‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 257 sur 309 · PAROLES INDIGNÉES DU MAITRE · texte numérisé non relu

PAROLES INDIGNÉES DU MAITRE

l'Ancien Testament, il brise sans difficulté les liens entrelacés dans lesquels de pervers sopliistes ont voulu le retenir, et il les écrase d'une parole plus redoutable que la foudre, car elle porte la lumière dans les honteux replis de leur cœur et déchire en lambeaux le voile de leurs apparences menteuses. L'indignation n'ôte rien à la clairvoyance d'un regard divin, qui atteint le principe caché, les racines secrètes du pharisaïsme. Aussi ce n'est pas seulement celui de Jérusalem qui est dépeint; à ce tableim sans pareil, où chaque coup de pinceau trace im trait ineffaçable, le pharisaïsme de tous les âges sera forcé de se reconnaître. Partout où reparaîtront le culte de la forme, la fausse dévotion, l'orgueil qui méprise les petits de ce monde, l'estime de soi-même, partout où la piété ne sera qu'une fiction, les saintes imprécations du Christ produiront leur efiet comme au premier jour. Ce n'est pas seulement la sainteté offensée qui les inspire, c'est aussi la charité, car l'amour ne saurait tolérer ce qui perd les âmes. Le pasteur des brebis éprouve une ardente indignation contre le mercenaire qui les laisse sous la dent du loup ou qui les vend pour en tirer profit. Bien ne ressemble moins à la verve du comique et de l'écrivain satirique qui cherche à nous faire rire des hontes et des misères de l'humioiiié. Le ridicule n'existe pas pour l'amour compatissant, car les grands contrastes d'où le &it jaillir l'esprit moqueur sont en réalité d'immenses infortunes, une lamentable disproportion entre ce que nous sommes et ce

CARACTÉRISTIQUE DU PHARISAÎSBiE. 577

que nous devrions âtre. Aussi verrons-nous ce discours redoutable se terminer par une supplication douloureuse.

Dès les premiers mots, le trait caractéristique du pharis^^me est mis en lumière de façon à ce qu'on ne Toublie plus : parler au lieu d'agir, mettre le rite et la forme à la place du sentiment, paraître au lieu d'être, voilà son essence, c Ils disent, mais ne font pas*. — Ils lient de pesants &rdeaux et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne les touchent pas du àoigi. Ils font toutes leurs actions pour être vus. » En d'autres termes, ils jouent une comédie de piété pour se faire applaudir. Qui ne voit le pharisien tel que Jésus l'a décrit, trônant superbement dans la chaire des docteurs, traînant sa longue robe à laquelle il a ajouté des franges de pourpre pour rappeler sa dignité de fils d'Abraham ', portant au front ces petites plaques ou phylactères où étaient inscrits des textes sacrés, prenant les premières places dans les synagogues et se faisant saluer partout du nom vénérable de rabbi? Toutes ces belles apparences ne sont qu'un solennel mensonge. Mensonge que cette prétention d'ouvrir les portes du ciel! Malheur à ceux qui n'y entrent pas et qui empêchent les autres d'y entrer*! Ils ont la clef de la connaissance dans leur main, mais ils s'en servent pour fermer le trésor*. Mensonge que

* Aé^oudiv -fàp, %cù où xotouoiv. (Matth. XXIU, 3.)

* Nombre» XV, 38.

* Voir pour ce discours tout le chapitre XXIU de Matthieu.

* Luc XI, 52. Nous retrouvons dans oe chapitre de Luc use grande

578 CARACTÉïIISTTQUË DU PHARISAÏSME.

leurs prières et leur prétendue charité ! Malheur à ceux qui dévorent la maison des veuves tout en faisant de longues oraisons. Mensonge que leur ardent prosélytisme, car ils ne convertissent pas, ils pervertissent et ils cherchent, non le bien des âmes, mais l'honneur de la secte l Mensonge que leur morale qui n'est qu'une indigne casuistique, anéantissant le précepte par d'hypocrites traditions! Mensonge que leur dévotion qui ne s'attache qu'à des bagatelles, qui paye avec scrupule la dîme de la menthe et du cumin, tout en reniant les lois étemelles de la justice et delà miséricorde. N'estce pas couler le moucheron pour avaler le chameau? Tout est beau au dehors, tout est souillure au dedans. Tel le sépulcre blanchi qui recouvre les ossements et la colrruption de la mort. Mensonge enfin que leur prétendu respect pour les saints et les prophètes du passé. Ceux qui, aujourd'hui, leur élèvent des tombeaux les eussent immolés, s'ils avaient vécu de leur temps, comme ils le feront bientôt pour les nouveaux messagers de Dieu qui vont leur être envoyés, t Vous crucifierez les uns, vous ferez fouetter les autres dans les synagogues et vous les persécuterez de ville en ville. De telle sorte que retombera sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang

^Hi(ni d«i 4i84cM»8 q«e notib iHêota MaUhieu XXÛI. n «st pn>babk que Jésus a tenu deux discours du même genre, Tun dans les circonstances caractérifttiquês mentionnées par Luc, et Tastn au .temple. Matthieu, selon sa coutume, a recueUli dans oehii qu'il nous donne plusieurs tralCs qui se napportaisnt am discours aatériear. Le passage Matthieu XXIU, 4 se retrouve dans Lue XI, 4M6» avec des détails pi?6ds qui lui assignent sa vraie date.

Page 1