LES TÉMOIGNAGES DU SECOND SIÈCLE
langue philosophique de la Grèce. Cette appellation de mémoires était bien plus claire que celle à^ évangiles pour les lecteurs de Xénophon. Mais il suffit de relever les citations de Justin pour reconnaître qu'elles contiennent toute la substance de l'histoire évangéîîque, avec des ressemblances verbales si frappantes qu'elles supposent nos textes canoniques ^ D'après Justin luimême, la lecture des mémoires des apôtres faisait partie intégrante du culte chrétien de son temps ^. On ne saurait imaginer d'autres livres que nos évangiles qui pussent obtenir au second siècle cet honneur public et cette consécration. Comment en douter quand on voit Tatien, le disciple immédiat de Justin , écrire un commentaire sur les quatre évangiles, comme pour faire disparaître toute équivoque sur ce que son maître entendait par les mémoires des apôtres. Les Pères apostoliques, trop rapprochés des faits pour tenir aux mots, citent les textes avec moins d'exactitude encore que Justin. Ils sont, avant tout, les hommes de la tradition orale, comme l'un d'eux a pris soin de nous le dire formellement : € Je ne pensais pas, dit Papias, recevoir autant d'utilité des livres que du témoignage vivant '. p Cet aveu expUque parfaitement comment nos récits canoniques occupent beaucoup moins de place dans les écrits des Pères apostoliques que les événements qui
• On n'a, pour s'en convaincre, qu'à lire dans Tlntroduction aa Nouveau Testament de De Wette la collection complète de ces citations rapprochées des textes canoniques, { 66 et suivants.
• Justin, ApoLt I, 67.
•Eusèbe, ^.JJ., m, 39.