‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 16 sur 40 · Luc. II, 4 et feq · texte numérisé non relu

Luc. II, 4 et feq

Mais comment de tant d'obscurité a surgi tant de gloire? Gomment est tombé ce qui était si grand et si fort? Un mot ^explique. Ce qui a commencé par la force et par la gloire ^'ait humain ; le temps qui change sans lin les choses huïïiaines lui a été fatal : il a tout emporté. Ce qui a commencé ^ Bethléem par l'obscurité et l'abandon était divin; le temps ici devait être vaincu et il l'a été. Le Fils de Marie a grandi avec les siècles et la raison suprême de sa grandeur, c'est qu'il est Dieu.

Je veux aujourd'hui, M. F., vous entretenir de la Divinité 'le J.-C. Dans nos temples toutes les voix la proclament, •^aisdans la société, combien de voix la blasphèment! Vos cœurs en gardent inviolablement la foi; mais autour devons combien de cœurs la repoussent et la nient! Puisse ma paï'ole consoler, en l'éclairant, la foi des fidèles et réparer, en les confondant, les blasphèmes de l'incrédulité.

Trois choses me persuadent irrésistiblement la divinité ue J.-C. : d'abord le témoingnage qu'il se rend à lui-même, ensuite les preuves dont il s'appuie, enfin l'autorité avec 'aquelle il se fait accepter du monde. En un mot, J.-G. s'affirme, il se prouve, il s'impose et en Dieu : donc J.C. est Dieu.

Jésus-Christ s'afjirme.

Que J.-G. sfe fût présenté au monde comme l'envoyé d'en h^ut, je ne verrais rien en cela qui le distinguât de la loule des héros ou des sages. Tous les hommes qui exercèrent sur leurs semblables une grande action, législateurs

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OU conquérants, ont réclamé pour eux une mission divine. C'est un hommage que, par ceux qui marchent à sa tête, l'humanité rend à la Providence. Dans ses chefs, elle proclame que partout où il y a grandeur, force, durée, Dieu est là.

J.-C. vapius loin. Ce n'est pas simplement une mission divine qu'il se décerne ; c'est la Divinité. Il en prend les attributs, il en réclame les titres et les honneurs, il demande aux hommes l'adoration qui n'appartient qu'à l'Etre Suprême. L'évangile nous le montre à chaque page parlant, agissant en Dieu et se faisant annoncer à tous comme un Dieu. Si la Divinité descend jusqu'à l'homme, si elle daigne lui apparaître et converser avec lui dans une nature semblable à la sienne, elle doit sans contredit s' affirmer ellemême. Se peut-elle affirmer avec plus d'éclat, avec plus d'autorité, avec plus d'empire que ne fait J.--C. ?

D'abord la nouveauté de celte affirmation me saisit. En savez-vous dans l'histoire un autre exemple? Assurément non. D'autres, comprenons-le bien, ont pu se décerner à eux-mêmes la Divinité; mais qu'ils l'ont fait d'une tout autre manière ! Ils voyaient autour d'eux une religion é"-arée multiplier l'être divin, prêter ses attributs à tout ce qui était grand ou fort dans la nature ou dans la société, placer les grands hommes dans les deux et les adorer dans les temples. Ils aspirèrent à un autel comme d'autres ambitions aspiraient à la puissance ou à la gloire. Alexandre se dit le fils de Jupiter; Apollonius se donne pour l'un des immortels; les Césars se mettent au rang des dieux et reçoivent des sacrifices. Au fond, en s'élevant jusqu'au ciel, ces hommes ne s'élevaient qu'au-dessus de la foule : ils se faisaient simplement les égaux des héros déifiés avant eux. Se faire l'égal de Jupiter, de Mars, d'Apollon, de Mercure ou d'Hercule, cela se conçoit. Pourquoi un mortel ne de-

manderait-il pas à ses semblables ce qu'un mortel a obtenu ? Mais où avait-on vu jusque-là un homme proclamer l'unité de la nature divine et la réclamer pour soi-même? Qui avait songé, avant le Fils de Marie, à jeter bas les idoles innombrables de la superstition publique , pour ériger sur leurs débris un autel unique au Dieu unique, et à se placer lui-même sur cet autel? En un mot, avant J.-C, qui avait osé dire aux hommes : il n'y a qu'un Dieu créateur et lïiaître de toutes choses, et ce Dieu, c'est moi? Cette affir- •nation étrange ne s'est rencontrée qu'une fois dans l'histoire, et elle appartient à J.-G.

Je ne sais, M. F., si vous comprenez toute la hardiesse *l'une semblable affirmation. Car enfin celui qui lient ce langage inouï, ne tombe pas d'un seul coup au milieu des peuples comme la foudre du sein de la nue. Non, son origine humaine n'a point de mystère ; sa condition est connue •le tous ; il se rend témoignage devant la foule qui a vécu a côté de lui et dont il sort à peine depuis quelques jours. Et c'est lui, lui dont la mère est vivante, qui se fait plus ancien qu'Abraham, qui se dit l'Eternel. Lui, l'artisan pauvre, obscur, rebuté de tous, qui prétend avoir créé le ciel et la lerre, être le souverain de toutes choses! Humainement quelle prétention plus désespérée? N'importe , J.-C. n'en •^"■oit pas moins au triomphe; il en est certain. Tous les Syands hommes, je le sais, ont eu foi en eux-mêmes : mais •l'eux à J.-C. quelle distance ! Ils croyaient à leur génie, à l^ur puissance de parole ou d'action, aux circonstances, à ^^ qu'ils nommaient la fortune ou le destin. J.-C. a foi à quelque chose de bien plus élevé ; il croit, chose impossible ^ un simple mortel s'il n'a le sens renversé, il croit à sa di- J'iuité. Aussi il dédaigne les précautions, les ménagements; les combinaisons des héros humains. Il ne sait ce que c'est qu'attendre les événements, que disposer les esprits, que

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préparer de loin son empire sur le monde. Du premier coup il va au-delà de toute ambition, de tout rêve d'iiomme ; il s'affirme Dieu et il réclame tout ce qui appartient à Dieu. Peu lui importe ce que l'audace de cette prétention va soulever de contradictions et de haines ; il attend tout de son droit, de sa puissance et de la vérité.

Du reste les conséquences logiques de cette sublime affirmation ne l'effraient point : il les accepte et il les soutient. S'il est Dieu, il est le maître ; s'il est Dieu, il a tout créé et tout relève de lui. Aussi avec quelle autorité il s'empare de toutes choses, et cependant sans effort et comrpe un souverain qui est dans son empire ! Toujours d'accord avec luimême, il s'est dit Dieu et il dispose de l'univers en Dieu. Le voyez-vous qui met la main sur le passé, sur un passé de quarante siècles, qui se l'approprie comme son bien et son domaine? L'entendez-vous qui se pose devant la race hu-. maine et qui lui crie : je vous parais né d'hier, et je suis devant vous et devant vos pères et devant les pères de vos pères. Je viens à vous à la suite de quarante siècles et ces quarante siècles sont à moi. Enfants d'Abraham, vos ancêtres n'ont existé que pour moi ! Enfants d'Adam, tout ce qui s'est remué de grand parmi vous se rattache à moi ! C'est moi que vos pères ont vu dans tout ce qui leur est apparu de noble, de puissant, de divin ici-bas.

M. F. , l'orgueil humain peut bien prétendre à saisir le présent, à dominer l'avenir : mais se dire le maître de ce qui n'est plus, mais s'emparer de tout ce qui a été, mais s'approprier, depuis son berceau, l'humanité tout entière, sans doute c'est le droit de la seule divinité, et c'est la prétention de J.-C. Il saisit l'avenir, comme il a fait le passé : jamais on ne disposa de l'heure présente comme il dispose des générations etdes siècles. Voici, dit-il, quejesuis avec vousàjamais et jusqu'à la consommation des temps. Et ces siècles, il les

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ordonne d'avance, comme le matin vous ordonnez le jour que vous donne la Providence. Il règle les mouvements de la vie future du monde, comme vous réglez vos affaires de chaque moment ou de chaque heure. Homère n'arrange pas avec plus de liberté et d'empire l'existence imaginaire de ses héros, que J.-C. ne fait les réalités de l'avenir.

Il s'empare de l'espace comme du temps. Auprès de lui, que l'ambition des conquérants est misérable ! Reculer de quelques pouces de terre les limites de leur empire, mettre quelques hommes de plus sous le joug, leur rêve ne va pas plus loin. J.-C. ne souffre point de bornes si étroites, l'em- Pire qu'il se promet, c'est toute la terre ; ses sujets, tout ce qui a une âme et qui pense.

Bien plus, comme tout doit céder devant la volonté d'un Dieu, il traite la liberté humaine, ce qu'il y a de plus insaisissable au monde, comme chose qui relève de lui. D'avance , il la dirige, il la mène, il la fait entrer, avec son action , dans le plan de sa domination universelle. Non , Jamais homme ne prit un titre semblable et ne le porta comme lui. Réfléchissez-y, M. F. , cette suite dans un dessein Si hardi n'est pas naturelle; il n'est pas donné à l'homme d'élever si haut ses rêves et de les soutenir avec cette grandeur.

Mais ce qui me subjugne irrésistiblement dans cette affirttiation de J.-C. c'est sa magnanimité, son héroïsme. Il se dit Dieu, mais il se dit homme tout ensemble. Il déclare à la fois qu'il vient réclamer des autels et qu'il les inaugurera de son sang. Il faut que l'homme meure pour que le Dieu soit adoré. Et voilà quelque chose d'évidemment surhumain. Que voulurent ces hommes qui s'érigeaient en idoles? A quoi prétendirent Alexandre, Apollonius, les Césars? A quelle noble mission? A quel but sublime? Chez eux l'audace du sacrilège n'alla point au delà d'un égoïsme étroit;

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ils faisaient tout pour eux-mêmes^ et pour l'humanité rien. J.-C. vient aux liomoies d'une tout autre manière. Certes qu'un Dieu descende sur la terre pour ne dire à ses créatures intelligentes que ces deux mots : Je suis votre maître, adorez-moi ! ce serait son droit assurément. Mais, l'Evangile à la main, j'affirme qu'il serait peu digne du Créateur de ne venir à nous que pour réclamer son droit. Non, M. F., il se doit de venir pour quelque chose de plus grand, de plus heureux pour nous et de plus glorieux pour lui : pour nous sauver. C'est dans ce but que J.-C. vient aux hommes et se proclame leur Dieu. Pour lui, ce titre suprême n'est qu'un engagement au sacrifice, que l'obligation du dévouement. Il sera la première victime du culte qu'il réclame : avant d'amener l'homme à ses pieds, il mourra pour lui. El c'est là, je le répète, ce qui, dans l'affirmation de J.-C, me persuade avec le plus d'empire. Cet héroïsme surhumain me répond de tout et m'explique tout. Tant que ma raison ne cherchait en lui que la grandeur souveraine qui a droit à nos adorations, ma raison ne pouvait accorder ce que le fils de Marie laissait voir de faiblesse et ce qu'il affirmait de sa gloire. Les bassesses de sa condition couvraient sa Divinité d'ombres trop épaisses. Je me disais à moi-même : le Maître du monde ne peut se reconnaître dans une telle infirmité, et tant de dépendance et de dénuement ne sauraient appartenir au Tout- Puissant. Mais en m' apprenant le but de sa mission, J.-C. a éclairé toutes les ténèbres • c'est son infirmité qui lui rend témoignage, ce sont ses faiblesses mêmes qui le prouvent. Oui, dès qu'un Dieu daigne descendre à moi, ce doit être pour expier mes fautes et pour me sauver. Et qu'y a-t-il de plus digne de Celui qui est la charité suprême que cette manifestation infinie d'amour ? Oui, dès qu'un Dieu daigne se faire ma victime et mon sauveur, il doit être dans la douleur, dans

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l'opprobre. Et qu'est-ce donc que l'expiation si ce n'est s'humilier et souffrir, c'est-à-dire le sacrifice? Maintenant je comprends tout et je crois tout. La sagesse de J.-C, il est vrai, me confond , sa sainteté m'effraie, son génie m'accable : mais je crois surtout à son dévouement, et la charité de son cœur m'est le plus sûr garant de la vérité de sa parole.

Concluons, M. F. J.-C. s'affirme Dieu et je soutiens que cette affirmation est de toute nécessité vraie et divine. Car enfin, ici point de milieu. Ou elle est vraie ou elle est au plus haut degré insensée et criminelle.

C'est folie. Et comment sans délire un artisan obscur peut -il espérer, peut-il prétendre que ses contemporains l'acceptent pour une Divinité? Quoi ! de la poussière d'un atelier, vous passeriez d'un seul coup par-dessus les Académies et par-dessus les trônes! Quoi! vous, le mercenaire de Nazareth et qui gagnez votre pain à la sueur de votre front, vous réclamez l'obéissance, l'adoration, l'amour de tout ce qui pense! Hier encore, vous receviez un salaire; aujourd'hui, il vous faut un autel et des sacrifices! Hier on vous regardait à peine quand vous passiez dans la rue; et aujourd'hui vous voulez le genre humain à vos pieds! Mais c'est là une exception de déUre, une singularité même dans la folie.

De plus, c'est crime. Quoi! vous dites qu'il n'y a qu'un Dieu. Vous vous faites l'Apôtre de ses droits. Vous réclamez pour lui le plus noble hommage de l'être humain, l'amour Kl ce Dieu, vous vous mettez à sa place! Et ses droits, vous les usurpez I Vous montez sur l'autel que vous élevez au Créateur et delà vous vous appropriez l'amour de la race humaine ! C'est le plus sanglant des outrages à la conscience publique et à l'honneur de la Divinité.

Cependant, M. F., d'accuser J.-C. de folie ou de crime,

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cela ne vous est pas possible. La folie avérée appelle la pitié du mépris; le crime déclaré appelle l'exécration. Je vous en porte le défi solennel, jamais vous n'obtiendrez de votre cœur l'un de ces deux sentiments à l'égard de J.-C. Vous êtes libres dans le reste, ici non. Vous pouvez lui refuser votre foi ; mais descendre à l'égard du fils de Marie au mépris et à l'exécration, je vous dis que vous ne le pouvez pas. La raison en est simple : pour le méconnaître et le repousser, il suffit de vos passions : pour le mépriser et le flétrir^ il faudrait votre conscience et votre raison. Or la raison et la conscience se refusent à de tels sentiments. Bon gré mal gré, à sa parole elles le proclament le plus sage, à sa vie le plus saint des hommes.

Ainsi, M. F., en vertu de cette affirmation de J.-C. vous êtes pressés inévitablement entre deux extrêmes. S'il n'est pas Dieu, évidemment il est insensé, il est criminel. Vous êtes obligés d'admettre le délire et toutefois vous ne pouvez mépriser ! Vous êtes contraints d'admettre le crime et vous ne pouvez le flétrir. La sainteté de sa vie garantit son affirmation : la fausseté de son affirmation obscurcit toutes les vertus de sa vie. La sagesse de son enseignement répond de la sagesse de ses prétentions. Ces mêmes prétentions démentent et déshonorent son enseignement. Tournez-vous où vous voudrez : vous ne pouvez ni donner votre admiration ni la refuser; il ne vous est permis ni de retenir votre mépris ni de vous y laisser aller. Nommez-moi donc un autre être humain qui tienne ainsi votre âme en suspens et comme en l'air (1). Montrez-moi dans l'histoire un autre personnage qui vous place dans celte situation violente de ne pouvoir ni croire à sa vertu, ni en douter, ni méconnaître sa sagesse, ni l'avouer! Ainsi, pour votre conscience, pour

i. Quousque animam nostram tollii--. (Joan. 10, 24.)

votre raison, nul moyen d'accorder des sentiments si contraires et de sortir de ces extrêmes. Ou plutôt, il y a un moyen, un seul, c'est de proclamer la vérité de l'affirmation de J.-C, de tomber à genoux devant lui, et de vous écrier avec le Prince de ses apôtres : Oui, vous êtes vraiment le Christ et le Fils de Dieu. Tu es Christus filius Dei (1).

Jésus-Christ s'affirme. J'ai ajouté qu'il se prouve. Ce sera ie sujet d'une seconde réflexion.

Jésus-Christ se prouve.

D'abord, il agit en Dieu. Lorsqu'un homme se présente aux hommes avec l'autorité d'une sainteté éclatante et d'un incontestable génie et qu'il leur dit : Je suis Dieu, la raison publique lui répond aussitôt : Prouvez-vous par vos œuvres. Si vous êtes Dieu, vous êtes la puissance qui a tout créé et qui gouverne tout; montrez-vous donc le maître de la nature en lui commandant, le maître des événements en disant d'avance ce que sera l'avenir. C'est-à-dire que la première preuve réclamée par le bon sens de l'humanité, c'est le miracle et la prophétie.

Aussi bien, point de preuve plus éclatante, plus populaire, plus irrésistible que le miracle et la prophétie. D'un côté, ce sont des faits qui se touchent et se palpent; qui bon gré mal gré saisissent les sens et par eux la raison ; qui investissent l'homme tout entier d'une telle lumière de certitude, qui emportent si invinciblement la conviction, qu'il ieuit fatalement se rendre ou abdiquer rintelligence. D'un

i. Math. 16, '10.

autre côté, le miracle et la prophétie sont deux actes de puissance suprême. Par le miracle, Dieu se révèle souverain du monde de la matière ; par la prophétie, souverain du inonde des esprits. Qui ne comprend en effet, qui n'avoue que la nature et les événements nous maîtrisent et ne sauraient être maîtrisés de nous ? Est-ce que je puis quelque chose contre l'ordre universel? Est-ce qu'il y a puissance mortelle capable de suspendre, un seul instant, une seule des lois auxquelles obéissent les mondes? Est-ce qu'il est donné à l'homme de percer dans le néant, de saisir l'avenir caché dans ses causes, de disposer par avance de ce qui sortira librement du génie, de l'ignorance, de la force, des passions, des idées, des volontés contraires des générations futures? Le miracle et la prophétie n'appartiennent qu'à Dieu, et par conséquent prouvent de toute nécessité l'action divine. Et l'homme en est si convaincu, il a tellement peur de cette démonstration irrésistible, qu'il s'épuise en sophismes pour s'en persuader l'impossibihté. Il faut bien qu'il y ait dans le miracle une preuve souveraine : autrement, comment expliquer l'effort désespéré de l'homm^e pour déposséder Dieu du droit et de la puissance du miracle?

Voilà, M. F., la première preuve que J.-C. donne aux hommes de sa divinité. Il commande en maître à la nature. Il apaise d'un mot la tempête. Il affermit les flots sous les pas de ses disciples. Il muUiphe le pain pour nourrir la multitude. Il dit aux aveugles : voyez! ils voient. Aux sourds : entendez! ils entendent. Il se fait obéir de la mort. Sa parole ranime le cadavre de quatre jours et à sa voix Lazare se lève de la tombe et recommence la vie, il domine les éléments comme la nature. Il annonce le^ détails des opprobres et du supplice que lui réserve la haine : la haine accomplit librement, mais infaiUiblement ce qu'il a an-

nonce. Il prédit la ruine de Jérusalem qui demande sa mort : trente ans après, la colère d'un César accomplit la vengeance prédite. Lui , que tous outragent et qui va mourir sur un gibet, il prophétise sa gloire : qu'il sera avec les siens jusqu'à la consommation des siècles et que par eux il vaincra le monde et le mettra à ses pieds : dixhuit siècles lui obéissent en justifiant à la lettre ses oracles. Et il fait tout cela, non par une vertu empruntée, mais par sa puissance propre, mais en son nom et à son profit et pour. attester qu'il est Dieu; en sorte que, le Ciel ne pouvant se faire le complice de fimposture, il ne reste à la raison que de choisir entre la foi à sa divinité ou Fathéisme.

Et ne dites pas : qui sait si les Evangélistes n'imposent point sur le compte de leur Maître et si ce qu'ils racontent est la vérité. Témoins du Christ, levez-vous et venez confondre le doute qui vous dispute votre témoignage! Saints Apôtres que nous attestez-vous? — Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons perçu de tous nos sens. — Témoins du Christ, qui nous garantit que vous ne fûtes point trompés par vos sens ou que vous n'avez point voulu tromper l'humanité? — La publicité de l'événement qui ne permettait point l'illusion, la présence de tout un peuple qui a vu, entendu avec nous et comme nous, l'incrédulité contemporaine qui a vérifié notre témoignage et qui n'a pu le nier, la haine qui avait tué le Maître, et qui surveillait les disciples, armée du démenti pour confondre l'imposture, du glaive pour punir les imposteurs. — Témoins du Christ, une dernière fois je vous inteiTo«^e, aucun motif humain n'a-t-il dicté votre témoignage ? — Ce que nous attestons nous a dépouillés, dévoués à tous les sacrifices et condamnés à toutes les immolations. Nous n'attestions que des faits et pour être crus nous nous fai-

sions égorger. Maintenant, M. F., la conclusion est facile. Admettons-nous l'infaillibilité du témoignage humain dans des circonstances données?... Je ne suis pas le maître de votre intelligence. Nous portons tous en nous la puissance malheureuse de lutter contre la vérité : nul ne peut nous ravir la liberté du doute ou du rêve. Mais c'est aussi la puissance de la vérité de vous réduire à cette alternative extrême de l'accepter ou de renier votre raison. Qu'y a-t-il de plus souverain que de vous dire comme elle : Ou tu croiras ou je te condamne à délirer?

Secondement, J.-C. parle en Dieu et son enseignement est surhumain comme son action. Cet enseignement, l'Evangile écrit par ses Apôtres, gardé et transmis par son Eglise l'a perpétué jusqu'à nous. Rapprochez du monument évangélique les monuments que nous a légués le génie des hommes les plus célèbres, vous verrez qu'il les écrase tous de ses proportions colossales, et que nulle mesure humaine ne peut embrasser cet édifice trop visiblement infini pour n'être pas divin.

Oui, un livre existe au-dessus de tous, à la portée de tous, l'enfance le comprend, le génie n'eût pu en inventer un seul mot. Ce livre est comme le Ciel. Quel homme eût pu le créer? Quel homme n'en comprend le langage? Ce que vous sentez à la vue de l'espace peuplé de mondes innombrables, c'est ce que le cœur éprouve à la lecture de ces pages surhumaines. Est-ce qu'à l'aspect du firmament vous ne sentez pas votre Créateur et votre Dieu? Lisez l'Evangile : que se passe-t-il en votre âme? N'est-ce pas Dieu qui vit, qui pense, qui respire dans chacune de ces pages? A l'élévation de ces dogmes ne sentez-vous pas l'infinité de son être? A la pureté de ces maximes, sa sainteté? A l'onction des sentiments, son amour? A l'inimitable originalité de l'ensemble, la puissance créatrice qui n'est

qu'en lui? N'est-il pas vrai que la terre s'efface, que le temps s'oublie, que les sens se taisent, que l'intelligence s épure et s'agrandit, que des horizons nouveaux se dévoilent, que d'autres réalités et un mode nouveau de vie se révèlent, que l'être humain perd terre et s'envole dans une région si lumineuse, si vivante que jusque-là il lui semble n'avoir vécu que dans la nuit, avec des ombres et parmi des tombeaux? Ce livre, c'est la parole de J.-G.

Auprès de celui-là, que tous les autres livres sont petits ! tous ils parlent de la terre, du temps, de ce que la mort finit sans retour pour la race humaine. J. G. seul dédaigne dans l'homme tout ce qui n'est que du temps et de ce monde. Seul il s'empare de cette portion de l'être spirituel qui aspire à Dieu et à l'éternité ; il se saisit de la conscience ; il prend avec une autorité irrésistible ce qui est l'empire propre du Créateur, l'âme. Il pose devant elle ces grands problèmes que l'intelligence ne peut ni décliner ni résoudre par elle-même : Dieu, rhomme,Tavenir. Il les résout avec une simplicité et un éclat incomparables. Sur ces questions suprêmes, il ne dit rien qui ne soit au-dessus de la raison, et que la raison toutefois n'avoue ; il parle comme elle, mais il dit mieux et surtout il dit plus. Philosophes, sages du siècle, quand vous avez voulu aborder la sphère subhme de l'âme , qu'avez-vous fait que vous évanouir dans vos rêves? Sur ces hauteurs de la conscience, l'air a manqué à votre intelligence débile et l'on vous a vus défaillir. Ah ! ce n'est pas là votre royaume : c'est celui de J. C. Aussi voyez comme il parle de Dieu sans efforts et d'une façon si naturelle qu'on comprend qu'il ne s'agit point de quelque chose qui lui soit étranger. Il est visible qu'en parlant de la nature, des opérations et de la vie divine, il parle de luimême. A l'entendre , l'âme a reconnu l'une des personnes divines, elle s'incline et adore; car elle a trouvé son Dieu.

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Toujours conséquent avec lui-même, il rend compte de l'avenir, c'est-à-dire de l'éternité comme du séjour qu'il habite. Les hommes avant lui purent pressentir la vie future ; ils purent saisir aux bords de la tombe les lueurs lointaines de ce soleil qui éclaire le monde éternel. Mais que savent-ils clairement, certainement de l'existence qui recommence de l'autre côté du sépulcre, des lois qui la régissent, de la destinée qui y attend les âmes? J. G. nous l'apprend. Le bonheur de ce monde futur, c'est de le posséder ; le malheur, c'est d'être séparé de lui ; le moyen d'y parvenir au bonheur, c'est le mérite, fruit de la volonté humaine et de sa grâce; et le mérite, c'est de l'aimer. Il explique le mystère de l'homme avec la même clarté, et à l'autorité de sa parole, il est impossible de méconnaître en lui le Créateur de la race humaine. Il parle à l'homme tout à la fois en maître et en père. Il a des menaces pour toutes les passions, de la pitié pour toutes les faiblesses; il lance l'anathème sur le crime,' il tend la main au repentir; il foudroie tous les instincts mauvais, il encourage tous les nobles penchants du cœur. Nul n'est entré comme lui dans le domaine de la morale : il y paraît en législateur et en Juge. Il impose la loi, non comme un sage qui l'a découverte, non comme un envoyé du ciel et qui la promulguant en reste le premier sujet , mais en maître ; disons mieux, comme un Dieu dont la volonté fait la loi suprême et qui reste au-dessus de cette loi, alors qu'il met sous elle l'humanité tout entière. Enfin il personnifie en lui-même tout l'ordre moral; il le rapporte souverainement à soi, comme à son principe et à sa fin. Si la conscience lui demande la révélation du devoir, il lui apprend qu'elle est coupable parce qu'elle l'a offensé, que le devoir c'est le sacrifice, et qtte le sacrifice c'est de mourir à soi-même et de ne vivre que pour lui. Si le cœur de l'homme lui demande le bonheur,

il lui ordonne de porter la croix à sa suite et lui promet à ce prix ce qui est la seule félicité d'ici-bas, le repos de l'âme et la paix, et ce repos, cette paix c'est lui-même. Enfin si l'humanité crie à lui et lui demande la vie, il lui répond que la vie consiste à le connaître et à l'aimer , car c'est lui qui est la vie. Ego sum vita. Non, non, ce n'est point là le langage de l'homme : le sentiment invincible de sa ttiisère lui défend cet orgueil de se faire lui-même le but et le terme où aspire l'humanité. Cela n'appartient qu'à notre Maître, et certes ce n'est point une vaine prétention de sa part. Car enfin, M. F., n'est-il pas vrai qu'il réalise tout ce qu'il dit et qu'il accompUt tout ce qu'il promet? Quand vous entendez ses maximes, est-ce que votre conscience n'est point émue? Quand vous accomplissez ses préceptes, n'éprouvez-vous pas un calme profond et une paix qui n'est pas de ce monde ? Quand pour lui vous avez accepté un noble sacrifice, ne sentez- vous pas votre âme «agrandir et une joie surhumaine dilater votre cœur? Quand vous lisez son histoire et que vous contemplez sa figure divine, est-ce que vous ne sentez pas toutes vos puissances tressaillir, tout votre être vous échapper pour aller à lui comme à la vérité et à la vie? Oh, oui, à lui seul de tendre la main à toutes les générations, de les appeler sur sa poitrine sacrée, et dans son Cœur ; car lui seul possède assez de surabondance dans l'être pour embrasser l'humanité entière, pour la vivifier de sa vie et la béatifier de son bonheur. Lui seul est vraiment le Christ, le Fils de Dieu. Tu es Christiis , fUius Dei.

Cependant J.G. n'a point borné aux miracles de son action et de sa parole les preuves de sa divinité : Il a fait plus, M. F. Les grands hommes ont besoin de se survivre dans une œuvre qui dure après eux. Il leur faut une immortalité moins vaine que la gloire : celle de leur génie

subsistant, agissant, gouvernant le monde dans leurs institutions. Croiriez-vous que J.-C. n'ait pas voulu ce que veut tout homme supérieur? Quand il s'affirmait Dieu, nous l'avons vu réclamer l'espace, le temps, et les âmes comme son domaine. Eh bien ! il a dû y fonder quelque chose, y asseoir un monumeut qui témoignât à jamais de sa toutepuissance. L'a-t-il fait? Oui, il l'a fait, mais avec le caractère de grandeur et de force qui doit distinguer l'œuvre d'un Dieu.

Quel est l'acte par excellence de la toute -puissance divine? Celui que Dieu empreint d'un caractère plus universel, plus éclatant, plus complet aussi de force et de sagesse infinie? C'est la création. Quand vous contemplez l'univers , qui de vous ne se sent élevé bon gré, mal gré, à l'adoration de la cause suprême? Oui, à la majesté de la nature, à l'immensité et à l'harmonie de l'ensemble, à l'éternelle jeunesse des mondes, à la fécondité inépuisable de la vie sans cesse manifestée sous des formes nouvelles, toute langue nomme une puissance supérieure. L'humanité salue le Créateur et dans le Créateur un Dieu.

M. F., le Dieu de la grâce n'est pas moins grand dans ses œuvres que le Dieu de la nature. Voici la création de J.-C. : contemplez-la et dites si elle suppose moins de sagesse, moins d'énergie créatrice que l'univers visible. Cette création, c'est l'Eglise.

L'Église, qu'est-ce donc ? C'est une forme extérieure et sensible, la constitution vivante du monde des intelligences; c'est le royaume des âmes. Avant J.-C, qui avait entendu parier de ce royaume ? 11 y avait alors l'empire des conquérants, empire de la force, qui ne donne à ses maîtres que la domination de la matière. Il y avait l'empire des savants et des hommes de génie, empire de la pensée qui n'embrasse dans l'homme que la partie la moins noble de l'in-

telligence. Mais l'empire des âmes avec sa constitution, avec sa hiérarchie, où était-il ? Sans cloute, les éléments en préexistaient en partie dans l'humanité ? Mais qui les a tirés du chaos? Qui les a réunis et enchaînés dans un tout? Qui en a fixé les lois ? Qui en a ordonné l'harmonie ? Qui en a fait un monde nouveau ? Qui soutient ce monde sans appui et comme dans les airs depuis dix-huit cents ans ? J-C. ne l'a pas seulement révélé; il ne l'a pas seulement expliqué; il l'a créé. Observez-le, ce monde. Concevez-vous quelque chose de plus grand, de plus harmonique, de plus vivant, de plus fécond ? Au Créateur il n'a fallu que la parole pour enfanter l'univers; à J.-C, il n'en faut pas davantage pour créer l'Église. Il dit un mot : Suivez-moi. Ce lïiot lui crée ses disciples. Il dit un mot : Allez et enseignez. Ce mot lui crée ses apôtres et toute la hiérarchie. Dans la création matérielle. Dieu a mis un reflet de sa gloire : dans la création de l'homme, il a retracé la vive image de son être. De même J.-C. s'est retracé dans son Église ; il a fait le monde des âmes à son image. Il lui a donné l'unité, parce ■qu'il est un; la sainteté, parce qu'il est saint; l'autorité, parce qu'il est le maître; l'universahté, parce qu'il est le Dieu immense; la perpétuité, parce qu'il est le Dieu éternel. Comme dans la création des corps, il a mis en eux une force secrète qui les fait graviter vers un centre commun et d'où résulte l'harmonie des mondes; de même dans la création de l'Église il met en elle sa grâce, loi d'attraction spirituelle qui fait graviter librement et infailliblement les âmes vers le centre de toutes choses, vers Dieu. Enfin, comme à la nature il a donné à son Église une sève inépuisable de vie, une énergie toujours renaissante de fécondité ;-et au milieu des ruines des siècles, il la fait fleurir d'une jeunesse immortelle. M. F., ce monde surnaturel, création de J.-C, est visible à tous les yeux. Mêlé à la société temporelle et ja-

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mais confondu avec elle, il manifeste son existence par les symboles , il révèle son action par sa hiérarchie extérieure , il vit d'une vie si puissante qu'à dix-huit siècles de son berceau il retient toute la vigueur de son origine et toute l'énergie de sa constitution première. L'incrédule ne peut en nier la réalité, il combat incessamment contre lui; est-ce donc qu'il ne combattrait qu'un fantôme? Il ne peut en disputer la création à J.-C. Avant J.-C, dans l'ordre temporel je ne vois que des sociétés politiques; dans l'ordre de la science, que des écoles et des sectes ; dans l'ordre religieux, que des superstitions et des idoles. Oîi trouver la société des intehigences, à l'intérieur unies par une même foi et un même amour, au dehors relevant leur union par la profession d'un même symbole et l'obéissance à une même autorité, et toutes ensemble cherchant à travers les ombres du temps le Dieu infini qu'elles doivent posséder un jour dans la patrie immuable qui est le ciel ? Enfin on ne peut nier que ce ne soit une œuvre divine. Si dans la création, la conservation, le gouvernement du monde des corps, vous proclamez une puissance surhumaine, comment la méconnaître dans la création, la conservation, le gouveriiement du monde des âmes? Non, non, ce n'est pas là l'ouvrage de l'homme. Ce que le temps voit s'élever, le temps le renverse. Les siècles passent, l'Église reste. Ce qu'une révolution fait éclore, une révolution l'emporte. Les tempêtes politiques déracinent les plus puissants empires : l'Eglise est debout. Ce que l'homme a créé, l'homme le détruit. Voilà dix-huit cents ans que l'homme lutte contre l'Eglise : l'Église vit. Appelez œuvre de l'homme, à la bonne heure , tout ce qui chancelle, tout ce qui tombe, tout ce qui disparaît dans l'abîme du temps. Et quel est le signe de l'œuvre humaine, sinon la faiblesse et le néant ? Mais ce qui dure, ce qui ne vieillit ni ne meurt, ce qui croît avec

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les âges et reste toujours jeune et toujours fécond, cela , M. F., dites que c'est l'œuvre du Tout-Puissant et de l'Éternel : car de ses ouvrages quel est le signe sinon la force et la stabilité? Oui, cela est divin, et cela est la création de J.-C,

Jésus-Christ s'affirme et se prouve : De plus il s'impose, sujet d'une dernière réflexion.

Jésus-Christ s'impose.

C'était une entreprise prodigieuse de s'affirmer Dieu; mais faire accepter au monde son affirmation, c'est quelque chose au-dessus de tout prodige.

Lisez l'histoire, suivez dans le passé ces hommes qui ont voulu faire triompher une idée parmi leurs semblables ; combien y sont morts à la peine ! Leur œuvre les a tués! Du bord de la tombe, il ne leur a pas même été donné d'entrevoir le succès dans un avenir lointain. Qu'était-ce donc de venir jeter au milieu du monde des doctrines inouïes, brusquement, sans préparation ni ménagement et en les rattachant à l'idée la plus étrange, la plus imprévue, la plus étourdissante pour la raison humaine, celle de la divinité d'un artisan qui va mourir sur une croix ?

Cette idée, cependant, J.-C. la fait accepter. Ici, la négation est impossible. Descendez de dix-huit siècles vers le berceau humain, vous trouvez sur tous les points du monde civilisé ces deux choses sans lesquelles un peuple est impossible : la Religion, l'État ! Mais qu'est-ce que la Religion ? Les passions adorées sous des symboles impurs ou absurdes et usurpant le culte qui n'est dû qu'à l'Être su-

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prême. Qu'est-ce que l'État? L'organisation de tous les despotismes au profit du petit nombre et contre l'iiurnanité entière condamnée au servage et à tout ce qui en est la. suite : la corruption, la misère, l'abrutissement et la faim. Dans le temple, quels noms invoque la foule? Mais, Apollon, Minerve, Jupiter et que sais-je?... Les vœux et les sacrifices s'adressent au plaisir, à l'ambition, à la haine, à tout, excepté à Dieu. Dans la cité, à qui la puissance et avec elle toutes les jouissances de la vie? A quelques hommes qui concentrent dans leur main les richesses et la force matérielle. Pourquoi l'exhérédation de tout droit, excepté un seul, celui de pleurer et de souffrir, pour ceux qui sont pauvres, pour ceux qui sont faibles, pour l'immense majorité de la race humaine ? Traversez trois siècles et revenez dans cette même société renouvelée par la mort et par le temps. A quels autels se pressent les peuples ? Aux autels de J.-G. Quelle divinité adore la foi universelle? Le Dieu un et son fils unique Dieu comme lui, Jésus-Christ. Du temple passons à la cité, qu'est-ce que le souverain? Le ministre de Dieu pour le bien (1) ; le serviteur de tous pour le bonheur de tous. Qu'est-ce que le riche et le puissant? L'économe du pauvre et le tuteur du faible. Qu'est-ce que l'État ? L'organisation du droit et de la justice ? Qu'est-ce que la société entière ? Une famille de frères égaux par la nature et la destinée, inégaux seulement par la condition. Mais qui a donc opéré cette étonnante révolution ? Qui a renouvelé la religion? Qui a reconstitué l'État? La foi à la divinité deJ.-C. A son nom, la superstition est tombée dans le temple, l'oppression a disparu dans la cité. L'adoration de sa personne a ramené la sainteté dans le culte, et l'adoration de sa parole , la justice dans la société. Certes ,

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