DATE DE CET ËVANQILE. 21S
dare lui-même avoir tiré profita Les points de contact et de ressemblance entre Luc et Marc sont très nombreux. Or, par le second évangile, Luc rejoignait Matthieu, qu'il ne connaissait probablement pas sous sa forme grecque : ainsi s*expliquent les analogies et les différences de nos synoptiques. Comme le livre des Actes, qui est dû à la même main, se termine brusquement au moment où saint Paul entre dans sa prison de Rome, on a supposé que le troisième évangile aurait été terminé avant cette époque, c'està-dire vers Tan 62. Mais cela ne nous paraît guère compatible avec rantériorité de Marc. Il vaut mieux a*en tenir à la date qui est inscrit^ dans le premier écrit de saint Luc. En effet, nous retrouvons dans sa portion prophétique la même attente du retour prochain du Christ après la ruine de Jérusalem que nous avons constatée dans Matthieu, avec cette différence que les expressions sont moins précises et comportent la possibilité d*un certain délai'. Nous sommes donc reportés à Tépoque avoisinant la ruine de Jérusalem; la seconde génération chrétienne, à laquelle appartenait, de son propre aveu, Tami de saint Paul, vivait encore en majorité lors de ce grand événement. Si Ton tient compte de la haute antiquité de cet
* Lac déclare qu*il Teut écrire son évangile avec exactUitde, et en remontant d V origine des événements (àxpt£(5ç xaOe^ç); il montre bien par Ik que les documents qu'il a sous les yeux manquent de ces deux caractères. Cela rappelle la caractéristique de Mare par Papiat* résumée dans ce mot : où TdiÇst.
> Luc XXI, 31, 32.
tu LE QUATRIÈME ÉVANGILE.
évangile, de Texaciitude haixitueUe de nm ontear^ ponasée jusqu'à la mioutie dans oertaines portkma dei Actes des apôtres, et si Ton se aoiment de toutes les oocasioDs qu'il a eues, loi le compagnon ohéri du grand apôtre, de reœvoir à Jérusalem même des renseignements de première main, on roeonnaitn que Ton est avec lui dans la daire et pure atma^hère de la vérité historique.
CTest ainsi que dans nos synoptiques movs retrouvons fixée pour jamais la tradition primitive de l'Eglise apostolique; elle y a revêtu une fimne individuelle et un sceau doctrinal, ce qui était pour elle le seul moyen d'échapper aux fluctuations des tni<ditions impersonnelles, toujours mobiles et légendaires.
IIL— Le quathièmb évangile^
Le quatrième évangile nous transporte dans tnxmilieu très diffîrent de celui des synoptiques. Noua i
* Nul livre du Notnreau Ttotament n*a donné lien à de ph» ardeolas p«léanques. L*exposé de ces luttes est un des chapitres les phis tnportants de Thistoire de la théologie moderne. La première attaque
• sérieuse contre raulhentiohé du quatrième évangile vint de ^«tachaeider (ProhahiUa de evang, et epist, Joh, 1820). Il rétracta ses doutes. Strauss, dans sa première Vie de Jésus, ranima la controverse. U proTO- ^na ies écrits de Neander et de Lucke.Le dernier a ctasioré ml quar «rièBe évangile un des plus beavx oMnoments tbAologi^Ms es ce
■ temps. L*éoole de Tubingoe Rattacha à ropoftgr le qastrièBia'4raDgi<«
• «u mitieu dn seeond siècle; elle 7 voyait la conciHaticNrdas dsix tendances judéo-chrétienne et paulinienne dans un» aynthèaa metsphysique (Schwegler, Nach apost. Zeit,, II, 346, 347; Zailer, Théo-
ËTàT Jm L'MUSB A. LÀ FIN DU PREMIfiR SIÈCLE. 215
hm loin Jbes préoceupatiDiis de TEgliae palastinieime, doDt la pnaoîpal soin, était de renouer le liea ^ui TuniB- ^t à raneienoe alliance, tout en établissant ses dixûts è^ h reBBLpUœr et à raecompUr. Ces questions^ si braisâtes à Jérusalem avant L'an 70^ sont à Tarrière-plan. Lapidénûque paulinienne pour établir le caractère lacgeiaeiit humain du diristîanisme est partout sup*pesée» sa&s doute, mais sa victoire est complète et n.*eBt plua disputée; le sillon péniblement et profondâm«at creusé e^ maintenant recouvert par les épis mûrissaata. Il ne s*agit plus simplement, conune dans le vivant récit de Marc, de retracer les faits évangéliqaes; Tidée, à peine indiquée d'abord, s'en dégage
logisck, lahrbûch., 1845, p. 576-656; Baor, 0e9eh, êêr Ckr, JBUrak^ dtrdrei mrH. lohrk), Bitecbi, d*abord disciple de Técole de Tubingae, a rétracté ses premières idées sur le quatrième évangile dans la dnuiéme ëdHiiox» de son lÎTie intitulé : Die altcatholiscke Khn$hÊ, aécatiHiea^, M. JELenan a exposé une théorie sur Tévangile de Jean très contraire à Técole de Tubingue» mais qui ne relève g^ère fiatoiTté de cet éorit puisqa*il j suppose toute espèce d!interp«l»tions. Stranss a repris la polémique dans sa nouvelle Vie de Jéstts avec une singulière amertume. Schenkel, dans son livre intitulé Charae^ terbUd Jtsu^ est très prononeé contre rauthenticité du quatriàme évangile (p. 348). Weizœcker a pris dans son dernier écrit une position intermédiaire; il reporte Tévangile à la fin du premier siècle, mai» il le ênt écrire par un ami de saTttt Jean {Untersuoh. Ûber die etumgf Oeschicfue, p. 187). Cest h peu près Thypothèse de M. Nicolas, qui Tattribue fc Jean le presbytre {Etttdes critiques sut» le N, T., p^ ttlt W). Nom ji*a;von8 riea pu trouver de neuf dans le travail de M. Scholten, traduit par M. Réville. Parmi les travaux reomrquables 9» saint Jean sur lesquels nous' noua apiMi|00Bv noua dtesoia piistcipalemfot le Commentaire de Ltlcke, la portion de V Introduction ou Nouveau Testament de Bleek qui le concerne, et qui a été traite en fieaoçiiff par M. BnistOB^ la bfliu Comnœntuire de M» F. Oor- ^ ai riche et ai profond, et le travail si sérieux de M. Astié.
tlô ÉTAT DE L'ÉGLISE A LA FIN DU PREMIER SIÈCLE.
comme la fleur de sa tige. Nous n*avons plus révan* gUe de raccomplissement, ou celui de la puissance, ou celui de TuniTersalisme chrétien; nous avons, selon la belle expression de Clément d'Alexandrie, l'évangile de l'esprit, qui, partant des points acquis, s'élance plus haut et plane dans la région d'une métaphysique su» blime; c'est l'évangile de l'idéal, mais de l'idéal incorporé dans une vivante histoire; plus précis dans sa nar> ration et tout ensemble plus profond dans sa pensée dominante que les trois autres, présentant ce mélange de pathétique et de spéculation, de mysticité tendre et d'élévation doctrinale qui en fait le charme pénétrant, il répond parfaitement à l'époque à laquelle le place la plus antique tradition, comme au caractère de l'auteur qu'elle lui donne.
En efiet, si nous considérons l'Eglise à la fin du premier siècle, au soir de l'âge apostolique, nous reconnaîtrons qu'aucun enseignement ne lui était mieux approprié que celui que lui ofl^rait le quatrième évangile. Un événement considérable s'est accompli; la ville sainte du judaïsme a été saccagée, le temple n'est plus qu'un monceau de ruines. Le jugement de Dieu a été prononcé avec éclat sur le peuple de col roide; le moule antique où la pensée chrétienne avait été jetée dans sa forme première s'est brisé; le christianisme a secoué les langes de son berceau, et, dégagé de toute étroitesse judaïque, il a conscience d'être la religion de l'humanité. Il n'est plus nécessaire de produire des textes prophétiques pour montrer l'abolition des privilèges
ÉTAT DE rÉOLISE A LA FIN DU PREMIER SIÈCLE. «17
nationaux, la volonté de Dieu se lit en caractères de feu sor les cendres fumantes du sanctuaire détruit. Le Christ n*a pas reparu sur cette nuée d*où a jailli la foudre qui a écrasé Torg^eil de Jérusalem. L*Eglise sait donc qu'elle est engagée dans un long combat et un loDg travail. Son centre n*est plus à Jérusalem, mais à Epbèse, la métropole de l'Asie Mineure, la cité brillante où depuis longtemps les idées de TOrient et celles de rOccident se rencontrent et se fusionnent. Ephèse est la terre natale de Thérésie, de la fousse gnose qui essaye de détruire le christianisme en l'interprétant, c'est-à-dire en le façonnant à son image. Saint Paul avait signalé la première apparition de cette tentative audacieuse et habile de fondre la vérité évangélique à ce brûlant creuset, duquel devaient sortir tant de mixtures bizarres, tant de spéculations insensées. Vers la fin du premier siècle, elle a pris avec Cérinthe un caractère moins vague, elle a abouti à un système étrange, qui, 90US les mots chrétiens, place le vieux dualisme oriental et son idéalisme effiréné. Il ne suffisait pas d'opposer à ce Christ composite et fantastique de la gnose, l'évangile du fait, le drame chrétien, comme quand il s'agissait de conquérir les rudes Romains; le moment est venu de présenter l'évangile de l'idée, ou, pour mieux dire, de dégager l'idée du fait, de mettre en pleine lamière la partie la plus profonde de l'enseignement du Christ, celle qui porte sur sa nature et sur son œuvre^ à supposer toutefois qu'elle se fût conservée dans l'esprit et dans le cœur de quelque disciple immé-
21ë JEAN RÉPONDAIT AUX BESOINS DU TEMPS.
diat. La iraâiiion la plus anciesme nomsie ce dûcijte : c est Jeaa, fils de Zébédée, arrivé.àla Hiatimté4e.«a £kû «t djB sa pensée, le dernier survivant des apôtres^ le saint vieillard auquel les forces étaieoit revenues comma les ailes repoussent à l'aigle. C'est sous cette image que Tantiquité ebrétienne se plaisait k symboliser le quaiarième évangile, tant il lui semblait avoir pria un essor royal v«ra rétemelle lumière. € Tandis que les trais autres évangélistest dit saint Augustin, sonb vea^ tés en bas avec Thomme Jésus et ont peu pajdé de sa divinité, Jean, comme impatient de ne plus fouler le soli, dès les premier;» mots de sou évangile, s'estélevé noD-seulement au-dessus de la terre et des eqf^aces de Fak et du ciel, mais au-dessus des anges et de toutes Jes puissanoes invisibles^ et il est parvenu jusqu^à Oelui par qui toutes choses ont été &ites. Ce n*est pas en vain, en effet,, que les évangiles nous rapportent qu!il était penché sur le cœur du. Seigneur à la.célébcation^de la Pique. Il buvait en secret à cette source divine. Sm iUo^ pôctore msecreto Mbehat * . > Saint Angualin a «i raison de rapprocher le caractère de Tévangile de taxa de Tévangéliste, car s'il est vrai de dire que le style e'esst rhomme, on est en droit de conclure que noul autre que saint Jean ua pu écrire cet initwnpftimhV récit.
Noos ne poufions ici que retracer à grands taaita la piujraiûBomie et lat vie de Jean. Né sur les bocda du lac
1 Sfldnt AvgMsU, T^actiêi, dS in Johaun.
EBQUISSB DE LA VIU UiË SAUIT JE4K. 210
ârTifaéEiadèvIoio^deB infttteiiocB pharisaSkjnes, fils d'une màr&ài'ftme loxlente et pieuse % dont le premier «mr swtété«m&doute de nourrir son cœur des espéraaeos qui fesnpUssBient le sien, il grandit cbas le imlieu le phia fEivoraUe pour le préparer à sa missioii futaie. Le Bi^ptiste n*eùt pas de disciple plus fid^, Jé8u»»C3in8i a*â[i eut pas de plus intime; il en fit)Qonseulement son ap&tre, mais son ami. Jean.raima comme un frèce divin; il ne sut jamais séparer la personne du Maître de sa doctrine. Nature profonde et oontnnpla^ tive, il ffvadt autant de flamme dans le coeur que le bouilkint Pierre et que le vaillant Paul ; mais c'était un feu intérieur et qui se manifestait moins par Taotrai ou par la lutte que par une de ces afiiactions ateolbes ooneentrée» sur im objet unique, tour à tour tendres ou terribles, car elles ne sauraient consentir à le voîr oftècoimu et outragé. Le Jean des synoptiques est déjè^k disciple bien-aimé, mais c*est aussi le fils du tonnerre ; il voudrait que la foudre consumât la bourgade impie qui refose de recevoir Jésus*. Même après la crise dé* cLspe de sa vie morale, quand il aura appris de son MaStre mourant jusqu'où peut aller la charité qui par^ donne, on retrouvera chez lui ces bouillonnements d'indignation contre les adversaires de Jésus, et eorU^ut <xmtce les feux amis prêts à le trahir par un baiser.
1 Salomé, dont on a fait à tort une sœur de Marie, était an nombre des femmes qui ont suivi Jésus jusqu'au bout, après Tavoir assisté de leurs biens (Matth. XXVU, 56; comparez Marc. XV, 40» 41).
* Luc IX, &4.