LA LOI DU RENONCEMENT
réclament de son nom ; ce qu'il veut de lui, c'est ce qu'il veut de chacun de nous, à savoir : le sacrifice de soi-^ même, l'abandon de l'idole favorite. Voilà la loi universelle du royaume ; elle peut varier dans ses applications, selon les cas et les individus : ici réclamer le célibat, là se réaliser dans la maison de famille , sons le fardeau des soucis et des peines domestiques ; tantôt laisser le riche à ses biens comme Zachée, mais non sans le rendre pauvre en esprit^ tantôt lui en demander le sacrifice comme dans la circonstance présente. Les vocations spéciales diffèrent, mais la vocation essentielle subsiste sous ces diversités; la sainteté qui implique l'entière consécration à Dieu est la règle universelle; il n'y a point de conseils évangéliques qui créent une sorte d'aristocratie morale dans l'Eglise en tolérant un niveau médiocre. Jésus n'a pas fondé une société de saints des derniers jours ; non, il a fondé l'Eglise qui ne vit point dans la chimère, mais doit, dans toutes les situations, réaliser la glorieuse folie du dévouement. Il est des circonstances où le renoncement intérieur n'est possible que dans le dénûment complet, mais, sous cette forme, il n'est pas supérieur à l'humble renoncement qui se manifeste sans éclat dans le cadre ordinaire de la vie; ce qui importe, c'est que l'esprit de sacrifice pénètre toute l'existence.
L'idéal du vrai disciple s'élève toujours plus haut aux yeux des apôtres, c Qui donc peut-être sauvé? » s'écrient-ils. t Pour l'homme c'est impossible, répond
r>2S LES DÉDOMMAGEMENTS DU SACRIFICE.
Jésus, mais non pour Dieu, car tout est possible à Dieu ! > A peine rassurés, ils demandent par la bouche de Pierre ce qu'ils recevront en échange des sacrifices (|u*ils ont faits à Jésus. Le dédommagement surpassera infiniment le sacrifice; ils recevront dix fois autant pour les biens de tout ordre qu'ils ont abandonnés, maiiïons, champs, frères, sœurs, épouse, }>ère, mère. Plus tard ils comprendront de quelle nature sera ce dédommagement, ils sauront que la meilleure récompeniede l'amour c'est d'aimer encore, car il s'enrichit de tout ce qu'il abandonne, et ses souffrances deviennent ses meilleures joies. Aussi la persécution est-elle promise aux apôtres comme le dernier terme de cette félicité décuplée*. Cela nous reporte à la dernière des béatitudes : € Vous serez heureux quand on vous dira du mal à cause de moi et qu'on vous persécutera. • Les douze trônes qui sont promis aux apôtres commenceront par être des croix ^. Il est vrai que tous ces opprobres aboutiront à la gloire, et que le peuple infidèle, qui a rejeté Jésus et les siens, verra sa condamnation dans le triomphe de cette Eglise si longtemps persécutée. Cette promesse des douze trônes, mal com- })riâe par la mère de Jacques et de Jean, la pousse à la demande la plus indiscrète. Elle réclame la primauté pour ses deux fils : t Vous ne savez, dit le Maître, ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire? — Nous le pouvons, répondent les fils de
1 MîTà cwoYlxûv. (Marc X, 30.) t Mnttb. XIX, 28.