L'ÉVANGILE HÉBREU ET L'ÉVANGILE GREC
renseignement plus élevé, moins populaire, qui avait eu principalement Jérusalem pour théâtre et que Jean devait plus tard rédiger pour l'Eglise. Ce résumé de sa prédication était une ébauche sublime d*évangile; on ne saurait lui reprocher des lacunes qui sont volontaires, puisque l'apôtre n*a point eu l'intention d'écrire un évangile complet et définitif. L'auteur de notre récit canonique a écrit l'évangile que nous possédons sous l'inspiration divine la plus caractérisée en y faisant rentrer l'écrit de Matthieu, qui, au fond, renfermait la substance de la prédication des douze; seulement il lui a donné une forme plus arrêtée. Les erreurs de détail qu'il a commises, inexplicables chez l'apôtre, se comprennent parfaitement de la part de son disciple. Celui-ci n'en a pas moins écrit l'évangile selon saint Matthieu dans lequel se résume toute une période de l'Eglise primitive, et il l'a écrit à une date qui lui conserve sa haute valeur historique. Cette date est inscrite dans le livre même. Ed efiet, la manière dont l'auteur rapporte la prédiction de la venue prochaine du Sauveur et la crise finale de l'histoire, en les rattachant immédiatement à la ruine de Jérusalem, sans explication ni réflexion, reporte la composition de son évangile avant ce tragique événement, c'est-à-dire avant l'an 70'. Ce résultat est acquis à la
t EuOécoç U. (Matth. XXIV, 29.) Nous avons une preuve frappante de rimpossibilité de placer le premier évangile longtemps après U prise de Jérusalem; c'est le récit d*Hégésippe sur une entrevue qui aurait eu lieu entre Tempereur Domitien et des chrétiens de Palestine, parents de Jésus. L'empereur les ayant interrogés sur Je règne du Christ, ils répondirent que ion royaume célests
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critique et il est impossible d*en méconnaître Timportance.
Ainsi, dès cette époque reculée, nous avons un évangile grec qui n*est que la rédaction définitive de l'évangile hébreu de Matthieu, et qui nous conserve dans un récit méthodique l'histoire de Jésus, présentée sous le point de vue de la première prédication apostolique à Jérusalem. Nous avons là, en quelque sorte, le glorieux testament de l'Eglise de la chambre haute léguant aux âges futurs cette importante vérité que Jésus-Christ est bien le Messie attendu et préparé par l'ancienne alliance, qu'il répond à toutes les pieuses aspirations du passé, mais non & l'attente charnelle de la théocratie dégénérée, qu'il est enfin le roi du nouveau peuple de Dieu, sacré non sur la montagne de Sion, m^ sur la colline du Crâne avec son propre sang. Voilà l'idée fondamentale de notre premier évangile. On peut l'appeler l'évangile de l'accomplissement, tant il s'efforce de rattacher les faits évangéliques aux prédictions de TAucien Testament. Dès le début il nous montre en Jésus le dernier fils de David, mais exposé déjà à la haine meurtrière qui finira par le clouer sur la croix. Le discours sur la montagne, les paraboles du royaume, les anathèmes aux pharisiens, le tragique récit de la passion, tout contribue à opposer aux fausses notions d'un judaïsme matérialisé la notion du Christ véritable.
•erait fondé à la oonsommation des siècles : lia ouvTsXsCcf to5 ouÂvoç. (Eusèbe, H, £., III, 20.) UeOOéci)^ du premier évangile n*eti plu possible après la ruine de Jérusalem.
208i^E PVmUK^È^\Aii(3^E^ KBS^ POINIT JUDÉO-GIiRÉTIEN.
le légf^tew: roi et.. victime.. Jé«u3iesi;k biaa-le.Messît des saints et des prophètes, comme le démontre Tac* cord pi^j:fiûl; en;tr^ les circQn&twces de sa yio^etidcs ba mcNrt.et lied crades de Tanliqueprophé^ cUéa aYoe un soin minufiaux par notre évangéHste.
Bien dan^ Matthieu ne rappelle un judéo^hrîstia' nisme étroit; il écrit sans parti pris, toujours prêt à reooojiaitre la valeur de rancienne alliance, tout en maîolienant le large caractère de la nouvelle. Si notre éva«g^]e attribue & la loi uma valeur permanente, c'est dans un sens très restreint, puisqu'il reconnaît quelle aménagé dans plusieurs de ses commandements la dureté -du cœur de l'homme * ; il remonte sans cesse de la lettre à l'esprit, de l'acte extérieur à, la disposition morale^. Si les douze reçoivent Tordre de ne pas s'adresser aux païens dans leur première mission» c'est un ordre provisoire, car la dernière pacok de JéBus-îChrist est pour commander & ses disciples débaptiser toutes les nations de la terre'. Le cheonp de la. divine semence n'est pas simplement la terre de Judée,, mais le. monde ^. L'en£ant Jésus est adoré par les^mages aussi bien que par les bergers de Bethléem '. LaiCondamnation du judaïsme incrédule est.formelieh m^eint annoncée^, Jean-Baptiste proclame le néant de la .
i MUlth. XiX, 8.
1 Id. XV, 16-20.
» Id. XXVIII, 19.
* Id. XXII, 38.
5 /A U, Ih « Id, VIII, 10-12.