‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 4 sur 309 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DBS BASBS PHILOSOPHIQUES ET RELIGIEUSES DE Lk YIR DE JÉSUS, — DU SURNATUREL.

Sur le seuil même de ce grand sujet nous rencontrons deux points de vue dominants, mais opposés, entre les* quels il faut nécessairement choisir. Selon que le Bur* oaturel est admis ou rejeté, toute Thistoire de Jésus se transforme du commencement à la fin. Dans le premier cas, les témoignages et les textes gardent leur valeur probante; dans le second, ils sont d'avance frappés de suspicion; nous n'avons plus & constater des faits, mais

à interpréter des mythes. Aussi ne saurait-on apporter trop de soin à l'étude d'un problème si vaste et si fécond en <Kinséqiienees; c'est la base même de tout, l'édifice qu'il s'agit de poser. Or, nous sommes frappé d'un lait patent qui comj^que beaucoup le débat entre les partisans des deux solutions contraires, ou plutôt qui l'empêche d'aboutir en l'empêchant de s'engager sérieusement. C'est le refiis hautain et méprisant de l'école naturaliste de soumettre à l'examen l'opinion de ses adversaires, c'est sa prétention de formuler d'emblée comme un axiome indiscutable la négation du surnaturel. Ce mépris pour la foi est au fond un mépris pour la science, une borne posée à la libre recherche et un prçmier pas dans la voie du préjugé qui n'est que l'aveugle adhésion à une opinion préconçue et non contrôlée. Il y a là une dérogation flagrante aux grandes méthodes expérimentales qui ont si constamment accru le savoir humain depuis trois siècles. Bacon avait raison d'indiquer comme une source d'erreur t le respect exagéré et presque idolâtre de Tintelligence humaine, respect qui détourne les hommes de la contemplation de la nature et de l'expérience et les fait tourner en quelque sorte dans le cercle de leurs méditations et de leurs réflexions. * Si l'on eût appliqué aux sciences de la nature la méthode péremptoire au nom de laquelle le surnaturel est aujourd'hui éconduit sans forme de procès, nous en serions encore à admettre avec Descartes la théorie des tourbillons contre Newton et nuu& traiterions de fable la circulation du sang. Le libre

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eiamm n'a pas de pire ennemi %ue le dogmatiame tranchant, qni m dérobe à la preuTie moa$i bien dans la * négalian i{ue dansTaffîmiatioa.

Faiion»-noiie tort à nos adversaires? Qu'on ^i juge par lanrs propies paroles, c Les pays et les daeses où FoB croit au somaturel, dit M. Benoa, sont d'importance secondaire* . > c Si l'on n'entre pas daiis cette discassioiLy écrit M. Ha/^t| c'est par l'impossibilité d'y entrer sans aecepter une proposition inacceptable, c'est qpe le samatnrel soit seulement possible. Notre prindfe oansiite à se tenir constamment en ddftors du suraatarel» €'ast-*àHllre de Vimd§inatioru Cest le principe dominaait de la vraie bistoire, conune de toute vraie adence que œ qui n*est pas dans la nature n'est rien, et ne nvaitidtre oompté pour rien si ce n'est pour une idée'. > 4 La pbilosopliie positive, dit M. Littré, met hors de eause les théologies qni supposent une action surnaturelle ^. » Nous demandons s'il est possible de se dérober davantege à l'esamen^ au débat? Une mise luMTs la Id, voilà à quoi se réduit la pdémique. Ce procédé révoluttonoaire est encore plus conunode que violent; c'esi ainsi que l'cm traite, non pas une légende née d'hier, mais une manière ùt concepoir les choses qni non-seulem^it a eu pour défenseurs les plus gnuMis esprits^ mais encore a agi smr l'humanité avec une incomparable puissance.

* La Chaire d'hébreu au Collège de France,

* Remm d€â Deux-Monéee, V' août 1863.

* Littré, Conservation, révolution et positivisme^ p. 26.

On ne saurait a^;iier contre le sumatnrd de œ qne le miracle n'a jamais consenti à se fiûre patenter par les corps savants à la fiiçon d*nne drogue suspecte*. Un tel argument suppose une ignorance si absolue du caractère religieux et moral du christianisme qu'il ne mérite pas d'être relevé. Cespetitesgens qui ont cru, ily a dix-huit siècles, aux miracles de l'Evangile, n'ont pas comparu, il est vrai, devant des examinateurs officiels, mais ils sont descendus avec une calme certitude, en présence d'un peuple furieux, dans l'arène où ils ont scellé de leur sang leur croyance au Ressuscité. Un témoignage ainsi confirmé cesse d'être méprisable et mérite d'être au moins contrôlé. Mais non : le miracle est d'emblée assimilé à l'incroyable. Strauss déclare dans sa nouvelle Vie de Jésus^ que le témoignage le plus direct ne porte pas quand il s'agit d'un fait qui ne se plie pas aux lois de la nature, et il rappelle ce dicton des Romains : c Je ne croirais pas cette histoire, même quand Caton la raconterait^. » Ce qui revient à dire avec un ancien : c Quand même tu me persuaderais je ne serais pourtant pas persuadé. » Un tel parti pris rend toute science impossible, nous revenons par un détour à la croyance aveugle. Ces assertions ne vont à rien moins qu'à nous imposer d'autorité un système de philosophie, discutable comme

^ Vie de Jésus, de M. Renan, Introduction, p. 21.

> Dos Lêb. Jesu fur dos deutsche Volk bearbeit. 1863. MM. Nefftidr et Ch. Dolfuss nous ont donné une traduction très bien faite de ce livre. Je cite néanmoins d^aorès l'original.

tout ce qui a sa date dans rhistoire de la pensée humaine.

En effet, cette négation du surnaturel, ou plut6t de sa possibilité, découle d'une doctrine très arrêtée sur Tensemble des choses. Si cette doctrine se justifie à la raison, la cause du naturalisme est gagnée, mais elle ne saurait Tètre auparavant. C'est donc à cette hauteur qu'il faut porter le débat, si Ton veut qu'il aboutisse. Or, c'est ce qu'on ne fait pas. On en appelle au sens moderne, à la résultante du mouvement scientifique, ce qui permet de rester dans le vague et de passer sous silence les difficultés que l'on rencontrerait dans une discussion philosophique. Il y a là une preuve nouvelle et éclatante de cet affaiblissement de la raison dont les chrétiens sont les premiers à se plaindre. Nous ne voulons pas user contre nos adversaires et à leur exemple du procédé des affirmations superbes et tranchantes, parce que nous voulons témoigner plus de respect à la science, et sans entrer dans une démonstration complète qui demanderait un livre à part, nous donnerons nos raisons principales pour repousser les principes philosophiques au nom desquels ils éliminent le surnaturel. Nous établirons sa possibilité; ce sera à l'histoire du christianisme primitif, à ses témoignages scrupuleusement pesés, de nous fixer sur sa réalisation et sur son vrai caractère.

Le surnaturel est écarté aujourd'hui au nom de deux doctrines opposées entre lesquelles nous faisons une grande différence. La philosophie naturaliste ou pan-

tiiéÎBrte te f^tte en^ repcrnsBasI avec Itii iaat Fordre spirituel et moral. Le théisme, à ses divers degrés, lai oppose la i^erftKStàm nêkne de cet ordre, qui \m paraît impfiqfoer hi fixHé invsrîaUe des kns pri-* mitives de la nature. Nous établirons la posBiMKté du surnaturel ooala^ Ttrae et Tatitre école, sans nous dissimuler que la première a pour elle le flot montant des opinions; quant à laseeonde, elle earl conduite, par la gravité même de sa pofâtion, à reconnsâtre toujours davantage la solidarité étroite qui exiete entre la cause du vrai i^fHrituatisme et cdle du diristianisme.

I. — RÉFUTATION DES OBJECTfONS FAITES AU SUBNATUREL AU POINT DE VUE DU NATURALISME.

Nous dirons d'abord que nous sommes fort peu touché de l'argument emprunté au développement des sciences depuis trois siècles et qui conclut de leurs progrès immenses à la négation du surnaturel. Nous demanderons de quelles sdenees on veut parler. S'agit-il de celles qui portent sur la conmûssance de la nature? Nous admettons qu'elles ont fiât des pas de géant et que c'est une dea gloires les plus ineontestées de notre temps que d'svoir découvert ime multitude de phénomènes nouveaux daas l'ordre physique et de les avoir rangés sous des lois démontrées. Lie domaine de l'inconnu se restreint tous les joars et la pari de l'imagination dans Texplieation des fouits naturels est considérablement réduite; la physique etla chimie ont tué tout le

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£muk BMrveQkmi «a^tetl aoplaiatiKt las panplos «nEuite Qaigiioianto.Jfai» «fcqwmila ccmnftiwuwe l&plns vaste de la natocQrfféagii-éQe'Siis la croyance aa finirnatord? Qui dii rarnatuiel suppose na ordse qui est en dehoss et aiHiûssuade laiMton* QtL'importe; à ce point de vue que Ton ait découvert VoDcha&icini^t des? phénomènes de Tocdre infâôeut! Sa résnlte-4^il que art enGhaÎDement ne puisse ètie fansé ou interrompnpac «npmivdr aonverain? Quand on aura mis en luaiitee tous les> an- Beaux delaohaSne des causes etdes e&ts nactuielsy s*en auivrapt^l que sosi prends aunean ne puisse être aux mains d*un Dieu intelligent et libre! Sans doute, si le aumatorel était confinodu aum^lennrveilkux, s'ilinn pliqoait une activité eapricieuse, prooédantpar prodiges perpéteels, de tallesorte qu'il n'y eftt aucune fixité dans Tordre inffirieiir, le progrès des sdcHces lui serait fatal. MaSybienjCompris^iLsupposerarâiie naturel et ses lois, puisqu'on le reoomatt précisément à ceci qu'il les suspend et en rœnpt l'enchaînement» S^il n'y avait pas d'ordre naturel fixe, ii n'y aurait pas non plu» de surnaturel proprement dit; l'extraordiiudre suppose Fordinaire et l'exception imj^iquela règle. Que la science scrute les secrets de la nature et qu'elle parvienne à finredecelle-ci pour l'eqprit humain un ^n»te musée admirablement ckssifié, la croyanoeau surnaturel n'a rien àredooter de ses explorations* U en serait autrement ei qudques âûts nouveaux et considérables., décidément contraires aux causes finales, avaient été produits à l'appui du natundkme. Ma» on est plus loin que jamais

d*une pareille démonstration, si bien que nous Bommes en droit d'affirmer que les thèses du naturalisme pa-raissent d'autant plus plausibles quela science est moins avancée. Qu'avons-nous à craindre de ses progrès?

Après cela, j'en conviens, le savoir a son enivrement; l'intelligence, qui a fait le tour de la planète, comme on l'a dit, prétend volontiers posséder une connaissance universelle; elle ne reconnaît plus ses limites et elle élimine ce qui les dépasse. De là la disposition trop fréquente des siècles de découvertes scientifiques à rétrécir rhorizon de la pensée, à l'enfermer dans l'ordre inférieur pour s'épargner l'humiliation de reconnaître qu'au delà et au-dessus de ce qu'on sait déjà s'étend la région de l'infini et du divin. C'est ainsi que par une singulière contradiction, une ambition démesurée aboutit à un honteux appauvrissement du savoir humain. Ce n'est donc pas le progrès des sciences qui nuit à la croyance au surnaturel, c'est l'infatuation insensée de quelques savants, ce qui est fort différent, car on ne saurait confondre un entraînement passionné avec une logique rigoureuse.

Il n'en demeure pas moins que, sous l'influence de cette espèce d'enivrement scientifique, le naturalisme s'est fortement constitué, non-seulement dans le domaine des sciences naturelles proprement dites, mais encore dans celui de la philosophie. C'est un courant qui grossit et qui entraîne bien promptement quiconque abandonne le terrain solide des vérités morales. Il importe de nous rendre un compte exact de ses origines et

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de ses transformations dans le cours de notre époque. Au commencement du siècle, il débute avec Schelling* par un panthéisme grandiose et poétique; il affirme dans une langue brillante l'identité de Tordre naturel et de Tordre spirituel, recouvre d'images trom- X)eases un déterminisme aussi arrêté que celui de Spinosa et fait briller de nouveau aux regards éblouis le mirage d*un &ux infini, qui ne dépasse pas vraiment le monde des phénomènes. Hegel lui donne sa forme la plus parfaite; il prétend retrouver dans la raison humaine la formule même de Tabsolu, qui n'est pas distinct du monde créé, mais se déroule au travers delà Tle universelle dans une évolution réglée par des lois fixes dont la logique nous présente Tenchaînement. C*est ainsi que de règne en règne dans la nature, de sphère en sphère dans Texistence humaine, d'époque en époque dans l'histoire, Tabsolu se révèle toujours plus parfaitement, jusqu'à ce qu'il arrive à la pleine conscience de lui-même, comme Tldée des choses, dans la raison de l'homme. C'est là, au plus haut degré de Tahstraction métaphysique, qu'est son trône glacé; il en redescend incessamment, pour recommencer son évolution incessante, sous Timpulsion de cette fameuse méthode dialectique qui fait sortir la négation de Taffirmation et tire de leur choc répété des catégories nouvelles, emportées elles-mêmes dans le tourbillon d'un devenir étemel. Ainsi se tisse la trame de l'univers et celle de nos destinées sous la main d'une logique inflexible, plus blême que la Parque antique; ainsi notre

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nBinds roolla auff luÎHiidiM, étroitemMt enlenné entve aes limites, cir ea totalité constitue l'absolu : i! B*y a lien en déhorsde lai; il est tout ensemUe £vhi et enduÉné, il n*y a pas une fissure petite ou granitopour laisser passer un acteUbre an travers du réseau âialee^ tique qui Tenserre. Allez au food de cette philosophie, vous n'y trouverez pas d'autre âément ; elle a pu qud» que temps fiiire illusion aux observateure supevfirieLs en se serrant des symboles chrétieiis ; Tidée fataliste et naturaliste qui en est l'essence n'a pae réussi à s'en&r* mer dans un moule trop étroit pour elle ; elle Ta brisé, et Feuerbach a dit son vrai mot en écartant résolument la notion de religion. La savante constnictton de rhégélianisme a été bientôt abandonnée; elle coûtait larop d'effort à l'esprit moderne et surtout à l'esprit français. On s'est promptement débarrassé de ce panthéisme de l'idée avec sa méthode ingénieuse et ses hardies déductions, mais l'influence du système n'ra est pas moins demeurée considérable. On a tout d'abord apprisà l'école de. Hegel que l'absolu n'est pas hors de ce monde et ensuite que cet absolu toirjouTs en élaboration absorbe en lui les contradictions les plus flagrantes et se réduit à Tétemel relatif. Désormais tombent toutes les distinctions trandiées entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal; ils ne sont pas, ils se font, pour se dé&ire et se refaire incessamment, car il n'y a point de type fixe du vrai, du beau, du bien, puisqu'il n'y a point de Dieu. La liberté morale est broyée dans l'engrenage du système. L'hég^anisme ainsi vulgarisé et dépouillé

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éis spécnkitinnB haedies tt profoodeA qui tuit ùit 0a giaiidâQr, s'est infilbré dan» notm ataiosphèro intelketudte; nous retrouvcma sa tcace dans le» principales ftaetiofis de Técole natundiste qui n'est im^nîmA que pour repousser péremptoîremdnt Tordre sumatureL De ki j^ocàde ce scepticisme rs^leur ou atkée qui s'en va répétant que tout est relatif, que BOUS ne doopàes qu^ ombre projetée sur rétemelle illusion. U sied bien en vérité, quand on en est arrivé à ce néant de la pensée, de prendre une position de supériorité et de prodiguer le dédain, eomme s'il y avait dans Le monde intellectuel «ne situation plus misérable et plus digne de pitsé.

Le positivisme n'est qu'une forme mcHns agréaUe de œ scepticisme; lui aussi, par son élimination du inonde des causes, et avant tout des causes libres et mosales, a retenu la grande leçon de l'bégélianisme que l'absolu a'est pas hors du fini; il an conclut qu'il ne fimt s'en tonr qu'aux faits extérieurs, que la métaphysique n'est qu'un leurre de l'esprit, un mauvais souvenir de la théologie; il s'imagine avoir retrouvé l'ordre même des thoees, parce qu'il présente une classification nouvelle des scioBces; il afiSrme, avec une audace (fxi confond, 91e ce qui n'y rentre pas n'existe pas, qu'en conséquence ni la conscience, ni le s^rs du divin, ni l'ineKtinguiUe sotf de la vérité monde et rdigieuse, tourment et gloire de l'âme humaine, n'<mtde raison d'être; ce qui ne r^npdefae pas de chercher à tromper nos be- WûB supérieurs par jâ ne sais quel culte ridicule de l'humanité anr leçiel 1^ adhérents actuels de

l'école gardent volontiers un silence prudent. En vain un vigoureux et noble esprit essaye de reconquérir sur le positivisme le domaine de la métaphysique, tout en maintenant que l'absolu n'a pas d'existence personnelle; il n'arrive qu'à un idéal qui est le contraire de la réalité, qui s'évanouit dès qu'on veut lui donner la vie, qui n'est qu'à condition de n être pas, si bien que le premier article de cette étrange théodicée peut se définir ainsi : Dieu est le contraire de l'Etre, et il se réduit à l'abstraction pure. Le spiritualisme de M. Vacherot ne se distingue du positivisme que par une bonne intention stérile, car pour lui la catégorie de Tidéal se confond avec celle du non-être. On a une certaine peine à ressaisir l'athéisme hégélien au travers des attendrissements, dés effusions lyriques et mystiques, des prières au Père céleste qui abondent dans les livres de M. Renan ; mais sous ces dehors onctueux se retrouve bientôt le grand vide, l'abîme dont nous sommes éclos, l'idéal impersonnel dont le nom de Dieu est une traduction . lourde et vulgaire. Il a pris soin de sortir du nuage doré dont il s'enveloppe volontiers, par des paroles comme celles-ci : c Les sciences historiques supposent qu'aucun agent surnaturel ne vient troubler la marche de l'humanité, qu'il n'y a pas d'être libre supérieur à l'homme auquel on puisse attribuer une part appréciable dans la conduite morale, non plus que dans la conduite matérielle de l'univers. Pour moi, je pense qu'il n'est pas dans l'univers d'intelligence supérieure à celle de l'homme, l'absolu de la justice et de la raison

se se manifeste que dans rhumanité; enyisagé hors de rhomanité cet absolu n'est qu'une abstraction. L'infini n'existe que quand il revêt une forme \ » Voilà qui est dair. Depuis la préface de la traduction de Job on sait que l'immortalité de l'âme se réduit pour M. Benan au souvenir bienfaisant que laisse une noble vie dans rhumanité. La morale, comme du reste la religion, se confond avec l'esthétique, et le culte du beau est le seul culte sérieux qui subsiste. M. Taine, le brillant émule de M. Benan, professe le naturalisme avec infiniment plus de simplicité; il ne s'embarrasse ni de Hegel, ni de l'idéal; il en revient au sensualisme du dix-huitiëme siècle, en allégeant Condillac de ses périphrases.

n était utile de montrer au nom de quelle philosophie le surnaturel est aujourd'hui éliminé avec tant de jactance; rien ne prouve mieux à quel point il est solidaire des principes les plus élémentaires du théisme. Ces principes, nous nous bornerons à les rappeler à nos adversaires, en établissant qu'ils demandent à la raison des sacrifices bien plus grands que ceux qu'exigent les mystères les plus profonds de la religion.

Aux positivistes qui éliminent non-seulement telle ou tdle solution du problème métaphysiqi^^et religieux, mais qui suppriment le problème lui-même et qui, non contents de nier l'ordre surnaturel, lui interdisent d'occuper notre esprit, nous répondons : Vous

1 Revue des Deux^Mondes, année 1860, p. 383.

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<pui fitéimàez :ex|^aer tout ce qm est dbservmUe à rhomme dans ob mooèmy voûta n'ite pat conséquents avec Too^-mâmes; tous ne rempUsees pas Totre programme, car à moins de ne reconBaltreooifiSEDe&it po» sitif que ce q«d est sensible et tang3)le, vous ne pouvez nier qu'il n'y ait dans Thumanité, «ussi bien dans nos jours de civilisation qu'aux époques mythologiques, un instinct tout-puissant qui la poussée cherdier une satisfaction BCkorale au delà du temps et du fini, une aspiration invincUsle vers ce qui est étemel;il n'est pas de &it |dns positif que le sentunentreligiem* c On peut interroger le g^ire humain en tout temps «ten tous lieux, dit éloquemment M. Gruicot, dans tous les états de la société, à tous les degrés de la civilisation; on le trouvera toujours et partout croyant spontanément à des faits, à des causes en dehors de ce monde sensible, de cette mécanique vivante qu'on appelle la iMture * . » HooDomes positifs, hommes du fisdt observable, voilà un fait positif entre tous qui a influé plus qu'aucun autre sur les destinées de notre race, voilà un &it universel, incontestable, appréciable non-seulement dims l'individu mais dans la race, et vous n'en tenez aucim compte. En vain vous dierchez à lui substituer c l'étonnement de la faible et pensemte humanité jetée dans l'immen* site de l'univers * : • cette faible et pensante humanité s'élance toujours hors de cet immense univers pour

1 Méditations sur la religion, p. 95.

* Cours de philosophie positive , i)Sir Auguste Comte, nouvelle é«li-

on, IS04. Préface par M. Littpé, p. 26.

tion

diercber son Dieu; tous ne rémeÎBsez pas à lui donner le change et le ftit subsiste inexpliqué, ou ifivUibi écarté et nié par vous. Etrange pointivisme que celui qui ne £ût aucune part dans la science à la tendœiee huRiaîne qui a le plus agi sur Tfaistoire ^ qui a prcrfondément troublé, agité la race, non pas toimneuii setrffle passager qui gonfle les vagues, notais comme cette loi my»^ térieuse qui soulève chaque jour l'Océan tout entier. Le positivisme rgette Tordre surnaturel et drvm «ous prétexte qu'il est au delà du monde, jet vdei que oet ordre surnaturel &it invasion dans le monde, au moins par les préoccupations passionnées qu*il excite, etrentve par là dans la catégorie des ftits appréciables qu'il irodraît constater et expliquer. L'école du &it se montae ainsi infidèle à elle-même et il n'est point nécessaire pour établir son insuffisance d'invoquer les droits de fâme et de la conscience auxquels elle est indtfférente, il suffit de montrer au positivisme qu'il écarte lesiaits positife qui le gênent et qu'il manque à sa méâiode.

Pour reconquérir Tordre moral et divin sur le panthéisme, nous invoquons des faits nombreux et confAdérables qui ne sont pas compatibles avec l'explication qu'il nous donne de l'univers. Cette explication se retrouve dans tous ses systèmes, quelque élaboration qu'elle y ait subie, qu'ils soient étayés d'une dialectique imposante comme dans l'hégélianisme, ou revêtus d'une parure élégante comme dans nos métaphysiciens littérateurs; elle revient toujours à déclarer que la nature se suffit à dle-même, qu'elle n'est point l'ceuvre

d*une cause personnelle, intelligente et distincte du monde et qu*enfin il n'y a place nulle part dans la vie universelle et dans Thistoire pour la liberté morale. L'ordre matériel est tout. De là l'impossibilité d'admettre l'ordre surnaturel. Eh bien! il se trouve que la science de la nature, la métaphysique et la conscience démentent cette solution qui ne paraît satisfaisante que parce qu'elle supprime tout ce qui l'embarrasse.

La science de la nature dans son grand et large courant écarte les systèmes hypothétiques, qui ont essayé de doter la matière de la faculté de se transformer ellemême et d'enfanter la vie. Ni la théorie de la sélection naturelle, ni celle delà génération spontanée ne se sont justifiées devant un examen impartial et approfondi. La nature se présente à nous comme ordonnée sur un plan d'unité; elle forme une vivante échelle sur laquelle les êtres sont disposés par séries, mais de telle sorte qu'ils ne peuvent s'élever par eux-mêmes d'un échelon à l'autre et que chaque règne, bien plus, chaque espèce suppose un acte créateur. Un plan merveilleusement sage se révèle dans l'ordonnance générale des séries, et la main créatrice apparaît à chaque nouveau chaînon ^ L'œuvre ne peut donc se confondre avec l'ouvrier, puisque la nature ne saurait franchir toute seule l'espace compris entre deux espèces. Il s'en suit que jusque dans le domaine* de la nécessité rayonne le monde moral, le monde de

A Voir le livre de M. Janet sur le Matérialisme contemporain.

la liberté et de Tesprit. La matière n'arrive à la vie, à rojganisation, que bous l'action d'une cause spirituelle et libre, c Les perfections de Dieu se voient comme à Todl dans la création. >

D'aiUeurs l'esprit lui-même apparaît dans le monde, non plus simplement dans cette empreinte d'intelligence et de bonté qui s'y reflète jusque dans les organismes inférieurs, mais encore dans une manifestation directe, je veux dire dans l'homme. Voici la pensée, voici la raison, voici la vie morale. Si l'on n'est jamais parvenu à faire sortir un oiseau d'un reptile, un carnassier d'un rongeur, comment supposer que Thomme sorte de l'animalité? On n'a pas réussi à produire un seul £Edt à l'appui de cette abjecte hypothèse. De tous les corps ensemble, dit Pascal, vous ne tirerez pas une pensée. Comment l'esprit lui-même naîtrait-il de la matière? L'apparition de la vie dans le monde inorganique a été un &it nouveau, ou pour mieux dire un acte créateur, car elle ne saurait jaillir de la pierre brute comme l'étincelle de cailloux entre-choqués. L'apparition de la vie animale a été également im acte nouveau, car jamais plante n'a donné autre chose que la vie végétative. Certes, de l'animalité à l'esprit le saut est plus grand, plus brusque encore; l'activité créatrice s'est donc manifestée avec plus d'éclat pour produire cette forme supérieure de la vie ou plutôt pour se reproduire en elle. C'est ainsi que, sans avoir recours aux brillantes peintures de la terre et des cieux par lesquelles on nous conduit de l'admiration d'une œu-

vre si parfaite à radoratioii de son auteur, sans demander au jour radieux et à la voûte étoilée cet hynme triomphal à la gloire du Créateur dont le chantre inspiré dlsraël nous apporte un écho, sans &ire appel à la poésie, moins fausse que le prosaïsme vulgaire lequel en croyant bannir Tidéal bannit l'idée vraie des choses, il nous sufSt d'invoquer la science de la nature pour reconnaître jusque dans ce domaine inférieur la grande cause libre et puissante que nous nommons Dieu. L'ordre surnaturel a marqué de son sceau l'ordie naturel qui n'existerait pas sans lui.

La métaphysique n'est pas moins contraire que la sci^ce de la nature à la donnée panthéiste. D'abord la raison répugne à admettre que le parfidt et l'infini dont elle a la notion soient inséparablement liés à rimparfait et au fini, que l'imparfait et le fini dissent partie de Dieu môme ' . Que si l'on objecte que la création distincte de Dieu est ime limite à l'être absolu et qu'en conséquence elle lui enlève ce caractère d'infini que le théisme lui attribue, nous répondons qu'il y a deux notions de l'infini, une notion qui le confond avec la totalité des choses et des êtres et qui le détruit en le posant, et une autre notion qui le fait consister dans la toute-puissance, dans la toute-science, dans l'indépendance de tout ce qui est relatif et incomplet,

^ Voir sur ce siget les beaux développeinents de M. Jules Simon d&ns son livre sur la Beligion naturelle.

diBS riotenâlé et lu plénitude de Tétre et non dans son extension, en un mot daas la perfection. Si Dieu, après avoir créé le monde contingent et fini, demeure en dehors et au-dessus de lui, sa volonté n'en est pas moins absolue : il n'y a à côté et en face de lui, que ks êtres qu'il a bien voulu appder à la vie. Or, l'essence de l'être, c'est la vol(^té ' . Mais voici la redoutable difiSculté métaphysique contre laquelle se heurte le panthéisme. Il ne reconnaît pas de cause libre et transcendante au monde, à la nature, à l'histoire. Il n'y a, pour lui, d'autre absolu que l'univers arrivant à la conscience de lui-même dans notre raison. Mais évidemment la vie universelle ne commence pas par cette forme supérieure ; elle ne débute pas par la pensée, i|ui est comme la fleur de ce dé\^loppement immense, car elle en est non la cause, mais le produit. Ce qui est au point de départ, à l'origine des choses, c'est non pas l'idée , non pas l'esprit , mais l'être abstrait, TEtre si vide qu'il est semblable au non-être. Ainsi le plus résulte du moins, la vie de la mort ou de l'inertie ; la spirale immense de l'existence universelle part du néant même. Car qu'est-ce en définitive que Têtre abstrait de l'hégélianisme ou cet abîme insondable d'où Ton veut faire sortir l'univers, si ce n'est le néant? Ainsi ce £ftmeux axiome : Sx nihilo nihil ne saurait s'appUquer ni aux chrétiens ni aux philosophes spiritua-

^ Voir \m Philoêophe* contemporain, par M. Eugène Poitou, et Vldu de Dieuy par M. Caro.

listes qui posent l'être absolu avant le monde, mais il retombe de tout son poids sur les systèmes panthéistes. On a beau supposer des myriades de siècles pour élaborer ce néant; le temps, comme on Ta très bien dit, ne &it rien à raffidre.^^Des millions d'années ne fécondent pas ce qui n'est rien par soimême. Voilà donc l'effet le plus riche, le plus gran«> diose, le monde et ses harmonies, l'humanité et sa vie supérieure, édos, non pas même de la goutte d'eau de Thaïes, mais du vide. La raison proteste contre une pareille doctrine, et, pour l'accepter, elle doit ^er le principe de causalité qui est un de ses éléments constitutif *.

La conscience morale proteste bien davantage; elle ne survivrait pas à la suppression de l'ordre divin. Elle l'affirme avec autorité, toutes les fois qu'elle nous commande le bien et nous reproche le mal, car ce qu'elle nous commande c'est souvent ce que nous ne voudrions pas &ire, ce qu'elle nous reproche c'est ce que nous avons eu plaisir à accomplir. Elle n^est donc pas le simple écho de notre cœur, elle parle au nom d'une loi qui n'est ni celle de nos sens, ni ,çelle de notre âme mobile et passionnée ; elle nous met en présence d'un autre que nous, d'un plus grand que nous, qui a un droit absolu sur nous, et son Tu dois retentit encore sur les débris de toutes nos autres convictions

* Voir la belle leçon V«, dana ia Ration et le CkrUtianieme, de H. Ch. Secrétan, et les conférences Je H. Nayille sur la Vie étemelle.

LE SURNATUREL. fl

pour fonder en nous une inébranlable certitude. L'impératif catégorique, pour employer le mâle langage de Eant, est le roc qui supporte toute la vie morale des individus et des sociétés, et sur lequel une spéculation sophistique ne parvient pas à mordre réellement, quand même elle prétend l'avoir réduit en poussière. Le métaphysicien qui a éliminé la conscience est obligé de s*y appuyer à chaque instant; dès qu'il ne se surveille plus, il revient à ces croyances universelles et instinctives, et, toutes les fois que, devant le crime ou la trahison, il pousse un cri d'indignation, il reconnaît cet ordre moral qu'il a voulu confondre avec l'ordre de nécessité. Oui, l'âme humaine croit à la liberté, à la responsabilité, à la loi et à sa sanction; elle croit qu'il y a quelque chose qui est le bien, le vrai, le devoir, et quelqu'un qui le lui commande, le lui rend possible et en surveille l'accomplissement. Le panthéisme appliqué réellement et sur une large échelle, même par ses meilleurs représentants, couvrirait d'une indulgence plénière toutes les infamies, déchaînerait sans mesure les puissances du mal et rendrait la vie impossible. Il trouverait sa plus terrible réfutation dans son application même, qui serait rinsolente négation du droit et du devoir, la justification de tous les faits accomplis, une sorte de sélectitm naturelle pratiquée en grand au sein de l'humanité au bénéfice des violents et des pervers; ce serait le règne de la force sur une race asservie et dégradée. Grâce au ciel, cette efiîpoyable réduction à l'absurde

du panthéisme n*est pas nécessaire ; quand tous les tribunaux qui reposent sur la notion de responsabilité et de justice seraient abolis, le tribunal intérieur subsisterait encore, la conscience élèverait la voix pour attester que le genre humain ne 8*est pas trompé en croyant que le bien n'est pas un autre nom du mal et le mal un autre nom du bien, que la volonté n'est pas un ressort mû par la loi de nécessité, que la responsabilité est réelle et redoutable, et que la liberté, loin d'être une illusion, est le don périlleux et glorieux que nous a fait Celui qui nous a créés à son image. Tout en nous proclame son existence; je n'en veux d'autres preuves que ces aspirations inassouvies, ce besoin d'un amour infini, ce vide sans fond que rien ne parvient à combler, et ce tourment sacré si admirablement exprimé par ce Sémite inspiré qui parlait pour la race entière quand il s'écriait : c Mon âme a soif de Dieu ! »

Le panthéisme contemporain n'a pas seulement contre lui tout ce qu'il y a d'élevé, de noble, dans le cœur humain, mais encore l'abjection à laqueUe il arrive si promptement en ^emagne et en France. Ainsi que nous l'avons déjà montré, le matérialisme le plus franc est son successeur nature et son châtiment ; il ne peut se retenir longtemps sur la pente oix le précipite sa négation du Dieu personne et de la Hberté; son idéalisme faux et artificiel cède promptementla place au sensualisme. Aujourd'hui, pour réfuter ceux qui ont fait de l'homme le seul Dieu de l'univers.

il soffit de leur opposer ceiix qui eu font avec M. Taiue c la béte humaine. > c L'homme, dit-U^ est un animal^ sauf quelques moments singuliers; le sang, les in* stîncts le mteent ; la nécessité fouette et la bête av^ice, le moral traduit le physique. » Oe matérialisme décidé, cynique, fait le superbe comme s*il n'était pas une honte pour la génération qui y revient !

n a été cent f(HS victorieusement réftité; on lui a demandé d'expliquer comment la matière que nous ne (xnmaissons que par nos perceptions, c'est-à-dire par l'activité de notre esprit, se trouverait avoir plus de certitude que cet esprit lui-même, qui est non seulement le premier organe de la connaissance, mais encore son objet le plus direct. H est notoire que, tandis que l'organisme corporel se renouvelle incessanmient, molécule par molécule, l'intelligenoe conserve son identité; si l'on ne peut nier une corrélation étroite entre les manifestations de la pensée et les organes physiques qui lui servent d'instruments, ceUe corrélation n'est jamais dans une exacte proportion avec son développement * .

Qu'on nous explique ensuite comment les molécules qui entrent journellement dans l'organisme corporel pourraient soudain y revêtir des qualités spirituelles qu'elles ne possédaient pas auparavant; comment, de l'atome toujours divisible et étendu, on verrait sortir la

* Voir le beau travail de M. Janet sur le Cerveau, dans la Revue de$ DeuX'Mondes, 4e juin et juillet 1S65.

pensée qui n*a aucun de ces attributs; comment, s*il n'y a rien en dehors du physique, les réactions du moral sur le physique sont aussi incontestables qiie les réactions inverses; comment enfin on réduit à une unité factice deux ordres de fidts souvent opposés Tun à l'autre. Mais le matérialisme n*est pas une doctrine; c'est la fosse où tombent les avenues de Tesprit, c*est le bas-fonds où roulent les prétendus philosophes qui, après avoir nié Dieu dans le ciel, l'ont nié dans rhomme. Qu*il y ait des âmes éprises de liberté pour applaudir à ce sensualisme éhonté qui compte aujourd'hui tant de partisans, cela nous confond. Un tel état des esprits nous rappelle cette prophétie d'un philosophe du commencement du siècle : c Notre âge deviendra tellement cultivé , qu*il sera aussi ridicule à ses yeux de croire en Dieu qu'il l'est aujourd'hui de croire aux fantômes. Alors, sur chaque front la sueur des luttes saintes séchera; alors tariront dans les yeux les larmes des aspirations supérieures ; on n'entendra plus qu'un rire éclatant parmi les hommes, car la raison sera arrivée au terme de son œuvre et l'humanité aura atteint son but *. >

Espérons que bien des esprits abusés reculeront en définitive devant une théorie qui fiftit sortir l'humanité des fanges échauffées du chaos pour y rentrer. Tous ceux à qui il déplaît de descendre du singe reconnaît tront de quel prix on paye l'abandon de l'ordre suma-

> Lichtenberg, Vermischte Schrifften, I, p. 166.

tnrel et ils lui reviendront, au nom de la science et au ix»n de la conscience, comme à la seule explication vraiment suffisante de Fénigme de Tunivers * • Les hommes de liberté se souviendront des cruelles leçons de Thistoire, et quiconque éprouve un mortel dégoût pour Fère des Césars repoussera avec indignation Tabjecte pbilo* Sophie qui Ta enfantée, en se rappelant que, comme Ta dit un grand publiciste, il y a une sûre et secrète intelligence entre le matérialisme et le despotisme.

IL — RÉPUTATION DBS OBJECTIONS PATTES AU 8UBNATUBEL AU POINT DE VUE DU THÉISME.

Des considérations précédentes il résulte que les historiens de Jésus qui, au nom du panthéisme, ont éliminé d*emblée le surnaturel sans discussion et sans examen ont débuté par une thèse à priori qu'ils n*ont point justifiée. Nous avons le droit d'établir contre eux l'existence d'un ordre divin, en dehors et au-dessus de la nature, que nous pouvons appeler Tordre surnaturel. Une fois qu'il est reconnu , nous ne pouvons limiter d'avance son action ou son intervention dans la nature et il est logique d'admettre au moins la possibilité du miracle. Ici l'école théiste nous arrête et tout en admettant avec nous cet ordre divin, elle prétend contester la possibilité des miracles, au nom de sa perfection même

* Dq>ais que ces pages ont été écrites, M. Ernest Naville a publié son beau liTre intitulé le Père céleste, U n*est pas nécessaire de faire remarquer à quel point je me rencontre avec lui.

26 LE SmWATUREL.

qui implique riinmutal>i]ité des lois du monde. C'eét à cette objection que nous devons répondre maintenant. Elle ne saurait nous embarrasser beaucoup.

Il £siudrait d*abord s'entendre sur ces lois. La science permet-elle de leur conférer une valeur absolue? Sontelles autre chose que des formules destinées à généraliser la somme des faits constatés jusque présent? On doit se garder de dépasser la mesure de certitude possible dans ce domaine. Peu importe du reste le plus ou moins de fixité de ces lois. Il en est d'autres dont l'immutabilité est bien autrement évid^ite; je veux parler des conditions mêmes de la vie divine. L'Etre absolu, précisément parce qu'il est l'Etre absolu, distinct du monde, est souverainement libre et indépendant; or si en créant le monde il avait aliéné sa liberté , enchaîné son indépendance par les lois mêmes qu'il aurait données à la nature, il se trouverait que l'ordre divin aurait été profondément troublé et altéré; l'immutabilité des lois naturelles entraînerait la transformation ou plutôt la perturbation de l'ordre surnaturel qui est l'ordre de la liberté absolue. La souveraineté divine ne reconnaît pas de limite dans l'ordre de la nature qui est Tordre de nécessité. Si la création limitait son auteur, elle l'envelopperait et l'enchaînerait, et le théisme serait définitivement compromis. Aussi la nature a-t-elle été organisée de telle sorte qu'elle ne fQt point fiei*mée à de nouvelles interventions de la puissance divine. N'avonsnous pas reconnu la trace d'actes créateurs successifs dans la production des diverses séries d'êtres qui se sont

suco&lé jusqu'à l'apparitioa de Thomme ? Cette apparition n*est-dle pas le grand miracle de la création? Qu'est-ce qui empêche la puissance créatrice de se manifester de nouveau pour la réalisation de ses plans ? Aa-dessus des lois spéciales de la nature est la loi même de la vie naturelle, qui consiste à être maintenue dans la dépendance absolue de Dieu. Le pire des désordres serait qu'une telle loi fût abrogée. Il faut donc choisir entre la fixité invariable des lois de la nature et le maintien de la souveraineté divine.

n ne sert de rien d'invoquer l'immanence de Dieu dans la nature; nous admettons que nous vivons et que nous nous mouvons en lui ; mais autre chose est de croire à son action incessante et de l'identifier lui-même avec les lois naturelles, comme si la loi de la pesanteur ou de l'électricité était le mode nécessaire de son existence. Une telle conception de l'immanence conduit droit an panthéisme et implique la confusion du Créateur et de la création* Que si Ton objecte que nous-m^mes nous portons atteinte à sa souveraineté absolue en admettant qu'il a créé des êtres à son imiage dont il respecte le libre arbitre, nous répondons que ces êtres appartiennent précisément à un autre domaine que celai de la nature et qu'il a plu à Dieu de les soustraire à la passivité qui caractérise Tordre inférieur. D'aiir lemrs c^est de lui qu'ils tiennent certte liberté, dans laquelle il req^ecte sa volonté créatrice, et il ne s'est point refiisé d'agir directement sur eux et d'intervenir dans leur histoire morale, mais en maintenant toujours,

dans le mode de son action, la distinction tranchée entre Tordre moral et Tordre de la nature.

Que parle-t-on du bouleversement des lois naturelles? Personne ne conteste que Dieu ne soit demeuré par sa toute-présence et sa toute-science au-dessus des lois qui enchaînent les êtres créés à la succession des temps et à la division de Tespace. Pourquoi ne serait-il pas aussi bien indépendant des autres lois naturelles que de celle-ci? H y a plus, les créatures morales et libres modifient sans cesse Tapplication des lois naturelles, elles les combinent et les utilisent de manière à leur demander des effets nouveaux qui ne seraient pas produits par leur fonctionnement habituel et régulier; il arrive aussi qu'elles les suspendent par leur intervention. Quand ma main lance une pierre en hauteur, elle la soustrait un instant à la loi de pesanteur qui la cloue à terre ou Ty attire. Ainsi en est-il d'une multitude d'actes indifférents. Qu'est-ce qui m'empêche d'admettre que TEtre absolu qui tient sous sa main puissante le davier tout entier des forces de la nature, de celles que nous connaissons et de celles que nous ne connaissons pas, en tire des accords qui dépassent toutes nos prévisions? Il s'ensuit que les miracles où Ton peut supposer la combinaison des forces naturelles, connues ou inconnues, n'ont rien qui soit en oppositi(Hi avec ses lois. Nous allons plus loin; nous admettons le miracle absolu, c'est-à-dire la manifestation de la puissance créatrice sans intermédiaire. 11 n'y a rien là d'impossible au point de vue du théisme, qui croit à

la créstion libre, laquelle n*est pas simplement Torganisation de la matière étemelle. Les lois de la nature seront-elles violées parce qu'un fitit se sera produit qui procédera directement de la puissance divine? Est-ce que la vigne sera soustraite aux lois de la croissance des végétaux parce que, à Cana, l'eau aura été changée en vin? Est-ce que le miracle de la multljdication des pains a empêché la terre ensemencée de porter, cette année-là, ses moissons? Nulle loi générale n'a donc été violée ; il en serait autrement s'il était adtàis que la puissance divine n'a pu produire de tels effets; alors il s'ensuivrait qu'elle n'est plus souverainement libre, elle aurait donc perdu son caractère essentiel, ce qui serait une perturbation de l'ordre de Tmiivets bienlautrement grave que le prodige le plus étonnant, car, ne l'oublions pas, le surnaturel, c'est la liberté en Dieu, et on ne l'abandoime, ou du moins on n'en conteste la possibilité, qu'en abandonnant le Dieu personnel*.

Le âiéisme répond à ces considérations en invoquant la sagesse du Créateur. Comment supposer, s'écrie-t-il, que le Dieu souverainement sage n'ait pas réalisé son plaa par les meilleurs moyens et qu'il doive retoucher son œuvre comme un poète corrige ses vers, parce qu'ils sont défectueux ? L'objection porterait si nous étions dans le monde de la nécessité au lieu d'appar-

^ Voir sur ce sujet les déYeloppements de M .Rothe dans son opuscule Zur Dogmatiek, p. 66 et suivantes.

m LE SURNATUREL.

tenir à oelui de la liberté. Oui, si la création tout entière avait été achevée au sortir des mains de Dieu, sans que rien pût troubler le cours de la vie universelle enfermée entre des rives infranchissables, ime iater*vention nouvelle et extraordinaire de la puissance divine ne se concevrait pas plus qu^un coup de ciseau au marbre taillé par Phidias. Mais la création n*était point achevée, dans ce sens que la créature libre devait déterminer sa propre destinée par un acte de sa volonté : ce qui implique qu'elle pouvait introduire le mal dans une œuvre parfaite. Or le divin poème de la création, pour employer Tirnage d'un Père de l'Eglise, a été interpolé ; la détermination de l'être libre a eu des conséquences &tales pour lui-même et pour la terre qui lui a été donnée comme le théâtre de son activité, et qui est devenue celui de son châtimentjusqu'à ce qu'il mêle sa poudre à sa poussière. Oe n'est donc pas son œuvre que Dieu doit corriger comme si elle était originairement imparfaite et manquée ; il s'agit de tendre une main secourable à une créature perdue et malheureuse par sa faute. La question se pose dans des termes fort différents; la sagesse divine n'est pas en cause.

Que si l'on conteste la chute de l'humanité, nous dirons qu'à moins d'un optimisme «ussi superficiel qu'insupportable, on ne saurait contester son malheur et sa dégradation. Pour qui ne se met pas un bandeausur les yeux, la race humaine est une race accablée et avilie. Elle a ses joies, ses grandeurs et ses éclairs de noblesse; ses misères sont des misères de grand seigneur ; elle

ii*est pas ranimai parvenu, mais bien Tètre câeste et divin descendu de son haut rang et qui s*en souvient. Malgré le printemps et son sourire, la jeunesse et son enivrement, malgré ses courtes félidtés et ses rêves brillants, vojes9-la haleter sous son fisurdeau de souffrances jusqu'à ce que chacun de ses enfants rende son. dernier souffle dans une dernière douleur. Pour la majorité des honmies, Texistence est ime longue lutte contre la faim dans une ignorance prolongée et un labeur ingrat. Le pain est une conquête toujours chèrement achetée. Pour tous la mort est précédée d*un long cortège de maux physiques, et pour beaucoup elle paraît presque un remède, tant leur vie a été frappée et mutilée. Un gémissement immense s'élève depuis six mille ans de cette terre arrosée de sueurs et de larmes. C'est, comme le dit le poète, la voix des hommes qui pleurent; ils maudissent le jour où ils sont nés, toutes les fois qu'un coup nouveau de la destinée les a ramenés à la vérité poignante de leur situation. Sans doute, au milieu de tous ces maux, le char du progrès avance, mais j'ai vu des traces de sang à ses roues, et nous savons trop ce qu'il broie dans sa course. D'ailleurs il a beau s'élancer sur une route plus unie, il n'en laisse pas moins chaque génération au champ funèbre dont les plus belles découvertes delà science ne fwrment pas un seul sillon. A côté des malheurs il y a les crimes, les actions basses, les explosions de la haine et la fièvre des voluptés. Tl n'est pas nécessaire de prodiguer les tableaux chargés de sombres couleurs, de remonter

le cours bourbeux et sanglant de l'histoire. La puissance de destruction n'est-elle pas toujours de nouveau déchaînée parmi les hommes par les hommes euxmêmes, aussi redoutable sous la forme du plaisir qui tue que sous celle de la haine qui allume les guerres fratricides? Sans étendre notre horizon, il suffit de nous représenter ce qu'enferme de crimes une seule de nos cités, la plus brillante, la plus parée, et ce qu'une seule nuit y couvre de ses voiles! Il suffit même de soulever cet autre voile non moins obscur qui recouvre la vie de chaque homme, de descendre au fond de soi-même et de reconnaître courageusement tout ce que nul ne confierait à son plus intime ami. Si c'est là Tétat normal de l'humanité, si c'est là l'œuvre primitive de Dieu, qu'est-ce donc que ce Dieu, et pourquoi prendre tant de souci d'une sagesse si cruellement démentie? La solution chrétienne qui place à l'origine de l'histoire un terrible écart de la créature morale nous paridt seule compatible, malgré son mystère, avec la notion d'un Dieu libre et saint. Le péché d'origine a ouvert le monde au mal et à la douleur; il n'est que trop certain qu'il s'est renouvelé sans cesse sous une influence héréditaire; C'est là un fait qu'on ne saurait nier qu'en niant le mal lui-même et avec lui le bien. Dieu et l'ordre moral. Toutes les explications du mal données par le déisme ne tiennent pasdevant un examen rigoureux ; il est obligé de l'aflaiblir, de le réduire à n'être qu'une privation de l'être absolu qui tiendrait à la condition de la créature ; il finit toujours par en

£ûre quelque chose de naturel, de simple, qu*il doit adoucir le plus possible et jette une teinte rosée sur nos lourdes ténèbres. Mais la puissance malfaisante n'en poursuit pas moins ses ravages au sein de Tliumanité qui, incapable de la conjurer, ne cesse de la maudire. Quand toutes les afflictions extérieures auraient disparu, elle élèverait vers le ciel un cri plus désespéré encore, parce qu'elle serait tout entière livrée au tourment intérieur, dévorée par la soif de la justice et de rinfini ; semblable à Rachel, elle ne veut pas être consolée, parce que son Dieu n'est plus, ou plutôt parce qu'elle n'est plus à son Dieu. Toute grande poésie est en définitive une poésie douloureuse.

On a beau faire, l'homme se souvient, selon la belle parole de Platon, du temps où dans la lumière il célébrait les mystères divins ; il se souvient qu'il est de la race de Dieu et voilà poiu*quoi il est inconsolable. Cet incurable reg^t, mêlé d'une aspiration brûlante, quoique confuse, est au fond de la religion comme de Fart. On en retrouve la trace dans les mythes de tous les anciens cultes. Tout proclame donc que l'ordre naturel primitif a été bouleversé, non du fait de Dieu, mais du fidt de la créature morale égarée, et qu'il est devenu un ordre contre nature. Désormais, le surnaturel n*est plus qu'une restauration de la vraie nature , un retour à l'ordre vraiment naturel; il perd ainsi toute apparence d'arbitraire.

Si la chute n'est qu'une illusion, si le mal n'est qu*une imperfection nécessaire à l'harmonie de l'en-

3f LE SURNATUREL.

semble, je- conçois les objections du déisme an miracle. Mais s'il est vrai que la libre créature de Dieu soit malheureuse par sa faute et qu'elle se soit placée sous le coup d'une infortune aussi vaste ^ que profonde, au nom de quel principe ceux qui admettent un Dieu libre écarteront-ils le surnaturel? Après tout^ le miracle, qu'il ne faut pas prendre uniquement dans ses manifestations secondaires, n'est paa autre chose que l'intervention de la liberté divine pour sauver l'homme^ conformément aux lois de l'ordre mo^ rai. Quoi! vous reconnaissez que Dieu est libre, jnaîttre de sa création tirée par lui du néant, et ce Dieu libre n'aurait pas le droit, d'après vous, de sortir de son repos pour relever sa créature déchue, parce qu'il lui faudrait pour cela rompre l'enchaînement des causes et des efifets naturels et introduire un fait nouveau dans l'histoire! Mais s'il ne peut sauver, comment at-il pu créer? Cette création est apparemment un acte d'amour qui révèle le fond de son être. Si vous lui contestez son droit de souveraineté pour sauver sa cr^ture devenue malheureuse, vous lui refusez ce qui est l'essence même de son être ; — vous portez ainsi atteinte à son immutabilité morale, qu'il ne faut point confondre avec l'immobilité ou l'inertie. Le surnaturel, ce n'est donc pas seulement la liberté de Dieu, c'est encore sa charité. Je n'en connais pas de définition plus rigoureusement exacte. A quoi servirait-il à Dieu d'être libre, comme le ^ veut le théisme, s'il ne peut user dé cette liberté pour le bien? Dieu ne

LH SURNATUREL. d&

dépend pa& da Tordre naturel. Qu'on reconnaisse. donc que rien n est plus compréhensible que son interven-f* tion souveraine dans cet ordre, pour le restaurer quand* il a été bouleversé. Quoi de plus insoutenable, en bomie. logique, que le théisme inconséquent qui admet 1^ Dieu libre pour lui interdire de faire usage de sa liberté et réduit sa sagesse à comprimer sa chariié! Un. tel système doit monter ou descendre; il n*a de refiigp que plus haut, dans le christianisme, qui seul réalise pleinement ses grandes vues sur Dieu, ou plus baadanfi. le panthéisme, qui, supprimant Tordre transcendant et diviuy n'admet que la loi naturelle* Celle-ci, dans le déisme, devient une sorte de maire du palais qpii gouverne sous le nom d*un roi fainéant et le gouverne lui-même. Il ne reste plus qu'à déposer un tel souverain. Dandum est Dto, disait saint Augustin, tu/m dliquid /acere posse quod nos intestigart non ppssur mus. € Il faut accorder à Dieu qu'il peut bien faire quelque chose qui nous dépasse. »

n est une écde plus inconséquente encore que Yiér cole déiste : c'est celle qui prétend nous donner, un christianisme sans miracles et qui soutient sérieufoment que le surnaturel est un élémeint indifférenii dans la religion de TEvangile. La confusion des esprits* est telle aujourd'hui^ que Ton voit des théologiens qui repoussent ouvertement la notion du Dieu personnel, se réclamer du nom de Jésus-Christ. Quand l'Eglise aura élargi ses cadres au point de; les j enr* fermer, il n'y aura plus d'Eglise,, car elle aura rejeté

:î6 le SîîRXATURKL.

alors ce qui en avait fait jusqu'ici la société des chrétiens. Lies déistes qui se réclament d^elle, et que nous flommes loin de confondre avec les panthéistes, n'en méconnaissent pas moins son caractère distinctif. De ce que le miracle , ou pour mieux dire le prodig-e a cessé d'être notre preuve décisive pour céder le pas à la preuve morale, ils concluent que le surnaturel est de nulle importance dans la croyance chrétienne. La conclusion est singulière, puisque le miracle, au lieu d'être simplement la preuve de la religion, en est l'objet même. Le christianisme repose tout entier sur l'idée ou plutôt sur le fait de l'intervention surnaturelle de l'amour divin pour sauver un monde perdu. Quand on en a retranché le dogme de la chute et celui de la rédemption pour leur substituer le système du simple développement de la nature humaine arrivant à sa perfection en Jésus-Christ, on l'a sapé par la base. Le christianisme s'est établi avec la folie du surnaturel, il vaincra ou périra avec elle. Prétendre le maintenir en lui enlevant ce trait vraiment caractéristique , c'est introduire la plus intolérable anarchie dans le monde de la pensée. Nos déistes chrétiens ne sont que des représentants timides de la tendance que nous avons combattue; ils ne sont rattachés à Jésus-Christ que par un souvenir respectable sans doute, mais qui ne saurait prévaloir sur le fond même de leur pensée, laquelle est au pôle opposé de l'Evangile.

La conclusion de ce chapitre est donc que c'est bien

LE Sl'RNATURKL. • «7

à tort que les modernes historiens de Jésus ont éliminé d'emblée la notion du surnaturel. Nous avons établi sa possibilité contre le panthéisme qui ne le repousse que parce qu'il nie Dieu, et contre le déisme qui ne l'écarté qu'en manquant à son propre principe sur la liberté divine. On n'est plus en droit de frapper d'avance d'interdiction le témoignage de nos évangiles. Nous pouvons aborder les origines du christianisme sans nous mettre en quête d'hypothèses compliquées pour le faire rentrer dans l'ordre naturel. Du reste, ce n'est pas seulement cette grande histoire qui est altérée par un tel parti pris; c'est l'histoire elle-même dans sa plus large acception. Qu'on en fasse disparaître la liberté, soit en Dieu, soit en l'homme, et l'on n'a plus que le choc de forces aveugles ou une sorte de géométrie qui se déroule toute seule en formules abstraites, ou bien encore une véritable histoire naturelle où les conditions physiques jouent le premier rôle; le fatalisme est la loi universelle, et tout l'intérêt et toute la moralité du drame disparaissent. Sous l'influence de pareils principes, l'histoire du genre humain devient promptement une chronique confuse.

Le déisme s'élève plus haut sans doute, mais il ne met aux prises que de faibles créatures. Combien l'histoire n'est-elle pas plus belle, plus émouvante, quand elle nous présente les luttes fécondes de la liberté divine et de la liberté humaine, la première s'efforçant de s'assimiler la seconde et d'amener la ré-

7g LE SURNATUiœL.

'oenelMiltion d^nittfe ijtii, sairô dans^tofùtes^Bes leon- «ég[i!eirces, sera le àénoùm^it de eette'sublii&e ^ftétion. >Je n'onconaaiB pas d'idée plus ixaUte/plos satisfai- -saxite. Dieu d«»s Phiâtoire, le Dieu libre, le Dieu d'àiKOor, qui est celui de la oanscienice et de l'Evau^e, Dieu poursuivant son plan de restauration, arec Ffaomme quand il se soumet à lui, malgré l'homme qnmiid il se TévoHe, voilà la grande pensée qui doit ittsprrer ces belles études historiques, la meilleure gloire littéraire de notre siècle. La vie de Jésus y reprend sa place centrale comme l'événement capital auquel tout tendait dans les époques antérieures et duquel tout procède dans les âges modernes; c^est le nœud même de ce drame qui n'est ni une force misérable ni une tragédie Bans dénoûment, mais le développement grandiose d'une divine pensée de pardon et de salut, au travers des luttes i&t des réaétiom'tte'la Kberté humaine.

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