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LA MORALE PHARISAÏQUE

Cette foi est toute intellectuelle : c Celui qui oublie un seul point de la doctrine est censé courir à sa perte. » Les maximes pharis^'ques, surtout celles qu*on attribue à Hillel ressemblent parfois à des perles précieuses, mais le fil qui les rattache est une pensée basse et mesquine. Le rite est mis sur le même rang que les prescriptions de la morale étemelle. La peste désole l'univers, parce qu'on n'a pas scrupuleusement observé l'année sabbatique. L'exil est la punition de l'idolâtrie, de l'inceste, du meurtre et de la violation du sabbat*. Une casuistique détaillée, dont les évangiles nous fournissent de nombreux exemples, se substitue à la loi de sainteté. L'observance du sabbat poussée aux exagéî^ations les plus ridicules devient l'essence de la religion; il sufiSt de s'y conformer pour racheter les plus grands péchés. € Dieu pardonne à celui qui garde le sabbat. > La pleine observance de deux sabbats eût sauvé Israël.

Une sèche orthodoxie et un formalisme mort, c'est à quoi se réduit la morale pharisaïque. Aussi son dernier mot est-il l'hypocrisie, la préoccupation de l'apparence, de l'extérieur, au détriment de la piété véritable. L'assistance aux fêtes est considérée comme un moyen efficace de salut; la fête des expiations expie réellement les péchés; la circoncision introduit dans le royaume des cieux. La piété des pères rejaillit sur les enfants, qui puisent dans leurs mérites surérogatoires comme dans un trésor toujours

» Pirke Aboth, p. 521.

ouvert*. Les rabbins sacrifient tout au dehors. Ils ne veulent pas de la confession des péchés, si elle peut nuire à leur caste; ils recommandent sans scrupule la dissimulation à celui des leurs qui a commis quelque faute grave, c Le rabbin, lisons-nous dans un fragment du Talmud, doit éviter de marcher avec précipitation et s'avancer un peu courbé, avec la tète penchée, n ne doit point s'entretenir avec une femme, pas même avec la sienne. Quand la mauvaise nature a surpris l'homme, qu'il aille en un lieu où il est inconnu, qu'il mette des vêtements sombres et se couvre d'un voile noir, et alors qu'il fasse ce que son cœur lui commande et ne déshonore pas publiquement le nom de Dieu*. >

Décidément le fondateur du culte en esprit n'avait rien à apprendre de ces hommes de la forme vide et du mensonge; il ne pouvait que condamner et maudire ce trafic des choses saintes, plus dangereux et plus coupable quand il porte sur le salut de l'âme que lorsqu'il aboutit à une impudente simonie.

L'époque qui vit naître le Messie est toute frémissante d'une mystérieuse attente. Les paroles si souvent citées de Suétone sur le dominateur universel qui devait venir de l'Orient ne sont qu'un écho des fiévreuses espérances des Jui&. Mais, à les considérer de près, ces espérances sont plus empreintes que jamais d'un caractère politique et théocratique. La tendance maté-

» Ofrœrer, H, p. 170.

> léem, n, p. 106, 167.

134 MATËBlAUSATIlW DS8 BSPÉaâKeiS JUIVES.

rialjite ique 'souus avons fltgnalée Ambb les livres apoerypbes, Arrive à^ son point culminant précisément à la viQiUe du grtmà événement qui ts leur donner le plus édatwtdéinenli.J)7oufl en trouvons nue fidèle expression dans Ii9s divers passages de nos évangiles qui mettent en aeène les contemporains de Jésus; elle se déploie tout entière dans les Targums, dans les portions les plus anciennes du Talmud et surtout dans les grandes apocalypses, oomme le livre d'Enoch et le qnatritaae livre d'Esdras. Le Messie que Ton attend doitéire un roi puissant, descendant de David'; ia ville de Bethléem est déjà désignée coisiaie le lieu de sa naissance par les douleurs que consulte Hérode^, et qui sont Técho fidèle des Targums de l'époque. De grandes douleurs précéderont la vei>ue du libérateur; il aura Elle ou l'un des prc^ètes pour devancier immédiat'. On se le r^résente souvent sous les traits d'un nouveau Moïse; o'est lui qui sera le propdiièie par excellence, semblable au prophète idu Sinaï, dont le DeutéroiKune a prédit l'apparition; on attend de lui des miracles qui rappellent oeux du désert^. Son œuvre consistera surtout h relever la gloire ias Jui&, h reconquérir le sol sacré de la Pidestine, &reoonstîtuer le noyaume d'Isinâl^apsès avoir purifié par la repenta»ce Je peitple de Dieu *. Tels sont les traits assentiels du tableau. Ils'^nt reproduits dans

* Marc Xn. 85.

•MatOi. 11,5.

» Marc IX, 11 ; VI, 15; Jean 1, 2L

* Jean VI, 31.

» Actes I, 6.

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