‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 104 sur 309 · L ANNONCIATION · texte numérisé non relu

L ANNONCIATION

tien, après s*âtre inquiété de cette illustre origine qui pouvait prêter à des vues ambitieuses ou séditieuses^ se iBSfiora en voyant les mains calleuses de ces fils de roi devenus de simples artisans ^

Si pauvre et inconnue que fût la vierge de Nazareth elle n'en ^ait pas moins la femme bénie entre toutes qui allait esifanter le Sauveur du monde. Il n^est point nécessaire de demander à la légende des couleurs fictives pour évoqua ce type idéal de pureté, de candeur, de foi naïve que le peintre évangélique esquisse en quelques traits d'une touche discrète et suave, et que l'art chrétien ne s'est pas lassé de reproduire sur la toile. Marie n'est pas une sorte de divinité enfantée dans un nuage. Elle est bien fille de la terre, et l'humanité qu'elle rqpiésente est bien celle que nous connaissons, &iUe, fioUible et souffirante, mais elle la représente im& sa }dus touchante humilité et dans sa foi la idus assurée. C'est dans ce cœur de vierge que la longue aspiration humaine, — plainte profonde chez les meiSeurs des paSéns, glorieux orade dans le prophète hébraïque, — s'épure eucore et devient l'expression parfitite du désir du salut. Marie apparaît sur le vieux tronc du judal&me comme la fleur sur l'arbre pour annoncer la saison de maturité. Ne lui donnons donc pas d'autre auéde que ce radieux eqpoir qui anime ses paroles

• "Eti «epiit5<7av oî àiA ^hoià^'cdù xuplou ulcovoi ïo6î«, oh^ ihikçtr îipsugav &^ i% y^vouç Svtoç Aa6Ç8. (Hegesippus, ap. Euseb., H. B., m, 20.) Il est. donc moins ridicule d'admettre la descendance davidiqu* daChmt que ne le donnent à penser la négation si leste de M. Renan «t les •avca3me8 de Strauss.

i&i LA CONCEPTION MIRACULEUSE DE JÉSUS.

après rannonciation, et laissons-lui ce voile de pudeur céleste dont elle s'enveloppe quand elle apprend sa haute destinée et dont elle ne s*est jamais dépouillée. La poésie humaine n*a pas de création plus belle que la scène de Fannonciation. Nous nous gardons bien d*en conclure que le récit n'est qu'un mythe. Pourquoi donc traiter de chimérique ce qui dépasse la prose vulgaire? Ne peut-on pas admettre que l'idéal et le réel se rencontrent dans le plan divin? Comme l'a dit Néander, quand Jésus-Christ entre dans le monde, c'est l'idéal divin qui se fait réalité humaine.

Sans entrer dans aucune controverse dogmatique, nous nous bornons à établir que la conception miraculeuse de Jésus, partout supposée dans le Nouveau Testament, même lorsqu'elle n'est pas formellement indiquée, rentre de toute nécessité dans la donnée chrétienne '. Celui qui doit être le chef d'une humanité nouvelle, vrai-

i L'Evangile de Tenfiuice dans Matthieu et dans Lac suffit pour établir Taocord fondamental entre les synoptiques et le quatrième évangile sur la nature transcendante du Messie. Saint Paul suppose partout la conception miraculeuse; comment expliquer autrement Phil. 11,7, 8; Col. 1,15, 16f0n objecte que dans nos érangiles il est plus d'une fois parlé de Joseph comme du père de Jésus-Christ (Luc IV, 22; Jean I, 45; VI, 42). Mais cette assertion est toujours mise dans la bouche des Juifs comme un signe d'incrédulité ou de défiance, et cela même quand il s*agit de Nathanael. Il est certain qu'elle exprimait Topinion courante sur Jésus. Du reste, Luc lève lui-même la difficulté lorsqu'il dit dans sa généalogie que Jésus était regardé comme fils de Joseph ((i»y uibç, fa>ç ivoiii^cTO, TOÛ l(i)0^, Luc m, 23). On objecte encore l'inquiétude de Marie sur l'enfant Jésus demeuré dans le temple (Luc n, 48). Mais c'est oublier la réalité de son humanité. Quant à l'incrédulité de ses proches, il suffit pour l'expliquer de se rappeler combien la grandeur morale contànue frappe moins les yeux que ce qui est soudain et exceptionnel.

LA CONCEPTION IflRACULEUSE DE JÉSUS. 265

ment divine, c'est-à-dire réalisant son type primitif, ne peut être simplement Tun des anneaux de la longue chaîne des générations naturelles, toutes entachées par le mal qui s'est comme incorporé à la race déchue, n n'est pas possible qu'il puisse sauver l'humanité et dire avec David : c J*ai été conçu dans le péché ! » Il doit poser en quelque sorte un commencement nouveau, et le second Adam ne saurait détruire l'œuvre du premier que s'il ne descend pas de lui. Il feut qu'il prenne naissance dans un sein de femme et qu'il y revête une vraie nature humaine; mais la caus*^ active de son existence terrestre ne saurait être une humanité souillée; elle se rattache au principe divin et créateur. Lorsque l'ange Gabriel après avoir annoncé à Marie la conception miraculeuse avec cette sublime chasteté qui n'appartient qu'à un esprit pur, ajoute ces mots : c Cest pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu, > il nous donne le vrai commentaire de la g^rande parole de Jean : t Le Verbe est devenu chair. > Quant aux explications de ce glorieux mystère, nous n'en connaissons pas d'autres que ces mots : Ilien n'est impossible à Dieu; elle sufiSt à quiconque croit à la miséricorde toute-puissante, seul fondement du surnaturel !

Le saint tremblement de Marie, son acceptation si simple et si confiante de son étonnante destinée, son voyage aux montagnes de Judée pour confondre sa joie avec celle d'Elisabeth, sa parente, cette première entrevue où les deux mères se confient le mystère de

2Ca l£ CÂNTIQUK DE MARIE

leurs «^pérances^ ces traits du récit de Luc sont dans toutes les mémoires. Le cantique de la Vierge, comme du reste tous les oracles du même genre recueillis dans les évangiles^ a gardé le caractère de la poésie de T Ancien Testament; nous y retrouvons le ïoovle aoatique de la lyrique sacrée pour la forme coflome pour les pensées. La prophétie hébraïque, dans ses demîàres manifestations, est semblable à Elisa^ beth, qui sent tressaillir son enfant dan& çon sein dès qu'elle aperçoit la mère du Seigneur. L'avenir prochain frémit en quelque sorte sous l'enveloppe des symboles comme un germe près d'édore. Marie se peint tout entière dans le Magnificat^ avec sa ferveur de reconnaissance et son humilité profonde.

c Mon âme glorifie le Seigneur.

c Et mon esprit se réjouit en Dieu qui est mon Sauveur.

€ Car il a regardé à la bassesse de sa servante.

c Voici, dès maintenant toutes les générations me diront bien heureuse.

c Parce que le Tout-Puissant m*a fait de grandes choses. Saint est son nom!

c Sa miséricorde est de génération en génératioD pour ceux qui le craignent.

c Son bras a fait vertu..

€ Il a dissipé les desseins que les orgueilleux formaient dans leur cœur.

c II a rdnversé Im puissants de leur trône et a élevé les humbles*.

NAISSAKCB DE JKAN-BAPTXffTE. 265

c n a oQBtUé de bien& l» inâigwite ^ il a renvojé les riàkB^ à vide. >

Cesraotssontcomme ixn pressesthnent de la première dcsbéotitadeé : cHenteax: les pauvres ! » Rien ne prouve mien que nous sommes arrivés au point de rencontre e&tre rhumanité et Dieu, puisque la damière parole de Tancieiine alliance est le mot par lequel s'ouvre TEvangâe.

Nul parmi Jes grands prophètes n a exprimé un {dus ferme espoir du Messie que cette fille d* Abraham rappelant, à la veille de Taccomplissement définitif, la première des promesses fûtes au père de son peuple :

€ n a pris en protection Israël son fils.

c n s*est souvoiu de ses miséricordes,

< Selon qu'il a parlé à nos pères,

< A Abraham et à sa sem^ice pour toujours. >

A peine la vierge de Nazareth était-elle retournée dans sa ville natale qu'Elisabeth mettait au monde Teiifinit si longtemps attendu qui devait être Jean-Baptiste. Zaeharie retrouvait la parole; le souffle de Tinspir^ion passait sur sa bouche muette depuis tant de mois. Comme pour mieux marquer le caractère religieux de cette naissance, le père s*effiioe derrière le prophète; il y voit tout d*abord le signe précurseur dugrand événement quivas'accomplir pour lesalut du monde. Sonhori^ son ne dépasse guère celui de ses contemporains; il se réjouit à la pensée qu'Israël sera délivré de la main de ses ennemis ^, mais cette délivrance sera une œuvre de

> Luc I, 71.

208 LE PREBflER RBCENSBMENT EN JUDÉE.

miséricorde; elle aura pour résultat le rétablissement de la justice et de la sainteté* et la rémission des péchés '. Ce n*est qu après avoir ainsi placé le Messie sur le premier plan que Zacliarie caractérise dans ces belles paroles la mission de son fils : c Et toi, petit enfiamti tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui frayer ses voies * . > Ce psaume prophétique se termine par la plus poétique image. Le salut qui s'approche est représenté c comme l'orient d'en haut, 9 le matin céleste qui éclaire les ténèbres du monde.

Marie avait été fiancée à Joseph; la figure de celui-ci est très efiacée dans l'histoire évangélique. Bien ne ressemble moins aux allures du mythe que le récit de ses scrupules quand il a connaissance de l'état de sa future épouse. Instruit dans un songe du mystère qu'il avait pris pour un opprobre, il n'hésite pas à épouser Marie, car il sait que l'enfant qu'elle porte dans son sein doit c sauver le peuple de ses péchés. » Il vivait dans cette attente quand une circonstance imprévue l'amena dans la petite ville de Bethléem, son lieu d'origine.

Le roi Hérode touchait au terme de la longue carrière dans laquelle il comptait ses succès par ses crimes. Le vieuxdespoten'avaitdûletrônequ'àlafaveurd' Auguste; aussi montrait-il alitant de servilité vis-à-vis de Borne que de tyrannie implacable en Judée ; ce n'est pas au moment où ses forces défaillantes lui annonçaient qu'il

' Luc I, 74, 75.

« Id., 77.

» Id., 76.

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