DIFFÉRENCE ENTRE LE MIRACLE ET LE PRODIOE
Distinguons tout d'abord entre le miracle et le simple prodige. Le prodige n'est qu'une manifestation de puissance, un fait merveilleux qui saisit fortement l'attention et provoque l'admiration ou l'étonnement, abstraction faite de son caractère moral. Evidemment, il n'a aucune valeur religieuse, il s'adresse aux yeux et iiojx au cœur et à la conscience; il ne peut servir. à établir, ni une mission divine, ni une vérité nouvelle, car le mal lui-même peut avoir ses manifestations extraordinaires; l'Ecriture sainte parle de prodiges qui rendront l'erreur efficace. D'ailleurs si la puissance appartient à Dieu, elle n'est qu'un de ses attributs; ce n'est pas en elle qu'il faut chercher son essence, puisqu'il est avant tout sainteté et amour. Les plus grands éclats de cette puissance ne le font pas vraiment connaître. De là la stérilité du prodige réduit à lui seul. Les Juife, dans leur sens grossier et terrestre, avaient soif de merveilleux, ils le demandaient avec instance à Jésus, et, s'il les eût satisfaits, ils l'eussent adoré, ou plutôt ils eussent acclamé en lui leurs plus chers préjugés. Voilà pourquoi il leur a toujours refusé des prodiges. Aux pharisiens qui lui demandent un sig^e éclatant, il répond qu'il ne leur en sera point donné d'autre que celui du prophète Jonas, dont l'apparition fut à elle seule un grandmiracle dans une ville corrompue commeNinive'. Il s'ensuit que le miracle n'est pas un simple prodige; il implique une manifestation de sainteté et d'amour. Il est un signe, une révélation de l'invisible; il est
» Luc XI, 29, 30.