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M. P., C'est là un éclatant triomphe, s'il en fut jamais. Dans notre siècle on ne résiste pas au fait accompli et toujours nous mettons la raison du côté du succès. Eh bien J G a conquis le succès ; le fait est pour lui comme le droit Que reste-t-il donc que de tomber à ses genoux et d'adorer car Il est vraiment le Christ et le Tils de Dieu? Tu es ChHslus fUius Dei.
Trois circonstances donnent à ce succès un caractère incontestablement surhumain. D'abord l'absence de tout élément naturel. Nommez-moi les grands hommes de l'histoire sages, législateurs, conquérants ; je vous expliquerai par des causes humaines leur succès humain. M'expliquerez-vous humainement J.-G. et son triomphe? Ici toute, les influences naturelles font défaut. Les passions? Dans sa vie, Il les immole; dans ses institutions, il les rejette. La science? Il l'exclut : les premiers apôtres de sa doctrine sont pris non dans les écoles mais sur des barques de pêcheurs. Le pouvoir? Il le dédaigne : il déclare lui-même que son royaume n'est pas de ce monde. La force'? Il la condamne, il lui demande l'épreuve, l'opprobre, la mort jamais l'empire. La puissance des idées? Il n'en tient compte, il heurte de front celles qui dominent le monde et ,1 ne leur oppose que la folie de la croix. La popularité -^ il meurt réprouvé de l'opinion et au milieu des blasphèmes, de la haine pubhque. Cependant il triomphe, M. F. Tout a sa cause; il serait étrange que le plus grand événement du monde n'eût pas la sienne. Cette cause quelle est-elle ' Cet homme qui s'abandonne soi-même et qui est vainqueur cette ostentation de faiblesse, et cet éclat de succès comment l'exphquez-vous? Questions insolubles, si J.-G. n'est pas Dieu.
^ De plus, J.-C. ne s'impose au monde qu'après sa mort • c est en cessant de vivre qu'il commence à régner Gela est
SERMONS
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admirable. De leur vivant, les plus grands hommes aidés de toutes les ressources humaines, servis par la première des puissances, les circonstances, n'arrivent qu'à grand peine à une domination toujours bien limitée, surtout bien fugitive. Morts, leur influence finit avec leur action; car la société vivante n'obéit qu'aux vivants. Ici la loi est renversée. Dans sa vie, J.-C. n'obtient que des triomphes à peu prés stériles, ses ennemis sont innombrables, ses disciples rares. La foule, il est vrai, accourt au bruit de sa parole, de ses miracles surtout : mais combien se trouvé-telle plus nombreuse et plus pressée au jour de son supplice ! Et bien, c'est après ce supplice qu'il attire tout à lui, selon sa prédiction expresse : Quum exaltatus fuero a terra omnia traham ad me ipsum (1) . Du fond de sa tombe, il remue le monde et subjugue l'humanité. Savez-vous un autre exemple de cette action d'outre-tombe et de cette toutepuissance posthume? Vous dites que J.-C. n'est qu'un grand homme : soit, mais d'où lui vient le privilège exclusif de se survivre, non dans une idée, dans une institution, mais dans une action qui subsiste, dans une influence toujours vivante? Dites nous donc par quelle vertu son ombre donne des bataifles et remporte des victoires ? Dites-nous comment de son sépulcre, ce fantôme se soumet les nations, mène les événements, gouverne l'avenir? M. F., ne cherchons pas une réponse impossible. Voici la raison du prodige; c'est qu'il n'y a rien de si vivant que ce mort; c'est que Jésus supplicié et mis au tombeau n'a fait que traverser le supplice et la tombe, et que, ressuscité par sa propre vertu, il n'a rien perdu de son action et de sa toute-puissance; en un mot, c'est que J.-C. est Dieu.
Enfin, ce qui complète et épuise le miracle, J.-C. s'im-
\. Joan., 12, 32.
pose au monde après sa mort et ce n'est point par luimême, c'est par une action étrangère qu'il accomplit son œuvre de conquête. Il triomphe non de sa personne, mais par ses lieutenants. Mais que n'étant plus sur la terre, visiblement du moins, il ait pu se conserver le dévouement de ses premiers apôtres et se susciter après eux le dévouement d'apôtres nouveaux, n'est-ce pas là une chose toute divine ? Si la Providence vous a fait grand capitaine, que vous attachiez vos soldats à votre personne, que vous enchaîniez d'innombrables êtres humains à votre destinée, je le conçois. Au fond, chacun s'attache en vous à sa gloire personnelle, à son intérêt propre, à l'espoir de prendre sa part de votre renommée ou de votre fortune. Bien plus, si vous êtes un grand homme, qu'après votre mort on poursuive en votre nom une grande œuvre d'affranchissement de civilisation, de régénération sociale, je le conçois encore Votre nom, après tout, est un symbole et non un but; on ne fait rien pour vous qui n'êtes plus, on fait tout pour l'intérêt personnifié en vous et qui vit toujours, pour la hberté pour la gloire, pour le bonheur du pays. Mais ici, M F lé chef pour qui il faut combattre, c'est un mort. Ici le zèle ne peut s'attacher à sa personne qu'en abjurant et sans retour tout intérêt personnel, ici, le but qu'il s'agit d'atteindre, c'est sa gloire, c'est-à-dire sa Divinité à faire accepter du monde. Et ce but, le plus misérable de tous SI J.-C. n'est qu'un homme, on l'embrasse de toutes les puissances de son être. Pour y atteindre, on prodigue les travaux, les veilles, les souffrances, le sang, la vie. Jamais grande idée sociale ou religieuse n'a été propa-ée avec cette ardeur et cette constance de courage. Jamai's intérêt personnel ou public n'a été soutenu comme l'intérêt de cette apothéose. Jamais cause de l'homme ou même de Dieu n'a été défendue comme la cause de la Divinité de J.-C.
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Napoléon s'en étonnait : Concevez-vous, disait-il, un mort conquérant avec une armée dévouée à sa mémoire? Un fantôme qui a des soldats sans solde et qui les anime à vaincre ? Concevez-vous César du fond de sa tombe gouvernant Rome et présidant à ses destinées? C'est ce que J.-C. réalise. Je ne demande plus comme tout à l'heure : Quel est ce mort qui remue le monde et subjugue l'humanité? Je demande quel est ce mort qui a des apôtres ? Quel est ce mort qui a des martyrs? Quel est ce mort pour lequel on vit, on combat, on meurt, on épuise la fidélité désintéressée et le dévouement héroïque ? Imaginez toutes les hypothèses; toutes sont absurdes, excepté une seule, c'est de supposer que ce mort est un Dieu.
Maintenant résumons tout ceci. J.-C. n'avait humainement rien pour lui ; il avait tout contre lui, et tout ce qu'il a prétendu, il en est venu à bout. La foi du genre humain a justifié tous ses desseins en les réalisant. Il s'affirmait Dieu et comme Dieu il réclamait l'espace. Sur quel point de l'espace n'a-t-il pas des autels? Son nom retentit dans tous les sanctuaires, de l'Orient à l'Occident, jusque dans les huttes du sauvage ou sous la tente des barbares. Les plus hautes montagnes ont vu sa croix; les îles les plus éloignées ont ouï parler de son évangile ; l'adoration et la prière le rendent toujours présent sur tous les points du globe. Comme Dieu, il réclamait le temps. Depuis dix-huit siècles les vœux et les sacrifices ont-ils manqué à ses autels? Non, toutes les générations se succèdent dans sa foi et dans son culte. Il est bien plus qu'immortel ici-bas. Être immortel parmi les hommes, c'est les préoccuper de sa mémoire. i .-C. les préoccupe incessamment de sa doctrine, de ses préceptes, de ses institutions, de sa divinité, de tout lui-même. Surtout, comme Dieu, il réclamait la propriété par excellence de Dieu, l'homme. Il avait dit : aux empereurs, la matière;
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aux savants, l'esprit; à moi, l'âme; c'est-à-dire, à moi la conscience et le cœur? On peut forcer le respect, emporter l'admiration ; on ne peut emporter ni forcer notre amour. C'est là l'éternel désespoir des oppresseurs et des tyrans : ils peuvent se faire craindre, jamais se faire aimer. Le cœur est la plus inviolable des citadelles : le plus misérable des hommes la fermera, s'il veut, et invinciblement, à tous les potentats du globe. Le cœur, M. F., est l'empire de J.-C. : son triomphe, c'est de se faire aimer. Certes le monde a vu sous toutes ses formes les prodiges de l'amour humain : l'amour qu'obtient J.-C. les efface tous. Voilà dixhuit cents ans qu'il passionne l'être humain, qu'on travaille pour lui, qu'on souffre pour lui, qu'on meurt pour lui, et ce qui passe tout, qu'on vit en lui et pour lui. Voilà dixhuit cents ans qu'il est remonté aux cieux, et l'affection humaine le ramène ici-bas et lui donne une seconde mais immortelle vie sur la terre. Les uns vont chercher de lointaines solitudes pour ne s'y plus occuper que de cet objet suprême de leur pensée ; les autres s'emprisonnent dans le cloître pour travailler à reproduire en eux sa vie, à se transformer en celui qu'ils aiment. Il en est qui se font ses serviteurs dans ses pauvres et ne pouvant le saisir par leurs sens dans sa réalité, l'aiment, l'adorent, vivent et meui-ent pour lui dans ses images. Combien se sentent pressés de souffrir pour sa cause et s'en vont de périls en périls et au prix de tous les sacrifices acheter le plus grand de. tous, celui du supplice enduré pour son amour ! Combien qui courent d'îles en îles, de continents en continents, lui conquérir des âmes, disciples dévoués et qui croient ne l'aimer point s'ils ne le font aimer du genre humain 1 Pour lui la vierge oublie sa mère et dédaigne un époux. Pour lui l'apôtre méconnaît la famille et renonce la patrie. Pour lui le martyr défie la douleur et court au-devant du glaive et de l'écha-
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faud. Tous crient, comme l'apôtre : la charité du Christ nous presse et nous travaille. Carilas Christi urget nos. Dites, tant qu'il vous plaira, que c'est le délire de l'enthousiasme, que cet amour est un rêve, ces sacrifices une chimère. Pourquoi est-ce le privilège de J.-C. de perpétuer dix-huit siècles l'enthousiasme, d'exalter les âmes par le même rêve, de tourmenter les cœurs du besoin de se dévouer à une même chimère? Non, laissons là le blasphème et concluons. Celui qui de la sorte inspire le sacrifice et commande le dévouement; qu' est-il? Appartient-il à la terre? Appartientil au ciel ? Est-ce un homme ? Est-ce un Dieu ?
Quand autrefois J.-C. annonçait lui-même son évangile aux peuples, on s'écriait autour de lui : Nonne hic est faber et fabri filius? Est-ce donc là l'artisan de Nazareth et le fils du charpentier? Je vous adresse la même question, M. F.
N'est-ce qu'un homme, celui qui balaie d'un souffle les idoles, épure la reUgion publique des erreurs et des infamies qui la déshonorent^ et après avoir chassé les peuples des temples qu'il renverse , les ramène dans des temples nouveaux au pied de son autel et s'empare des adorations du genre humain ? Nonne hic est faber fabri fdius?
N'est-ce qu'un homme celui qui du temple pénètre dans la société, en renouvelle les institutions ou plutôt en reconstitue les éléments, en pénètre tout le corps de sa propre vie et fait entrer jusque dans ses entrailles les principes, avant lui ignorés, du droit, de la justice et de la liberté? Nonne hic est faber fabri fdius?
N'est-ce qu'un homme celui qui en mourant, du haut d'une croix jette un ordre à quelques batehers et par eux se fait obéir après sa mort comme on n'obéit pas de son vivant au despote le plus absolu du globe ; celui qui voit se soulever contre sa mémoire toutes les haines, et qui élève
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JÉSUS-CHRIST s'impose
son nom au-dessus des bûchers el des échafauds ; celui qui fait grandir son influence par le supplice de ses apôtres, croît en puissance à mesure qu'il perd des batailles, cédant toujours subjugue tout et à force de donner du sang finit par mettre l'univers à ses pieds. Nonne hic est faber fabri filius ?
N'est-ce qu'un homme, celui qui de sa tombe, à rebours des sages et des conquérants, appelle d'abord à soi les petits, et les peuples viennent se consoler en priant et en espérant à ses pieds; puis, appelle les savants, et le génie désertant les écoles des sophistes et des rhéteurs, vient penser, écrire, prêcher pour sa cause ; enfin, appelle les Césars, et les empereurs lui cèdent le trône et s'écrient à la face de l'univers : Il n'y a qu'un Seigneur et qu'un Maître et c'est J.-C. Nonne hic est faber fabri filius?
Enfin celui que l'histoire me montre toujours présent sur tous les points du globe par ses apôtres qui le prêchent, toujours vivant parmi les générations par l'adoration qu'elles lui décernent, toujours maître des âmes qui ne peuvent se détacher de lui ; celui qui s'est mis en possession de l'immensité, de la perpétuité, de la souverainté universelle, celui qui seul explique tout dans le monde moral et qui, comme Dieu, est la raison suprême et nécessaire de toutes choses^ celui-là n'est-il qu'un homme? Nonne hic est faber fabri filins? Non, il n'est, il ne peut être qu'un homme ; ou bien il faut renverser toutes les notions de l'intelligence ; ou bien, il ne reste qu'à se voiler la tête de son manteau et à désespérer du ciel, de la vertu, et de soi-même, ou il faut dire : J.-C. est un Dieu. Tu es Christus filius Dei.
C'est à vous, M. F.^ d'achever ce discours et de le compléter par un dernier trait et le plus persuasif de tous. Une passion vaincue , un sacrifice accompli pour l'amour de
J.-C. prouve plus que les miracles. Un cœur humble et chaste est une création qui suppose une puissance surhumaine, et la démonstration par excellence de la divinité de J.-C. sera toujours un chrétien. Soyez donc vraiment chrétiens! C'est-à-dire aimez J.-C. comme vous croyez en lui, et en témoignage de votre amour, sachez vous combattre et sachez vous vaincre.
Aussi bien, si J.-C. est Dieu, il est souverain et quel est son plus noble domaine sinon la volonté de l'homme? Si' J.-C. est Dieu, il lui faut un autel et quel est son premier autel sinon notre cœur? Surtout si J.-C. est Dieu, il est le bien suprême. Allons donc chercher auprès de lui le bonheur, et attachons-nous si étroitement à lui que nous puissions ne faire qu'un avec lui à la vie, à la mort, pendant le temps et pendant l'éternité. Amen.
Praideatinatus est Filius Dci in virtute.
La carrière du Fil3 Je Dieu a été marquée par la puissance.
(Ad Rom. 1. 4.)
Tout homme qui se présente au nom du ciel et comme l'interprète des volontés d'en haut, doit prouver sa mission. En effet, la liberté humaine a ses droits comme ses devoirs et, si le plus sacré de ses devoirs est d'obéir à Dieu, de ses droits le premier et le plus noble aussi, c'est de n'obéir qu'à lui seul ou à qui se prouve certainement élu de lui pour intimer à l'homme sa volonté. Il suit de là qu'en paraissant dans le monde comme l'envoyé de Dieu, comme Dieu luimême, J.-C. a dû s'environner des caractères incontestables et de la mission divine et de la divinité. Il l'a dû et il l'a fait.
Il est une idée qui se retrouve sur tous les points du globe : l'idée de l'intervention du ciel se révélant par la suspension de quelque loi de la nature, l'idée du miracle. Tout peuple a la notion du miracle; toute tradition le nomme ; toute religion, vraie ou fausse, le i-éclame. Plus
d'une fois le législateur lui a demandé la consécration de ses lois ; toujours la raison publique y reconnut et la voix du Créateur et le sceau de l'action divine. La grande, la décisive preuve et de la mission et de la divinité de J.-C, c'est le miracle.
Mais quoi ! faut-il donc admettre le miracle? Sans doute. Et ne faut-il pas admettre que le divin est partout dans le monde ? Que savez-vous, si vous ignorez qu'il y a quelque chose à l'intime même de tout ce que vous voyez, de tout ce que vous touchez ici-bas ? Quelque chose, raison de tout ce qui est, vie de tout ce qui existe, mouvement de tout ce qui agit, et que ce quelque chose, c'est Dieu. Or, le miracle n'est qu'une des formes sous lesquelles apparaît le divin dans le monde. Le miracle, c'est l'action particulière de Dieu substituée un instant à l'action générale; le miracle, c'est la volonté exceptionnelle de Dieu qui suspend, pour la rétabhr aussitôt, la volonté régulière qui fut l'ordre du monde. En soi, l'une ou l'autre action ne suppose pas plus de puissance dans la cause; seulement, l'une présente plus de singularité dans l'effet. La loi, c'est l'ordre constant al on ne la remarque pas ; l'exception, c'est l'ordre un instant arrêté et l'on s'en étonne jusqu'à refuser d'y croire. Mais exception ou loi ne demande ni plus ni moins d'énergie dans la volonté du créateur. Donc, nier la possibilité du miracle, autant vaut nier l'action divine sur la nature ; autant nier la puissance de Dieu, nier Dieu lui-même. Vous ne serez pas plus impies ; vous serez plus conséquents et plus logiques. Il faut donc admettre les miracles.
Cela établi, trois questions se présentent par rapporta J.-C. et à sa mission dans le monde. 1° J.-C. devait-il faire des miracles ? 2^ J.-C. a-t-il fait des miracles ^ 3' Que prouvent les miracles de J.-C. ? Résoudre ces trois questions, ce sera tout le sujet de ce discours.
JÉïUS-CHRIST PROUVÉ PAR SES MIRACLES 91
Jésus-Christ devait-il faire des miracles ?
Remontons à l'idée fondamentale du christianisme. L'humanité déchue avait un besoin infini de réparation ; Dieu lui-même voulut être son réparateur. Le Verbe s'est incarné, il est venu sous la forme et dans la nature de l'homme, racheter, enseigner lui-même, sanctifier et réhabiliter l'homme tout ensemble. Voilà l'idée de J.-G. et avec lui du christianisme tout entier.
Or, quand J. -G. se révéla aux hommes comme l'envoyé de Dieu et Dieu lui-même , les hommes ont dû lui demander ses titres, et des titres d'autant plus décisifs et d'autant plus éclatants, que sa mission était plus haute et naturellement moins croyable. Sous peine de manquer et à Dieu et à eux-mêmes, ils ont dû lui dire, avant d'écouler sa parole : si vous êtes Dieu, prouvez-le et nous croirons en vous. Sous peine de s'ôter tout empire sur la liberté humaine, J.-G. a dû, de son côté , présenter en soi les signes d'un caractère surhumain et désespérer le doute par l'évidence de sa divinité. Voilà ce que dit la raison.
Mais rclléchissez. Quelle preuve J.-G. pouvait-il donner de sa mission et de sa divinité ? Je n'en puis concevoir que trois : ou sa personne, ou sa doctrine, ou ses œuvres. Sa personne ? Mais précisément il s'agit d'établir qu'il est envoyé de Dieu, et Dieu lui-même. — Sa doctrine? Mais c'est la vérité même de cette doctrine qu'il faut démontrer. Restent donc ses œuvres, c'est-à-dire qu'il doit agir en Dieu pour prouver qu'il est Dieu. Donc, la nécessité du miracle. 11 hui creuser ceci plus à fond. Quels caractères devaient
réunifies preuves de la divinité de J.-G. pour subjuguer la foi du genre humain? Interrogez la raison. Ces preuves il les fallait d'une certitude absolue, car le doute est incompatible avec la foi. Il les fallait universelles, c'est-à-dire de nature à saisir tous les hommes, car pour tous la foi cà J.-C. est un devoir. Enfin, il les fallait faciles, et qui n'exigeassent ni effort ni travail de l'esprit, autrement elles fussent restées incompréhensibles, nulles dès lors pour les trois quarts du genre humain. Tous ces caractères se réunissentils dans le miracle ? Oui, et vous allez en être juges.
D'abord le miracle est un fait ; un fait extérieur, sensible, d'une publicité éclatante. Donc, nulle preuve plus accessible à toute intelligence, même à la plus vulgaire. Pour la saisir, il suffit ou du témoignage de nos sens ou du témoignage public. Pour l'apprécier, il n'est besoin ni d'étude ni de discussion ; c'est assez du simple bon sens. C'est-à-dire qu'il ne faut pour la saisir et pour l'apprécier que ce qu'il faut pour saisir et apprécier les faits les plus communs de la vie domestique ou sociale et desquels dépendent tous les rapports de l'existence humaine.
Ensuite, point de preuve dont l'impression soit plus universelle. Interrogez tous les peuples, chaque homme en particulier, tous reconnaissent dans le miracle la voix de Dieu. Supposez la vue donnée à un aveugle de naissance ou le mort de la veille rappelé du tombeau : et en présence de ces faits, qui de vous, bon gré mal gré ne s'écrie : le doigt de Dieu est là, c'est le ciel qui parle? L'incrédulité en convient elle-même et le plus célèbre déiste du siècle dernier a trouvé ce genre de preuve si subjuguant pour l'esprit humain que, ne pouvant résister et ne voulant pas se rendre toutefois, il avoue que, s'il était témoin d'un miracle, il en perdrait la raison.
Enfin c'est une preuve d'une certitude absolue, car la
raison nous dil à tous que Dieu seul possède la puissance du miracle, puisque seul il est le maître de la nature et l'auteur de ses lois et que, s'il exerce ou communique cette puissance, ce ne peut être qu'en faveur de la vérité. Donc, tout ce qui est attesté par le miracle a pour garant, avec la puissance de Dieu, sa bonté qui ne veut pas et sa véracité qui ne peut pas nous tromper. Donc, dans un sens rigoureux, un miracle prouvé est la parole de Dieu et, comme Dieu même, infaillible. Donc, le miracle est de toutes les preuves, celle qui présente^ la plus haute certitude, puisqu'elle s'appuie sur la certitude même de la raison divine. Ainsi, à ne consulter que les lumières de la raison, le miracle était par la nature des choses, la preuve nécessaire de la mission et de la divinité de J.-C. Il était encore nécessaire sous un autre rapport et ce nouveau- point de vue mérité d'être sérieusement médité.
Quel était l'état religieux et moral du genre humain , lorsque J.-G. vint se révéler au monde? Un sensualisme grossier dominait tous les peuples. Enfoncé dans la vie matérielle, l'homme semblait n'exister que par les organes. Les hautes idées d'une religion spirituelle s'effaçaient tous les jours de sa pensée qui ne semblait plus capable que des grossières perceptions des sens. Fille des passions et leur compagne inséparable, l'indifférence étouffait dans tous les esprits la pensée de Dieu et jusqu'à la notion de la vérité même. Comment se révéler à un monde semblable, et comment s'en faire écouter, surtout s'en faire obéir? Imaginez tous les moyens qu'il vous plaira, un seul excepté,\ous seraient demeurés stériles. Vainement J .-G. eût-il paru dans tout l'éclat de sa sainteté, ses vertus divines seraient passées inaperçues et leur éclat même n'eût servi qu'à éloigner l'homme en effrayant sa corruption. Plus vainement ''encore se lût-il elforcé de captiver le monde par la sainteté et
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la beauté de sa doctrine; ce monde endormi dans ses plaisirs eût continué son sommeil et renseignement divin n'eût rencontré que la solitude. Il fallait donc quelque chose de plus que le caractère personnel du Christ et que sa doctrine, quelque chose dont le bruit réveillât l'humanité assoupie, dont l'éclat et l'appareil extérieur saisît par les sens mêmes ces peuples qui ne vivaient plus que par les sens. Il fallait le miracle. En effet, dérogation solennelle des lois de la nature, l'effet propre du miracle c'est de parler fortement aux yeux et à l'imagination de l'homme. A son nom seul, la curiosité publique s'éveille et se préoccupe ; l'indifférence, le doute lui-même accourent comme à un spectacle ; bon gré mal gré, l'action de Dieu se fait sentir; l'impression du fait divin subjugue la raison, et la conscience, alors même qu'elle résiste, ne peut méconnaître ni la voix du ciel ni l'évidence de la vérité.
D'ailleurs , quand l'état du monde n'eût pas demandé le miracle, la nature même de la mission de J.-C. l'appelait.
Que venait enseigner J.-C? Des mystères. Il venait révéler des dogmes inouïs que la raison ne pouvait comprendre, que la raison cependant devait accepter et de plus adorer. Croyez-vous que pour dompter l'orgueil de l'intelligence humaine et le captiver sous la foi des mystères, il eût suffi à J.-C. de l'autorité de sa parole? Non; la raison lui en eût contesté les droits et se fût retranchée éternellement dans son indépendance. Donc il fallait le miracle. Le miracle imprime à la parole de J.-C. l'autorité divine, dit saint Augustin; à son tour l'autorité divine commande la foi, l'orgueil humain est poussé à bout, la raison est réduite à se nier soi-même ou à obéir. Miraculis conciliatur audoritas ; mictoritate (ides imperatur.
Qu'annonçait encore J.-C? D'autres mystères non moins
étranges et non moins durs à la corruption humaine : les mystères de sa morale. Il devait dire à l'homme que tout était mauvais dans son cœur, qu'il fallait se haïr et que pour lui il n'y avait de vertu ni de bonheur qu'à se combattre et à se renoncer. Comment a été accueillie cette rude et crucifiante doctrine? Vous le savez. Qui pourrait dire combien de passions se sont soulevées contre elle, par combien de sophismes elle fut combattue. Sophismes et passions, il fallait tout abattre et à jamais, et d'un seul coup ; donc, il fallait le miracle. Devant lui, en effet, tous les raisonnements tombent, tous les penchants se taisent. Le miracle, c'est la voix de Dieu et la voix de la vérité ; le cœur de l'homme est forcé de reconnaître l'une et l'autre, et sa corruption même ne peut s'empêcher de leur rendre hommage. Miraculis concilialur auctoritas; auctoritate fides imperatur.
Enfin, dans quel état J.-C. devait-il se montrer au monde? Il devait paraître dans la pauvreté, dans l'obscurité, dans la souffrance ; car il venait en réparateur de l'humanité, et l'état naturel de réparateur, c'est l'opprobre et la douleur, c'est tout ce qui expie et tout ce qui peut guérir. Or, le succès même de l'œuvre réparatrice demandait que la force d'un Dieu se mêlât visiblement à ces faiblesses et sa gloire à ces abaissements. En un mot, il fallait que J.-C. fût tout ensemble et assez humilié pour accomplir son expiation, et assez glorifié pour persuader à tous et irrésistiblement sa mission. Donc encore il fallait le miracle. Otez le miracle; j'ose le dire, trop d'ombres et trop épaisses couvrent le Sauveur du monde. Parmi ces obscurités, il échappe à l'œil même de la foi. Mais supposez le miracle ; l'équilibre divin est rétabli. Dans J.-C. je trouve assez d'abaissement pour opérer ma rédemption, assez de grandeur aussi pour m'imposer la foi de sa divinité. Otez le mira-
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cle ; l'état de J.-C. sur la terre est toujours un état sublime et qui doit parler à tous les cœurs, car c'est le sacrifice d'un seul pour tous. Mais supposez le miracle; combien cet étal vous paraîtra plus sublinie encore. Ah ! cette immolation est évidemment volontaire, car celui qui dispose en maître de la nature, ne peut être sujet à nos misères que parce qu'il veut bien en accepter la servitude. Il est Dieu, sa puissance le prouve; il pourrait donc se soustraire à tout ce qui est angoisse et peine du cœur, travail et crucifiement des sens. Il le pourrait et, s'il reste fidèle au sacrifice, c'est pour l'amour de l'humanité. Quoi de plus grand? Quoi de plus glorieux, même pour la divinité? Et puis, comme le miracle répond victorieusement à l'incrédulité du monde et en condamne hautement le vaste scandale ! Que l'homme charnel nous reproche maintenant les bassesses de notre Maître : un mot ferme la bouche à l'orgueil, le miracle. Oui, répondons-nous, J.-C. a été ici-bas l'artisan qui vit du travail de ses mains ; mais il a nourri avec cinq pains une multitude innombrable. Oui, il a connu toutes les infirmités de fhomme; mais il les a guéries dans les autres. Par lui, la vue a été ou rendue ou donnée à l'aveugle, au sourd l'ouïe, et le mouvement à ceux qui l'avaient perdu. Oui, il a été méprisé, haï, persécuté et jusqu'tà la mort; mais il commandait au trépas lui-môme et à sa voix la tombe rendait ses victimes. Tout obscur qu'il était, il a donc été la gloire de Dieu ; tout faible qu'il paraissait, il a donc été la force et la puissance de Dieu ! Christiim crudfixum Dei virtulem (I). Voyez-vous, chrétiens, comme le miracle concihe tout en J.-C, comment il lui laisse ses faiblesses et en même temps les relève de toutes les splendeurs de sa divinité. Donc, le miracle était néces-