LE PREMIER RECENSEMENT EN JUDËE
allait jouer sa dernière partie politique en assurant le X)ouvoir à ses enfants, qu'il se serait refusé à un désir ou à un caprice de son tout-puissant protecteur. Or, Auguste à cette époque même, avait commencé à faire dresser le cadastre de son empire; il voulait obtenir un état exact des ressources de chaque province; d'après des témoignages positifs il faisait rentrer dans ce relevé général les royaumes alliés qui en réalité dépendaient de son autorité; seulement, selon Tantique et sage politique romaine, il permettait qu'on se pliât aux usages locaux. Rien donc n'empêche d'admettre un premier dénombrement en Judée pour lequel on se serait conformé aux pratiques juives qui tenaient compte du lieu d'origine bien plus que de la résidence. Ce n'est pas Hérode qui eût refusé une si minime satisfaction à Auguste et qui eût invoqué l'indépendance de la Judée; on sait le cas qu'il en faisait quand il s'agissait de ses propres desseins. Ce premier dénombrement précéda le dénombrement plus général qui eut lieu quelques années plus tard sous le gouverneur Quirinius, après que la Judée eut été réduite en province romaine*. C'est
* Noos citons le texte si controversé de Luc, diaprés le Codex Si" naiticus, aGxT) ixcvpaçT, è^évcTO irp<î)TiQ ilJYCfJicveùovTOç •rijçSupCo^ KupYjv(ou. n est impossible de ne pas remarquer la place qu^occupe le mot xpd>Tir; dans le plus ancien des manuscrits. U n*e8t plus, comme dans les textes antérieurs, éloigné du génitif 'fi'^e[tJ>veûovTOÇ, il le précède immédiatement; il est donc très probable que, malgré la dureté exceptionnelle de la tournure, il régit les mots qui le suivent, si bien que nous pouvons, à la rigueur, traduire : « Ce dénombrement eut lieu avant que Quirinius fût gouverneur de Syrie. » Sans énumérer les quelques exemples de tournures semblables que Ton peut relever dans la littérature grecque (voir Tholuck»
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aiofii qu'une mesure politique, entièrement étraqgèieà la religion, conduit Joseph et Marie dans la ville de David. La loi juive ne faisait point une obligation à la femme d'entreprendre un tel voyage, car l'inscription de son nom était suffisante, mais qui s'étonnerait de
GlaUbioûrâigheit , p. 181) , nous nous bornerons à rappeler ces mots de Jeas^aptisto : i^ôt^|JLOU jjv, « il était avant moi » (Jean I, I9. BYidemment TCplùXÔ^ régit ici le génitif. Si cette traduction est admise, elle fait tomber la grande difficulté que présente tovte antre version. Car le oena général, auquel préaida Quirinius, n'eut lien q«e dix ans plus tard. Je ne vois, au contraire, aucune difficulté à admettre qu*Hérode ait consenti à satisfaire le désir d'Auguste. Il est certain que de tout temps Auguste a été préoccupé de la pensée de dresser le bilan de son empire et des royaumes alliés qui en dépendaient. (Suétone, Oetace, c. XXVIII.) Savignj, après avoir oofiftaté que, dès les débuts de Tempire, on tendait à introduire le recansement dans toutes les provinces, reconnaît que le mode de ces recensements variait selon les contâmes des pajns od on les faisait. (Zeifàtrifî fitr gesehitchUch, Rechtstoissenschaft , vol. VI.) On peut aussi invoquer un curieux passage de Suidas, qui parle en termes exprès d'un pre^ misr cens fait dans tout Tempire sous Auguste. (Tboluck, OlaubuUir' digkeit , p. 194.) Hérode Ta fait bénévolement comme roi allié, et non comme sujet, c'est-à-dire dans la forme appropriée aux eontun^ de son royaume. Ainsi tombent toutes les objections. Une nouvelle tentative d^èxplication a trouvé grande faveur. Zumpft, dans son livre intitulé : De Stfria Ron%ana pravintiaab C. Aug, Ad T. F«spa9. (1854), cherche à établir que Quirinius a été deux fois gonvemeur de Syrie. Tacite rapporte que Quirinius aurait écrasé la nation des Homonadensiens en Cilicie après son élévation au consulat et avant qu'il «ftt été donné comme guide à C. César dans son expédition en Arménie. {Annales, III, 48.) Son consulat remonte à l'an 742 de Borne, et son expédition en Arménie vers l'an 756. Donc il a battu leaHoau»nadensiens dans cet intervalle ; mais il n'a pu le faire que comme gonvemenr de Syrie, car la Cilicie était alors une dépendanee de eatte province. Or, les noms des gonremenrs de la Syrie étant emums jttsqu'^ Tan 7S0-751 av. J.4]!., e^est k cette année que ramoalevati aan entrée en charge. Il s'ensuit qu'il aurait été nne première Ins gouverneur de Syrie vers l'an de Rome 750, date efEeetive de la naimaniw» de Jésus^C^isU Mommaen arrive an même résultat par son eaégèee de la médaille trouvée à TivoU et frappée à l'hoaneor d*ao oonsal»
VOYAGE DE MABIS BT DE XJBEWU A BETHLÉEM. S7i
voir la jeim» épouse iipfte de son ienne accopipagner son protectotiar ? .D^ailleuiB, elle n'ignorait pas plus que les acrihee de Jérusalem Tomole qui iléfiignait Bethléein oomÈte la vlUe du Mes»e.
De Mazareih à Bethléem <m compte quatre jours de œarchfiy aortout pour une ftomlle pauvre qui u*a pas
Tainqucur dVii« matlon taUlanrte» deus fois|;Dii^ni«iir de Sjjie, et qui aurait survécu à Auguste. Or, ces désignations ne s^appliquent qu'à Quirinius, vainqueur des ffomonaderuienSy et le eeul des légats de Syrie qui ait vécu sous Hbère. Mommsen, par les^ mômes raisons que Zump^,* place le premier gouvernement de Quirinius sur la hmite de Tan 751. Ce résultat offre certes «n grand intérêt; reste tovyows J*dillo«lté que la Judée an 750 a*était pas province romaine. (\'oir le Mémoire de Mommsen sur le monument d'Ancyré.) Tout ce débat Tient d^étre renouvelé par la savante brochure de M. Henri Lttttarotibt intitulée: Le Reoemement de Quirinius (Paris, 1865). Rejetant la solution que nous avons acceptée, et qui est due k SeruwH, raoteor propose de lier Luc I, 80 à Luc II, 1 : « L*eafaat, dit Tévangélisle en parlant de Jean-Baptiste, croissait et se fortifiait en espri t, et il fut dans les déserts jusqu^au jour de sa manifoitation à Iiraol. » M. Lslteroth entend par cette manifeatation la première participation de Jean-Baptiste à la fête de Pâque qui, pour les jeunes Juifis, avait lieu à Tâge de douze ans. Le verset suivant (Lue II, 1) noas donne la date précise de cet événement, en rappelant le recensement de Quirinius. Ainsi Tédit d* Auguste aurait été publié au moment ot Jean Célébrait sa miy'orité. Notre oibjeotion principale contre cette explication vient du sens que M. Lutteroth doit donner à Luc II, 6. Après que Tévangéliste a rattaché au recensement de Quirinius le VQ7«ge de Joseph et de Marie à Bethléem, il ajeute : « Il arriva que, comme ils étaient Ik, le jnar vint anqoel elle devait accoucher. » H noiu parait évident que le second Dut est étcoitement rattaché au premier. M. Lutteroth est dams. la adceesitéde les distinguer absolument, car, diaprés son système, la naissance de Jésus- Christ a eu lieu douse ans auparavant, il se voit obligé de «empiéter le texte de Luc en le trsduisant de œtle manière : «tC!est là aussi qu'ils étaient quand le jour viAt auquel eUs dstraii asoosNshfsr. » Il me semble impossible d*admettre qoe Tévénemeni eapiisl .des évangiles et de l*histoire soit ainsi placé en soMK>rdxe, et «tlié conms un épisode à un fait aussi insignifiant que la premiers pntidpaiioa de Jean-Baptiste à la Pftque.