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Il y a longtemps que l'on a dit dans le monde que le suprême besoin de l'homme c'est la vérité. Et, en effet, quel est le premier, le suprême besoin de tous les êtres, sinon la vie? Et pour l'être intelligent, qu'est-ce que la vie, sinon la vérité ?
Mais qu'importe à l'homme de savoir que la vérité est sa vie, s'il ne sait où la vérité habite et à quelle puissance il la doit demander? Le plus utile et le plus nécessaire des livres, serait donc naturellement celui qui nous ferait l'histoire de la vérité. Ce livre existe. C'est la Vérité elle-même qui l'a dicté, ou plutôt c'est elle qui l'a écrit par une main d'homme. Elle nous y révèle son origine, sa nature, son action, tous ses rapports avec les intelligences : ce livre est ouvert au genre humain tout entier depuis dix-huit siècles. C'est l'Évangile.
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Ecoutez l'apôtre bien-aimé du Christ, saint Jean. Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu ; voilà la Vérité avec son origine. Rien devant elle, elle-même devant toutes choses. Elle était au commencement, in principio; voilà la Vérité à sa source. C'est le Verbe, c'est cette, parole infinie par laquelle Dieu se révèle à lui-même tout' ce qu'il est. Erat aptid Deum; voilà la Vérité dans son sanctuaire éternel, c'est le sein de Dieu même où elle habite, à peu près comme habite dans notre intelligence notre pensée, à peu près comme réside dans notre esprit ce verbe créé, cette parole intérieure par laquelle il se dit à lui-même : j'existe, je pense. Raison de tout ce qui est, toute chose est faite par elle; Omnia per ipsum fada sunt; voilà l'action delà vérité, voilà ses rapports avec les intelligences. Elle est leur vie , parce qu'elle est leur lumière. Que le soleil s'éteigne dans le firmament, et la vie se retire de tous les points du monde des corps. Que le Verbe enchaîne dans le sein de son père sa lumière créatrice, et la vie abandonne, avec l'être, le monde des esprits. In ipso vita erat et vita erat 'lux hominum.
In mundo eral; il se communiqua à l'homme, au moment même qu'il l'appela à l'existence, et cette communication intime eût été éternelle, si le péché ne fût venu brusquement rompre la chaîne. Alors commença dans l'esprit de l'homme, la grande lutte des ombres et de la lumière, de l'erreur et du vrai. Ainsi que les peuples vojsins du pôle ne voient arriver à eux que les rayons affaiblis du jour, ainsi l'homme, tombé par la chute originelle aux dernières limites du monde des intelligences, ne reçut plus du Verbe que quelques lueurs perdues au milieu des vastes ténèbres de son esprit. Ces vives lumières qui l'éclairaient sur ses rapports avec Dieu s'obscurcirent tout à coup. La vérité dans ce qu'elle a de plus noble, sembla s'éloigner de son
intelligence. Elle ne lui apparut plus que comme apparaissent les vagues souvenirs du passé, comme apparaissent à l'œil les objets noyés dans les vapeurs d'un horizon lointain. Fatigué de la poursuivre dans les hautes régions de la pensée, l'homme alors ne chercha plus la vérité que dans les objets terrestres qui l'environnaient. Il oublia les rapports qui l'unissent au Créateur. Ses pensées, courbées désormais vers la terre, s'enfermèrent dans ce cercle de rapports sensibles qui lient la nature humaine à la nature matérielle. De là ce grossier sensualisme qui, depuis la chute^ domine partout l'intelligence de l'humanité.
Cependant la Vérité n'abandonna pas l'homme sans ressource. Le Verbe, prenant en pitié cette nature tombée, se rapprocha d'elle. Il parla aux patriarches, et sa parole, transmise par les pères aux enfants, puis emportée, dans leurs migrations diverses, par les familles qui séparément allèrent peupler le globe, sa parole forma cette grande tradition du genre humain, où les vérités fondamentales subsistèrent toujours dans leur unité au milieu des innombrables altérations de l'erreur. A la révélation que reçurent d'en haut les patriarches, succéda la révélation faite à Moïse. Un peuple fut créé pour en conserver exclusivement le dépôt , et dans ce peuple privilégié, le Verbe ne cessa d'être présent aux hommes et de leur parler par le ministère non interrompu des prophètes. Enfin, les voies providentielles se développant peu à peu avec les siècles, arriva pour le genre humain la pleine révélation de la vérité. Le Verbe parut lui-même. Il sortit du sein de son Père, comme la pensée de l'homme sort de l'intelligence, sans la quitter, pour se produire par la parole. Sans altérer sa nature, il se rendit sensible dans une nature semblable à la nôtre, à peu près encore comme la pensée, sans cesser d'être aussi pure, aussi spirituelle que l'intelligence qui la produit,
IS-i JÉSUS-CHRIST VÉRITÉ
s'incarne dans les signes, se revêt de la parole comme d'un corps. Voilà en peu de mots l'histoire de la Vérité : c'est l'histoire de J.-C.
Voulez-vous connaître maintenant quel besoin l'homme avait de cette pleine révélation de la vérité, telle qu'elle s'est accomplie, il y a dix-huit siècles, par le mystère de l'Incarnation divine? Il suffit d'un rapide coup d'œil sur le monde ancien.
Lorsque J.-C. parut, l'erreur, cette souveraine de l'homme déchu, était arrivée à ses derniers développements. Le peuple juif excepté, tous les peuples adoraient leurs passions dans d'impures idoles. Les vérités fondamentales restaient encore dans les esprits et dans les traditions universelles. Mais les erreurs les plus grossières en altéraient l'unité, en même temps que leur pureté était souillée par les pratiques d'un culte dont rien n'égalait l'infamie, que l'absurdité. L'idée de Dieu, et de ses propres attributs, la nécessité du culte et du sacrifice, le dogme de la vie future, toutes les croyances essentielles, en un mot, formaient toujours le fond de la religion publique. Mais hideusement défigurées par les passions, ces croyances n'en laissèrent pas moins l'intelligence humaine à une nuit profonde. Dominé par les sens et ne vivant plus que par eux, l'homme avait partout transporté la religion du Créateur aux créatures sensibles. C'est là le caractère saillant de l'idolâtrie; elle n'a jamais été autre chose que l'adoration de la puissance matérielle et sensible. Sous toutes les formes où elle se soit révélée, partout où les hommes rencontrèrent une force qui étonnait les sens par son activité ou son énergie, en dehors, au dedans d'eux-mêmes, depuis la force invisible qui gouverne et vivifie la nature, jusqu'à cette force mystérieuse des penchants humams, là, les hommes imaginèrent la présence d'un Dieu et ils élevèrent
des autels. En un mot, l'idolâtrie, qui n'est autre chose que le sensualisme divinisé par la corruption de l'homme, était le culte unique des peuples. Et, chose remarquable, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, l'idolâtrie, sauf les symboles extérieurs qui la réalisaient aux sens dans les sociétés païennes, est encore la religion unique de toutes les sociétés qui ont abjuré le christianisme de nos jours. Le sensualisme ou le culte de la puissance sensible, sous toutes ses formes, n'est-il pas le culte unique de quiconque a rompu avec les croyances chrétiennes?
La philosophie, qui dans tous les temps eut la prétention de faire aux hommes leur religion, loin de corriger l'égarement du peuple, ne fit qu'éloigner davantage les hommes de la vérité. Les sages de l'antiquité n'ont pas proclamé une seule vérité qui ne leur soit venue de la tradition. Il ne leur appartient en propre d'autre mérite que celui d'avoir dénaturé toutes les vérités primitives par leurs rêves, toutes les fois qu'ils ne les renversèrent point par les sophismes du doute. Ce n'est pas que l'intelligence ait manqué dans les écoles de la philosophie païenne. Mais les sages ne surent faire usage de leur raison que dans la recherche des lois du monde matériel. Dans l'élude du monde moral, ou ils n'allèrent pas plus loin que le scepticisme, ou ils ne firent que tourner sans fin dans le cercle de l'erreur.
Les sciences morales, les seules à proprement parler qui soient à la hauteur de la dignité humaine, les sciences morales se résolvent toutes en ces deux questions fondamentales : Qu'est-ce que Dieu ? Qu'est-ce que l'homme ? Quel est le philosophe de l'antiquité qui ait seulement entrevu la solution de ce double problème ? Quelques-uns se font de l'existence de Dieu un doute insoluble et disent avec Diogène : S'il y a des dieux je n'en sais rien; je sais seule-
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ment qu'il serait bon qu'il y en eût un. Les autres reconnaissent l'existence de Dieu, mais quel Dieu que celui de ces sages ! Panthéistes, fatalistes, indifférents, les uns l'asservissent au destin, et voilà un Dieu sans liberté ; les autres l'excluent du gouvernement du monde, et voilà un Dieu sans providence, également insensible et au vice qu'il ne saurait punir et à la vertu qu'il laisse sans récompense. D'autres en font l'âme universelle du monde, et voilà un Dieu absorbant en soi tous les êtres et assujetti à toutes les imperfections des créatures. Leurs idées sur l'homme ne sont pas moins déraisonnables, c'est encore l'erreur chez tous et, à peu d'exceptions près, l'erreur en tout. Quelle est la nature de l'homme? Tantôt la philosophie ne voit en lui que les organes et tantôt que l'inlelligence. G'est-à dire qu'incapable de se tenir à ce point fatal où est la vérité, elle ne fait que rouler d'une extrémité à l'autre, tantôt dégradant l'homme jusqu'à l'instinct de la brute, tantôt l'exaltant jusqu'à la perfection de la raison divine. Quel est l'état de l'humanité ? Les philosophes n'ont pu en reconnaître que la dégradation. Et aussi bien, l'être humain est si visiblement en ruines, toutes les traditions parlent si clairement d'une chute première, qu'il est impossible à l'homme d'ignorer sa propre misère. Mais celte déchéance, quelle en fut la cause? Pourquoi cette contradiction de nos penchants ? Pourquoi ces orages du cœur humain où grondent éternellement les passions, comme les flots sur une grève battue de la tempête? A tout cela, !a raison humaine n'avait point de réponse. Quelques philosophes entrevirent vaguement la cause de ce dérèglement de notre être. Le grand nombre s'arrêtèrent au fait et conclurent que le désordre était l'état naturel de l'homme. Heureux encore quand ils n'en faisaient pas une loi de notre nature et, par là même, la justification de tous les crimes. Quelle
est la fin de rhomme el sa destinée? Il y a dans l'homme dee désirs toujours renaissants. Où est l'aliment qui doit rassassier ces désirs ? Il y a dans le cœur humain un mouvement éternel vers je ne sais quel idéal infini toujours poursuivi et qui toujours fuit et échappe ; où est le terme et le repos? Où est ce bien dont la possession fera dire à l'homme : c'est assez ? Les sages ont imaginé théories sur théories. Saint Augustin compte cent vingt-cinq systèmes sur le bonheur, lesquels pressés, serrés, se résolvent en ces deux mots : orgueil et sensualisme. Placer la fin de l'homme dans lui-même, lui dire : veux-tu être heureux, vis de les sens ou de ta raison, la philosophie n'est point allée au delà. Que dire du dogme de la vie future et de l'immortalité de l'âme? Avant le christianisme, comme ensuite en dehors du christianisme, aucun sage n'a jamais prouvé et surtout n'a jamais expUquéle dogme d'un avenir éternel. Il y a longtemps qu'on reproche à Socrate d'avoir douté de la vie future, au moment où elle allait commencer pour lui. Les autres sages n'ont pas été plus fermes dans leur foi à l'avenir. La tradition avait beau leur parler de l'éternité de cet avenir, la nature avait beau leur crier au fond du cœur : tu ne mourras point; le raisonnement obscurcissait la lumière de la tradition et du sentiment. Ebranlée par le doute, l'immortalité restait sténle pour enchaîner le vice et animer à la vertu. Ce n'était plus qu'un problème sublime, qui attristait la vie, laissait la mort sans consolations, désespérait la vertu par le doute de la récompense et encourageait le crime par l'espérance d'une impunité éternelle. Parmi ces incertitudes de la philosophie sur la nature, l'état et la destinée de l'homme, quel pouvait être la doctrine des devoirs? Je ne parle point du vice essentiel de la morale, qui a été l'absence de l'autorité pour définir et de la puissance pour sanctionner les préceptes du bien et du mal. Je re-
marque seulement que les vérités les plus nécessaires à l'homme lui ont été autant de secrets qu'elle a ignorés. Toutes les vertus qui se lient à quelque nécessité, à quelque intérêt matériel de l'homme ou de la société, la patience, la tempérance, la justice, elle en a parlé, et encore pour base elle ne sut leur donner que l'orgueil. A son école, l'homme ne s'éleva jamais à la vertu que par le raffinement du vice. Mais quel est le sage qui ait dit à l'homme : sois humble de cœur; aime ton semblable comme toi-même? L'humilité, la charité, l'humanité ne datent que du berceau de J.-C. Ces mots qui font si fortement vibrer le cœur humain, ces mots qui enfantent tous les jours des saints et des héros, éléments étrangers dans la langue humaine, il a falhi que l'idée en vînt du ciel sur la terre, et ils n'ont eu un sens complet que le jour oîi il a été dit : et Verbum caro faclum est. Je ne pousserai pas plus loin ces détails. J'ajouterai seulement que les plus raisonnables des philosophes comprirent que le commencement de la science, c'était de reconnaître l'impuissance de l'homme à réaliser en lui la vérité par ses propres forces. Platon proclame dans plusieurs endroits de ses livres la nécessité d'un enseignement divin, et avant lui, aux extrémités de l'orient, Confucius rendait le même hommage à la même nécessité. Ainsi les deux plus nobles représentants de la raison humaine, dans deux mondes étrangers l'un à l'autre, s'accordent à confesser que le plus légitime usage de l'intelligence, c'est de reconnaître qu'elle a besoin d'être enseignée d'en haut. Ces deux témoignages suffiraient pour prouver la nécessité de la foi surnaturelle.
Tel était l'état du monde sous l'empire de toutes les erreurs, lorsque la Vérité descendit des deux et que J.-C, le Verbe fait homme, apparut sur la terre pour enseigner le genre humain.
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Or l'enseignement du genre humain demandait certaines conditions dans le Maître qui venait l'instruire. Il fallait un enseignement infaillible, un enseignement pratique, un enseignement universel, un enseignement efficace, un enseignement immuable. Infaillible pour subjuguer l'esprit de l'homme, pratique pour régler son cœur, universel, parce que le genre humain avait besoin d'être instruit; efficace, parce qu'il y avait des obstacles invincibles dans les passions ; immuable, parce qu'il devait s'adresser à l'humanité qui dans tous les siècles apporte sur la terre les mêmes besoins. Tels sont aussi les caractères de l'enseignement de J.-G.
Enseignement infaillible. C'est un Dieu qui enseigne : Et Verbiim caro fadum est. — Ses leçons excluent donc toute possibilité d'erreur. C'est la Vérité elle-même dans sa plénitude. Vidimus eum plénum veritatis.
Et voilà ce qui distingue l'enseignement de J.-C. de l'enseignement des philosophes. Quelle que soit d'ailleurs la force ou l'élévation de leur génie, ils restent sujets à l'erreur, et parce que les limites de la raison humaine ne leur permettent de saisir de la vérité que quelques rapports, et parce que les passions de leur cœur les aveuglent sur les vérités même accessibles à leur raison. De là ces contradictions, ces incertitudes, ces paradoxes bizarres ou extravagants qui trahissent à chaque page de leurs livres la faiblesse de leur intelligence. De là, par une conséquence fatale, le défaut d'autorité qui fait déchoir leur enseignement jusqu'au rang de simples opinions, sans qu'il puisse jamais s'élever à la hauteur d'une loi obligatoire pour la raison.
H n'en est pas ainsi des leçons de J.-C. Ce xMaître divin, dès son apparition dans le monde, se présente aux hommes avec la plus haute et la plus dominante autorité qui puisse exister. Quel autre maître que J.-G. peut appuyer sa mission par des litres aussi évidents et aussi décisifs? Ces titres
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c'est celle longue succession de prophèles qui l'ont annoncé. Ces lilres, c'est un peuple entier créé, conservé pour lui, dont toute la religion a été de l'attendre, dont toute la vie a été de le préparer, et qui prouve sa divinité par cela seul qu'il la méconnaît. Ces titres, c'est l'accord merveilleux de sa vie et des oracles qui, plusieurs siècles auparavant, en ont prophétisé les circonstances. Ces titres, c'est son caractère personnel, ce sont ses vertus, ce sont ses prodiges où tout est vraiment divin : leur éclat, ils se font à la face du soleil et devant le peuple entier; leur grandeur, ils renversent toutes les lois de la nature; leur motif, ils se rattachent tous à une pensée de miséricorde et, par eux, c'est la charité qui conduit à la vérité; le mode même de leur accomplissement, J.-C. les opère en son propre nom, par une vertu qui lui est propre, par une puissance dont le principe est en lui-même. Aussi voyez comment, fort de ces preuves irrésistibles de sa mission divine, J.-C. se présente au genre humain. Il diffère son avènement pendant de longs siècles, pour convaincre les hommes de la faiblesse de leur raison. Il attend que l'erreur ait épuisé toutes les formes et soit arrivée à ses derniers développements, pour mieux faire sentir aux hommes, par la profondeur de leur chut*;, la nécessité d'un remède divin. Il vient dans le siècle qui porta le plus loin, dans le monde ancien, toutes les gloires de la civilisation et de la pensée, afin qu'il ne lut pas dit que son Evangile se soit répandu à la faveur de l'ignorance et de la barbarie des peuples. Il choisit pour théâtre de ses leçons et de sa naissance la Judée. Il veut naître d'un peuple en dehors de tous les peuples, d'un peuple emprisonné dans son territoire par sa constitution, et défendu en quelque sorte contre les lumières et la civilisation des sociétés étrangères. Et cela afin qu'il demeure établi qu'il ne doit rien à la sagesse païenne et qu'il a tiré de son propre fond
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sa doctrine comme ses miracles. Il se place dans la condition de l'artisan qui vit du travail de ses mains, pour qu'il demeure démontré que sa doctrine n'est pas le fruit de l'étude et le travail de ses réflexions, mais qu'elle est l'expression de la vérité infinie qui habite en lui-même. Puis, au temps marqué par sa Providence, il paraît au milieu des peuples. Ce n'est pas le lieu de vous énumérer en détail de quels titres de divinité il appuie sa mission. Ce sera l'objet d'un autre discours. Fort de ces preuves irrésistibles de sa mission divine, il enseigne, comme avant lui nul n'avait enseigné. Il ne dispute point, il ne déclame point : deux vices inséparables de tout enseignement humain. Il parle avec autorité, tanquam potestatem habens. Il instruit, avec la conscience visible de son empire sur l'intelligence. Il enseigne comme il a créé, par une parole de commandement. Il domine, il subjugue, par la profession solennelle de son infaillibilité. Jamais, dans l'Évangile, vous ne surprendrez sur ses lèvres un de ces mots par lesquels l'orgueil de la philosophie trahit malgré elle son incertitude. Jamais il n'a dit : je crois, lime semble. Il affirme avec une assurance divine : cela est, en vérité, je vous le dis; le ciel passera, mes paroles ne passeront point. Qui osait, avant lui, faire entendre un tel langage? Il y a plus, ce que jamais n'avait même osé rêver la vanité des philosophes, il se pose devant le genre humain Don pas comme l'organe de la vérité, mais comme la Vérité elle-même. Avant J.-C, depuis J.-C, les sages ne se sont pas fait faute d'affirmer dans leurs écoles qu'ils avaient trouvé la vérité : mais lui il va plus loin, il dit : La Vérité c est moi; Ego sum veritas. Ce mot est vraiment d'un Dieu. Méditez-le, M. F., vous verrez que, pour l'expliquer, il faut ou descendre au-dessous ou aller au-delà de l'homme. Il faut dire que c'est le langage d'une intelligence en délire, ou il faut tomber aux genoux de celui qui l'a prononcé et seumons. 11
lui dire : vous êtes vraiment le seul Maître de l'homme , car vous êtes Dieu.
Et ce qu'il y a d'admirable, c'est que ce caractère d'autorité, qui n'est autre chose que l'assurance de la vérité infaillible, J.-G. l'a transmis avec son enseignement à son sacerdoce. Voyez, en effet, le sacerdoce catholique. L'avezvous jamais vu douter ou de la divinité de sa mission, ou de la vérité de ses leçons? L'autorité n'est-elle pas son privilège exclusif au sein du catholicisme ? Que trouvez-vous dans les temples des cultes étrangers comme dans leurs écoles ? Des moralistes qui dissertent, des philosophes qui disputent. Mais quel est celui d'entre eux qui ose prétendre à l'infaillibilité? La souveraineté de la raison, que tous ils proclament, est une base qui manque et manquera toujours pour soutenir la puissance dominatrice de leur parole. Chez eux commander serait une contradiction, en vertu de leur principe même. L'autorité, de leur part, serait un attentat contre l'intelligence humaine. Le prêtre catholique, au contraire, parle toujours avec la conscience qu'il ne saurait errer. Chez lui, le doute serait un crime. Pour lui, hésiter ou craindre, ce serait trahir la vérité de sa conscience. Aussi voyez comment nous vous parlons, avec le sentiment intime, profond, de notre puissance. Sur nos lèvres, comme sur celles du Maître qui nous a envoyés, vous ne surprendrez jamais un peut-être. Comme lui, nous disons : cela est; le ciel passera, ma parole jamais. Nous ne disputons pas, nous ne prions pas, nous ne demandons pas grâce pour la vérité que nous prêchons dans cette chaire. Ou plutôt nous prions souvent, mais c'est pour vous, nous demandons grâce, mais c'est à vous-mêmes pour vous-mêmes. Nousvousconjurons, nonpas de vouloir bien honorer la vérité, car elle n'a pas besoin de vos hommages, mais de n'être pas assez ennemis de vousmêmes pour vous engager contre elle dans une lutte où vous
péririez éternellement. Voilà notre seule prière. Du reste,quels que soient nos auditeurs, l'opinion les eût-elle placés au-dessus du génie, nous les dominons de toute la hauteur d'une mission divine. Et parler autrement ce ne serait point modestie de notre part, ce serait lâcheté, ce serait trahison sacrilège de notre ministère, ce serait abdiquer tous nos droits à votre attention et outrager par la plus sanglante des injures toutes les prérogatives de la vérité.
En second lieu, l'enseignement de J.-G. est un enseignement pratique. Le vice des leçons humaines, c'est qu'elles sont abstraites, spéculatives et, dès lors, stériles. Les sages, dans leurs écoles et dans leurs livres, ne s'abaissent qu'à l'intelligence, qu'ils amusent par la subtilité de leurs raisonnements ou la nouveauté de leurs théories. Oh ! que J.-C. enseigne plus utilement! Il connaît à fond la plaie de l'humanité : les philosophes enseignent par des paroles, J.-C. enseigne par des œuvres. Les philosophes font des livres, J.-C. donne de grands exemples. Comment la vérité s'étail-t-elle obscurcie, éteinte dans le genre humain ? Étaitce vraiment par les sophismes de la raison? N'était-ce pas plutôt par l'aveuglement des passions ? Ce qui enchaînait l'homme aux plus monstrueuses erreurs, n'était-ce pas ce grossier sensualisme qui était devenu le vice unique des individus et des sociétés? C'est donc cette grande erreur de la volonté humaine et non de l'intelligence que J.-C. attaque d'abord. C'est elle qu'il combat par ses sacrifices, en attendant qu'il la combatte par ses discours. Dès son entrée dans le monde, il embrasse volontairement la pauvreté, l'humilité, les souffrances, et abat ainsi aux pieds de son berceau les trois tyrans qui enchaînaient l'homme à la vie matérielle : la cupidité, le plaisir, l'ambition. Il ne fait que de naître, et déjà il a donné plus de leçons au monde et de plus efficaces que n'en donnera jamais la philosophie.
Il a appris aux hommes que la seule voie qui conduit à la vérité et par la vérité à la vie, au bonheur, c'est de sortir de soi-même, de se renier, de se haïr et de se crucifier. Ainsi à l'école de ce nouveau docteur, la condition de la science, c'est le sacrifice, le moyen de comprendre ses leçons, c'est le détachement du cœur. Et pour persuader l'une ou l'autre, il l'appuie de la sanction d'un exemple divin, le premier il en donne l'exemple. Or quelle force de clarté et de persuasion tout ensemble l'enseignement du devoir n'empruntet-ilpas de ses œuvres?
C'est une chose incroyable que J.-C. qui possède la plénitude de la science n'ait pas ouvert la bouche pour révéler à l'homme un seul secret du monde matériel. Parcourez l'Évangile, vous n'y trouverez pas un mot qui ne se rapporte au monde surnaturel, au monde de l'éternité. Aimer Dieu sur toutes choses, aimer son prochain comme soi-même, pardonner les injures, soulager les pauvres, prier, veiller sur ses désirs, réprimer ses passions, aimer l'humiUtéet la croix; tout ce qu'il y a de pratique dans la vie morale, tout ce qui tend à enlever l'homme à ses penchants pour l'unir à Dieu, tout ce qui peut faire des hommes vertueux pour en faire ensuite des heureux, voilà le but exclusif de l'enseignement de J.-G. Et ce qu'il y a d'admirable, c'est que l'enseignement du Sauveur est non seulement pratique par la nature des préceptes qu'il révèle, mais encore par le mode dont il instruit l'homme.
Et voilà, M. F., nous ne saurions trop le redire, le seul, le véritable christianisme ; c'est le christianisme pratique. De nos jours on a imaginé je ne sais quelle religion nouvelle dont les disciples croient avoir tout fait pour Dieu et pour la conscience, quand ils ont proclamé bien haut leur admiration et leur sympathie pour la beauté de l'idée chré-
tienne; c'est leur langage. En vérité, ils se font une étrange illusion, s'ils croient être catholiques.
Non, non, tout ce système profane de sentiments, de rêveries, d'idées vagues et sans consistance, folles inventions de l'imagination des doctes, ce n'est plus la religion que J.-C. nous a faite. Aussi bien ce n'était pas la peine de faire tant de frais pour doter le monde de ce romantisme religieux, qui, après tout, n'est que la déification des passions que J.-G. est venu détruire. Quand il averse son sang jusqu'à la dernière goutte, il s'est proposé un autre but : c'est d'apprendre à l'homme à se combattre et à se vaincre. Voilà la vraie religion : elle est la chose du monde la plus positive ; car elle est tout entière dans les sacrifices et dans les vertus. Mais permettez- moi de vous le demander, M. F., estce bien là votre religion? Vous êtes venus écouter la parole sainte dans ce temple, et nous rendons un hommage public à votre zèle, mais de cet enseignement de nos chaires sacrées quel a été le fruit pratique? Quel est le sacrifice que vous avez fait à la conscience et à Dieu? Quelle est la passion que vous avez combattue? Quel est le défaut que vous avez réformé? Nous avons parlé de la prière et de la grande loi des intelligences. Avez-vous prié? Nous avons parlé de l'institution divine du sacrement de Pénitence et du pardon. Avez-vous rompu ce charme fatal que le respect humain ou de coupables attraits, ou une honteuse indifférence ont rois sur votre conscience? Dieu! à quoi donc nous réservez-vous? Dieu, quel est donc le fruit de nos peines ? Ou plutôt, pourquoi parler de nous? Quelle est donc la puissance de votre enseignement et le fruit de votre rédemption qui vous a coûté si cher?Hélas ! les oreilles sont fermées, le cœur n'est pas ébranlé ; la curiosité de l'esprit est éveillée , la conscience dort et cependant les années s'envolent, la roort approche, l'éternité s'avance. L'année qui s'ouvre va
clore la série du monde pour plusieurs de ceux qui m'écoutent. Dieu ! donnez vous-même la force et la vertu à votre parole et faites triompher mieux votre enseignement en les sauvant d'eux-mêmes par les sacrifices, en les illuminant par votre grâce, et ne laissez ni votre prédication sans fruit ni notre ministère sans conquête.
En troisième lieu, l'enseignement de J.-C. est un enseignement universel. Les sages ne s'adressent guères qu'à un petit nombre d'intelligences privilégiées. Ils ont des leçons pour les hautes classes de la société, ils n'en ont pas pas pour les petits, pour les pauvres, pour le peuple, en un mot. C'est à J.-C. qu'il appartient d'être le Docteur de tous, comme il est le Créateur de tous. Il sait que la vérité est le besoin de tous les hommes, celui des ignorants comme des savants. Aussi, comme dans l'ordre de la nature tous peuvent se nourrir du pain matériel qui est l'aliment du corps, tous peuvent boire l'eau des fleuves, de même dans l'ordre de la grâce, J.-C. a voulu que tous pussent rassasier la faim de leur âme avec le pain de la divine vérité, et que tous pussent étancher la soif de leur intelligence aux eaux de la vie éternelle. La vérité dans le christianisme est mise à la portée de tous et elle est annoncée à tous. Comme le soleil qui verse ses feux sur les arbres de nos montagnes a aussi un rayon qui vivifie pour les plantes obscures des vallées, J.-C. a des lumières et pour les esprits élevés et pour les plus humbles.
Aussi voyez dans sa vie mortelle, quels ont été ses disciples privilégiés ? Les petits. Le caractère de sa mission a été d'évangéliser les pauvres, jmuperes cvangelisanlur. Ils ont été l'objet constant de ses préférences, il a vécu parmi eux et comme l'un d'eux, il a enseigné parmi eux, il s'est choisi des apôtres, des successeurs parmi eux. C'est par eux que l'Évangile est arrivé aux puissants et aux grands selon le
monde. Et voilà la gloire de l'Eglise catholique, comme la gloire deJ.-C. même : c'est d'être l'institutrice des pauvres.
Je sais qu'on en a fait un sujet de reproches. Qu'on vienne maintenant nous reprocher que notre parole n'a point de prise sur les savants et les puissants du monde, et qu'elle ne rallie que les pauvres. Ah ! c'est là notre gloire. C'est la ressemblance la plus honorable de notre ministère avec le ministère de notre Maître. C'est la preuve la plus victorieuse de la divinité de notre mission. Si elle est divine, elle doit être pour tout le genre humain, puisque le genre humain tout entier a besoin de la vérité. Le genre humain, qu'estce donc, sinon la classe innombrable des malheureux et des pauvres? C'est le caractère le plus noble du sacerdoce cathohque. C'est la preuve de désintéressement de son zèle. Lui reprocher ses travaux et ses succès parmi les pauvres, c'est lui reprocher de ne travailler ni pour l'intérêt ni pour la gloire.
Quels étaient les disciples de Socrate et de Platon? Les Ignorants étaient-ils appelés, admis seulement dans leur académie? Qu'ont fait tous ces sages si fameux pour l'éducation morale des classes populaires? Les besoins religieux du peuple ne les préoccupèrent jamais. Ils eussent cru avilir la vérité rien que de songer à la faire arriver jusqu'à ces régions inférieures.
Chez nous, catholiques, au contraire, aucune inteUigence ïi'est délaissée. Partout où la foi nous montre une âme rachetée du sang de notre Dieu, le zèle nous montre en ■^ême temps des droits sacrés à la sainte lumière de la vérité. Aussi qu'on me nomme une seule classe d'hommes déshéritée de l'enseignement sacerdotal. Le sacerdoce a des leçons pour l'enfance. La légèreté de l'âge et la faiblesse de ces intelligences ne les excluent pas de la grande école chrétienne. Le sacerdoce a des leçons pour les conditions
les plus obscures de la société; il va porter l'évangile, avec bien plus de zèle encore que dans les palais du riche, dans l'atelier de l'artisan, et dans les chaumières de l'habitant des campagnes. Le sacerdoce a des leçons pour les criminels flétris par la loi. Le châtiment mérité par un crime peut bien ôter aux coupables leurs droits à l'honneur du citoyen, leur fortune, leur liberté, leur vie. Dans la doctrine catholique, il est reconnuqu'il y a un droit qu'aucune puissance ne saurait leur ravir, dont aucun crime ne saurait les déshériter, le droit imprescriptible à la connaissance de la vérité. Les prisons elles-mêmes ont beau élever leurs murs entre le criminel et la société, elles n'ont point de barrières pour la parole du sacerdoce. Le coupable serait sur les degrés mêmes de l'échafaud, que l'église catholique aurait encore, avec une parole de pardon, une dernière parole de vérité évangélique à lui faire entendre sous le glaive de la loi et en face de l'éternité.
Il y a plus; l'enseignement de J.-C. dans son sacerdoce ne s'arrête point à une cité, à un sol, à ce qu'on nomme la patrie. 11 est plus que national, car il est catholique; il lui faut le monde tout entier. Et c'est là une chose inouïe. Dans l'antiquité les philosophes enfermaient en quelque sorte la vérité comme une captive dans leurs écoles. Il ne leur vint jamais à la pensée de l'aller propager de contrée en contrée, de peuple en peuple. Le sacerdoce païen de l'Orient faisait de sa doctrine un mystère dont le secret n'était connu que des seuls initiés.
Ne sait-on pas que Socrate recommandait à ses disciples de cacher aux profanes les secrets de sa doctrine. Jamais ces hommes ne comprirent que la vérité méritait d'être annoncée à tous et au prix des travaux, des sacrifices, de la rie même de ses apôtres. En un mot, comme la vérité le zèle n'appartient qu'à l'école de J.-C. C'est lui qui a créé
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l'apostolat. C'est lui qui par ce seul mot : ite et docete omnes génies, a allumé dans le cœur de son Église ce feu sacré du zèle qui ne saurait mourir. C'est lui qui, en se dévouant à la mort pour tous, afin que tous arrivassent à la connaissance de la vérité, a inspiré ce dévouement du sacerdoce pour les âmes. Voyez comme depuis la mission de J.-C. sur la terre, la vérité a trouvé d'intrépides apôtres ! C'a été peu de lui rendre hommage par la soumission de l'intelligence; e a été peu de lui faire le plus grand sacrifice que puisse flaire un cœur d'homme, de lui tout immoler^ intérêts, passions, la vie et tout cela parmi les supplices dont la seule pensée fait frémir. C'est un besoin pour le sacerdoce de lui soumettre les inteUigences et d'étendre son empire. Le sacerdoce catholique est nécessairement conquérant. Voyez comme il travaille sans cesse à multiplier les saintes victoires de la vérité. Savez-vous un peuple à qui il ne soit allé porter l'évangile? Me nommeriez-vous une nation si harbare dont la grossièreté ait effrayé sa patience, dont la lerocité ait découragé ses efforts? Montrez-moi sur le globe des plages si lointaines, un climat si dévorant où il ne soit ^llé, en bénissant le ciel, acheter, au prix de toutes les privations et de tous les périls, le double bonheur de gagner 'ine âme à la vérité et de mourir pour la vérité? Et sous vos yeux, de notre France, chaque année, combien de missionnaires ne s'élancent-ils pas à travers l'océan ou aux rivages de l'Inde ou à ceux de l'Amérique, pour y maintenu* ou y étendre les conquêtes de l'Évangile. Mais que fais- Je? Pourquoi vous parler du zèle qui cherche au loin des eonquètes ? Pouvons-nous oublier que ce zèle est un devoir aussi pour nous, et que nous aussi nous cherchons des 'l'ïies? Dieu, quelle consolation pour notre ministère, si "ne seule se laisse toucher à notre parole bénie et fécondée par votre grâce! Dieu! quel doux dédommagement de
nos peines, si la vérité que nous prêchons parvient à se soumettre dans cet auditoire des intelligences rebelles qui la méconnaissaient, et surtout quelques-uns de ceux qui la repoussent! Mais dût le Seigneur nous refuser ce triomphe qui n'a de prix à nos yeux que parce qu'il est le triomphe de son Evangile, nous n'en continuerons pas moins de vous faire entendre sa parole, car depuis que J.-C. est venu l'enseigner, telle est la puissance de la vérité que le seul honneur de faire quelque chose pour elle a de quoi payer tous les efforts et récompenser tous les travaux, même lorsqu'après les efforts on n'attend pas le triomphe , même lorsqu'au bout du travail on n'aperçoit pas le succès.
Enfin le dernier caractère de l'enseignement de J.-G. c'est la puissance. Lorsque les philosophes ont rencontré la vérité, ils n'ont pas fait autre chose pour elle que de l'appuyer par leurs raisonnements. Entre leurs mains, la vérité n'exerce jamais aucun empire sur la conscience. Socrate a dit de belles choses, sans doute, sur la vérité. Combien d'âmes a-t-il arrachées au vice? Platon a parlé éloquemment de la vie future, des récompenses de la vertu, des châtiments du crime. A-t-il remué une seule conscience, à commencer par la sienne peut-être? Parmi nous ces prétendus sages, qui veulent se passer du christianisme et nous faire une morale de leur invention, disent aussi de très-belles choses sur les devoirs. Car, à l'exception de leurs folies, il n'y a pas une idée morale qu'ils n'aient dérobée à l'Évangile qu'ils calomnient? Mais que peuvent-ils sur les intelligences? Et en sauraient-ils compter une seule qu'ils aient convaincue? Ils ne sauraient se persuader à eux-mêmes leurs maximes; comment les persuaderaient-ils aux autres? La gloire de J.-C. c'est de dominer tout à la fois l'intelligence et le cœur de l'homme, de captiver l'une par la foi, l'autre par la charité. J.-C. est le seul Maître qui demande
sans détours des sacrifices et qui donne la force d'accom- Plir tout ce qu'il demande. Voyez, il a dit : heureux les pauvres d'esprit; des millions d'hommes l'ont cru et ils ont quitté les richesses du siècle pour acheter, au prix de tous les sacrifices, cette nouvelle béatitude de l'indigence volontaire. Il a dit : voulez-vous être mon disciple? portez votre croix; et on a vu, et on voit encore des hommes abjurer toutes leurs idées^ placer le bonheur dans le crucifie- "lent des sens et se faire une félicité de la souffrance. Il a dit : le premier commandement, c'est d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces; et Dieu, jusque-là étranger dans le monde, inconnu et repoussé du genre humain, a obtenu de l'homme les sacrifices les plus •héroïques, l'amour le plus généreux qui puisse être. Aimez votre prochain comme vous-même; et les hommes l'ont ^^^, et on a vu les ennemis se pardonner de mutuelles in- .jures, et les autres jeter leur or dans le sein de leurs frères indigents. Il n'y a pas dans l'Évangile un seul précepte raol'al qui n'ait été accompli dans l'Église par des milliers "hommes et dans toute sa perfection, depuis le dévoueinent de la vierge chrétienne, au lit des malades ou dans es austérités du cloître, jusqu'au dévouement du martyr sur les échafauds. Cette puissance de grâce ne cesse de ^ivre dans l'enseignement de J.-G. Elle appartient à l'Éêhse catholique qui continue cet enseignement, et avec la "ïeme force, après dix-huit siècles, qu'au jour même de sa "naissance. Ce caractère est si visible que la haine ne cesse ^le nous en faire un reproche. Le catholicisme a tellement jerité de cet empire de la parole de J.-C. qu'on ne cesse de accuser de troubler les consciences.
y a plus; observez autour de vous et vous verrez que
le
sacerdoce catholique est le seul redouté et le seul persé- ^^uté sur la terre. Qui s'inquiète de l'enseignement des
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autres cultes, quels qu'ils puissent être? Qui redoute leur empire sur la raison ou sur la conscience humaine? Qui songe à les enchaîner dans leur enseignement religieux? L'enseignement catholique est le seul qui éveille les susceptibilités ou les haines des souverainetés indifférentes ou irréligieuses, le seul qui soit entravé par la politique , le seul qui rencontre des exceptions au droit commun et qui ait un privilège de servitude et d'oppression là où pour les autres enseignements, quelquefois les plus immoraux et les plus impies, il y a tolérance et liberté et souvent même protection. C'est là un fait éclatant comme la lumière et qui se présente partout à l'observateur, dans la société européenne et dans les sociétés de l'Asie. Et même, M. F., si vous voulez jeter un coup d'oeil sur votre propre cœur, quelle est la parole d'homme qui vous a remué avec le plus de passion? La parole d'un prêtre cathoHque. Ailleurs, on a pu ébranler votre imagination, remuer votre sensibilité, émouvoir toutes vos passions; mais votre conscience où at-elle été remuée, si ce n'est au pied de cette tribune sainte et par l'enseignement sacerdotal? Où donc, si ce n'est là, avez-vous senti les terreurs de l'autre vie? Où avez-vous entendu s'éveiller tout à coup une voix qui dormait jusquelà dans votre cœur et qui vous reprochait vos faiblesses, vos passions, toute votre vie? Où avez-vous éprouvé plus de remords? Où vous êtes- vous senti plus pressé d'en finir avec le péché et de revenir à Dieu? N'est-ce pas cette puissance de notre parole qui vous fait même déserter nos temples de peur d'y être saisi malgré vous par des résolutions que vous redoutez? N'est-ce pas cette toute-puissance de notre parole qui fait que le monde voudrait nous imposer silence sur certaines vérités dans la crainte d'être subjugué malgré lui par les vérités qu'il repousse? Quel est donc cet enseignement qui se conserve toujours dans sa force prc-
JÉSUS-CHRIST VÉRITÉ il3
mière? Quel est cet enseignement qui a subjugué le monde païen et l'a ramené de l'erreur à la vérité, et qui subjugue un monde, de nouveau païen au milieu du Christianisme, 6t le maintient dans la vérité malgré toutes ses erreurs? N'est-ce pas évidemment un enseignement surhumain, l'enseignement de la vérité elle-même, qui se révèle aux hommes dans leur nature pour les élever jusqu'à soi et les fixer à jamais sous son immuable empire.
Tel est toutefois l'enseignement que la philosophie de iiotre siècle voudrait arracher, sous prétexte qu'il n'est plus ^ la hauteur des esprits et qu'il faut quelque chose de plus ^u genre humain en progrès. Aux hommes qui tiennent un tel langage je dirais :
Vous parlez de progrès; mais est-ce que les besoins religieux de l'humanité ne sont pas les mêmes dans notre siècle <ïue dans les siècles qui ont précédé? Pourquoi donc la religion des ancêtres ne serait-elle pas la religion des enfants? Ne ririez-vous pas de l'insensé qui voudrait inventer une ^utre lumière, ou un autre système d'organisation et de vie, sous prétexte que le soleil et la vie d'un siècle qui marche île doit pas être le soleil ni la vie des siècles passés. Est-ce ^ne moins risible folie de demander pour les mêmes intelligences un nouvel Evangile, une nouvelle vérité?
Vous parlez de progrès; mais que prétendez-vous substituer au catholicisme? Croyez-vous que ce sont vos rêveries <lui remplaceront dans les esprits, dans les cœurs surtout 1 Evangile de J.-C. ? Croyez-vous que c'est à cette prétendue religion de la nature que les hommes iront demander des vertus ? ou dans je ne sais quelle poésie sentimentale qu'ils iront chercher des consolations? Que pouvez-vous imaginer, 611 fait de devoirs, qui, à moins d'être une absurdité, ne se trouve déjà dans l'Évangile? Et on vous défie d'inventer une seule idée de morale que vous n'ayez trouvée dans l'ensei-
gnement de J.-C. et de l'Église. En fait de devoirs et de vertus, vous ne pouvez rien réclamer en propre que des erreurs et des folies.
Vous parlez de progrès; mais vous-mêmes, êtes-vous en progrès? Etudiez donc la langue et l'âge de vos doctrines. Croyez-vous, par hasard, qu'il en est une seule qui soit aussi jeune que vous et d'aussi fraîche date dans la vie? Embrassez tel système religieux qu'il vous plaira, vous ne ferez que vous traîner sur les vestiges effacés de quelque erreur. Vous êtes panthéiste, mais vous n'êtes 'que le disciple des Brames de l'Inde. Des milliers d'années avant vous on avait dit dans les écoles de l'Asie que le monde n'est qu'un vaste système d'apparences sous lesquelles se manifeste l'âme universelle. Vous êtes rationalistes et vous dites que les idées forment toute votre religion : vous ne faites qu'emprunter à Platon ces quelques lueurs de la vérité qu'il dérobe lui-même à la révélation mosaïque. Vous vous faites des croyances avec les croyances de tous les peuples et un symbole avec les symboles de diverses religions, prenant de chacune quelques lambeaux pour vous composer je ne sais quel système religieux qui, au fond, est l'adoration de vos pensées et l'idolâtrie de votre intelligence. Vous ne faites que réveiller de ses cendres l'éclectisme des rêveurs d'Alexandrie enseveli depuis quinze siècles dans le tombeau de l'histoire. Vous prétendez vous en tenir au sentiment religieux, et vous laissez toutes les croyances et tous les devoirs des cultes divers comme autant de formes arbitraires et indifférentes de la même idée. Vous ne faites que vous mettre à la suite d'un sophiste, courtisan de ce Julien qui, avec tous vos systèmes, n'a réussi qu'à s'rnimortahser par le ridicule. Vous vous retranchez peut-être dans le scepticisme et c'est là, au fond, la religion de tous les hommes éclairés qui, dans leur orgueil, repous-
sent l'Evangile ; mais assurément vous ne prétendez pas avoir créé le doute. De nombreuses écoles en Grèce, en Italie, dans l'Inde, partout où il y a eu de la philosophie et des philosophes, viennent réclamer le privilège de vous avoir devancés dans cette absurdité. Des milhers de sophistes vous contestent la priorité de ce crime et l'invention de cette folie. Tournez-vous où il vous plaira, rêvez et l'evez encore : on vous défie d'imaginer une forme quelcon- <ïue de religion qui ne soit un souvenir rajeuni ou dérobé à •ïuelque intelligence en délire. Ainsi voilà la condition nécessaire de ces hommes à progrès, qui ne veulent pas de l'ira- '^obiUté cathohque, comme ils disent. Ils marchent, mais ^ est en arrière, ils courent, si vous voulez, mais c'est vers ^ passé. Il y a chez eux mouvement, mais c'est le mouvement de la roue qui tourne sur elle-même. Leur progrès s'accomplit dans un cercle mille fois parcouru avant eux. Qu'ils s'agitent tant qu'ils voudront; l'erreur a ses 'mites; ils n'iront pas au-delà. Il me semble qu'après cela ces hommes devraient moins prendre en pitié le catholicisme.
Vous parlez de progrès; à la bonne heure, parlez de progrès dans les sciences physiques. La nature est infinie dans Ses limites, et l'observation de la science n'en épuisera jamais les phénomènes. Parlez de progrès dans l'industrie, ^es rapports des êtres matériels, les combinaisons des lois physiques du mouvement sont innombrables. Vous aurez "eau découvrir, toujours il vous restera à tenter des découvertes nouvelles. Mais il n'en est pas ainsi du monde moral et surnaturel. Dieu qui a livré le monde matériel aux investigations de la science, s'est réservé la révélation de la vérité ''eligieuse. Le seul progrès possible, c'est de sortir de vous- |^*^raes, de votre orgueil, de vos passions, de vos petits pré- J'igés, de vos misérables raisonnements et d'aller à J.-C,
lii!
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le Maître unique des intelligences. Avant lui et sans lui, les hommes avaient mille fois entrepris de gravir par leurs propres forces cette haute montagne au sommet de laquelle habite la vérité. A quoi servirent leurs efforts? Tous ils roulèrent de précipice en précipice, au-dessous du point d'où ils étaient partis. Le Verbe a eu pitié d'eux et du genre humain. Il est descendu du ciel. 11 a saisi l'humanité déchue, il l'a enlevée de la terre avec lui, d'un vol il l'a déposée toute palpitante dans l'obscurité divine de la montagne, dans le vestibule du temple de la vérité, et il lui a dit : adore ton Dieu sous le voile et parmi les nuages ; tu le posséderas dans la gloire pendant une éternité. Croyez-moi, ô sages, ni plus haut ni plus loin ! Plus haut, c'est la foudre, et plus loin c'est l'abîme.
Vous parlez de progrès ; eh bien ! je vous offre le plus beau, le plus magnifique des progrès. Non pas celui qui se fait par l'esprit; mais celui qui se fait par le cœur. Il n'y a point de progrès dans les vérités. La raison en est simple, c'est que l'Évangile, c'est l'infini révélé, et l'infini est nécessairement immobile. En deçà et au-delà, il n'y a que le néant. Mais dans l'Évangile il y a progrès et progrès toujours nouveau pour la perfection morale. Toujours un sacrifice à accomplir, toujours une passion à vaincre, toujours des vertus à acquérir. Voilà le progrès que nous prêchent les apôtres. Témoin saint Paul qui nous dit qu'oubliant toujours ce qui est derrière lui il s'élance tous les jours en avant vers l'idéal de la perfection évangélique. Voilà le progrès que nous prêche J.-C. lorsqu'il a dit : soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. Voilà le progrès vraiment catholique, le seul qui fasse le bonheur de la société comme il fait la perfection de l'individu; le seul qui ne soit pas une chimère, mais un devoir. En dehors de ce progrés, jamais il n'y aura autre chose que des déceptions,
des erreurs et la ruine de tous les devoirs de l'homme et de toutes ses espérances.
Laissez, M. F., les hommes qui se disent sages et dont toute la sagesse n'est que folie, s'évanouir dans les rêves de ieur mtelligence. Pour vous, enfants de l'Eglise catholique, sachez comprendre le mystère de la sagesse divine lequel' selon la parole de l'apôtre, est caché dans la foi, et demeure impénétrable aux princes de ce siècle. Attachez-vous à l'enseignement de la vérité éternelle qui est J.-G. : J.-C. est toujours vivant dans l'Église. Honorez-le par la soumission de vos esprits et surtout par les œuvres d'une vie vraiment chrét'enne. C'est la seule voie de la lumière, de la vertu, de la paix ici-bas, là-haut de la félicité éternelle.
Pour nous, après avoir prêté le faible et indigne organe «e notre parole à l'auguste vérité, que nous reste-t-il que e lui offrir en terminant nos vœux et nos prières? Donc, les yeux tournés vers le ciel, et le cœur élevé vers .'e trône du Verbe incarné, nous lui disons :
Verbe éternel, lumière suprême des rnteUigences, de qui escend avec la vérité toute grâce et toute bénédiction, enissez le pontife qui a daigné encourager de sa présence notre parole et couvrir notre faiblesse de son autorité, onservez-le longtemps à son troupeau bien-aimé pour son ^onheur et son salut; à cette illustre église pour en faire evivre les gloires et la foi catholique qu'il honore de ses vertus et défend par son zèle.
^ Bénissez avec le pontife le sacerdoce qui partage ses travaux et ses sollicitudes. Prêtre éternel, soyez toujours avec ^es prêtres selon votre cœur. Couronnez, à la fin de cette vie, eurs vertus, et leur ministère, leurs vertus par la véné- ^on et leur ministère par la sanctification des peuples, chréf '^^*^^ ^^^^ ^^ sacerdoce les fidèles de cette assemblée lenne et qu'aucun de ceux qui la composent ne sorte
SERMONS. ^ ,
de ce temple sans avoir reçu de vous quelque grâce signalée. A ceux qui honorent votre sainte religion par leurs œuvres, donnez la grâce qui assure et qui achève la vertu. A ceux qui hésitent entre vous et leur propre cœur, donnez la grâce qui domine les âmes et les enchaîne à voire amour. A ceux que des préjugés ou des passions funestes éloignent d'une rehgion qui leur donnerait tant de honheur pour prix de légers sacrifices, la grâce qui éclaire, la grâce qui touche, la grâce qui convertit. Enfin, à tous, ô mon Dieu, donnez une grâce qui fasse le bonheur du présent et qui assure aussi le bonheur de l'avenir éternel. Ainsi-soit-il.
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= CN
if , j.
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Ego veni ut vitam hsbeant et abundantius
liabeant. ^|
Jo suis venu pour qu'Us aient 1» vie, et qu'ils
^ la possèdent sans mesura.