‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 14 sur 40 · Cor · texte numérisé non relu

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Cette réhabilitation de l'homme par le Verbe ne finit pas aux hmites de la société religieuse. Les feux allumés sur la montagne se projettent au fond des vallées, et la splendeur du Verbe, des hauteurs du monde surnaturel, va éclairer les dernières profondeurs du monde social. En réhabilitant l'homme aux yeux de Dieu, J.-C. le réhabilite aux yeux de l'homme. Sous le paganisme, la religion avait consacré toutes les déchéances ; pas une servitude qui n'eût sa sanction dans le culte, pas une dégradation qui n'eût sa consécration au pied d'un autel. Le Verbe se fait homme. Voilà l'ère de la dignité humaine qui commence ; voilà l'ère de la liberté et de l'égalité sociale, non pas de cette égalité rêvée par l'orgueil et qui n'est que l'abaissement de tous au profit de quelques-uns, mais de cette égalité sublime qui est l'élévation de tous au profit de tous, et jusqu'à Dieu même. Désormais tous les devoirs ont leur sanction dans le culte; la dignité de l'homme est sous la protection de l'autel, et la religion est à jamais la tutrice de ses droits et la sauvegarde de ses libertés.

Voilà, chrétiens, une faible idée de la réparation humaine par J.-C. et toute l'économie de ce grand mystère que Dieu, selon l'apôtre, tenait en réserve dans le secret des siècles. Je sais que l'orgueil de la raison n'a pas manqué de se soulever contre ce dogme de la charité divine ; <îar c'est le mystère que nul des princes de ce monde n'a pu connaître. Mais que toutes les difiicultés sont misérables, et combien peu elles soutiennent l'examen de la raison ! ^^ a dit : Dieu a-t-il pu aimer l'homme à ce point, de prendre sa nature et de venir sur la terre souffrir et mourir pour lui?

Sans doute, il l'a pu. Et ne voyez-vous pas que cet liomme, tout vil et méprisable qu'il est, est la créature de ^ieu, qu'il est sa vivante image, qu'il a été fait capable

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de connaître et d'aimer son Créateur. âme bienheureuse, s'écrie saint Augustin, puisque tu ressembles à un Dieu ! Ce Dieu ne t'aime pas trop lorsqu'il t'aime infiniment et, s'il ne t'aimait de la sorte, il ne t'aimerait pas assez. Et puisqu'il lui est possible de t'aimer jusqu'à mourir pour toi, il faut qu'il meure pour te sauver. Croyez-vous qu'il soit si aisé au cœur de Dieu d'abandonner sa créature raisonnable ? Croyez-vous qu'il ne lui en coûte rien de détruire ce qu'il aime et que sa bonté ne souffre point de réprouver ce qu'elle ne crée que pour le bonheur. Non, non, connaissez mieux cette nature dont l'être comme la vie consistent dans la charité. Voulez-vous qu'il ne s'aime pas dans son image ou qu'il soit indifférent au salut ou à la perte de son enfant ? âme bienheureuse, puisque tu ressembles à un Dieu!

Mais n'est-ce pas compromettre la gloire de Dieu que de le revêtir de 'nos infirmités et de le charger de nos misères? Non, parce que les infirmités ne tombent, en J.-C, que sur sa nature humaine, et n'atteignent pas, ne sauraient atteindre sa nature divine. Non encore, parce que la grandeur de Dieu consiste dans sa charité ; c'est là, proprement, sa nature, la plus éclatante manifestation de sa grandeur et la démonstration même de son amour. D'après ce principe, jugez les humiliations du Verbe incarné. Plus Dieu fait du bien, plus il se communique, plus il aime, plus il est grand. Sa gloire intérieure, ce qui le fait Dieu,' c'est de se communiquer infiniment et par cette communication ineffable de produire un Fils qui lui est consubstantiel et égal en toutes choses. Sa gloire extérieure, ce qui le manifeste comme Dieu, c'est de donner infiniment à ses créatures et de ne mettre point de limites dans ses dons. Prononcez maintenant sur le mystère de l'Incarnation : dites, dans cet ineffable mystère Dieu aime-t-il, se commu-

nique-t-il infiniment ? Oui ! el au-dessus de toute idée hu- "laine. Donc jamais, il ne fut plus grand, plus parfait, plus Dieu, si j'ose le dire. Comprenons donc, fidèles, comprenons mieux la grandeur divine ; croyons comme l'apôtre à sa charité infinie et à sa puissance, et nos credidimus caritati (1); laissons une superbe et vaine raison repousser l'a- Wour du Dieu Rédempteur sous prétexte de défendre la gloire du Dieu Créateur; appelons de tous nos vœux le Réparateur de nos misères et crions-lui avec la sainte Église, •durant ces jours de la préparation et du désir : descendez "U ciel, divin Réparateur , car voilà quarante siècles que humanité est dans l'attente. Ne l'entendez-vous pas qui *^^'e aux nuées : quand nous l'enverrez-vous ? A la terre : iwand germera-t-il de votre sein? Tous les regards se touri*ent vers vous et vous cherchent. A tout sage, à tout homme extraordinaire qui surgit au sein des sociétés, les peuples s émeuvent et lui disent : nous l'annoncez-vous? ou : êtes- ^•^us celui qui doit venir? Christ, ne trompez pas plus longtemps l'attente de l'humanité.

Christ, la plante qui sèche sur sa tige appelle les eaux ^6 la nue. Le petit abandonné de l'aigle demande l'aile de sa mère et une proie pour sa faim. L'humanité languit; e''e vous demande, ô source qui jaillissez à l'éternité ! ^ humanité se meurt; elle vous invoque, ô vous, qui êtes la ^'^ et qui ne mourez point.

I>u haut du ciel, le Verbe a regardé et il a vu; il a prêté l'oreille et il a entendu. R a vu nos misères, il a entendu •los soupirs et il s'est fait chair, et il a habité parmi nous. *'' Vcrbimicaro faclum est et habitavit in nobis.

Salut, Verbe fait homme pour l'amour de l'homme! Recevez l'hommage de vos frères; tous ceux que vous avez ""achetés vous bénissent ! Salut, ô Raison souveraine, toute

^- 1 Joan. 4, 16.

intelligence vous adore. Salut, ô Parole incréée et qui créez toute chose, toute langue humaine vous célèbre à jamais. Donc, que tous ceux qui pleuraient sèchent leurs larmes et que ceux-là sourient qui disaient : qui nous délivrera? Car voici le Rédempteur ! que l'Orient pousse un cri de joie, que l'Occident lui réponde et que du sein des mers des îles lointaines se sentent tressaillir! Que les cieux eux-mêmes soient émus et que l'éternité retentisse de ce cri : le Verbe

s'est fait chair, et les hommes l'ont vu Voici le Saint

l'Attendu, le Désiré du genre humain. Voici le Réparateur' voici le Verbe fait homme! Que les peuples, que les générations, et que de voix en voix, d'échos en échos, et l'espace et les siècles disent sans fin ces paroles : Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Nous l'avons vu; c'était la gloire du Fils unique du Père, c'était la plénitude de la grâce et de la vérité ! Amen.

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