LE TRAITRE EST DÉSIGNÉ. SOT
générale de Tâme obtenue par le pardon ne dispense pas 'de la purification journalière, car le pèlerin en marche vers les deux ne peut poursuivre son voyage sans que la poussière de la route ne s'attache à ses pieds. € Celui qui a été purifié n'a besoin que d'avoir les pieds lavés* .» Mais cet enseignement n'est qu'épisodique, en quelque sorte, à cette heure ; la grande leçon donnée, c'est que les serviteurs d'un Dieu abaissé doivent chercher leur gloire dans l'humilité et l'amour, et que toute supériorité doit se transformer en un généreux service de l'humanité.
Les disciples, selon la coutume antique, ont pris place sur les lits qui entourent la table. Jean, dans un élan d'affection attristée et inquiète, s'appuie sur la poitrine de Jésus; il ne peut supporter la pensée de perdre si tôt son ami divin, et sa foi, faible encore, n'entrevoit que vaguement le triomphe futur au travers des obscurités du présent. Alors, on entend le Midtre s'écrier : € Quelqu'un de vous me trahira *. i Les disciples sont dans la stupeur; sur un signe expressif de Pierre, Jean demande lequel d'entre eux est capable de ce forfait inouï. Jésus répond qu'il va désigner le traître en lui tendant, selon l'ordre du repas pascal , un morceau trempé dans les herbes amères. Ces paroles s'étaient échangées à voix basse ; nul des assistants, à part Pierre et Jean, ne se dolite de la portée terrible de l'acte qui va s'accomplir. Sans doute
t Jean XIII. 10.
• Mattb. XXVI. 21.
SÊ8 L'IN&TITUTION DE LA CÈNE.
le regmrd indicé et navré de Jésus fut compris par Judas. C'était un suprême appel ; l'heure de sa destinée avait sonné; il n y avait pas de mib'eu pour lui entre le relèvement et l'endurcissement. Le malheureux «'abandonne aux puissances démoniaques dont il n'est plus que l'instrument, c Fais ce que tu as à Êdre, » lui dit Jésus, qui voit à sa froide résolution que tout est fini pour lui. Judas sort de ce lieu sacré pomr donner son dernier mot au sanhédrin, c II fusait nuit, » dit saint Jean, établissant une sorte de parallèle entre cette âme où vient de s'éteindre la* dernière étincelle du bien et l'obscurité du dehors.
Depuis que le traître s'est éloigné, il semble que le poids qui pesait sur les cœurs a été enlevé; Jésus parle de la gloire qui l'attend et qui est aussi celle de son Père. C'est sa mort qu'il désigne par ces mots : € Enfants, je suis encore avec vous pour un peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres*. > Le moment est venu d'instituer le grand sacrement de Tamour. Toujours conformément aux cérémonies notées, Jésus prend un morceau du pain a^me, il le distribue eu disant : € Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi*. > La seconde des coupes bénies par le père de famille devient le signe auguste de son sang versé pour le monde. < Cette coupe, dit-il, est la nouvelle alliance en
t Jean XIU, 33, 34.
s Tout6 ioTiv xb Ga>[JLi [aou xb biàp &(JUj^v SiS^fisvov. (Luc XXU, ]9.)
L*iNSTrnnioi7 ra la cëso:. m
mcm muer Tomé pour vdM*« » Le mm de ots pajr(dd8^ foi o»t provoqué tant d'onigtiux débats, est simpie et datr. Le paon et te via de la preimère Ettcburitflie ae ssaraidnrt enfi^îiMr le (xirps aâm du Glirisl <|ui edt là, awis à cette taUfty et qui les distribue, sous peins de ft'dtPB ni son vrai corps ni son vmi sangv Noos sommes donc conttiiUs au symbolisme, mais le symbole oon^ lisnt ans réalité vivatirte et spirituelle. Demanda et prendre les lûgnes augustes de la rédemption, c'est ccm^fisseer dervant le monde et devant l'Ëglise que Ton croit à ce gvmi &it, que Ton ne veut savoir, oomme Paul, que le Clkrist erudfié^ c'est niKmtrer que l'on aspire à une €tssmiflation morale de sa vie divine, atfêsi positive qtie rasBhnikition physique qui transforme en notre substance te pain matériel; et comme, dans cet ordre, demander c'est recevoir, te disciple qui participe à ce repas sacré obtient une glorieuse confirmation de sa foi en échange de son faible témoignage, car le Christ lui-même se communique à l'âme pénitente et croyante* A la table de la sainte Cène, l'homme et Dieu • se renoontrent : l'homme avec ses meilleures aspira* tions. Dieu avec ses dons tes plus riches. L'Eucharistie est l'expression la plus solennelle et la plus ardente du besoin de salut et) par conséquent, la communica^' tion la plus réelle de la vie divine. Elle concentre et résume tous les éléments de la piété et peut se nom** mer te sacrement de te vie ehiétiemie. Il y a plus, elle
* Toî3to xb xotiljpiov ^ xatV^i StaOï^xiQ èv tcf ctX\tAxi |aoi', x6 lnàp i)uî)v èxxuvo|jLsyov. (Luc XXII, 20.)
est encore le repas mystique de TEglise, confondant tous les cœurs en une seule adoration. Mémorial sacré des pardons gratuits de Dieu, elle implique respritde pardon et de miséricorde. Cette table sainte est le point de rencontre entre Tamour puissant qui descend du ciel et Tamour humble et fervent qui monte de la terre. Il n'est donc pas nécessaire d'y chercher d'autre mystère que le mystère central de rEvangile. C'est dénaturer la Cène que d'en faire, non le mémorial, mais le renouvellement d'un sacrifice qui n'aurait dCt se répéter que s'il eût été Incomplet. Le Christ n'a pas dit : Je m'immolerai tous les jours de nouveau sur l'autel, mais simplement : c Vous ferez ceci en mémoire de moi. * t Ce n'est pas qu'il s'offre plusieurs fois lui-même, dit l'auteur de l'épître aux Hébreux, mais à présent, dans la consommation des siècles, il a paru une fois pour abolir le péché ' • »
II.— Les avertissements et les consolations. — La prière sacerdotale.
Le pain et le vin ont rappelé vivement l'immolation prochaine. Ce jour de douleur sera sans doute un jour de triomphe pour Jésus, mais comment pourrait-il oublier la tristesse et l'abattement de ses faibles disciples? Ils seront secoués par la tempête comme les blés qui passent au crible. Jésus prédit leur défection. Pierre proteste avec indignation parce qu'il confond encore l'ardeur naturelle avec la foi persistante; il déclare qu'il demeurera fidèle à son Maître, et que, quand tous les
t Hébr. IX, 25-26.
autres se disperseraient, lui, il demeurerait comme un roc. Hélas! le chant du coq n*aura pas retenti dans la nuit qui va commencer que déjà il se sera démenti. Jésus prophétise avec certitude son reniement, car il sait que la présomption mène in&illiblement à la chute * •
Les disciples ne se font pas une juste idée de la gravité suprême de la crise qui s'approche. Pour la leur fitire entrevoir, Jésus use de la méthode symbolique qui lui est habituelle; il leur parle comme à des soldats qui vont entrer en campagne, c Que celui qui n*a point d'épée, dit-il, vende sa robe pour acquérir une épée ^. > Les apôtres prennent à la lettre une recommandation qui n'est qu'une image et ils présentent deux épées à Jésus. Le misérable nombre des combattants rangés autour de lui eût suffit à lui seul pour dissiper cette grossière illusion. Jésus a simplement voulu dire : c Le temps du péril est venu. Préparez-vous à l'afironter. »
Les dernières paroles du Maître ont glacé d'efiroi les disciples : ils éprouvent cette angoisse indicible qui précède les déchirantes séparations. Et quelle séparation que celle qui les attend ! Ne plus voir, ne plus entendre Jésus, être abandonnés aux terribles tentations qu'il vient de leur prédire, est-il une douleur comparable à la leur?Âussi Jésus cherche-t-il à leur offirir une consolation suffisante; il y met cet art divin qui n'appartient qu'à la parfaite charité.
c Que votre cœur ne se trouble point, dit-il; vous
* Matth. XXVI, 31. Jean XUI, 36-38.
« Lac XXII, 36.
60e LB DEBMIER ENTRBTIBN.
croyez en Dieu , croyez au86i en moi M > Td est le dâbut de ce diflcours qui est coosacré à teumérer tous ses titres à leur confiance. D'abord^ il leur ou* vre la perspective la plus glorieuse; il leur parie de cette demeure des bienheureux où il vi^ Irar pré» parer une place. C'est là le terme certain de leurs labeurs et de leurs souffrances, c Je reviendrai^ dit-il, et je vous praidnd avec moi '. » Le retour du Christ est, en effet, la seule consolation suffisante de son départ. OJi il sera, ils seront aussi; cette promesse fait pour eux du dd une maison de fimiille; il ne pré* sente plus à leur esprit Tidée d'une vague et eflEnBiyante immensité. Si Jésus doit se rétrouver au terme de la carrière, il est déjà le chemin qui conduit à Dieu; bien plus, cdui qui Ta vu a vu Dieu, c Tout ce que vous demanderez au Pare en mon nom, vous le recevrez'. > Mais une consolation plus prochaine leur est réservée. Bien ne relève et ne réjouit le cœur comme une grande mission ; celle qui leur est dévolue va grandir sans mesure, car ils sont appelés à recueillir le fruit du travail de leur Maître; ils accompliront des (euvres plus grandes que les siouies, bien qu'eUes lui appartiainent encore comme les conséquences i^partiennent au principe qui les produit. Une force suffisante pour cette mission sublime leur sera accordée : c*est TBsprit même de Dieu, le Paraclet, le consolateur, l'aide efficace qui sera la lumière de leur intelligence, la
t Jean XIV. 1.
« Jd. XIV, 3.
» Id. XV, 16.
flamme de leur cœur et leur révélera toute vârité ' . Cet Esprit triomphera du monde par ce qui semUail k son prÎBce le gage assuré du succès, hsk croix préparera, en effet, cette éclatante vietoire, car le monde doit, en Télevant, manifester sa honteuse incrédulité. La justification du Crucifié ressortira avec éclat de la gloire divine qui suivra son supplice. Enfin, le bois maudit deviendra, en réalité, le pilori où les puissances mauvaises seront comme exposées, car elles se sont juigées elles-mêmes en y clouant le Saint et le Juste. Tel est le sens de ces mots si controversés : c Quand le Consolateur sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement; de péché, parce qu'ils n*ont pas cru en moi; de justice, parce que je m*en vais à mcm Père; de jugement, parce que le prince de ce inonde est déjà jugé '. i Si l'action de l'Esprit divin est admirable en dehors de l'Eglise, elle l'est plus encore dans l'Eglise elle-même. C'est lui qui fera habiter Jésus dans les siens. Ainsi sera réalisée cette touchante promesse» g^S^ précieux d'une paix inaltérable que le monde ne peut ni donner ni ôter : € Je ne vous laisserai point orphelins, je viendrai à vous '. > I.a belle comparaison du cep et des sarments symbolise, dans toute son intimité et dans toute sa fécondité, la relation qui unit le disciple à son Maître *. Il ne s'agit pas d'un amour qui ne serait qu'enthou-
< Jfian XIV, 1M7.
« Id, XVI, 8-12.