JEAN-BAPTISTE ET HÉRODE
voix importune vint faire écho àcette voii intérieure que l*homme n*étouffe jamais entièrement. C'était la voix de l'homme du désert, de ce nouveau prophète dont la popularité, d'après le témoignage de Josèphe, l'avait inquiété ^ c II ne t'est pas permis, lui avait dit Jean- Baptiste, de prendre la femme de ton frère. » Cette invocation de la loi étemelle, qui ne tenait aucun compte de ses volontés royales, l'avait rempli de fureur; il n'avait pu supporter cet appel au pouvoir supérieur qui rend ses arrêts souverains dans le secret des âmes. Quoil quelque chose pouvait être défendu au prince devant qui tout rampait. Il fallait étouffer cette protestation importune qui le blessait d'autant plus qu'elle était mieux fondée. Le censeur incommode fut jeté au fond d'un sombre cachot dans la citadelle de Mâchéronte. Ame faible et mobile, Hérode ne pouvait cependant se dérober à son influence ; il sentait au fond que le Baptiste avait raison; il flottait entre sa passion et sa conscience et parfois aussi il consultait son captif. Mais ce n'étaient que les hésitations d'une nature sans vigueur; les sourires d'Hérodiade l'emportaient bientôt sur l'austère prédicateur. Dans l'ivresse d'un festin, célébré à Machéronte même, à l'occasion de son jour de naissance, le roi fit une promesse imprudente à la fille d'Hérodiade pour la récompenser d'avoir oublié son sang royal et charmé l'assistance par une danse digne d'une courtisane. Il s'engagea à lui accor-
i Josdphe, Ant,, XVm, 5, 2. Josèphe passe sous sUence la Traie caosa de remprisonnement de Jean-Baptiste.