‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 19 sur 40 · IV-i · texte numérisé non relu

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Maintenant faut-il examiner en soi le témoignage qui atteste les faits évangéliques ? J'y rencontre toutes les garanties possibles de la vérité.

C'est un merveilleux spectacle que celui de l'histoire chrétienne à son origine, aux limites du monde ancien, l'auréole divine au front , tenant en main le livre qui raconte tout ce que fut ici-bas l'Homme-Dieu. Autour des narrateurs , apôtres et disciples surveillent leur récit et en garantissent la vérité. Les passions contemporaines écoutent et ne contredisent pas. Le monde se rend à leur témoignage et, sur leur foi, dix-huit siècles sont chrétiens. Ces hommes, qui sont-ils et comment de leur autorité ont-ils dominé le monde ? Le premier, et c'est le plus sublime de tous, est pris par son Maître sur la pauvre barque d'un pêcheur. Le second quitte le soin des deniers pubhcs pour l'apostolat. Les deux autres marchent à la suite des princes de l'Eglise; ils sont les disciples de Simon Pierre et de l'incomparable Paul. Si ces hommes pauvres, obscurs, et étrangers aux lettres , n'eussent raconté que la vie d'un héros profane, leur livre eût été ignoré du monde; mais celui qu'ils racontent les a marqués du sceau de sa gloire. Le héros divin a consacré les historiens avec lui à l'immortalité. Du reste, ne leur demandez pas le génie qui fait l'historien profane; ils ignorent et l'art de grouper les faits, et la science des aperçus et tous les secrets de la parole humaine. Ils disent ce qu'ils ont vu, et ils disent comme agissait leur Maître, sans effort et simplement, et il se trouve que le talent à son plus haut degré ne saurait égaler cette divine simplicité de leur récit. La puissance du héros a passé à la parole de ses historiens; la vertu de l'Homme-Dieu anime la page morte qui raconte ses œuvres, et l'humble narration des Évangélistes a subjugué la conviction du monde.

Tels sont les hommes dont il faut apprécier le témoi-

gnage. S'il a été fidèle, les miracles sont vrais; ils sont faux, s'il fut infidèle et trompeur.

Or, à leur témoinage qu'opposer? Deux choses seulement : ou qu'ils furent trompés, ou qu'ils trompèrent euxmêmes; et encore, non ces deux choses à la fois, mais l'une ou l'autre; car, et c'est la remarque d'Origène, s'ils sont trompés, ils ne trompent pas; et s'ils trompent, ils ne sont pas trompés.

Trompés ! la nature des faits qu'ils attestent ne permet pas de le dire. Dans ces faits, tout est sensible; c'est la foule nourrie parla multiplication des pains; ce sont les malades subitement rendus à la santé ; c'est la résurrection des morts. Tout est public. Le miracle secret serait inutile à la mission du thaumaturge; il s'accomplit devant le peuple, parce qu'il faut divinement imposer au peuple la foi en sa mission. Tout provoque l'attention, car l'événement est étrange, exception évidente à l'ordre accoutumé, visiblement aussi, au-dessus des forces de la nature et de la puissance de l'homme. Enfin tout provoque l'examen sérieux et repousse la possibihté de l'illusion; car du miracle reconnu et admis les conséquences sont infinies. Le thaumaturge est Dieu et sa doctrine est vérité; il faut adorer sa personne; à sa doctrine il faut immoler ses penchants et sous ses lois asservir sa liberté. Tout conspire donc à protéger le témoin contre l'illusion : et la pubOcité du fait et sa nouveauté et ses suites morales. Non, non, l'erreur n'est pas possible, quand il est si difficile d'être trompé, quand on a tant d'intérêt à ne l'être pas.

Mais peut-être que les Évangélistes ont trompe. Loin, à jamais loin de leur nom et de leur mémoire la flétrissure d'un semblable soupçon.

Et quel intérêt de leur part à en imposer à la postérité ? S'ils veulent tromper, ils savent donc que leur maître n'o-

pérajamais les miracles que lui ont prêtés leur imposture, ils ont donc la conviction qu'il n'est qu'un homme comme eux! Pourquoi consacrer son nom par tant de prodiges ? Pourquoi se mettre à la suite de sa fortune? S'il n'est un Dieu, qu'ont-ils à espérer? A quelle fin, dans quel but entreprennent-ils de braver le préjugé et la haine des peuples ? Une doctrine reconnue fausse inspire-t-elle tant d'intérêt? Tant de dévouement est-il commandé par un séducteur?

Mais non, plus j'examine leur témoignage, plus j'y retrouve évidemment toutes les garanties de la vérité.

Garantie dans le nombre des témoins. Ce n'est point un historien isolé et qui n'offre pour gage de sa véracité que son récit même. Ce sont quatre Évangélistes qui écrivent leur histoire sans se concerter et qui se rencontrent dans l'unanimité du témoignage. Les événements qu'ils racontent des milliers de témoins durent en être les spectateurs, et c'est devant cette multitude qu'ils disent : nous l'avons vu, nous l'avons entendu, nos mains l'ont touché et nous vous l'annonçons. L'imposture eût-elle pu se faire tant de complices, et serait-il possible que l'accord de tant de témoins ne fût qu'une vaste conjuration contre la vérité et contre le genre humain ?

Garantie dans le silence des adversaires. Les Évangélistes racontent les miracles de J.-C. et les présentent aux persécuteurs de J.-C. mêmes, et ces persécuteurs n'ont pas élevé la voix. En vertu de ces miracles, ils le proclament Fils de Dieu, en présence dupeuple qui le renie et de la Synagogue qui l'a crucifié, et la Synagogue se tait et le peuple ne réclame pas. Plus tard, de nouveaux adversaires surgiront et contre J.-C. et contre l'Église, et ces hommes ne contesteront pas la vérité du récit évangélique. Les Celse, les Porphyre, les Julien reconnaîtront le fait des miracles; ils n'attaqueront que la cause. Tous ils attribueront les prodiges

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du Christ à je ne sais quel art magique ; aucun d'eux ne pensera à en nier l'existence. Si les Évangélistes ont trompé, croyez-vous que leur mensonge eût pu ou échapper au regard pénétrant ou décliner l'accusation de la haine ?

Garantie dans le caractère du récit. L'imposture se passionne; toujours elle exagère l'éloge de son héros. L'Évangéliste est calme, impassible devant l'ignominie comme devant les gloires de son Maître. L'imposture s'enveloppe dans le vague ou l'obscurité des détails. L'Évangéliste précise toutes les circonstances ; il dit et l'époque et le lieu et le nom de ceux qui furent l'objet et le nom du pays témoin des miracles. Toujours, l'imposture se trahit par quelques détours ou quelques embarras. L'Évangéliste empreint toutes les paroles du caractère irrésistible delà candeur et de la sincérité. L'imposture élude l'examen et l'œil du public. L'Evangéliste appelle tous les regards, il provoque la conscience de la nation et en appelle hautement à son témoignage. Le mensonge se peut-il de la sorte déguiser à tous les yeux, et est-il donné à l'erreur de contrefaire ainsi la vérité ?

Garantie dans le caractère des historiens. Dans le témoin évangélique tout s'accorde, ce qu'il raconte et ce qu'il fait, le héros et l'historien qui l'imite. Quel gage plus éclatant de leur bonne foi que leurs vertus? Les faits dont ils déposent, les premiers ils les prennent au sérieux et ils en tirent les conséquences. A cause d'eux et pour eux, ils sont pauvres, détachés, étrangers à tout ce qui est fortune de la terre, jouissance du monde. Pour eux ils combattent leurs inclinations , ils crucifient leurs sens , ils renoncent leur propre cœur et jusqu'à leur liberté. Pour eux, ils courent de cité en cité, de province en province; ils enseignent, ils exhortent, ils multiplient les disciples, ils sont apôtres. Pour eux surtout, ils souffrent et tout ce que l'homme ici-

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bas peut souffrir : et l'opprobre et la haine, et les fatigues, l'exil et les angoisses de la faim et de la soif, et les angoisses plus dures du cœur, et les fers, et les bûchers, et le glaive. Pour eux, ils savent se faire égorger et mourir.

Quel plus éclatant témoignage pouvez-vous demander ? Si vous aviez vu de vos yeux, ce que vous apprenez de leur bouche, douteriez-vous ? Et la déposition de semblables témoins ne mérite-t-elle pas la même confiance que le rapport même de vos sens ? Avez-vous été contemporains de César ou d'Alexandre ? Ne croyez-vous pas aussi fermement à leur existence attestée par l'histoire que vous croyez à l'existence de vos amis attestée par vos organes. Vainement nous opposerez-vous la longue suite des générations par lesquelles nous est arrivé leur récit. Les mêmes raisons qui prouvent la véracité des témoins du premier siècle prouvent la véracité de leurs successeurs. Cela est vrai de tout fait social; cela est plus vrai encore des faits évangéliques, les plus importants de tous les faits et aussi les plus solidement établis qui soient dans l'histoire. Il y a plus, c'est que la succession même des siècles ne fait que donner plus de force à leur vérité et plus d'éclat à leur certitude. Plus les générations sont nombreuses entre vous et l'événement, et plus les faits ont été soumis à l'examen de la raison pubhque. Plus ils subjuguèrent de conviction avant vous, plus ils ont de titres à la vôtre ; et ici la multiplicité des siècles n'est à la lettre que la multiplicité même et des témoignages et des garanties.

Et voilà, chrétiens, sur quelles preuves repose ma foi aux miracles de J. -G. Je crois les Évangélistes, parce qu'ils n'ont pu ni se faire illusion ni faire illusion au monde sur les faits qu'ils racontent. Je crois à leur récit, parce que je crois à l'infaillibilité du témoignage humain, et que ma raison me dit qu'il serait absurde de lui donner ma foi

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quand il s'agit de l'histoire de la société, et de la lui refuser dès qu'il s'agit de l'histoire de J.-C. Je crois leurs vertus ; la vertu ne saurait mentir. Je crois leur dépouillement volontaire, leurs travaux, leur courage. Un tel zèle laborieux et désintéressé ne fut jamais connu de l'imposture. Enfin, je crois leur dévouement et leur mort; l'héroïsme de leur trépas me répond de la vérité de leurs témoignages, et comme Pascal, je crois volontiers des témoins qui se font égorger. Voilà ma foi. Est-ce foi aveugle? Non, car je ne cède qu'à la raison et à l'irrésistible certitude. Est-ce une foi intéressée ? Non, car je crois et contre ma nature et contre mes penchants. Mais, puis-je dire à qui ne croit pas: votre incrédulité est-elle désintéressée? Est-elle raisonnable ? Non. Raisonnable ! Mais avez-vous examiné ? Votre examen n'a pas été celui de la droiture et de la bonne foi. Désintéressée ! Mais, interrogez vos penchants et votre cœur, et dites si vous n'avez pas le plus grand intérêt à ne croire pas.

Pour l'honneur de votre raison, de votre cœur, nous vous souhaitons de croire comme nous, et par le même motif que nous.

Ainsi, deuxième réflexion. Les miracles rapportés par l'Evangile sont également et faits divins et faits incontestables.

Je termine par une troisième et courte réflexion. — Quelle conclusion tirer des miracles de J.-C?

Que froment les miracles de Jésus-Christ.

Les miracles de J.-C. présentent tous ce double carac-

tère : c'est que J.-G. tout ensemble et les fait en Dieu et les fait pour prouver qu'il est Dieu.

D'abord, il fait ses miracles en Dieu. Avant J.-C, depuis J.-C, des hommes ont été vus dans le monde qui avaient reçu d'en haut la puissance des prodiges. Tels parurent les prophètes dans la loi ancienne, tels les saints dans la loi nouvelle. Mais ces thaumaturges agissent toujours comme les instruments d'une puissance étrangère. Ministres de la vertu du Très-Haut, c'est en son nom qu'ils opèrent des miracles, et c'est à sa puissance qu'ils en renvoient toute la gloire. J.-G. agit autrement. Chez lui, le miracle est l'acte d'un pouvoir personnel. Il l'opère, mais c'est sans effort et par une vertu qui est en lui. Il multiplie les prodiges, et il ne perd rien de son calme accoutumé. On voit que le miracle n'est qu'un des accidents naturels de son action et de sa vie. Il dédaigne les instruments et les moyens, parce qu'il a la conscience de sa propre force et le secret de sa volonté. Jamais il n'invoque un nom étranger ; toujours il s'attribue la merveille accompHe comme une œuvre propre et qui lui appartient, et s'il la rapporte à Dieu, c'est comme à son Père avec lequel il fait toutes ses œuvres par une seule et même puissance, par une seule et indivisible opération.

De plus, J.-C. ne fait ses miracles que pour prouver qu'il est Dieu.

Suivez-le dans l'Evangile. Eu même temps qu'il étonne le peuple par l'éclat et le nombre de ses prodiges, au nom et en vertu de ces mêmes prodiges il s'attribue les titres et il exerce les droits de la Divinité. Il se nomme lui-même le Fils de Dieu. Il déclare qu'il est égal à son Père et que tous deux n'ont qu'une même vie et qu'une même action. Il intime des préceptes et promulgue des lois avec l'empire d'un Dieu. Il exige pour lui l'amour et il accepte l'adora-

tion qui n'est due qu'à un Dieu. Il efface la souillure de la conscience et il lui pardonne ses fautes avec l'autorité d'un Dieu. Toujours, partout, il donne ses miracles comme le signe, de sa divinité. Ecoutez-le. Gomme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, ainsi le Fils rend la vie à qui il lui plaît afin que tous les hommes honorent le Fils comme ils;honorent le Père (1) — et ailleurs (2) : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. . . . Mon Père et moi nous ne sommes qu'une même chose — et plus loin (3) : Ne croyez-vous pas que je suis en mon Père et que mon Père est en moi? Croyez-le donc au moins à cause des œuvres que je fais.

De tout cela une conclusion à tirer, mais rigoureuse, mais nécessaire : donc J.-C. est Dieu.

En effet, ici point d'autre alternative : ou confesser J.-C, ou nier Dieu; ou la divinité du Christ, ou l'athéisme. Car enfin, le texte évangélique n'est ni obscur ni douteux. J.-C. se proclame Dieu et il n'a fait tant de miracles que pour imposer au monde la foi de sa divinité. Donc, s'il n'est pas Dieu, il est le plus grand coupable que puisse nommer l'histoire. Quel autre s'est joué avec un plus sacrilège mépris et de l'homme et de Dieu ? Qu'on ne parie plus de la sainteté de sa personne; ses vertus ne furent que le voile de l'impiété, et l'hypocrite instrument d'une séduction plus assurée. Qu'on ne parle plus de sa mission et de ses triomphes sur le monde païen. Il a abattu les autels du paganisme, mais il en a élevé d'autres non moins absurdes et non moins sacrilèges. Il n'a pas détruit l'idolâtrie, il n'a fait que la déplacer. A la multiplicité des faux dieux, il a substitué l'unité de sa propre personne. Il a transporté à

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