‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 238 sur 309 · LA DÉLIBÉRATION DU SANHÉDRIN · texte numérisé non relu

LA DÉLIBÉRATION DU SANHÉDRIN

immense; nnUe part elle ne fut plus grande qu'au sanhédrin. Les clie& de la hiérarcliie comprirent qu'un tel miracle, accompli aux portes de Jérusalem, serait le point de départ d'un mouvement irrésistible en faveur

propres. Si dans l'histoire de Jésus les synoptiques ne racontent pas la résurrection de Lazare, ils font allusion à des faits qui s'y rattachent étroitement. Ainsi Marc (XIY, ^9) rapporte Tacte par lequel Marie de Béthanie exprime sa vive gratitude pour la résurrection de son frère. Il y a plus : tous les évangiles sont d'accord pour raconter rentrée triomphale de Jésus à Jérusalem, et pour nous représenter rimplacable résolution du sanhédrin de frapper un grand coup. Sans la résurrection de Lazare, ni cet enthousiasme, ni cette explosion de haine ne se comprennent. Rien dans le séjour en Pérée n'eût pu les motiver. Quelque événement nouveau a dû se passer entre le dernier séjour de Jésus dans la ville sainte et son retour triomphal. Jean seul comble la lacune. Le ton même du récit a un cachet d'authenticité qui frappe tout de suite le lecteur non prévenu. Les explications données par ceux qui en contestent la véracité la confirment pour nous. Je ne reviens plus & celle de M. Renan indiquée plus haut ; elle est tombée sous le ridicule. Baur et, après lui, M. Réville voient dans le récit du miracle le développement symbolique de cette parole de Jésus : Je suis la résurrection et la vie. Mais c'est une supposition gratuite qui n'explique pas la crise qui suit, et qui est en opposition avec le caractère de la narration. Strauss, fidèle à son système, y voit non pas un mythe philosophique, mais le reflet des miracles légendaires d*Elie et d'Elisée. Il fait sortir le récit du quatrième évangile de la combinaison la plus artificielle qui se puisse imaginer; cet évangile, d'après lui, a pris à Luc le Lazare de la parabole, et il a exaucé après coup le vœu du mauvais riche en le faisant ressusciter. {Nouvelle Vie iftf/<tffti«, p. 470.) Chose étrange! nous retrouvons dans cette hypothèse la même confusion que dans la légende populaire. A Béthanie, on montre au voyageur, en face de la maison de Lazare, la maison du mauvais riche. Cest ainsi que la critique effrénée rejoint la fable grossière. Quant à l'idée d'une mort apparente, soutenue par Schenkel, nous ne la discutons pas. La réflexion de Marthe sur l'état du cadavre l'écarté absolument. Schleiermacher, dans ses leçons sur la Vie de Jésus, semble reculer devant sa propre hypothèse des morts apparentes. Il distingue cette résurrection des autres en l'attribuant directement à la puissance divine invoquée par Jésus {Leben Jesu, p. 233). Ewald admet l'authenticité du récit, mais le reproduit sans commentaire (Vol. V, 405-40^.

53S LA D&UBâRATION DU SANHÉDRIN.

de Jésus s*il6 ne rarrétaient immédiatement p«r des mesures décisives ; une seule était désormais sufifisaote , c'était la condamnation de Jésus. La fête de Pâque approchait; savait-on jusqu'où se porteraitrenthousiasme d'un peuple avide de merveilleux quand il apprendrait un tel prodige? Le consdl se réunit dans la salle ordinaire des séances qui faisait partie du temple. La délibération eut dès l'abord ce caractère orageux et sinistre qui précède les résolutions extrêmes aux jouis de danger. La question de justice fut écartée ou plutôt ne fut pas même abordée; on ne se préoccupa que du safait public, ce qui est le sûr moyen d'aboutir à la violence et à l'iniquité. L'influence grandissante de Jésus fut présentée comme mettant en péril les premiers intérêts de la nation. On parla du sonlèvement possible qui attirerait une terrible répression des Romains, c Ils détruiront ce lieu, > disent en pâlissant ces prêtres et c^ docteurs qui défendaient le sanctuaire du vrai Di^i comme les marchands d'Ephèse défendaient le temple de Diane, pour l'honneur et les profits qu'ils en retiraient* . Cet argument, digne des sadducéens, aurait dû faire bondir d'indignation le parti des patriotes. Mais les pharisiens étaient encore plus jaloux de leur autorité que de l'indépendance de leur nation; ils redoutaient Jésus bien plus que les Komains. Aussi se gardèrent-ils de protester, comme ils l'eussent fait en toute autre occasion. Ce fut le sadducéen Caàphe qui emporta la décision. Valerius Ghratus, avant de quitter

1 Jean XI, 48.

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