SIGNIFICATION DE LA RÉSURRECTION
rompus entre ces âmes bienheureuses et les survivants. Tout ce qu'on en a dit ou imaginé est promptement entaché de superstition. Peut-on supposer que telle soit Texistence de Celui qui devait être le chef de son Eglise, et le frère divin de chacun de nous? Si son œuvre a consisté à nous donner un modèle de vertu, son influence actuelle peut se réduire à celle d'un pur souvenir. Mais cette supposition est inadmissible s'il est bien le Rédempteur du monde. L'œuvre du Christ invisible continue celle du Christ visible; elle n'est ni moins active ni moins directe, tout en étant plus universelle. Il faut donc qu'il ait reconquis la plénitude de la vie morale et qu'il ait dépassé cet état intermédiaire qui est bien déjà le repos et le bonheur, mais pas encore la consommation de la destinée humaine, d'après l'enseignement des Ecritures. C'est ainsi que la résurrection fait partie de la rédemption.
On voit combien nous sommes éloignés de ne trouver dans ce grand fait qu'un soutien de l'apologétique chrétienne. Sans doute, il confirme toute la prédication du Maître; il suffirait qu'il fût écarté pour que cette prédication fût frappée de stérilité et méritât d'être accusée d'erreur. Le témoignage apostolique perdrait également toute valeur, car, à moins de nier l'évidence, on doit reconnaître qu'il repose tout entier sur l'affirmation de ce miracle. Mais la résurrection est plus qu'un étai de la foi chrétienne, cet étai fût-il une colonne indestructible; elle fait partie de l'objet même de la religion, elle est le dernier des faits rédempteurs, si bien
070 mmmcATioa de la bbsubrbctidn.
qu'en la repoussanton rejette non pasTundes pâîersde Tédifiee, oe qui serait déjà \mn grtave^ mus Tuae de ses basas «sœntieUes. Nous comprenons très Uen que Ton rejette le christianisme à caoae de ce miracle, mais qu'on pcétende admettre TEvangile, en Téliminant ou mène en le rélégaanidédaigneunemeoi au aeocmdraog', Toilàce qui {épasse notre entendement et heurte le bon sens public. En résumé le tombeau vide du CSmst a été le berceau de l'Eglise, et s'il se trouvait que ceUe-ci se fût trompée, elle n'aurait plus qu'à s'y ooucher à côté de œ qui sermt la dépouille mortelle, je ne dis pas d'«n bommo» mais d'une religion !
Noos arons demandé "aux récits du christiamsme primitif une image fidèle et vivante du Christ. Nos quatre évangiles nous ont donné un type de perfection tel que , m avant ni après , le monde n'en a jamais connu de semblable. Ce haut idéal se dégage du cadte le plus simple, non pas comme une de ces hardies géuvralisations qui sont un rêve passager et brillant de Tesprit, mais sous la forme d'une vie d'homme qui se déroule sous nos yeux. Jésus ne sort pas des mystérieuses forêts d'où le grand ascète de l'Inde apporte sa doctrine de mort en commençant par frapper l'imagfination par son seul aspect. Non, la chétive bourgade où il a grandi est connue de tout le monde; il vit de la vie commxme dans les derniers rangs de son peuple, on le méprise parce qu'il s'asseoit avec ses disciples à la table des péagers. S'il n'a pas le prestige des macérations extravagantes, il ne fait pas davantage appel aux passions guerrières comme Mahomet. Il lègue aux siens, non le cimeterre et ses violences, mais la croix et ses ignominies. C'est dans les conditions d'une existence toute ordinaire que brille cette perfection morale
à laquelle on ne peut rien comparer, parce qu'elle réunit toutes les qualités ailleurs séparées.
Peut-on supposer qu'un type semblable, si humain dans sa divine beauté, ait pu être formé par l'alliage des éléments religieux et philosoplûques les plus divers dans un temps d'universelle fusion? Sans rappeler les raisons de fait que nous avons empruntées à l'histoire des religions pour écarter cette explication, nous nous bornerons à demander si une figure conmie celle de Jésus ressemble à la statue faite d'or, d'airain et d'argile que le roi de Babylone contempla dans le fameux songe expliqué par Daniel. Ce mélange de croyances disparates n'eût produit qu'une idole monstrueuse dont la dernière des pagodes n'eût pas voulu. Le Jésus des évangiles n'est pas sorti des creusets de la philosophie alexandrine ; il a vécu, et vécu tel que ses apôtres nous le font connaître. Il satisfait tout ensemble nos aspirations vers l'idéal par sa parfaite sainteté, et nos besoins profonds de consolation et de relèvement par ses douleurs et son sacrifice. Il répond à nos grandeurs et à nos misères, et c'est pour cela qu'il s'appelle le Sauveur du monde! Telle est notre conclusion. S'il fallait l'établir par de nouveaux développements, ce livre serait une œuvre avortée, et ce que nous ajouterions n'apporterait aucune lumière.
Nous nous bornerons à une seule considération. Après nos quatre évangiles, il en est un cinquième qui s'écrit depuis dix-huit siècles : c'est l'œuvre du Christ dans l'humanité moderne. Nous y retrouvons des
miracles aussi grands que ceux de nos récits canoniques. La trace de ses pas est imprimée partout où s*est réalisé quelque progrès dans le bien, dans la charité, dans le droit, dans l'élévation morale des hommes. Aucune révolution dans Thistoire des sociétés n'approche de celle qui a posé la croix comme la limite entre deux âges entièrement différents et qui, du rocher du Calvaire, a fait jaillir une source de vie dont le cours a pu être parfois troublé , mais pour s*épurer bientôt et féconder le sol le plus aride. A la base de notre civilisation, se trouve la pensée de Jésus. C'est elle et elle seule qui a fait notre Occident moderne avec sa supériorité universelle et son mouvement irrésistible de progrès. Aussi trouvons-nous étrange la tentative de ceux de nos contemporains qui, sous prétexte de rénovation, veulent nous ramener aux doctrines matérialistes, sous le poids desquelles^ l'Orient dort encore son pesant sommeil, traversé de rêves impurs et interrompu par des crises sanglantes.
Mais nous pouvons invoquer un témoignage plus décisif que les applications sociales du christianisme. L'Evangile lui-même s'écrit dans le cœur des chrétiens, car il n'est pas à leurs yeux le parchemin sacré qui conserve les annales d'un passé mort; il renouvelle pour eux ce passé qui appartient au présent comme à tous les temps, parce qu'il est étemel. Ce Jésus des Evangiles, chaque chrétien le connaît aujourd'hui par une relation personnelle et directe, comme les malades qu'il a guéris et les pécheurs qu'il a pardonnes
674 CONCLUSWN.
en GatUé^ et e» ludé^. ChMua d'eux,, s-'il posséda autre dbose qWuve r^iou d« fo;ria6 ou d*b«bitude> a le droit d3 se-l^ver Qosune IV^ugle de>Jérasiâem<eltde dire : J'étoic^ aveuglât. Qt uiamtenaat javioiU! Lui aussi, comme te dmpla \m xa^meut iafidéie,, s'eirti 9e«ti tvao0percé p^ le. mgari (jmâ atteÎAi le ecmr eà la couscience; il &'ef^ i^vé 90U6 cette parole : Va eo paix» tee péohés te sont pardouuée! Lei^ setoea 4ela dban^re hiuit&, kra du repas d*adieu,, se remu^eUent tou6 las^ jouf^ Le QuUe ^étien, n'eeit. pa«; auibrc: chose: qa'uu mystique eutiretien de l'Anie qui adora 9(m Dieu et du Smiveuf qui la r^ve. Jésus sa penehe sut tous les lijb de mi^adia o^ de m^ort où géiai^seut les siens; il firandût le* seuU da la maison du pauvre pour lui rompre le paÎA de sa jouniée. Ces expériences- durant depuis la fondation de l'Eglise; le ocbut cliyétien au dix-nauvièine sièclsi répond k cekû des sswt Pierre et des^saixit Jean. Ujiô mêm^ vie diviue,^ciila daw, ce vasta corps conuna le sang dans les veines, et tous ceux qui y ont participé et y participent encore la rapportent à ce Jés«6, mo^rt eix Tan 783,de Bome ! Pour lui ont sou&rt et ont péri les confesseurs des siècles d«i persécution^ s*écriaiit tous, comme le premiei; d*eo;bre eux,, qu'ils le voyaient par l'œil delafbi. Pour lui ont baftu^danstouales temps et dans tous les pays, des milliers, de cœurs, liér(dquas qui ont su lui faire les gifands sacdfices et.lea sacrifices obscurs. Dans tous les rangs de la société, à tous les degrés de culture et de civilisation., depuis les sables brûlants de l'A&ique jusqu'au centra de nos briUmites
cités, les mêmes £Enrt& se sont reproduits, un. mèntfr chant d'adoration retentira nnoamenr da Crucifié.
Auxnégations les plus andaciecnes^ oes con£esseursde toute époque et delouteconditionopposen* ce mot triomphant de saint Jean : c Ce que nous* avons vu, e esice que nousr annonçons . » Certes, q«o< qu'on en disev nous avons le droit dlnvoquer ce cinquième èç^aaagile; il apporte axa quatre récits canoniques Tvne* puissant» confirmation. Vaine mysticité &. Ton veut! Pour nom» qui admettons d'autres récités que celles^ qui se touchent de la main, ce grand accord des âmes chrétiennes ne saurait reposer sur le mythe ou la légende..
Au terme de cette longue contemplation du divin. modMe aor lequel j'ai arrêté mes regarda pour essayer d*en reproduire quelques traits, je me sens accablé du sentiment de mon impuissance. J'eusse voulu, ô divin Fils de Marie, — comme Va dit l'un de tes plus nobles confesseurs, — quoique faible, dire de toi quelque chose de grand ' ! Par£Dis il m'a semblé, sous l'édair rapide d'une heure bénie, te voir dans ta divine majesté, le front rayonnant de douleur et d'amour, ceint de cette pureté sans tache qui n'épouvante que l'orgueil, parce qu'elle est inséparable de ta souveraine charité. J'ai cru te voir au bord du lac que tu aimais ou dans les bourgades galiléennes, au milieu de ce cortège des affligés et des méprisés qui furent ta cour d'honneur dans ta
* Justin Martyr, Actes de ion martyre»
royauté miséricordieuse! Mais quand j*ai voulu fixer la Tision sainte le pinceau a tremblé dans mes mains inhabiles, et je n'ai su donner qu'une pftle esquisse de ce qui m'avait jeté dans la poudre pour t'adorer. Qui sommfônous pour décrire ta sainteté?
La distance est trop grande de nous à toi ! Du sein de nos vies vulgaires, comment pénétrer l'inspiration de cette vie qui fut dévorée par une seule pensée d'amour et qui, du commencement à la fin, fut une offirande à Dieu et aux hommes! Du milieu de nos vanités mesquines et de nos ambitions fiivoles, comment comprendre ton absolu dédain de la gloire humaine, ô roi couronné d'épines ! Sur nous retombe ce mot sorti de ta bouche justement indignée : c Vous êtes d'en bas; je suis d'en haut. » Voilà pourquoi, pour cette œuvre même, je réclame tes pardons! Mon espoir et ma consolation, c'est que tu sauras bien dissiper les nuages dont j'ai pu, par ignorance ou par faiblesse, entourer ta face adorable et te manifester directement au cœur bien disposé dans lequel j'aurais éveillé un désir de te mieux connaître.
Préface . • • • Pages ▼ à zy
LIVRE !«<'. — Les questions préliminaires. CHAPITRE I*'. <— Des bases philosophiques et religieuses de la
▼lE DE JiSUS. — Ou SURNATUREL 1
I, <— Réfatation des objections faites au surnaturel au point de vue du naturalisme 6k25
II. <— Réfutation des objections faites au surnaturel au point de vue du théisme 25à38