‹ Jésus-Christ, sa divinité, son caractère, son œuvre et son cœurChapitre 28 sur 40 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

Jésus-Christ dans le pauvre 257

triomphe. Concevez-vous tout ce qu'il y a de divin dans cette création exclusivement chrétienne? Prenez un homme de génie, prêtez-lui tout ce qu'il vous plaira de gloire, de force, a influence, supposez qu'il essaie d'adopter les malheureux! qu'il tente de dire : le pauvre, c'est moi! Comprenez-vous 'e ndicule, le délire de cet essai ? C'est pourtant ce que

-C. a dit, ce qu'il a fait, ce que je crois, ce que nous croyons, puisque vous êtes ici et que je vous parle, ce que

ix-huit siècles ont cru. Quel dessein que celui de mettre le pauvre au-dessus de tout, par le seul fait et au seul titre de sa pauvreté! Quelle conscience de sa propre force pour

enter une telle révolution! Quelle puissance sur l'homme pour la lui faire accepter ! Surtout quelle surabondance de ^'gnilé pour couvrir ainsi l'humanité tout entière de son

om. pour glorifier de sa propre gloire tout ce qu'il y aura jl^ misérable jusqu'à la fm des siècles! Oui, plus j'y ré-

chis, plus cela me paraît surhumain : à défaut d'autres ^^erveiiies, cela suffit pour me faire tomber à genoux de- ^ nt J.-C. car vraiment tant de puissance, tant de grandeur

ant de charité ne peuvent appartenir qu'à un Dieu ! ^ o.là, mes frères, ce que J.-C. a fait pour la réhabihta-

plus ^'"''''^" ^^ "''^ "*'' 'ï'''"'' "'°' '■ "^ 'ï'^^ ™"' ^^'^^ au ^^^ petit d'entre les miens vous le ferez à moi-même; et

jam" ^'^ '^"^ "''''' '' ^ P^"^ ^""'^ ^" ^* ^'^'^"'' "ï"*^ "^ ^^'■«"t

avecT' "' '^^ '^^'' ''^^'^ ^'"'' ^'"'^'' "' '^^ législateurs

tomh T ^°''' ^' "'^ '''' *ï"'"'' ""^^ '^ '•" Senre humain est

e â genoux devant la royauté du malheur et la souve-

T ''^ l'indigence.

aintenant il me reste à vous montrer que les droits du

ï-e sont les droits de J.-C. Ce sera la seconde réflexion.

SERMONS

Les droits du pauvre, je l'ai dit, sont les droils de J.-C. lui-même. Cette seconde vérité découle de la première, et il est évident que, dès lors que J.-C. s'est identifié avec le pauvre, par une conséquence nécessaire, il n'a pu l'investir de sa propre dignité sans lui transférer en même temps tous ses droits. Et c'est ce qu'il nous déclare lui-même, lorsque, dans le tableau qu'il nous trace du dernier jugement, il se représente à nous vengeant le mépris ou récompensant le soin des pauvres, comme il récompenserait le soin ou vengerait le mépris de sa propre personne. Quamdiu non fecistis uni de minoribus his , nec mihi fecislis (1).

Mais pourquoi J.-C. transfère-t-il au pauvre tous ses droits ? Pour vous répondre, il faut remonter à l'ordre primitif de la Providence sur la société. Or, dans le plan du Créateur, le genre humain a été conçu comme une immense famille où tous les membres sont égaux, il est vrai, dans l'estime et l'affection de leur père commun, mais où sous l'influence inégale des talents^ des besoins, et même des passions, la liberté de cliacun devait nécessairement amener l'inégalité des conditions et, avec clic, les distinctions de la richesse et de la pauvreté. Cet ordre providentiel, ce n'est point ici le lieu d'en justifier la sagesse et l'équité. Disons seulement que toutes les difficultés tombent, si on le considère dans son vrai point de vue, c'est-à-dire, non plus comme l'a toujours fait l'inintelligente incrédulité, dans un détail isolé et sous le seul rapport de la vie présente, simple état de transition et d'épreuve; mais dans

(1) Matt., 25, 45.

rf==™''°^:""frilil|iBliMiil

ni

l'universalité de l'ensemble, c'est-à-dire, dans l'immensité

ae la vie future qui seule est l'état permanent de la perfec-

l'on et de la félicité de l'homme. Quoi qu'il en soit, toujours

est-il certain que, même dans la vie présente, Dieu, en

permettant l'inégalité des conditions, n'a pu abandonner

1 indigence sans ressource, et que cette Providence qui a

des sollicitudes pour le lis des champs et pour les petits

des oiseaux, ne saurait délaisser sa créature intelligente qui

est son image. Si donc, il départ aux uns la fortune, tandis

•îi* il la refuse aux autres, c'est nécessairement sous la con-

'tion que l'abondance de ceux-ci deviendra le soulagement

de ceux-là, semblable à un sage père de famille lequel pour

J^nii- entre eux ses enfants fait passer par les mains de l'aîné

es dons qu'il leur destine. Voilà le plan et l'ordre provi-

entiel; l'aumône en est la première, l'essentielle condi-

'on- Otez cette condition, la société tout entière n'est

plus qu'une insoluble objection contre tous les attributs de ^leu.

Cette condition, mes frères, partout elle fut méconnue ^vant J.-G. Semblable à ces économes infidèles dont l'usurpation est encouragée par l'absence du maître, le riche ^Ppropriait ces biens dont il n'avait reçu que le dépôt, vez-vous vu dans nos campagnes cet arbre au lugubre euUlage et aux stériles rameaux? Autour de lui pourquoi ees tiges rares, aflamées, et qui se meurent? Pour elles,

terre n'a-t-ellc pas des sucs nourriciers? Pour elles

soleil n'a-t-il pas un rayon qui vivifie? Oui, mais l'ar- J^ stérile leur ravit tout; ses racines dessèchent le sol,

son feuillage dérobe le soleil. Image de la société, alors

ord^ ^ ^!*^''" '^'^^'^"^^'' P^*^'" ^es jouissances et ses plaisirs cet ÇQ ^'it il n'avait reçu la surabondance que pour la laisser

son ^'^ ^-^^^ ^^ ^^^'^ '^^ pauvre. Ainsi le riche s'isolait dans goisme et il était homicide. Le pauvre se trouvait seul

avec sa misère et il devenait blasphémateur. Et tous deux outrageaient la Providence, l'un par son infidélité et l'autre par son impiété. La divine économie de l'ordre social était troublée. J.-C. vient la rétablir, et comment la rétablit-il ? Est-ce en renversant l'ordre primitif de la nature qui subordonne le pauvre au riche et fait dépendre l'existence de l'un de la charité de l'autre? Non, mes frères, car Dieu n'agit pas comme l'homme, pour qui réparer c'est abattre, et dont les réformes sont toujours des ruines. Architectes misérables que nous sommes, nous ne mettons dans nos œuvres que ce qu'il y a en nous-mêmes, le néant. Dieu met dans les siennes ce qu'il y a en lui-même. 11 jette quelque chose de sa vie dans les ruines ; il laisse tomber comme quelques gouttes de sa sève dans la racine desséchée des choses, et voilà que soudain tout se ranime, reverdit et devient fécond.

J.-C. donc conserve l'ordre primitif de la société, mais il le relève et le vivifie, car c'est là l'uniforme conduite de Dieu que nous retrouvons partout, dans le monde moral comme dans le monde physique. Dieu se plaît à agir sur l'homme, mais par l'homme. Ainsi, dans l'ordre de la nature, il pourrait créer immédiatement toutes les existences, et cependant il veut que ce soit par l'homme que la vie arrive et se communique à un autre homme, et c'est là le fondement de la famille. Ainsi, dans l'ordre de la foi, il pourrait enseigner et sanctifier l'homme par .lui-même. Mais non, il veut que l'homme reçoive par le ministère de l'homme la vérité et la vertu, et c'est là le fondement de la société spirituelle. Et cette seule idée bien méditée explique toute l'Eglise catholique. Ainsi encore, et admirez cette magnifique unité de vue du Réparateur, il pourrait par luimême, pourvoir aux besoins de chaque homme, de chaque condition, et cependant il veut se décharger de ce soin sur

d'autres hommes, et par là il reserre les liens de la société chrétienne.

Le pauvre donc sera toujours confié à la sollicitude et à la charité du riche; mais J..-C. lui créera denouveaux droitsen lui transportant tous les siens et par là, il triomphera de l'insensibilité du riche, et fera taire les blasphèmes du pauvre, Et quel est le riche, 'à moins qu'il n'ait fait mourir en lui-même 'es derniers germes de la foi, quel est le riche qui pourra repousser le pauvre, lorsque J.-G. vient, par son organe, implorer sa pitié et mendier son aumône ? Lorsqu'un Dieu se présente à lui sous les livrées de la iniière et de la douleur et semble lui dire : c'est moi qui suis votre Créateur et vous n'avez rien qui ne soit un don de ma bonté ; c'est moi qui suis votre Rédempteur, et c'est pour votre salut que je suis descendu aux extrémités de l'humiliation et de l'indigence; e est moi encore qui veux être votre Rémunérateur et votre 'elicité dans une vie qui n'aura point de terme. En reconiiaïssance de ce que j'ai souffert pour vous, ne prendrezyous pas pitié de ce que je souffre dans vos frères ? En échange de ce que je vous ai donné, et en retour de ce que je vous promets, me refuserez-vous une part dans vos richesses qui sont mes bienfaits, et un léger tribut sur votre opulence qui est mon ouvrage? Ainsi, tous les désordres des Prissions humaines sont réparés. Attendris à l'aspect et à la °'x de leur Dieu, présent dans le pauvre, les riches doueront et se sanctifieront par le détachement et la généro- ^•te. Résignés dans leur misère, à l'exemple du Dieu qu'ils représentent, les pauvres iront à la vertu par l'humilité et P^'" la patience. Les riches imiteront le Père, Créateur de outes choses, qui possède tout et qui met sa gloire à don-

• i-es pauvres imiteront le divin Rédempteur qui ne ossedarien sur la terre, et mit toute sa grandeur dans

Son cl ' '*

«enumcnt. Et tous deux ensemble, s'embrassant dans

làtyii I iiii iiJÉ>i I

■iSMiHHSBff**

les saintes effusions de la charité, parleur union mutuelle, retraceront en quelque sorte l'Esprit-Saint et l'amour sacré qui est le lien des personnes divines dans le ciel, et encore le lien de la société humaine sur la terre. Certes, mes frères, c'est là, si je ne me trompe, une harmonie vraiment divine. Et voyez, mes frères, voyez quelle puissante influence exerce sur la société tout entière la foi à celte haute vérité de J.-G. continuant ses souffrances et revendiquant ses droits dans les pauvres! A peine cette magnifique idée a-t-elle pénétré, avec l'Evangile, chez tous les peuples que tous les esprits, déposant ieui 3 préjugés, et tous les cœurs leur insensibilité, la charité devint tout à coup la reine et la maîtresse du monde. Ce fut là, en particulier, le caractère spécial sous lequel se révéla sur la terre la société catholique; et l'on sait jusqu'à quel héroïsme de dévouement s'y éleva l'amour des pauvres et dos misérables. Ainsi, dans les premiers siècles, les biens des fidèles étaient mis en commun pour le soulagement de l'indigence. Ainsi la charité était le symbole extérieur de la foi chrétienne et de ses disciples. La haine même des païens ne pouvait s'empêcher de dire : voyez comme ils s'aiment. Leurs ennemis les plus déclarés rendaient eux-mêmes, et malgré eux, hommage à leur tendre sollicitude pour les pauvres. Témoin Julien l'apostat qui exhortait les pontifes des idoles à imiter la charité catholique, car, disait-il, n'est-il pas honteux que ces Galiléens, après avoir nourri leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres ? C'est peu ; la charité ne se renferme pas dans le cœur des particuliers; bientôt elle pénétre dans les institutions publiques et le monde se couvre de monuments jusqu'alors inconnus. En effet, avant d'être civilisée par la croix, la société n'en connaissait pas d'autres que les arcs de triomphe, les théâtres et les temples des idoles, c'est-à-dire les tristes monuments de l'er-

caaraniiwsai

reur, de l'orgueil et de la volupté. Maintenant elle s'étonne de voir s'élever au milieu d'elle des édifices nouveaux, dont la seule inscription révèle le génie qui les enfanta. Christo in pauperibus ! Mais l'Eglise croirait méconnaître les droits (lu pauvre, si elle ne lui assurait que des asiles; elle fait plus. Avec cette puissance de création que lui a léguée son divin Fondateur, elle suscite de tous côtés des institutions religieuses pour se distribuer entre elles toutes les misères à recueillir et à soulager. A sa voix et sous son influence, parmi les secousses mêmes des révolutions et les ténèbres de la barbarie surgissent de généreuses associations, toutes rivales de dévouement, toutes se disputant à l'envila palme du sacrifice, dont les lois sont la vraie cbarte de la bienfaisance, dont la constitution restera à jamais l'organisation vivante de la charité. Aucune des misères innombrables de l'humanité n'échappe à la sainte conspiration de leur zèle. I*ésormais, le malade ne réclame plus vainement, comme ^ans les sociétés païennes, les soins d'une sœur ou d'une "^èrepour l'assister dans les veilles de sa douleur. La vieil- '6sse et l'enfance, jusque-là abandonnées, l'une à son isole- "^6nt, l'autre à sa faiblesse, retrouvent une famille et, avec ^''6, toutes les sollicitudes de la charité. Le captif enchaîné sur une plage lointaine se console de ses fers par l'espérance, •^^r il sait qu'au delà des mers et sur le sol de la patrie, il a des frères dont la piété recueille et compte déjà l'or qui doit être le prix de sa liberté. Les prisons de la justice "Umaine ont elles-mêmes leurs consolateurs, et, adopté P^r la religion, alors que la société le repousse, entre la ^^ qui le condamne et le bourreau qui demande sa tête, le "^•roinel trouve encore un ami pour consoler ses remords, P'^ur sanctifier son supplice. Je ne sais quel immense, iné- Puisable esprit de miséricorde régit la société tout entière ^•^"s l'empire de la foi; et tandis que chez les nations

païennes, la politique et la philosophie n'avaient jamais pu réaliser parmi les hommes que la haine et l'oppression, une seule parole tombée de la bouche de J.-C. enfante, développe, perpétue chez les peuples chrétiens, les créations du plus héroïque dévouement et de la plus sublime charité. Certes, mes frères, c'était là, je pense, une haute idée sociale de réunir ainsi toutes les conditions, en demandant au nom de la religion, aux unes, la soumission et la patience, aux autres, le respect, l'amour et des services. Amsi les classes extrêmes se trouvaient en présence sans se menacer; et les pauvres, honorés parles riches, honoraient à leur tour en eux l'autorité adoucie par la charité. C'était là, sans doute, ou il n'y en eut nulle part, une haute civilisation, car jamais plus d'idées morales n'avaient été jetées dans un plus grand nombre d'intelligences. Pourquoi faut-il que l'orgueil soit venu renverser cette admirable économie ? Nous devons le dire, et ici il nous faudrait non des paroles, mais des larmes, et des larmes de sang, elles ont été renversées ces magnifiques créations de notre foi. Elles menacent de disparaître jusque dans leurs derniers débris sous les coups d'une philosophie homicide qui détruit tout sans rien comprendre, comme ces stupides manœuvres qui démolissent et renversent, sans en connaître la beauté, un monument chef-d'œuvre des arts. Vile plagiaire du catholicisme, en même temps qu'elle le calomnie, elle lui dérobe ses institutions et prétend les continuer sans lui, pour apprendre aux peuples à se passer do lui. Et voilà que les faits viennent la confondre et venger solennellement l'Evangile. La religion s'est retirée, elle se retire tous les jours devant les préjugés sauvages qui lui interdisent le soin exclusif du malheur. Eh bien ! qu'est-il advenu? Levez la tête et regardez! Prêtez l'oreille et; écoutez! Voyez-vous ces pensées qui se croisent dans les intelligences, comme

les nuées sur un horizon chargé d'orages? Entendez-vous ces bruits qui grondent au sein de la société comme les bruits de l'océan en travail de la tempête? Ce sont toutes •les misères qui se lèvent rugissantes et désormais libres du frein de la religion qui seule les enchaînait en les consolant. C'est le tlot du paupérisme qui, vainement contenu par la loi, monte, monte encore autour de la propriété qu'il menace. Déjà la sagesse des philosophes se trouble; la politique se déconcerte ; la richesse effrayée jette le cri d'alarme; la société en détresse se couvre la tête d'un voile et se hâte de dévorer le présent, comme si pour elle il n'y avait plus d'avenir. Où s'arrêteront le flot et la tempête? Je n'en sais rien ; cela est écrit dans les cieux. Mais ce que nous savons, c'est que là où le catholicisme est debout, le désespoir est un crime. Oui, revienne la rehgion ! Qu'elle s'avance, le signe rédempteur à la main ; qu'elle plante sa croix devant les flots ; qu'elle leur dise : Jusqu'ici et pas plus loin ! et les flots vont mourir à ses pieds, et l'espérance ■va renaître, et le monde est sauvé.

Jésus-Christ dans les pauvres ! Voilà dans son vrai principe et sous son vrai point de vue l'obligation de l'aumône, i^ans tous les temps, et je l'ai montré, l'aumône a été une obligation d'humanité, parce que, dans tous les temps la nature a réclamé dans le cœur de l'homme, en faveur des misères de l'homme. Dans tous les temps l'aumône a été comme une obligation de justice, parce que, dans tous les lemps, Dieu n'a donné aux riches la fortune qu'à la charge de soulager le pauvre avec le surplus de son abondance. ^sstra ahundantia illorum inopiam suppléât (1). Mais •depuis que J.-C. s'est mis dans le pauvre, et lui a transporté <^ns ses droits, depuis ce temps l'aumône n'est plus seule-

(1) II ç

or., 8.

ment une dette à l'humanité ou à la Providence, c'est plus encore, c'est la dette d'une reconnaissance infinie à l'égard d'un amour infini, à l'égard de l'amour de J.-C. La méconnaître, ce ne serait plus seulement une injustice, ce serait une horrible impiété et la plus monstrueuse des ingratitudes. Jésus-Christ dans les pauvres! Dans cette seule idée vous trouvez la règle la plus juste et la plus infaiUible de l'aumône. Si souvent vous demandez jusqu'où s'étend le précepte de la charité, et à quelles limites il s'arrête, mes frères, pour répondre à cette question vous n'avez besoin de recourir ni aux décisions de vos pasteurs, ni aux lumières de votre conscience ; il suffît de vous renvoyer à votre foi et à votre propre cœur. Oui, considérez ce que J.-G. a fait pour vous sur la croix, et dans quel état il se présente à vous dans les pauvres. Ensuite que votre cœur prononce, qu'il décide ce que vous pouvez donner, ou plutôt ce que vous pouvez refuser à votre Dieu. Et voilà, pour nous autres catholiques, la véritable règle de la charité. Que la philanthropie calcule froidement ce que l'homme demande précisément pour ne point mourir ; la charité ne connaît point ces vils calculs. Elle ne craignit jamais le luxe de la compassion, ni les indiscrétions de la bienfaisance. La charité! ah! elle mesure ses œuvres, non pas aux besoins du pauvre, mais aux droits de J.-G. Aussi contemplez dans notre histoire ses apôtres et ses héros, ils ne se contentent pas de donner aux pauvres des larmes, de l'or, du respect, même de la vénération. Non, ils donnent leurs services, ils donnent leur cœur, ils donnent leur vie et jusqu'au regret de n'avoir qu'une seule vie à donner. Ainsi ont aimé parmi nous, les Paulin de Noie, les Thomas de Villeneuve, les Charles Borromée, et cet homme incomparable, qui fut parmi nous le représentant et comme la vivante personnification de la Providence, l'immortel Vin-

cent-de-Paul. Voilà la charité catholique ! Elle se mesure aux dimensions de la croix ; et la croix, savez-vous ce que c'est? C'est l'infini dans l'amour.

Jésus-Christ dans les pauvres! Voilà, dans cette seule idée, les dispositions qui doivent accompagner une aumône chrétienne. Donnez, mes frères, mais non par le seul sentiment d'une pitié naturelle ; ce serait donner l'aumône en païens. Donnez, mais non pour satisfaire à la rigueur d'un précepte ; ce serait donner l'aumôme en esclaves. Donnez, 'ïiais non pas pour la gloire, ni pour les applaudissements •^es hommes ; ce serait donner l'aumône en philosophe, c est-à-dire en orgueilleux. Mais donnez chrétiennement; c est-à-dire, donnez avec foi, non pas à l'homme qui de- *"ande, mais à Dieu caché sous les viles apparences de l'homme. Donnez avec respect, non pas comme une faveur, '^ais comme une dette ; non pas comme une grâce, mais comme un trihut. Donnez, mais avec regret de donner si P6u à celui qui vous a tant donné, et avec reconnaissance •le ce qu'un Dieu daigne rscepter vos dons par la main de 'indigent, et vous devoir quelque chose dans la personne de ^6s pauvres. Ainsi le grand Apôtre, écrivant aux fidèles de AOme au sujet d'une aumône qu'il allait porter aux pauvres "^Jérusalem, leur disait : «Je vous conjure, mes frères, par ^otre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Saint-Es- P^it) que vous m'aidiez de vos prières, afin que les saints ^ui sont en Jérusalem agréent le présent que je vais leur oiirir. )) Voilà le langage et les pensées de la charité chré- >enne ; lorsqu'elle donne, c'est elle qui croit recevoir, elle ^ tient obligée aux pauvres de ce qu'ils veulent bien lui Permettre d'obliger leur Dieu dans leur personne. Et obse- " ** '^'^^ oblaiio accepta fiât in Jérusalem sanctis (1).

C) Rora., 15, 31.

jiiinijiKiii

= co

= ID

fl

= LD

= ro

= — ID

^— Lil

MR^Jijit

= — en

^— Cxl

Jésus-Christ dans les pauvres ! Voilà dans celte seule idée la nécessité, la consolation, la gloire de l'aumône. Mes frères, permettez-moi devons parler ici avec toute la liberté du sacerdoce. Donc, à ceux qui sont riches parmi vous , je dirai : « Sans doute vous êtes bien heureux selon le monde, car rien ne manque, je ne dis pas à vos besoins, mais à vos désirs; beatum dixerunt ctijus hœc sunt omnia. Mais l'Evangile ne juge pas comme le monde et l'Évangile à la main, il faut vous dire que vous êtes bien malheureux selon la foi ; car vous êtes riches et dès lors opposés àJ.-C. Et voyez, en effet, vous avez des maisons somptueuses, et J.-C. cherchait vainement une pierre où reposer sa tête. Vous, vous avez autour de vous des serviteurs attentifs au moindre signe de vos volontés, et J.-C. a été le serviteur de tous : non veni ministrari sed ministrare. Vous, vous souffrez, il est vrai, car tout souffre ici-bas, mais c'est si peu de chose, en vérité, qu'on pourrait dire que la douleur vous est inconnue et la souffrance une étrangère ; et J.-C. il est écrit de lui : Ma vita Christicrnx fuit et marlyrium. Oh! la triste opposition, et qu'elle vous doit effrayer, s'il reste seulement une étincelle de foi dans vos cœurs. Eh bien ! mes frères, voulez-vous la faire cesser, celle opposition, et vous rapprocher de votre Dieu? Je ne vous dirai pas : descendez de cette condition, renoncez à ces richesses qui laissent tant de distance entre vous et J.-C. Je vous dirai seulement : rappolez-vous ces mots : Jésus-Christ dans les pauvres ! Gardez votre fortune, mais partagez-en la surabondance avec J.-C. Gardez le luxe et la pompe de vos appartements, mais assurez un asile à J.-C. dans les pauvres. Gardez vos serviteurs , mais servez vousmêmes J.-C. en l'assistant dans ses membres. Au risque de trahir l'Évangile qui dit : abncgct semetipmm, j'ajouterai : gardez de vos plaisirs tout ce qui n'est pas criminel ;

mais au moins, si vous ne souffrez pas, adoucissez les souffrances de J.-C. dans les malheureux qui le représentent. Alors les oppositions et les contrastes vont cesser; alors lous les intervalles vont se combler et disparaître. Ainsi partagées avec J.-C. ces mêmes richesses qui vous éloignaient de lui par l'orgueil, vous rapprochent maintenant fie lui par la charité. Que dis-je? et c'est là ce que j'appelle la consolation et la gloire de l'aumône, loin d'être contraires à J.-C. vous lui ressemblez en l'imitant. Comme lui , vous vous dépouillez , c'est pour donner. Vous vous appauvrissez, c'est pour vous enrichir. J'allais presque dire vous le surpassez en quelque sorte ; lui, en vous donnant, il n'a été que le bienfaiteur d'une créature; en lui donnant, vous êtes les bienfaiteurs de Dieu même.

Enfin J.-C. dans les pauvres ! Voilà, dans une seule idée, la réfutation de toutes les difficultés que le monde ne cesse d'opposer au devoir de l'aumône. Et quelle objection feriezvous, M. F., qui ne tombe devant cette grande pensée de ^a foi catholique? Alléguerez-vous les droits de votre famille? Mais sont-ils plus sacrés que ceux de J.-G. ? Direz- ^ous que vous craignez de retrancher à vos enfants ce que ^ous donneriez aux pauvres? Ohl plutôt craignez de retrancher aux uns ce que vous ne donnerez pas aux autres, ^t> dans cette crainte, suivez le conseil de saint Augustin : laites entrer votre Dieu dans votre famille; adoptez J.-C. dans Fun de ses pauvres, et qu'il soit un enfant de plus ajouté à ceux que vous a donnés la Providence. Croyez-moi, le fils de l'adoption ne saurait manquer de porter bonheur ^^ fils de l'héritage. Vous cxcuseriez-vous sur le malheur des temps? C'est pour cela précisément que la religion réclame avec plus de force, et sollicite avec plus d'instance ^<^tre aumône. Si les temps sont mauvais , craignez de re- *^"ser à J.-G. Vous m'apprenez que J.-C. souffre davantage

Page 1