JÉSUS BÉNIT LES PETITS ENFANTS
Salomé. — En effet, reprit-U, vous boirez ma coupe et vous serez baptisés de mon baptême ^ » En d'autres ' termes, avant de régler il &ut sou£Frir. D n'en est pas dn royaume de Dieu comme du royaume du monde où les rois et les grands dominent, c Si quelqu'un parmi vous Tcut être grand, qu'il soit votre serviteur. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs'. » Certes, nuUe équivoque n'était possible après un tel commentaire.
Ces austères entretiens sont interrompus par la scène la plus touchante. Les cœurs de mères savent discerner à coup sûr la bonté parfaite. Quelques femmes de la Pérée, dans un élan irrésistible, apportent leurs petits enfants au nouveau prophète : elles sentent d'instinct que, entre Jésus et ces êtres faibles et candides, il y a une affinité naturelle. Les disciples veulent les éloigner, mais le Maître prononce cette douce parole qui fiait vibrer toutes les fibres des cœurs maternels : c Laissez venir à moi les petits enfants! » Il les bénit de son sourire et de sa prière, et nous présente l'enfimce comme le type fidèle de l'humilité qui seule ouvre la porte du ciel*. Quel tableau que celui-là! Le pinceau le plus suave n'en peut reproduire l'exquise beauté. Voilà l'idylle vraiment céleste de la charité !
1 Marc X, 35-40.
• Luc XVIII, 15-17 Marc X, 13. Matth. XIX, 13-15.
930 JÉSUS A B&XBANUC
R. ^ La. BÉaUBBECnOK DB hàZÀSB.
Jeans fut ramené dans les environs de Jérnsalm par une triste nouvelle qui lui vint d*uiie fi&mille amie ait sein de laquelle il avait reçu plus d'une fois Thospita*lité. La bourgade de Béthanie est située à une petite distance de la ville sainte à Test du mont des Oliviers* Ses blanches maisons, encore debout, ^paraissent du milieu des oliviers et des caroubiers qui lui font une ceinture d'ombrages; elle est entourée de collines qui, en la dominant, la dérobent au monde ; c*est un aale de paix et de silence qui avait d'autant plus de prix que la capitale bruyante était plus voisine. Ici le regard n'embrasse plus le vaste et lumineux.horison qu'il contemple de la cime prochaine d'où il pouvait se porter tour à tour sur la majestueuse enceinte du temple et sur les plaines brûlées de la mer Morte. Rien ne n^ pelle les splendeurs ou les terreurs de la théocratie. Béthanie est un lieu de recueillement qui était bien fait pour devenir le sanctuaire d'une mysticité divine. Mais ce n'était pas seulement le calme pour sa prière qu y cherchait Jésus, comme sur les colhnes désertes où il s'était retiré si souvent; il y avait trouvé des cœurs qui répondaient au sien. Là vivait un de ces Israélites ancères qui devenaient ses disciples dès qu'ils l'avaient entendu. Lazare demeurait avec ses deux sœurs, Marthe et Marie, également attachées à Jésus, chacune selon sa nature; la première avait un caractère vif et prompt,
RËaUERECTION DE LAZARE. ^I
facilement entraîné à TactiTité extérieure, la seconde une âme profonde tournée vers la contemplation. Il semble que Marie ait devancé saint Jean lui*même daus^ cette relation intime qui doit unir le wai diisciple à Jésus, car elle a obtenu de lui une approbation sans réserve le jour où, assise à ses pieds, elle Técoutait a^-ec adoration. Aucun devoir ne remportait pour elle sur celui de se nourrir de sa parole ; cette affection absolue* où le respect le plus entier se mêle à Tardeur, ce don de tout son être à Cdui qui est à la fois son frère et son Dieu, voilà la bonne part qui ne lui sera, point ôtée ; c'est ce qui fait sa supériorité sur sa sœur affairée et distraite, mais dont le cœur loyal, subira aussi Tinfluence de Fbôte divin. Luc, en quelques mots, nou& a feUt comprendre l'attrait du Maître pour cette maison si souvent honorée de sa présence * . II venait se reposer des luttes arides de Jérusalem sous le& figuiers de Béthanie, car il savait que là il était aimé pour luimême et non pour ses miracles ou ses bienfaits. Si l'homme qui donne un verre d'eau à l'un des siens & été proclamé heureux, combien plus heureux encore ceux qui l'ont reçu à leur foyer et lui ont offert, au milieu de tant de froissements et d'outrages, la consolation de leur sympathie respectueuse.
La maladie avait pénétré dans cette, maison où. les liens d'affection étaient étroits. Lazare était couché sur un lit de souffrance; le mal s'aggravait et Jésus était en
i Luc X, 38-42. Le récit de Luc montre que les relations avec 1» famille de Lazare étaient antérieures au fait qu'il raconte.
Pérée; il fallait bien des heures de marche avant qu*on pût le rejoindre. Un messager lui fiit envoyé en hftte par les deux sœurs. Au lieu d*accourir, il se borne pour toute réponse à ces mots prophétiques : c Cette maladie n*est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle*. » Evidemment Jésus parle sous Faction d'une révélation spéciale; l'événement qui allait s'accomplir devait avoir une influence assez grande sur sa propre destinée pour qu'il l'ait connu d'avance. Deux jours après, il annonce son dessein de retourner en Judée. Mais la Judée, pour lui, c'est le plus grand péril, c'est la mort peut-être. A ces objections d'une affection peu éclairée il répond que tant qu'on suit sa vocation on marche en pleine lumière, sous le soleil de Dieu, tendis que celui qui s'y dérobe s'avance dans la nuit et tombe bientôt. Le vrai péril, c'est de ne pas obéir aux saints appels, c N'y a^ t-il pas douze heures au jour? Si quelqu'un marche de jour, il ne bronche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde, mais si quelqu'un marche dans la nuit, il bronche, parce qu'il n'a pas la lumière en lui^. > c Lazare, notre ami, dort, ajoute le Maître, mais je m'en vais l'éveiller*. » C'est par cette image douce et sublime qu'il représente ce que l'Ecriture appelle le roi des épouvantements. Quand les disciples ont compris de quel sommeil il s'agit, ils n'hésitent plus, et Thomas
> Jean XI, 4, 5.
« Id., 9-10.
* AdÇapo; ô çiXoç fiiAiS^y xexo{|JiiQTat. (Jean XZ« 11.)
s'écrie en leur nom : c Allons mourir avec le Maître. » Les scènes qui suivent sont décrites par Tévangéliste avec un pinceau sobre et fidèle qui les rend vivantes sons nos yeux. Lazare est mort depuis quatre jours, il a été déposé dans la grotte funéraire selon Tusage juif. Les amis de la famille sont venus de Jérusalem et mènent un deuil bruyant sur le défunt, tandis que Marthe et Marie sont plongées dans une douleur immense à laquelle se mêle un froissement intime qu'elles osent à peine s'avouer, Pourquoi Jésus n'était-il pas là dans ces heures de détresse? Suffit-il donc de l'aimer pour qu'il refuse son assistance toute-puissante? Soudain on apprend qu'il approche. Marthe, avec l'impétuosité qui la caractérise, se lève et s'élance au-devant de lui. c Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » C'est ainsi qu'elle l'accueille. Cette âme ardente passe sans transition de la plainte à l'espoir, c Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. > Jésus ne veut pas accorder un miracle à un simple élan d'affection naturelle; il veut la foi dans son sens le plus élevé, et il s'attache tout d'abord à la ranimer dans ce cœur désolé. Il faut que Marthe comprenne que ce qu'elle demande est moins que ce qui est déjà accordé à l'humanité. Le miracle particulier d'une résurrection partielle et anticipée a peu d'importance, comparé à celui de la résurrection générale, c Ton frère ressuscitera, dît-il. — Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, répond Marthe. » Le triomphe de Jésus sur la mort n'at-
534 RÉSURRECTiaN DE LAZARE
.tend pas pour éclater <;dt4e dernière meoffestalioB, il apparaît dès Theure présente : < Je suis, repce&d-il, la résurrection et la vie. Oelui qui croit «n moi ne mourra point. » c Mourir ien pkine lumière, dans la sereine clarté de la vie qui est en Jésus, n*est plus le fiât que la langue humaine désigne par le nom de mort^ . -> Marthe exprime sa foi au Christ avec une ferme aasarance qui égale son témoignage à celui de Pierre, qu^elle rappelle par tant de traits, c J'ai cru, dit-elle, que tu es le Christ, le Fils de Dieu venu dans le monde ^. > Si la scène s'était terminée là, Jésus n'en eût pas moins laissé à la famille de Béthanie une consolation efficace; c'est celle dont se contentent aujourd'hui les maisons chrétiennes que la mort a visitées, et elle leur sufiBt non pour tarir leurs larmes^ mais pour les illuminer d'un rayon de gloire. La foi compte sur le grand miradé, seulement l'intervalle est plus long entre la promesse et son accomplissement définitif; mais ce n'est qu'une question de temps. Partout où a passé celui qui est la résurrection et la vie, la mort a été vaincue.
Toutefois, le cœur navré voudrait un revoir immédiat. Marthe, tout en pleurs, va diercher Marie, qui n'a pas eu la force de la suivra, tant elle est abîmée dans sa douleur, profonde comme tous ses sentiments. Sur l'invitation de sa sœur, elle rejoint Jésus qui est demeuré à l'entrée de la bourgade. Les amis de la famille se lèvent avec elle, s'imaginant qu'elle se rend au sépul-
« Godet n, dd4.
• Jean XI, 27.
RÉSURBECTION DE LAZARE. 585
cxG. Quand Jésus eut nfmça oe lugubre cortège, quand
il'cmt «uteudu la plainte de Marie, qui n'est que Técho
fidàle de ceUe de Marthe, — car ces deux sœurs ont été
txasreraéea du mâme coup, — il frémit en lui-même,
puis, arrivé près de la grotte funèbares il pleura^ Que
ceuxJà s'en étonnent qui }»ennent la .mort pour un fait
naturel et ordinaire, c U est a£Ereux, dit Pascal, que
rhomme meure et qu'il le sadie. > Que l'être intelli^
geai et libre, fait pour la vie étemelle, meure et mêle,
comme 'ranimai^ sa poudre àia poudre de la terre, cela
est contre nature. C'est un bouleversement de l'ordre
de la création et nul n'en a plus souffert que le Fils de
l'honmie qui y a vu la honte suprême du pécbé. A cette
compassion générale pour l'humanité déchue se môle
sa tendre et poignante pUié pour tous les déchir^nents
des aznères séparations. Près du sépulcre de Lazare il a
porté sur son cœur le fardeau de tous nos deuils. Il a
su ce que c'était que de voir celui qu'on aime r éduitau
silenoe et à l'immobilité de la tombe. Chaque person*
nage est fidèle à lui-même à ce moment suprême. Les
Jui& malveillants ne sont pas désarmés par les larmes
de Jésus, ils lui reprochent de n'avoir pas usé de son
pouvoir miraculeux*. Quand on a roulé la pierre du
s^ulcre, Marthe, en reconnaissant les signes de la
décomposition du corps, obéit à son impression du
moment et exprime une pensée de doute, Jésus raffi^r-
i 'Eddhcpuoev ôlvioouç. <Jean XI, 35.)
• Jean XI, 97^-38. Si 1m Juifs menUonnent les guérisone d*aTeugle8, <^«»t qu^ellee se sont aoeom^lies à Jérusalem et qu*ils eo ont été téin<mis. Cela ne pvoate ritn contre les résorreotions «atét ieuras.
mit sa foi par cette grande parole : c Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? > Les yeux levés au ciel , il rend grâce à son Père avant même d'avoir accompli le miracle, tant il est certain qu'il loi demande ce qui est conforme à sa volonté. N*avait-il pas reçu une révélation positive sur ce qui allait se passer avant même que Lazare eût expiré? Dans de telles circonstances sa prière est plutôt un hommage public rendu à Dieu devant le peuple qu'une supplication proprement dite, puisqu'il sait que cette résurrection est voulue de Dieu : c Père, je te rends grâce. Je savais bien que tu m'exauces toujours, mais j*ai dit cela pour la foule qui m'entoure afin qu'elle sache que tu m'as envoyé. » Puis, se penchant sur le sépulcre, il dit au mort à haute voix : c Lazare, sors dehors! » et le mort se relève plein de vie, encore recouvert de son linceul, dont on le dépouille aussitôt. Tel est ce drame pathétique et simple comme la vie humaine à ses grands moments, auquel on a osé substituer une comédie de bas étage^ !
La résurrection de Lazare produisit une sensation
1 La résurrection de Lazare est Tun des faits évangéliques que roD a le plus révoqués en doute. On 8*est fondé d*abord sur le silence des synoptiques. Strauss, dans sa mordante brochure {Die Halben und die Ganzen)^ ramone cet argument avec une insistance particulière. Ce silence est incontestablement une difficulté, mais il s*ezplique du moment où Ton ne considère plus nos trois premiers évangiles comme écrits par des témoins oculaires, mais avant tout comme le recueil des faits galiléens. L'explication de Lange (Lehen Jesu^ m, p. 1132), qui voit dans le silence des synoptiques un ménagement pour la sécurité de Lazare, nous parait trop ingénieuse. Il aurait fallu pousser les précautions bien plus loin, et taire tons les noms