LE DISCOURS SUR LA MONTAGNE
Il ne &ut se faire aucune illusion sur l'état moral de ces jeunes hommes au moment où ils furent choisis; ils sont encore très ignorants, entachés des préjugés judaïques, incapables de s'élever aux hautes pensées de leur Maître. Ce sont des gens c lents à comprendre et tardife à croire * ; » aussi attristeront-ils bien souveht le cœur de Jésus sans lasser sa patience dans cette œuvre d'éducation religieuse qu'il va poursuivre à leur égard. Elle ne s'achèvera qu'après qu'il aura disparu du milieu d'eux, sous l'influence de l'Esprit divin et sous les coups de l'épreuve *.
m. — DiSCOXJBS SXJR LA MONTAGNE.
C'est peu de jours après le choix de ses apôtres que Jésus prononça le discours généralement connu sous le nom de sermon sur la montagne. Bien qu'il voulût s'adresser tout d'abord à ses apôtres, il ne les eut pas cependant pour seuls auditeurs, car Matthieu, comme Luc, nous montre une grande multitude assise à ses pieds pour l'écouter*. Il n'est donc pas possible d'établir une distinction tranchée entre les deux relations, comme si dans la première Jésus s'était renfermé dans son cercle intime, tandis que, d'après la seconde,
» Luc XXIV, 25.
* Il n^est pas nécessaire de faire remarquer qa*il n'y a nulle trace ^d hiérarchie dans le choix des apôtres. Le Tu es PetmSy que nous^ expliquerons en son lieu, est d*une date bien plus tardive.
' Matth. VII, 28. Le peuple fut étonné de sa doctrine. (Comp. Luc VI, 19, 20.)
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il aurait parlé à la multitude ^ L'auditoire est bieu le même, et la seule différence entre les deux évangiles, c'est que l'un nous donne le discours avec tous ses développements, au lieu que l'autre nous l'a conservé sous une forme plus brève et plus vive*. On remarque dans Matthieu Tintercalation de plusieurs paroles prononcées en d'autres circonstances, mais on ne peut méconnaître que Luc n'ait de nombreuses lacunOd^. Le discours sur la montagne est la charte du royaume de Dieu, tel que Jésus-Christ a voulu le fonder. Entre la législation du Sinaï et cette législation nouvelle tout est contraste, bien que la seconde soit le développement légitime de la première.
Nous ne sommes plus dans le désert brûlant, au pied de THoreb couronné d'éclairs, dans une contrée d'épouvante oii la voix divine roule comme un tonnerre sur des rocs dénudés. Jésus s'est établi sur un
* CTest ridée de Lange, Leben Jesu, HI, p. 576.
s Bfatthieu place le dîsooiirs sur la montagne, et Lue dans la plme. (ilA t6xou xîCtvou, VI, 17); mais ce dernier mot peut très bien désigner un des plateaux des montagnes galiléennes.
^ Lange et M. Lutteroch ont, chacun à leur maniôre, étiUi ïiaâU du discours rapporté par Matthieu, Nous ne nions pas qu^on n'y puisse retrouver du commencement à la fin un enchaînement assez rigoureux. Cest grâce à leur aihnité que toutes ces paroles de Jésus oui été ainsi rassemblées ; nous croyons précisément que l'ordre, logique Ta emporté sur Tordre chronologique, mais il est évident pour nous que Luc place dans leur vrai cadre historique un bon nombre des parole* rapportées par Matthieu à cet endroit. M. Lutteroth, pour expliquer la longueur du disoours^ <i^ Jésua daaa le prsmier évangile» traduit de cette manière les premiers moU éa chapitre V : Jéntt s^éUnU éubU sur la montagne, (KoOivovreç a;>B&D.) Nous aurions ainsi moim os discours qu'une période d'eMeign^meai. (Voir aussi Evald« outts^ cité, p. 308.)