LE DOUTE DE JEAN-EAPTISTE
der tout ce qu'elle lui demanderait. Conseillée par sa, mère, elle demanda la tête de Jean-Baptiste. Il semblait qu'on étoufferait ainsi cette voix sév^ qui se foifiait entendre jusque dans le tumulte du festin. Quoique absent, il était là, hôte redoutable et silencieux, obsédant la femme adultère. Mais c'est en vain que cette noble tète fut tranchée; du sang du prophète la voix divine s*éleva plus terrible encore. Hérode ne cessa pas un seul jour de l'entendre, car, lorsque la réputation de Jésus commença à se répandre en Galilée, il s'écria en pâlissant : c C'est lui, c'est Jean-Baptiste, j On tue le porps, mais on ne tue ni la vérité ni la conscience*. C'est pendant la captivité de Jean à Machéronte que se place un épisode étrange auquel nous revi^idrons dans l'histoire de la carrière publique de Jésus, mais dont on a tiré des conclusions très exagérées. On a prétendu que son témoignage antérieur est frappé de suspicion par le simple fait que dans une heure de doute il a envoyé à Jésus deux de ses disciples pour l'interroger sur sa mission '. Mais où a-t-on vu la vie morale se développer sans lutte et sans déûdllanee? Elle a ses alternatives qui ne se plient pas aux lois d'une inflexible logique. Jean, nous l'avons dit, est encore un homme de l'ancienne alliance : il attend une manifestation prompte et éclatante du Messie. Cette manifestation tarde; bien plus, elle semble reculer tous les jours davantage, car plus Jésus est connu, plus il est
« Matth. XIV, 2.
« Luc VII, 18, 19.
TâMOIONAOË B£ JÉSUS A JEÂN-BAPTISTE. 311
abandoBoé. Il y a là pour le Précurseur une contradictioa insoluble; elle Taccable dans rinaction de la priflOB, où 88 oonsume son cœur héroïque. Nous n'avons aucune peine à reconnaître que, dans ces circonstances, un nuage a passé sur sa foi. Il faut, pour s'en étonner^ connaître bien peu la nature humaine.
On a*explique très bien que Jean-Baptiste ait laissé après lui une école distincte du petit groupe des apôtres ; on en retrouve les traces jusqu'au milieu du premier siècle* . Son point de vue religieux est demeuré incomplet. La candeur du récit évangélique ressort avec évidence de ces contrastes qui sont inhérents à une mission de transition comme celle du Précurseur. Jésus lui-même a caractérisé l'œuvre de Jean-Baptiste de manière à lever tous les doutes et à expliquer toutes les contradictions : € Qu'êtes-vous allés voir au désert? Estrce un homme en vêtements somptueux? Non; ceux qui sont en habits brillants et vivent dans les délices sont dans les palais. Qu'êtes-vous allés voir? Un prophète; oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète, car c'est celui dont il est écrit : Voici, j'envoie mon ange devant ta face, qui préparera ta voie devant toi. En vérité, je vous dis, parmi ceux qui sont nés de femme, il n'y en a pas de plus grand que Jean. Mais le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui*. » En d'autres termes, si nul parmi les serviteurs de Dieu ne l'emporte en grandeur morale sur le Baptiste, il n'a
» Actes XVIU, 25; XIX, 1-3.
« Luc VU. 25, 30.
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cependant pas dépassé la limite qui sépare les deux Testaments. Avec plus de lumières, il eût été moins héroïque, car rien n'est beau comme de préparer les triomphes auxquels on ne participe pas. Ce qu*il j a d*obscur et d'incomplet dans sa pensée ne fait que justifier ce jugement du Christ, qui récompense snfBsamment ses labeurs et ses souffrances : c En yérité, parmi ceux qui sont nés de femme, personne n'est plus grand que Jean. >