‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 5 sur 309 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

jisUS-CHRIST ET LES KELIGIONS DU PASSÔ.

• L'histoire, d'après la donnée chrétienne, s'ouvre par un jnnmd conflit entre l'homme et Dieu. L'être libre .qui a été fait le roi de la création terrestre, et qui devait* -en devenir le prêtre, succombe dans la mysténeose épreuve, par laquelle il lui fallait passer pour ajq)rendre qu'il s'appartient à lui-même et qu'il est capable du bien comme du mal. Confondant la liberté avec la violation de la loi morale, oubliant que celle-ci «st au fond la loi de la vie supérieure, il manque à sa destinée et tombe sous le joug pesant et dégradant de la nature. Sa révolte l'a rendu esclave, ce qui est le sort de toute fausse émancipation, car la créature ne saurait se constituer dans l'indépendance absolue : ou elle receimaît la loi morale, et alors elle est divinement libre, ou elle devient le jouet de ses bas instincts et de ses passions. En se séparant de son Créateur, l'homme s'est séparé du principe même de la vie; c'est dire quel sera son sort s'il est abandonné à lui-même. Le christianisme nous apprend que le libre amour qui l'avait appelé à l'existence, est intervenu souverainement une seconde fois pour le relever et le sauver.

Le pardon généreux qui couvre son offense et qui rompt renchaînement fatal et logique d'après lequel la mort sort du mal , voilà le surnaturel saisi dans le cœur même de Dieu, à son origine et dans son principe.

Mais la vie morale ne peut être rendue, comme elle a été donnée, par un acte simple de la toute-puissance divine. Dieu a créé d'un mot un être libre, mais la liberté une fois donnée ne saurait être violentée , pas même pour l'accomplissement de l'œuvre de restauration, sinon la restauration serait en réalité l'anéantissement de la créature morale. Il s'agit donc d'amener progressivement un nouvel accord entre la volonté humaine et la volonté divine, et cet accord sera une réconciliation, non-seulement du côté de Dieu, mais du côté de l'homme. Dieu renonce à son droit de punir, mais il faut que l'homme renonce à sa volonté mauvaise de s'appartenir; il faut donc qu'il rétracte sa révolte, qu'il meure à lui-même pour se donner à Dieu. Ainsi la réconciliation sera un double sacrifice, le sacrifice divin de l'amour qui pardonne en abdiquant le droit du châtiment irrémissible et le sacrifice du cœur humain qui renonce à lui-même, qui se brise ou qui s'immole en répudiant ses rébellions passées et en acceptant toutes leurs amères conséquences dans le présent. Or, toujours d'après le christianisme, l'humanité à elle seule est incapable de ce retour douloureux et saint. Voilà pourquoi Dieu ne l'abandonne pas plus à son impuissance qu'à sa condamnation; il agit sur elle

da dehors par les dures leçons de la vie et par les faits révélateurs; il agit sur elle du dedans par l'action mystérieuse de son Esprit; il la pénètre de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin son Verbe éternel, vie et lumière du monde moral, descende en elle et se l'assimile au point de la représenter véritablement. Nous verrons plus tard ce qu'il faut entendre par cette assimilation, et par l'œuvre réparatrice dont elle est la condition. Bornons-nous à dire pour le moment que l'Homme-Dieu ne la représente pas seulement parce qu'il s'est fait semblable à elle, mais encore parce qu'il répond à ses intimes aspirations; confuses et soufllées dans les masses humaines, elles apparaissent pures et lumineuses dans l'élite morale qui est pour nous à chaque époque l'humanité véritable, je veuï dire celle qui répond à sa destination. De là une œuvre patiente de préparation précédant la venue du Christ. Elle se poursuit sur deux lignes parallèles, celle des révélations directes dans le judaïsme et cdle des libres expériences dans le paganisme; le {KHnt de convergence est l'universelle attente du monde à l'époque de la naissance du Christ. C'est amsi que le Rédempteur mérite de s'appeler le Désiré des nations, selon une sublime expression de l'Ecriture qui renferme la plus haute philosophie de l'histoire.

Telle est la donnée chrétienne.

Nous n'avons pas à la justifier, mais simplement à la poser. On conviendra qu'elle ne manque ni de

ut 1Ë8US-CHRIST ET LBS REUQIONS DU PAAIÉ.

•gtttnietii; ni Âd nrespect pour rhumaoilé. Il rnTest qpw;be6ainade: longs développements pomr établir qa*'dUe («Kpli(}ue .mienx qu'aucune autre théorie Thiâtoire de Bitte Tace. Seule, eHe nous donne raison des faits génécaùx vraiment universels et humains qui 43e re* trouvent dans toutes les civilisations de Tantiquité et dont on seconnaît le rudiment jusque dans l!exti4me terbarie.

Lareligionest un de ces faits universels; gnroasière ou apurée, elle domine partout la vie humaine; elle la£|çonneÀson image et nulle empreinte n*est comparable à la. sienne pour marquer les époques et les na- 4iions. Soas:oe nom de religion nous n'entendons pas simplement un «^semble de croyances ou d'idées sur la . Divinité ; la religion est avant tout un instinct impérieux de Fàme, un 'besoin d'infini, de paix, de pardon, de ooGâolation qui commence par être un tourment et une «bcession avant de procurer l'apaisement. Elle aaît non de la terreur physique, mais des épouvantes de la 'Conscience et de l'effroi de l'inconnu; elle a pour inspiration première le sentiment de la culpabilité et deJa «souillure et aboutit aux sacrifices et aux purifications. Ainsi le fiait universel et humain, ce n'est pas je ne aais *:quelle religion naturelle composée de deux ou trois •dogmes, c'est la tentative passionnée de renouer < le lien brisé entre l'humanité et la Divinité; c'est la recherche d'une expiation suffisante et i d'une réconeîliation certaine avec le del.

La. succession ou la transformation des religions

JÉSUS-CHRIST ET LES RELIDP31I6 mn^AlSË. '4a

}v«3 démontre l'énergie du sentiment religieuï; G*ait une soif trop brûlante potnr qu^elle soit étaacbée par quelques gonttes d'une oncte troublée. Chaque religion imparfSeûte n*est qu'une balte dans l'ardente poursuite d'un but qui fuittoujourB, mais polir lequel rhomme montre bien qu'il est ftiit, par l'incapacité où il est de s'arrêter, avant de l'avoir atteint. L'apparition de l'art, partout où une civilisation non- ^idle se constitue, révèle la même inquiétude et la 4iièine aspiration. Diaprés la -sublime et proftmde interprétation de Platon, l'bomme cberdie à oublier la froide et mesquine réalité des choses pour retrouver l'idéale -beauté dont il se souvient. Toute grande poésie 3est «Ln arc-«n-ciel formé des larmes que nous arrackent nos misères actuelles et des rayons de gloire qui rapp^lent nos hautes origines. La philosophie, surtout •ans la forme qu'elle a revêtue à 'ses grandes époques dans l'antiquité, est la recherche du vrai absolu au delà des opinions trompeuses et mélangées; elle transporte dans-un domaine plus sérieux les mêmes -regn^ets et les mimes aspirations:qui ont donné naissance à Tart. »La iuocession comme la multiplicité <les écoles et des systèmes manifeste à sa manière cette même soif inassouvie que nous arrons constatée ^dai» le<domaine de lareli* gion.

Âissi l'homme dès qu'il est dans les conditions faftorâbles à son développement se montre ànous comme un être essentiellement religieux, mais qui n'^st pas satisfait de sa condition, qui cherche mieux etveut retrou-

ver un Dieu apaisé. Il est si peu exact de dire que ces grands sentiments tiennent aux circonstances extérieures, ou aux progrès de la civilisation, qu'on en reconnaît le reflet pâli jusque dans les conceptions religieuses les plus infimes. C'est donc bien dans l'ànne qu'en est le foyer. L'homme ne s'élève point du sensualisme matérialiste à la notion de la Divinité, car jamais il ne tirerait cette notion de l'ensemble des phénomènes; il n'y introduit une idée divine que parce qu*il l'avait en lui auparavant. On peut conclure de l'universalité de cette idée divine qu'elle faisait partie du trésor primitif de la race ; n'étant pas empruntée au monde extérieur, elle descend de plus haut, elle vient de Dieu même et ramène à lui. Bien loin que les premières ébauches des cultes de la nature soient le commencement de la reUgion, elles ne doivent leur cai'actère sacré qu'à la préexistence de la religion dans le cœur humain. Certes quand Thomme est tombé assez bas pour se soumettre aux forces de la nature, il ne songerait pas à les diviniser si l'idée divine n'était profondément enracinée en lui, si dans une période antérieure elle ne l'avait possédé tout entier. Ces religions ne sont possibles, dans l'abjection qu'elles supposent, que si l'homme a vécu au premier âge du monde d'une vie si profondément religieuse, que même dans l'excès de sa dégradation, il n'en peut rejeter le souvenir ou le besoin.

A côté de l'instinct religieux est l'instinct moral, le sentiment de l'obligation, de la dépendance vis-à-vis

d*une loi supérieure et divine, la conscience enfin qui, quelque ébranlée et obscurcie qu'elle paraisse souvent, n*en est pas moins le fondement même de la vie sociale, car supposez-la totalement absente, ni la famille, ni l'Etat ne sont possibles un seul jour. Elle est au fond des lég'islations les plus défectueuses ; sans la notion et le sentiment de l'obligation morale, il n'y a plus dans les relations bumaines qu'un conflit désordonné. Le sentiment moral uni au sentiment religieux empêcbe l'bumanité de vivre d'une existence bfô^tiale, de s'endormir dans le repos ou la volupté; c'est un double aiguillon acéré qui ranime ses inquiétudes et la pousse en avant, affamée de pardon et de justice. Elle est donc bien évidemment placée dans les conditions les plus favorables à une œuvre de restauration, et pour croire à la possibilité de son relèvement, il suffit d'entendre sa plainte et de recueillir son soupir au sein même de la prospérité extérieure.

Cette humanité ainsi religieusement organisée a une histoire ; Dieu agit constamment sur elle pour la préparer à l'union parfaite avec lui. Un simple coup d'œil sur le développement des religions antiques révèle cette préparation progressive, souvent retardée par les écarts de la créature libre, mais qui se poursuit tout autant par ses expériences et ses tâtonnements au sein du paganisme que par les révélations directes au sein du judaïsme.

Ici il faut bien s'entendre. L'école naturaliste prétend que le christianisme a été non pas préparé, mais en-

46* JBAuiM^HRlST. ET LES RBUG9QN8 DU PASBÊ,

fanté p&rraïKâen monde,. qu*il eat.le produit de ses divecB élémeBtfi et comme le confluent à^. 96& courants, si bien qn*on peut Uexpliquer par le aimpla concours^ ou. la combinaison de causes naturelles, Le.cbristia^ niane, au.ccmtraîre, se donne comme une oeuvre divine, comme un«bcréation surnaturelle. On lui oppose les idées et les sentiments qui dans T ancien monde avaient quelque analogie avec sa. doctrine; mais il est en droit de s*en emparer comme de son bien et d*y chercher une preuve easafaveur, car s^il n*eât.paâ le produit de Thu* manité, il n'en est pas moins fait pour elle, il prétend répondre à ses besoins intimes. S*il est la religion définitive, il a dû être désiré, pressenti; ces analogies qu'on invoque contrôlai sont des points de contact avec la. race qu'il vient relever et sauver. Il en serait autrement saxis^ doute, s*il y avait eu avant lui autre chose qu'im pressentiment des biens qu'il apporte^ s'il avait existé une religion ou une philosophie qui eût donné vraiment œ qu'il promet. Mais il n'en esi rien; il se trouve précisément que Tépoque des aspirations les plus hautes est celle de Timpuissance la plus radicale et la plus honteuse. Il est doUic d'autant plus nécessaire à. l'âme humaine que celle-ci le demande davantage par ses aspirations et ses pressentiments. Evoquer devant la race dédiue un idéal élevé, mais irréalisable par ses seules forées, voilà toute l'œuvre de préparation^ car c'est du moment où elle aura conscience tout enaemidedeaes hautes destinées et de son incurable faiblesse qu'elle sera prête à recevoir le libérateur.

Page 1