LES BÉATITUDES
verture d*ane idylle; c'est le prélude d'un drame ou d'un combat; aussi, dès le début, il est tout pénétré d'un pressentiment austère. Sur ces bords enchantés de la mer de Galilée, nous retrouvons le buisson ardent au travers duquel parle le Saint des saints. Le Dieu des souveraines charités est aussi c un feu consumant. »
Le plan du discours est aussi simple que grandiose. Jésus nous fait connaître les conditions d'entrée dans le nouveau royaume. Celui-ci ne s'ouvre ni à la richesse, ni à la joie bruyante, ni à l'orgueilleux contentement de soi-même, ni à la dureté implacable, ni à l'esprit violent et amer. L'esprit de pauvreté, les larmes pénitentes, la faim et la soif de la justice, la douceur qui s'exhale de l'âme froissée, comme le parfum d'une fleur brisée, la miséricorde qui répand la paix, le sens simple et droit d'un cœur purifié, telles sont les dispositions qu'il réclame. En d'autres termes, ce qui introduit dans le royaume céleste, ce qui fait participer à ses consolations, à son triomphe, à sa plénitude de vie, à ses pardons, ce qui donne la vue de Dieu et nous fait ses héritiers.et ses enfants, c'est ce qu'il y a de plus opposé aux rêvesjuifâ. Arrière l'orgueil qui compte ses œuvres ! l'humilité qui s'accuse est seule agréable à Dieu, c Heureux les pauvres en espritl heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. * Cette parole est vraiment royale dans son étonnante hardiesse. Pour oser la prononcer dans un monde de douleur, il faut être un insensé ou un Dieu. L'opposition entre une telle doctrine et les idées courantes a un caractère si tranché que celui qui l'ac-
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cepte doit se résigner d*avaiice à tous les opprobres et à toutes les souffirances. c Vous serez heureux lorsque, à cause de moi, on vous dira des injures et qu*on vous persécutera. » Ainsi les béatitudes commencent par les larmes et sont scellées par le sang. Ces faibles et ces débonnaires sont appelés à la lutte la plus redoutable, à rhéroïsme le plus viril; ils n'auront ici-bas d'autre couronne que celle du martyre. Telle est cette octave des béatitudes, selon la belle expression de Bossuet.
Après avoir indiqué la condition d'entrée dans son royaume, Jésus retrace en quelques mots la noble mission du nouvel Israël ; il sera la lumière qui éclaire le monde et le sel qui Tempêche de se corrompre. Puis il promulgue la loi de son royaume en établissant que, bien loin d'abolir l'ancienne législation, elle l'accomplit véritablement, parce qu'elle fait disparaître toutes ses imperfections. Au lieu de diminuer l'obligation morale, il l'étend et lui ouvre le domaine intérieur. C'est ainsi qu'il se sépare des pharisiens, dont le constant effort était de multiplier les observances, afin de mieux échapper à la loi de sainteté. Non-seulement Jésus écarte la tradition des écoles, mais encore, par un acte vraiment divin, il modifie le code mosaïque lui-même. Celui-ci n'interdisait que le meurtre et l'adultère. Jésus remonte au principe de ces crimes, et il le fait reconnaître à la conscience dans ces mouvements de haine ou de convoitise auxquels l'observateur de la lettre se livre sans scrupule. Il met le mensonge sur la même ligne que le &UX serment, et bannit du langage toutes les formules
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qui donnendeoit h croire que la stricte vérité n*e8t psB toujours un devoir sacré. A la loi du talion il «ibstilue le grand commandement de Tamour miséricordieux qui mesure ses bien&its aux ofienses et aux outrages, c Si quelqu'un te frappeà la jouedroite, présente aussi l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi et t'ôter ta robe, laisse-lui encore l'habit. Aimez vos ennemis. Bénisses ceux qui vous maudissent. Priez pour ceux qui v<mis outragent. > La loi nouvelle est rattachée au type éternel du bien; elle en découle comme de son principe : c Soyez parfaits comme votre Père est parfait. Soyez les enfiints de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants. » Devant ce principe divin de toute morale disparaissent les vains sophismes de la casuistique pharisaïque.
La fausse dévotion est écartée comme la Setusse justice. L'aumône retentissante qui cherche l'applaudissement, les longues prières qui ne sont que de vaines formules, et le jeune affiché qui reçoit son salaire dans l'admiration qu'U provoque, tous ces mensonges d'une religion hypocrite sont percés à jour; lea traits précis abondent. dans cette incomparable peinture. Os étaient bien connus, ces hypocrites qui étalaient leur piété dans les carrefours et les synagogues en disant sonner la trompette devant leurs prétendues bon* nés œuvres. Bien n'égale en saveur et en originalité pénétrante les directions de Jésus sur la vraie piété : c Quand tu fais Taumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta droite. Quand tu pries^, n'use paa d'un vdn
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p^rlugdoomme les païens. Quand tu jeûnes, oins ta tète et lave ton visage* . » Personne n'abaissait sur le monde entier un regard plus méprisant que le Juif; U se vengeait de son asservissement par le jugement implacable qu'il portait sur le reste des bommes. Tacite n'avait pas tort de lui reprocher la haine du genre humain. € Hypocrite, lui dit Jésus, ôte d'abord de ton œil la poutre, et alors tu songeras à enlever la paille de l'œil de ton frère'. >
La dernière partie du discours sur la montagne s'empreint d'une sévérité croissante ; après avoir peint d'un trait le feux prophète qui couvre le loup dévorant de la peau de l'innocente brebis, Jésus met le doigt sur la plaie qui ronge ce judaïsme trompeur qu'il vient combattre. Ce qui le perd, c'est qu'il n'est qu'une forme et une formule, et qu'il ne réalise pas la vérité qu'il proclame. Ce n'est pas tout de dire : c Seigneur, Seigneur, > il faut faire la volonté de Dieu pour oser comparaître devant son tribunal au dernier jour. Les édifices bâtis sur le roc peuvent seuls résister à la tempête. Tous ceux qui après avoir écouté la parole divine n'y conforment pas leur vie ont construit leur maison sur le sable, et ils la verront s'écrouler à la première tempête. Ainsi tout dans le sermon sur la montagne ' ramène à la loi vivante et spirituelle; il contient la plus énergique protestation contre les mensonges et les fictions du pharisaïsme, il inaugure vraiment le culte en
« Matth. VI, 1-7.
« /cf., VII, 4.
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esprit, le seul digne de Dieu. Par ce qu'il renverse et par ce qu'il remplace, ce discours, où l'on n'a voulu voir qu'un judaïsme épuré, déploie l'étendard de lanouvelle alliance ; l'autorité souveraine qu'il suppose chez Jésus n'est compatible qu'avec son incomparable dignité, comme Fils de l'homme et Fils de Dieu*.
^ Le discours primitif me parait comprendre dans Mattliieu les quatre parties suivantes : l*Matth. V-VI, 9. Le passage Matth.VI, 9-16, est évidemment intercalé ici à cause de Tanalogie du sujet. Il est dans son vrai cadre historique dans Luc XI, 1-4. 2^ VI, 16-19. Le développement sur les biens de la terre interrompt la suite du discours; il est également mieux à sa place dans Luc XI, 14 36; XII, 15-34. 3" VII, 1-6. Les deux morceaux suivants : VII, 7-13; et VIII, 13-15, sont amenés plus naturellement dans Luc XI, 5-13, et XIII, 23-25. 4* Enfin VII, 15-28. C'est à tort que Ton accuse la recension de Luc d*ètre entachée d*un ascétisme outré. Evidemment il s'agit ici des pauvres et des affligés qui réalisent les préceptes compris dans le m^me chapitre, c'est-à-dire qui sont miséricordieux, humbles, débonnaires. La pauvreté doit donc avoir un caractère moral et religieux pour attirer sur nous la bénédiction. D'ailleurs nous lisons ces mots dans Luc VI, 30 : « Donne h tout homme qui te demande. » Cette reconunandation n'a de sens que si le droit de propriété est reconnu. Après cela„ il est certain que l'Evangile a montré une grande prédilection pour les pauvres, et qu'en fait, c'est parmi eux qu'il a trouvé ses pre» miers adhérents. Mais il y a loin de lu à des règles ascétiques, comme dans l'essénisme.