mes crimes ou moins que l'éternité dans le ciel, ou moins que l'éternité dans l'enfer. Enfin tous mes devoirs me sont révélés. Le Verbe fait chair m'apprend tout ce que je dois à mes frères, et tous les livres, et toutes les écoles des sages ne m'en diront jamais autant que ces deux mots gravés sur son berceau : et Verbum caro faclum est.

Mais c'est peu d'enseigner l'homme : le Verbe lui apporte du ciel un don divin qui renouvelle son intelligence. C'est la foi. La foi, acte tout ensemble et de Dieu qui incline l'esprit humain vers la vérité et de la hberté humaine qui se soumet à la vérité venant de Dieu même. La foi, écoulement de la lumière incréée dans une raison créée, participation de l'intelligence divine par l'intelligence humaine. La foi, véritable liberté de l'esprit qu'elle affranchit de l'erreur, véritable grandeur de la pensée qu'elle élève jus-

qu'au Créateur. Loin de J.-C. la raison de l'homme était dans la nuit; par la foi, J.-C. est sa lumière. Loin de J.-G. elle était mobile comme le Sable qu'emporte le plus léger souffle des vents; par la foi, J.-G. est sa fermeté et sa force. Loin de J.-G. elle flottait d'incertitudes en incertitudes, comme au gré des flots le vaisseau abandonné du pilote. ^ ai' la foi, J.-C. lui communique sa propre infaillibilité. ^ vous qui nous parlez du besoin de croire et du malheur <ie ne croire pas, où allez-vous chercher le terme et de vos Ignorances et de vos doutes? Laissez là et les raisonnett"înts de vos maîtres et les recherches jusqu'ici stériles de votre propre pensée. Venez plutôt à J.-G. avec un cœur humble, dites-lui dans la simplicité de votre âme : Domine, "^f *''i<:^eam(l). Une heureuse expérience vous apprendra que 'a cécité de l'esprit ne résiste pas plus à sa puissance que 'a cécité de l'œil corporel. Croyez-nous, nous qui avons la lumière, nous savons de qui et comment nous la reçûmes. *enez, comme nous, la demander; comme nous, vous la trouverez auprès de Celui dont il est écrit : Verbum caro...

^^(finius gloriam cjus... plénum gratiœ et veriialis.

L'homme était corrompu et il fallait guérir sa corruption. L incarnation est la sanctification de l'homme par un Dieu.

Mais comment le Verbe incarné opère-t-il cette grande reiorme de l'humanité? Par la persuasion de ses exemples d abord, ensuite par la toute-puissance de sa grâce.

i^tudiez le mystère de son avènement parmi nous ; qu'y

ûecouvrez-vous? Humilité et pénitence, le crucifiement et

e 1 esprit et des sens. Dès lors toute la morale est révélée

homme. Il connaît par l'exemple de son Maître et quelles °ût les maladies de son âme et quels remèdes elles de-

andent. Dès ce moment, il comprend que l'orgueil et le

^- Luc. 18, 41,

^yi

plaisir ont fait tous ses maux et qu'il ne saurait guérir que par la pratique et de l'humilité et du sacrifice.

Mais c'est peu de connaître la voie, il faut surtout la force pour l'embrasser et la suivre. Le Verbe incarné appuie par sa grâce ses exemples, et le cœur de l'homme est renouvelé. Ecœ nova fado otnnia.

Ce n'est pas que J.-C. nous délivre de ces contradictions de nos penchants et de ces inclinations perverses qui tous les jours nous éloignent du bien et nous poussent au mal. Non. Il nous laisse ces suites funestes de notre déchéance et c'est tout ensemble et pour nous exercer aux luttes de la vertu et pour glorifier sa grâce par nos faiblesses mêmes; mais il inspire à l'homme un courage invincible contre luimême, il lui met le glaive en main contre son propre cœur et il lui imprime au fond de l'âme une énergie toute diviae et pour se combattre et pour se vaincre.

Et voyez quel changement amène dans le monde moral et religieux cette apparition de la grâce divine incarnée dans J.-C. Ajiparuit gralia Dei salvatoris nostri (1). De ce peuple livré à toutes les corruptions comme à toutes les erreurs, surgit, par la vertu de son esprit, un peuple nouveau dont l'innocence rappelle l'intégrité primitive de l'homme au sortir de la main créatrice. Là oh toutes les passions avaient trouvé des autels, toutes les vertus ont leur culte. L'humilité, le renoncement, la pauvreté, la charité, tout ce que l'homme ignorait, tout ce qu'il repoussait jusque-là, il l'adore et l'aime et l'embrasse aujourd'hui. Les idoles disparaissent sous les débris de leurs temples, et l'homme ne veut plus de ces divinités impures qui avaient usurpé jusque-là ses hommages, et son cœur est conquis désormais au Dieu qui l'aima jus-

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