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qu'on ne reçoive et qu'on ne prenne la puissance que pour servir, qu'en un mot on n'arrive à la supériorité que pour se faire le dernier de tous par l'amour et par le sacrifice. Ainsi a-t-il entendu le pouvoir et ainsi en a-t-il usé. Rappelez-vous sa vie ; est-ce qu'il n'a pas été, à la lettre, le premier par l'autorité et le dernier par la charité? Est-ce qu'élevé au-dessus de tous, il n'a pas mis constamment au service de tous ses heures, son travail, sa parole, sa puissance, sa pensée, son Cœur, tout lui-même? Est-ce que lui, le Maître par excellence, on ne l'a pas vu le serviteur des pauvres qu'il consolait, le serviteur des malades qu'il guérissait, le serviteur des ignorants qu'il instruisait, le serviteur des pécheurs qu'il convertissait, le serviteur de ses disciples et de ses apôtres, le serviteur des foules, le serviteur de l'humanité? Que dis-je, serviteur? L'apôtre se sert d'une autre parole qui rend mieux ce que J.-C. fut pour les hommes : Formam servi accipiens. Il n'a pas été serviteur, il s'est fait esclave. Le serviteur dans la société chrétienne est l'inférieur du maître par la dépendance de la condition, il est son égal par la dignité de la nature. Tel n'était pas l'esclave dans les sociétés païennes; l'esclave n'était pas un homme, c'était une chose. Il était, sans doute, quelque chose de vivant et de pensant; mais ce quelque chose ne vivait pas pour soi et, en quelque sorte, ne pensait pas pour soi, mais pour un autre. Son maître était son but, son objet, sa fin, sa raison d'agir et comme sa raison d'être, tant il n'était rien pour soi et tout pour son maître. Voilà ce que J.-C. a voulu être. Je me trompe, il a voulu être moins encore. Il y a quelque chose au monde qui est moins à soi qu'un esclave, c'est une victime. L'esclave dépend, mais il peut ne pas souffrir. 11 travaille pour autrui, mais il peut ne point épuiser sa vie dans le travail, il vit pour un maître, mais enfin il vit. La victime ne dépend que
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pour souffrir, elle ne travaille qu'en s'immolant, elle ne vit que pour mourir. Se faire esclave, c'était déjà un excès dans l'amour; se faire victime, c'est la limite de l'amour luimême. Il l'a dit lui-même, nul ne saurait avoir une plus grande charité que de mourir pour ce qu'il aime. Ce qu'il dit il l'a fait. L'exercice de la souveraineté n'a été pour lui que la pratique permanente du sacrifice. Maître des âmes il a tout immolé pour les âmes. Pauvre, il leur a immolé tous les biens de la terre qu'il ne daigna pas même regarder. Apôtre, il leur a immolé son repos et ses forces dans un ministère qui épuise la vie goutte à goutte. Martyr, il leur a immolé son honneur, ses amis, sa mère, son Cœur, tout son être dans le supplice. Voilà le dernier mot de sa mission , voilà l'idée de son action et de sa vie, voilà le trait caractéristique de sa figure divine, le sacrifice. C'est là toute sa sainteté, toute son autorité, toute sa puissance. Devant celte grandeur-là, tout le reste s'efface et disparaît. J'oublie le thaumaturge , j'oublie le sage, j'oublie le Maître, j'allais dire j'oublie le Dieu. Je ne puis voir qu'une seule chose qui est au-dessus de toutes les gloires de la doctrine, de la science, des miracles, du pouvoir, des triomphes. Je ne puis voir, je ne vois que celte chose divine entre les choses les plus divines, une victime.
Et de fait, M. F., tout Dieu qu'il est, J.-C. ne pouvait se donner et accomplir un rôle plus sublime dans ce monde. Au fond les sages, les héros, les hommes de génie, tous ces personnages que nous ne regardons que d'en bas et que de loin, peuvent bien éblouir nos yeux, ils ne subjugent pas nos âmes. Mais une victime, ah! cela parle à notre cœur, cela remue nos entrailles, cela nous fait mettre à genoux devant soi, cela obtient, emporte de nous ce que nous refusons à toutes les gloires humaines. Les autres gloires se font admirer et trop souvent se font craindre ; celle-ci seule
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