Tit. 2. H
•ïu'à se faire homme pour lui : et Yerbum caro factiim est.
De ce moment la divinité reprit son empire sur l'homme. Chose remarquable, avant J.-C, vous trouvez dans la société l'amour de l'homme pour l'homme, jamais l'amour de l'homme pour Dieu. Avant J.-C, il y a des dévouements humains, mais seulement à une idée humaine; on s'immole 3 son semblable, à sa famille, à sa patrie, quelquefois même a soi-même, jamais à Dieu. Le devoir, en tant qu'il s'adresse ^ l'homme, les passions surtout ont leurs martyrs; mais on ne fait rien pour la divinité. Le dévouement humain à une idée divine, le sacrifice du cœur offert à Dieu, on ne le soupçonne même pas. J.-C. paraît; tout change de face : ^in sentiment nouveau se révèle et Dieu reprend sa place dans le cœur de l'homme. Dès lors la charité est devenue la plus forte des affections humaines ; plus forte vraiment que la mort et plus forte que l'enfer. Fortis est ut morsdiiectio (1). Alors on a dit : qui me séparera de l'amour de J.-C? Alors on s'est offert en victime à la chanté. Alors on a aimé Dieu jusqu'à la mort, jusqu'au supphce. N'est-ce pas là une admirable révolution? N'est-ce pas une sublime victoire de i«i grâce? Ecce nova fado omnia.
Et voilà, chrétiens, ce qui fait la force de notre parole et ^ft puissance pour votre sanctification. Ce n'est pas notre éloquence ; nous nous faisons gloire de n'en point avoir. Co ^ est pas notre autorité ; nous n'en connaissons d'autre que •^slle que nous donne J.-C C'est la grâce, c'est l'action de Dieu et de son Esprit sur vos cœurs et dans vos cœurs. *oilà tout le secret de notre ministère auprès de vous. Nous ^^ pouvons rien pour votre sanctification. Mais Celui qui parle par notre organe peut tout pour vous toucher et pour ^ous réformer. Ecce nova fado omnia.
^- Gant. 8, 6.
Elil
Enfin l'homme était dégradé de l'alliance divine et il fallait le réhabiliter; l'Incarnation est la consécration de l'homme même par un Dieu.
Comprenez-vous, en effet, tout ce que disent ces deux mots : et Verbum caro fadum est ? Oh ! que l'homme est élevé bien plus haut par la réparation qu'il ne le fut jamais par la création ! Par la création, il était serviteur ; par la réparation il est fait l'enfant adoptif de Dieu. Par la création, il était un être spirituel et intelligent ; par la réparation il est fait un être surnaturel et divin. La création lui donnait Dieu pour souverain et pour maître, la réparation le lui donne pour allié et pour frère. Agnosce, o Christiane, dignilatem ttiam (1), faut-il s'écrier avec un saint pape ; et sachons en concevoir un légitime orgueil et une sainte fierté. On s'honore sur la terre d'appartenir, je ne dis pas à une famille, mais à une cité, à un royaume qui a produit un grand homme. Il y a tel nom ici-bas qui illustre à lui seul toute une nation par la solidarité de sa gloire. Et ne voyez-vous pas que l'Incarnation nous donne plus qu'un Dieu pour concitoyen? Elle nous donne avec lui alliance intime et une véritable parenté. Par ehe J.-G. nous est uni, non pas comme nous le sommes aux grands personnao'es de notre pays, par la communauté d'une même patrie et d'un même soleil ; nous lui sommes unis par la communauté d'un même sang, par une véritable fraternité qui fait de lui et de nous les membres d'un même corps et les enfants d'une seule et même famille. Vos estis corpus Christi et membra de membro (2). N'est-ce pas là une admirable restauration de notre être, et qui ne s'écrierait avec l'Église : heureuse chute qui nous a valu et une telle rédemption et un tel Rédempteur?