‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 218 sur 309 · GUÉRISON DE L*AVEUOLE-NÉ · texte numérisé non relu

GUÉRISON DE L*AVEUOLE-NÉ

Entre le judaïsme et Jésus, il n*y avait plus de rapprocliement possible. La moindre circonstance devait porter les choses à l'extrême. C'est ce qui arriva, à la suite d'un nouveau miracle accompli le jour du sabbat. Jésus aimait à user de sa sainte liberté et à établir une distinction tranchée entre la tradition des hommes et la loi de Dieu. Il rencontra près du temple un aveugle de naissance; il le guérit, non pas directement par. une parole, mais en lui ordonnant d'aUer au réservoir de Siloé laver ses yeux, qu'il avait recouverts d'un peu de terre mouillée de salive * . L'antique prophétie avait fait de cette source célèbre un symbole de la grâce divine^; elle se plaisait à opposer ses eaux, qui coulent doucement, au torrent débordé, image de la puissance tumultueuse des nations païennes. Cette typologie hébraïque, à laquelle Jésus avait fait déjà tant d'emprunts à la fête des Tabernacles, n'était certainement pas étrangère à sa pensée quand il envoya l'aveugle à la fontaine de Siloé. A peine celui-ci fut-il renl^ dans sa maison, que le bruit de sa guérison se répandit dans toute la ville. Le sanhédrin, qui était à l'aff&t de tout co qui concernait Jésus, s'en émut inmiédiatement. Une enquête est commencée, mais It passion la plus inique y préside. On ne veut pas admettre un miracle qui augmenterait le crédit d*un adversaire dangereux, et l'on dirige les interroga-

« Jean IX, 6.

« Esale Vm, 6.

UENQUÉTE DU SANHÉDRIN. 501

tions en conséquence. Le sanhédrin cite à sa barre l'aveugle guéri, espérant obtenir un désaveu; il n'obtient qu'une confirmation. Alors les parents sont mandés pour être confrontés avec lui; ils se bornent à constater la guérison de leur fils, tout en se refusant à donner aucune autre information, tant ils sont sous l'empire de la crainte. L'aveugle guéri est de nouveau entendu. Les juges jouent le rôle le plus pitoyable; ils veulent le contraindre à mentir à sa conscience. A toutes leurs sollicitations, le pauvre homme répond avec fermeté qu'il sait bien une chose 9 c'est qu'il était aveugle, et que maintenant il voit. On dira ce qu'on voudra, on ne fera pas que ce qui est ne soit pas. Les juges frémissent de colère; maintenant qu'ils ne peuvent nier le fait, ils l'incriminent. Ils croient fermer la bouche à ce témoin incommode en accusant Jésus d'être un violateur de la loi, un méchant. Ils ont compté sans la conscience, dont la grande voix s'élève plus haut que toutes leurs subtilités et leurs violences : c Nous savons, dit l'aveugle guéri, que Dieu n'exauce point les méchants, mais si quelqu'un honore Dieu et fait sa volonté, il l'exauce. > Rien n'est redoutable pour les sophistes qui font trafic de la vérité et de la religion, comme la sainte candeur d'un cœur droit. L'aveugle déjoue la mauvaise foi de ses interrogateurs ; ceux-ci reviennent à la charge en lui demandant un nouveau récit de ce qu'ils savent déjà ; il leur lance ce trait d'une poignante ironie : c Je vous l'ai déjà

^08 LE DéCttET D'EXCOMMUNICATION.

ait, et TOUS ne Tarez pas entendu. Voulea-^YOua aussi être de ses disdplos? i

A bout de ressources, le sanhédrin termine Tenquète fM on coup d*antorité qui n*est qu'un aveu d'impoiisaiœe; c était le signe de son abdication nux^ eu frapper au lieu de répondre, c'est, pour un corps doctrinal, arouer sa dé&ite. Il prononce contre ce coorageux obstiné, qui avait eu raison de ses arguties et 4e ses menaces, le décret d'excommunication mineme qui durait trente jours ' . Jésus était évidemment atteint dans la personne de son témoin, car celui-ci était condamné pour luL Cette sentence valut &ce pauvre homioe le sublime dédommagement réservé aux condamnés de toutes lessynagogues; il obtient raj^robatkm duUaitre qui se récfile à lui comme le Fils de Dieu,, et il se coasole k ses pieda d'un opprobre qui est un honneur. Jésus tire aussitôt urne grande leçon de l'événement qui vient de se passer, c Je mj& vœu dans le monde, ditil, pour exeveev ce jugement que ceux qui ne voiest pas voient et q» cbhol qui voient deviennent a^eogles '. » L'humilité qui demande la lumière l'obtiffii, et l'erguat qni croit la posséder la rq)ousaa.

Avant d» quitter Jérusalem, Jésus lance aussi soi excoiamumeation contre la hiéraorohie infidèle^ vm e'est rexcommnnicatkm du divin amour qui ne preai pn son parti de la perditioa des âmes^ Qjiielle pitié immense dans cette indignation du CihrisU Ce (fài

^ Cast ainsi qu*il faut entendre Jean IX, 34. « Jew f X, dO.

LB ADN BEROIR ET LS MESUCESAÏBE. 501

Toiitou*d*aboréye6n'eBtpasrofcomqQ*il a reçue^ c'est ce troopeui dispersé qui, aa liea de pasteurs fidèles, a d^indignes mercenaires, prêts à rabandonner & Theure an péril quand le loup rôde autour de lui ou quand les Tolens nukut Texploîter, Tégorger et le perdre *. Ils B*oat pas passé par la porte de la bergerie, celle qm'ouvrB le gardien; ils n'ont pas reçu leur mandat de Dieu et n'ont pas accepté la grande condition d'entrée dans son royaume, qui est la foi à son Envoyé. Dans ce sens, Jésus est la porte par laquelle il faut passer. Mais il est aussi le bon berger lui-même; quel contraste entre lui et le mercenaire! Tout d'abord, l'âme qui est faite pour lui entend sa voix, tandis que celle de rimposteur ou de l'hypocrite n'a pas d'écho en elle ; il nourrit ses brebis au lieu de les livrer, il les défend au lieu de les délaisser. Enfin il donne sa vie pour elles, don généreux et souverainement libre de l'amour qui s'immole sans autre contrainte que celle de sa compassion *. Il semble que la pensée de sa mort élargisse l'horizon devant ses regards, car à peine a-t-il parlé de son sacrifice qu'il voit s'abaisser la barrière de la bergerie d'Israël; il contemple d'avance ces autres brebis de toute nation qui appartiendront plus tard à son bercail et se rangeront sous sa houlette. Un seul troupeau sous un seul berger, voilà l'avenir qu'il pressent '• Tel fut l'adieu que Jésus méconnu laissa à Jéru-

« Jean X, 9-12.

* id., 18, 19.

« Jd., 16.

504 LE BON BERaER ET LE MERCENAIRS.

salem avant de reprendre une dernière fois le chemin de la Galilée. Son nom était encore ballotté de Tinsulte à l'hommage, mais les voix qui l'approuTaient se faisaient rares; elles partaient des derniers rangs du peuple. Ses ennemis, eux, n'étaient pas des Galiléens; ils avaient le nombre, la considération et l'autorité. Toutefois il n'était pas seul, car Dieu était avec lui.

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