‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 97 sur 309 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

» Jean XIII, 24: XX, 2; XXI, 20.

^ Jean seul pouvait parler de Jean-Baptiste en Tappahuit simple' ment Jean, parce qu*il savait qu*on ne pouvait le confondre avec lui dans le livre qui était de sa main.

son authenticité *. Irénée a plus d'importance pour nous, ses rêveries millénaires et ses allégories aventureuses dont Strauss tire un si grand parti n'empêchent pas qu'il ne soit séparé de Jean que par un seul intermédiaire, par ce Polycarpe aux pieds duquel il avait passé sa jeunesse. L'évêque de Lyon ne s'exprimerait pas avec une si entière certitude sur l'évangile de Jean si Polycarpe ne lui en avait pas parlé ; le silence de son maître sur un tel livre eût été pour lui une raison de douter de son authenticité; il lui eût interdit les affirmations catégoriques. Polycarpe vint à Rome vers la milieu du second siècle, à une époque où le quatrième évangile était accepté par cette grande Eglise, comme le prouve le canon de Muratori, qui reconnaît explicitement son admission au centre de la chrétienté occidentale. Est-il admissible que l'ami de saint Jean eût sanctionné par son silence une fraude aussi condamnable que la supposition d'un tel écrit? Irénée n'aurait pas ignoré sa protestation. Son témoignage implique donc celui de Polycarpe. Théophile d'An^ tioche (176) nous fournit le premier texte explicite qui ne soit contesté par personne*. Apollinaire d'Hiérapolis ', intervenant en l'an 170 dans la digpute sur

» Irénée, C.Hœres,, UI, 11; Tertullien, Ado, Marc., IV, 2, 3; Commentaire éCOrigène sur saint Jean, IV« vol. de Huet.

ç6^c, èÇ ûv 'Iwâyyr,; W^^t • "Evof/f, v é X^yoç. (Theophil., Ad Antal^., U, 22.)

• Chron. Paschale, p. 14. Apollinaire rapporte aussi que ia côté de Jésus-Christ a été percé, allusion évidente k Jean XIX, 34.

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^s * . C*est oe que fait également Papiae t fragment, que noua possédons de lui ; uve que dans d*autres portions de ses itenant perdues, ce Père n ait pas cité le vangile. Du reste, tout témoignage rendu épître rejaillit sur celui-oi, tant il nous ent que les deux écrits sont de même ;nB les Pères apostoliques comme dans tjT^ il y a plus que des textes et des il 7 a toute une manière de penser et de a on type doctrinal qui reporte à saint Jean, source Ignace, Polycarpe, l'auteur inconnu à Diognète auraient-ils p'ris la doctrine du lumière et vie du monde, si ce n'est à cette iécolft?

ride au second siècle n'est {as moins positive ■rthûdoxie sur l'authenticité de l'évangile de ISoit q^u'eUe l'exploite, soit qu'elle le combatte, ^oppose toujours admis universellement. La secte ff^^ qui apparaît vers l'an 150, fait seule exceptais son opposition tenait surtout à des raisons itiques^ comme l'indique le nom qu'elle avait U&aloges disaient bien valoir quelques diver- & entre le quatrième évangile et lee synoptiques, ia qu'ils reprochaient surtout au récit de saint c'était sa couleur doctrinale. Ils ne contestaient ûUears sa haute antiquité puisqu'ils l'attribuaient

K Sp. ad Pkilipp,, VU; Eusôbe, IH, 39. ^-.Mœres., U, 3; Irénée. (C. Hœres., lU, 11.)

22» L'AUTHENTiaTÉ DU QUATRIEME ÉVANGILE.

àCérinthe. Marcion, qui enseignait à Rome vers Tan 140, avait commencé par admettre sa canonicité * ; il ne le rejeta plus tard qu'en se fondant sur une prétendue opposition entre Paul et Jean, dont il trouvait à tort la trace dans le chapitre II de la lettre aux Galates*. Ainsi Marcion reconnaissait explicitement que le quatrième évangile était Tœuvre de Jean; il le repoussait précisément à cause de son authenticité, parce qu'il s'imaginait que cet apôtre avait combattu la doctrine de Paul, la seule dont il admît Forthodoxie. L'hérésie montaniste, qui s'est produite vers le milieu du second siècle, repose tout entière sur une fausse interprétation des écrits de Jean ; c'est au quatrième évangile qu'elle emprunte le nom de Paraclet donné au Saint-Esprit. Les Clémentines^ qui datent de l'an 160, renferment une citation directe et irrécusable de notre évangile ; elle se lit dans la dernière partie de l' ouvrage récemment découverte. On y retrouve textuellement un 'passage bien connu de saint Jean : c C'est pourquoi aussi notre Seigneur répondit à ceux qui l'interrogeaient sur l'aveugle de naissance guéri par lui et qui lui demandaient : Est-ce lui qui a péché ou ses parents, qu'il soit devenu aveugle ? il répondit : Ce n'est point qu'il ait péché ni ses parents, mais c'est afin que la gloire de Dieu paraisse par lui •. > Tatien, le

* Terlullien, De came Chrlsti.

* « Marcion nactus epistolam ad Galatas, connititar ad deâtruendam atatum eorum eTangeliorum quse propria et sub apostolorum nominc eduntur. » {Adv, Maire. ^ IV, 3.)

* Clémentines, éd. Dressel ; Homélies, XIX, 22. Cîomp. Jean IX, 23,

discale de Justin, avait fait rentrer l'évangile de Jean dans son écrit sur les Quatre; il le citait conune Ecriture sainte. Les gnostiques valentiniens en faisaient on usage constant * . Héradéon (vers Tan 150), disciple immédiat de Valentin, lui avait consacré un commentaire étendu ; ce qui suppose que le livre était investi' depuis longtemps d*une haute autorité. Valentin luimême s'appuyait sur lui; le fameux manuscrit découvert au mont Athos en 1842, et connu sous le nom de PMlosopJiaumena^ contient deux allusions directes du célèbre gnostique à des textes de notre évangile. Il lui emprunte cette parole de Jésus : c Le Sauveur dit : Tous ceux qui ont été avant moi sont des voleurs et des brigands '; > il appelle le diable j)n^« de ce motide. Du Teste, Valentin se servait constamment de la terminologie du prologue. Basilidès a précédé Valentin; il enseignait à Alexandrie, vers Tan 120. Or le fragment de ses écrits retrouvé également dans lesPhilosophoumena contient deux citations de saint Jean : c Et c'e^ là, dit-il, ce qui est dit dans les évangiles : c'était la lumière véritable éclairant tout homme venant au monde '. > Il y a plus, l'écrit de saint Hippolyte

^ Eoièbe, J7. B,, XTV, 29. « Eo quod est secundum Jobannem pieftÛMÎme atentes. » (Irénée, Adv. Hœres, III, 11.) < Phiiataph., édit. Ounker, p. 284. (Comp. Jean X, 8.) * Id., pp. 396, 376. On retrouve une citation non moins positive de Jesn II, 4. On a cherché à ébranler la portée de ces citations en se fondant sur ce qu*elles sont introduites par ces mots : « Nous verrons comment Basilidès, comment Isidore et son chœur entier, ne s*at- Uqoent pas seulement à saint Matthieu mais encore à Jésus-Christ. » On veut inférer de ces mots que Ton ne peol distinguer dans la

SM L*Am^BKTlCrrÉ DU ^^UAlfUÈME ËVAKGI1£.

wamA fnit remonter jusqu'aux hérétiques du commencement du second siècle, jnsqu'à ces ophites^ qui étaient les svtceessetzrs directs des faux docteurs de Fâge aposterne, et qui vivaient de Tan ilO à Tan 120. Tous s*appment sur le quatrième évangile. Les pins anciens d'entre eux, les naassinimSj qui sont sur la limite du premier siècle, citent textuellement un passage du chapitre m, comme déclaration hiblique * . Les pentes font de même *. Nous voilà bien près de la date présumée de notre évangile.

Les ennemis les plus acharnés du christianisme, tels queOelse, ont reconnu son authenticité*. Les évangiles apocryphes les plus andens viennent encore la confirmer. CTest ainsi que les Actes de PUate^citéQ par Justin Martyr, sont visiblement composés sur son mod^c^. La scène de la comparution de Jésus devant Pilateest presque textuellement reproduite d'après le ch. XVUI de saint Jean*. Enfin, le quatrième évangile porte son attestation d'origine. On est fondé à penser qu'il se terminait au di. XX, dont les derniers mots renferment la conclusion du récit. Mais quelque idée que Ton adopte sur le commencement du -ch. XXI,

Pkit&9&ph. «atM l69 citatioBs 4e BasiHdès et œlies Ae ms disciples- Mais évidemment fauteur reni simplement dire que les tlîseiplesoiit marché sur les traces du maître.

^ Tdvté kav. xb etpnQfiivov, puis yieat Jean m, 1-3 <p. 125).

^ P. 98. Citation de Jean m, 17.

' Ceke opposait le q>oatriéme érangile an synoptiqnea -êÊt» son faaaimx puapklei. Voir Origtee, Contrm Cebntm, pmtsim.

* Justin, Apologie, I, 35, 48.

* Voir ces aotas dans Tédition Tisohendorf des évangiles ftpocry]Aiss.

Il mt probable que le vereet 24 nest pas de Jean , car l'apôtre ne parlerait pas de lui-même eu ces termes : c C*est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que êcm ténoLoignage est véritable. > Evidemment ce sont les amis, les héritiers spirituels de Tapôtre qui ayant reçu Tévangile de ses mains y ont apposé ce sceau de certitude \ Or nous ne pouvons voir en eux que ces presbytres dont parle Irénée, ces survivants du grand Biàde i^>ostolique qui avaient entouré le vieillard d'Ephèseet reçu ses suprêmes bénédictions, alors que, accablé par Tftge, il se faisait porter dans les saintes assemblées pour résumer toute sa vie et toute sa pensée dans cette parole : < Mes en&nts, aimez-vous les uns les autres. »

De tous ces textes il résulte que non-seulement Févai^gile de Jean est accepté par l'Eglise universelle, dès Tan 170, dans toutes ses fractions d'Orient et d'Occident, mais que des témoignages concluants par leur nombre et leur valeur nous reportent jusqu'à Justin Martyr, et de Justin. Martyr jusqu'aux confins de l'âge

1 Sirauss prétend que Tautenr du quatrième évangile a très bien pu pftriar «tosi de iui-mémef et ae funde sur un passage analogue dans lee Commentairet de César. U n^est pas nécessaire de faire ressortir la différence entre le récit hautain du grand conquérant romain, récit où il affiche un caractère impersonnel pour donner d'autant plus de relief à ses exploits, et le caractère général de la narration du quatrième évangile. Bejschlag {Die Aufer9têhtmg Chrûti^ p. 96) remarque» avec raison, que le ch. XXI nous reporte nécessairement à une époque très voisine de la mort de Tapôtre, alors qu'on était encore surpris de cet événement, par suite (Tune fausse interprétation des paroles de Jésus (Jean XXI, 21, 22).

apostoliqxie. Bien plus, Thérésie se rencontre avec ^o^ thodoxie pour garantir Tauthenticité de ce petit livre, dont la trace se retrouve partout dans la littérature ecclésiastique du temps et de tous les temps. Il faut, selon nous, renoncer à jamais à invoquer la preuve historique si on la frappe de suspicion alors qu'elle se présente avec un tel cortège. Rien n'est plus vain que. de vouloir faire sortir du mouvement des idées au second siècle l'évangile qui a précisément donné le branle à ce mouvement et le domine après l'avoir enfanté. On verra sans doute encore reparaître la même hypothèse, parce que l'esprit humain est inépuisable en ressources pour s'abuser lui-même, mais elle ne supportera pas longtemps l'examen scientifique. M. Renan a écarté comme en se jouant et sans débat les conclusions de Baur, tant elles lui ont paru peu fondées, et a reporté notre évangile à la date indiquée.

Sur la question de savoir à quel auteur nous devoDS attribuer ce document du premier siècle, les opinions se divisent; les uns nomment Jean le presbytre, mystérieux personnage de l'âge apostoUque dont on ne conDaît guère que le nom * ; ils se fondent sur la désignation (T ancien ou de presbytre mise en tête de la deuxième épître de Jean *. Les autres parlent de l'entourage anonyme de l'apôtre, qu'ils appellent l'école d'Ephèse '.

^ M. Nicolas, Etudes critiques sur le Noue, Test.t p. 20G.

• 2 Jeun I.

^ H. Renan. Introduction à la Vie de Jésus,

On invoque en &veur de la première hypothèse la difficulté de rapporter le quatrième évangile au fils de Zébédée. Nous avons déjà écarté cette objection. Quand on vient nous dire avec sérénité qu'aucun apôtre ne s*est jamais appelé ancien ou presbytre, nous nous bornons à citer le texte suivant de saint Pierre : c J'exhorte les anciens, moi qui suis ancien avec eux et témoin des souffrances de Jésus- Christ ^ »

Les partisans de la seconde hypothèse reprochent au quatrième évangile un idéalisme excessif; à les croire, les faits et les discours du Seigneur y sont reproduits avec une extrême liberté, ou plutôt ils ont été refondus au creuset de Tardent enthousiasme allumé à Ephèse par la parole de Jean. Un témoin oculaire, un apôtre pouvait bien inspirer un récit de cette nature, mais il ne pouvait récrire lui-même et transfigurer à ce point l'histoire qui s'était déroulée sous ses yeux * . A quoi nous répondons que dans un temps d'attachement scrupuleux àla tradition apostolique, on ne saurait admettre un arbitraire aussi effréné dans la reproduction de la prédication de Jean de la part de ses auditeurs et de ses disciples ; rien n'est plus contraire aux coutumes du temps. On ne produit d'ailleurs aucun texte à l'appui de cette supposition inventée, comme nous le verrons bientôt, pour en fortifier une autre non moins arbitraire^ car

» 'O cujAXpe^ÙTcpoç. (1 Pierre V, 1.)

« Weizsœcker, Ueber die evangelische Geschichte, 1864, p. 289. Cet oavrage très remarquable, empreint de l*esprit le plus élevé pousse beaucoup trop loin Tarbi traire dans les questions de critique.

234 L'AUTHENTICITÉ DU QUATRIÈME ËYANOiLE.

nous oontesUms le caractère d'idéalisme exagéré qu'on attribue ma quatr^me éyangile.

La Même hypothèse avait été déjà dénrelop^ oi France avec bien moins de ménagementa. Saint Jean, arirmi prétendu, arrivé à la Uandie vieillesse, se reocmaaiasait à peine au milieu des influenoea con* tradiotoives qui l'assaillaient à Ephèse; mais, fet jaknix de son crédit, il dicta avant de mourir quelques récits vagues et incohérents, à demi gnostiques pour le fond, mais assez précis pour les dates et surtout très personnels; il s'y serait monsM jaloux de ses imciens compagnons d'osuvre, et spécialement de Pierre. Ces récits étaient ordamiés de manière à servir ses petites rancunes et à m^ilre sa personne en lumière avec une habileté qui ne Ta pas abandonné mâme devant la croix de son Maître et après le supplice de ses amis« Naturellem^it, les disciples du vieil apôtre ne se sont pas £ait fimte d'arranger à leur guise un pareil document et d'y introduire une métaphysique subtile et des discours c roides et gauches, » tels que la prière du chap. XVII ' . Tirades prélentîeaBes, louraes, mal écrites, s'écrie un critique raffiné len citant les pages qui nous font adorer! On ne répond pas à de tels jugements, car les éléments d'une a^réciation cdmcmune manquent. Quas^ à <»8 petites et honteoses passions qui auraient inspiré Jeandans ses récits les plus pathétiques, nous abandonnons de telles

* vu de Jésus, de M. Renan. Introduction, xxii.

Uîm* DE PLAN. «5

iosHiBStiê]» à U cooRieiioe qui sait distingoer ee qui ^ gnnâ 6t pur de ob qnî «si vil «t bas ^ ne ecmfbnd pas lês iD69|uin60 rivalités de gpens de lettres^ aigns avec la soble fratomité des apdtres. Mais ce qui tombe 80O8 rmppréciation de la critiqcre, e^eet Taflité de l'œuvre qui ressort de l'amté du plaii et du slyla, e*wt cet aooord par&it eotre la pensée et )e kngage qui révèle aolre dioae qu'un radotage de vieilkrd sordàargé de retooobes. En eflfet, du premier dutpître jusqu'au damier, Tiû^ire de Jésae se déroule dans une mâme donnée poursuivie jusque dans le détail le plus minutieux.

L'ûiée fimdamentale de l'évangile est indiquée nettement dans sa conclnsian. c Oes choses ont été éoriles afin que vous cioyiez que Jésus-'Christ est le F3s de Dieu, et qu'en croyant vous ayea la ^ie par son nom\ » Dès le prologue, Jésus nous est présenté comme le Fils de Dieu, apportant la vie et la lomière à ce monde qu'il a créé; il est la parde faite chair qui est apparue aux hommes c pleine àd grâce et de vérité, » reçue par ceux qui sont nés de Dieu, mais rq)ousdée par les autres. Toute la première partie de l'évangpile, du chapitre P'' au chapitre XIII, nous retrace cette manifestation du Verbe aux homases et soa double efiet dans un cercle toujours plus étendu jusqu'à ce qu'éclate la lutte suparême. Du cha^^tre XIII au chapitre XVIII, nous avons les intimes révélations

i Jaaa XX, ai.

de Jésus à ses disciples, toutes les scènes de la chambre haute. Du chapitre XVIII au chapitre XTX nous assistons au dénoûment de la lutte ; jusqu'au pied de la croix nous retrouvons le grand partage entre ceux qui aiment et ceux qui haïssent, entre les enfants de lumière et les enfants de ténèbres. Le chapitre XX est consacré à la résurrection. Dans ce cadre si fermement tracé, le récit se poursuit dans une ordonnance claire et harmonieuse; les divisions chronologiques sont nettement marquées, et le style est toujours semblable à lui-même. Il demeure donc établi pour nous que le quatrième évangile n*est point une mosaïque de textes provenant de toute main, prolixes récits d*un vieillard, revus et complétés par ses amis, mais un livre profondément marqué d'un sceau d*unité. Ce caractère n*a pas échappé à Strauss, qui appelle l'auteur de ce livre le Corrége des évangélistes, et qui admire son art incomparable de distribuer habilement l'ombre et la lumière, et de produire des efiets pathétiques. Nous voilà bien loin des appréciations du critique français; ces deux jugements se contredisent : où l'un voit une gauche métaphysique, l'autre reconnaît l'apprêt, le piquant. Pour nous, c'est le divin le plus sublime dans l'humain le plus réel.

Maintenant que nous avons établi l'unité de composition de l'évangile (toujours non compris le chapitre XXI) et écarté l'hypothèse d'une rédaction multiple ou de retouches nombreuses, nous en venons aux objections que nos contradicteurs tirent du livre lui-même.

On nous oppose les inexactitudes de la narration. Leur peu d'importance transforme l'objection en preuve*. Nous passons à des arguments plus spécieux. Pour refuser au quatrième évangile tout caractère historique, on insiste sur les points où il est en divergence avec les synoptiques; on en conclut qu'il y a un grand écart entre ses récits et la tradition primitive. Nous avons déjà établi que les deux types de narration reposent sur le même fond historique, que les synoptiques supposent les voyages à Jérusalem comme le quatrième implique l'activité du Messie en Galilée. Il reste sans doute une difficulté insoluble jusqu'ici, c'est la différence sur la date de la mort du Seigneur, que le quatrième évangile place au 14 de Nizan, c'est-à-dire le jour de la préparation de la fête, tandis que les synoptiques font célébrer le repas pascal le jour même de la fête, d'où il résulte que la crucifixion aurait eu lieu le 15 de Nizan ^.

* On objecte 1, 28, — passage qui désigne Tendroit où Jean baptisait tous le nom de Béthanie, — comme si Thistorien qui a marqué si exactement remplacement de la bourgade de Lazare pouvait la confondre avec une localité si éloignée de Jérusalem; —- comme s*il n'était pas possible de supposer l'existence d'une seconde Béthanie dans la Pérée. On objecte encore Jean IV, 5, où Sichar est mis à la place de Sichem. Il sufBt d'admettre une différence de prononciation dans les dialectes du temps pour lever la difficulté. Si l'auteur appelle Calpbe le sacrificateur de cette année^là (XVIII, 13), on n'est nullement en droit d'en inférer qu'il transformât la sacrificature en une charge annuelle! Il est certain qu'elle était sujette, à cette époque, à de fréquentes mutations. L'expression employée n'a rien d'extraordinaire. (Voir Bleek, Einleit, in N. T., p. 208.)

* D'après les synoptiques, Jésus a vraiment mangé l'agneau pascal le même jour que les Juifs (Matth. XXVI, 17; Marc XIV, 12,

Mais le récit du quatrième évangile est infiniment plus confonne aux usages du jud^me, qui faisaient du jour pascal un jour excepticHmel où les presciipiîoDfi du sabbat avaient une rigueur inaoooutmnée * , ce qui n^i pas compatible avec Tinstruction d*un grand prwàs pai le sanhédrin, la préparation des parfums parleasaintes feiames attachées à Jésus ^, le retour des champs de Simon de Cjrëne'. Pour que Barrabaa fût rel&ehé en temps utile, il faJUait que la Pâque ne fiit pas eneore mangée. C*est en vain qu'on nous objecte la.]^alâque bien connue de Tapôtire Jea<L, qui cabrait la Pâque le 14 de Nizasi, conformément à la imbdilkm des synoptiques. Jean célébrait, ce joar-lii, mm pas la Pâque chrétienne proprement dite, doBt Tusage n*était encore ni général ni déterminé, mais bien la Pâque juive; il ne faisait en ceci que suivre les décisions du concile de Jérusalem, d*après leaqoeUes les chrétiens d'origine judaïque doivent req^ecter

16; Luc XXII, 7, 9). Le jour de sa mort aurait donc été le 15 Nizan, jour principal de Ui £ète. D*aprôB Jean^ an eentsaifev le Sei^eur aurait été anftciâé le jour de 1a préparatioB éa la fha» o*esl-ftKiii« le 14 Ni2an (J«aa XIU» U 29; XVUI, £&; XIX, 14^1). Lei «ipédientâ proposés pour tourner la difficnllé noos paiwwBont insufS saatSf comme noms le démontrerons dans le récit de la pa«iiHi.

1 Le 15 NisAE était considéré comn» ane fke aMsi sotonnelle <)ue celle du Sabbat- Tout travail était interdit sauf la préparaiioB 4e8 aUments (^noée. XiU» 16). Cette conceiBi(m est i^ré* daas le Uviiif[ue et dans les Nothbre* (Lév. XXIII, 7; NomK XXVHI, 18). Le Talmnd renehént sur oea intordictiefis. CcMunent admettre en an semblable jour TappareÂl judiciaire ^e suppose la réeii de» igr>0f<^ ^uesf D*apc^a Joeèpbe, lea Remaiiui respectaiesk le siAAwt JQfC(iifir., XVI, 6, 2). Voir Bleek, q«vk. cité, p. 192: .

* LufC XXm, 56.

•MarcXV, 2L

RÉFUTATION DES OBJECTIOXS. 2o9

les oovtimies de leur nation. Ces décisions étaient , à bien des égards, tombées en désuétude, mais rien n*empéche d'admettre que Jean eût continué à s y conformer. En tout cas, comme il ne prét^idait pas célébrer le souvenir de Imstitution de la cène, il ne doimait aucun démenti au récit mis sous son nom * . On ne saurait refnseram quatrième érangile usa super i(»rité incontestable pour l'expositiaQ ndaonnée des faits. Seul il donne une explication suffisante de la crise décisive qui a amené la condamnation de Jésus-Christ en retraçant, à grands traits, ses luttes avec le sanhédrin et en rapportant avec détail le plus étonnant de ses miracles, aeoompU aux portes de la ville sainte* On ne peut arguer dea lacune qu'on signale dans son exposition. L'auteur connaissait les synoptiques et ne se croyait point obligé de reproduire leur récit; il n'y a, d'aillenrs, rien de systématique dans ces lacunes, conune s'il avait voulu éviter, de parti pris, les traits propres à fidre ressortir l'humanité de Jésus; il nous l'a i^int accablé de fatigue et de douleur, et il recueille son en de détresse dans le temple, qui fait vraiment écho ara gémîsÉements de (jethsémané : c Maintenant mon âme est troublée et que dirai-je? Mon Père, délivreiDoi de cette heure; mais c'est p(Hur eeftte heure que je sois venu *. b

On reproche à notre évangile d'avoir su^qmraé toute gradatimi <kns la manifestation du Messie, tandis que

* Bleek, outf. cité, p. 187.

« Jean XII, 27.

dans les synoptiques il ne se révèle que par degrés, selon les circonstances* . Mais il faut se rappeler que Jean passe sous silence une portion importante de la carrière de Jésus en Galilée, et que son dessein principal est de nous donner les révélations les plus hautes et les plus profondes du Maître sur lui-même, n y a plus : bien que Tévangéliste se soit placé dès l'entrée à cette hauteur, il admet néanmoins une révélation graduelle de la gloire du Christ, depuis ses premiers discours à Cana jusqu'aux intimes communications de la chambre haute.

C'est sur les discours du quatrième évangile que portent les attaques les plus vives. On exagère, d'une part, leur caractère antijudaïque et métaphysique, comme^ de l'autre, on force sans mesure le prétendu judaïsme des synoptiques. On cherche à établir une opposition aussi tranchée entre notre évangile et son auteur présumé qu'entre le gnosticisme et le judéo-christianisme fanatique. La conclusion s'impose d'elle-même : Cet évangfile, dit-on, n'a pu sortir d'un milieu si contraire à l'esprit qui l'anime. Il est le produit de la gnose, et d'une gnose assez avancée pour traiter avec la tendance opposée, de puissance à puissance; il n'est plus alors que le traité de paix signé, au milieu du second siècle, entre le paulinisme et le judéo-christianisme sur les hauteurs nuageuses de la métaphysique. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter cette opi-

< Scheokel.

nion extrême représentée avec tant d*éclat par Técole des tendances. La preuve historique a suffi pour Técarter. Mais sa donnée principale subsiste encore ' . On invoque toujours une prétendue incompatibilité dogmatique entre le quatrième évangile et les synoptiques, et, par conséquent, entre Técrit attribué à Jean et Jean luimême» qui fut Tun des douze. Cette opposition tombe devant un examen attentif.

Ni les synoptiques ne sont empreints de Tesprit juif

au point où on le prétend, ni le quatrième évangile

n'est aussi antijudaïque qu*on rafSrme. Nous avons

rdevé déjà les éléments universalistes de nos trois

premiers récits canoniques. Matthieu, comme Luc,

admet une large extension du règne de Dieu; la

formule du baptême suffit pour faire reconnaître dans

Tévangile des douze Tuniversalisme chrétien et les

éléments de la métaphysique du quatrième évan-

gfle. Les premiers chapitres de Matthieu et de Luc

renferment le commentaire le plus explicite du far

meux texte : le Verbe est devenu chair*. D'un autre

côté, Févangile attribué à Jean reconnaît pleinement

les droits de Tancienne alliance, témoin cette parole

décisive : Le salut vient des Juifs*. Ce simple mot

écarte absolument le gnosticisme le plus mitigé. On

essaye de faire de Jean Tun des chefs du judéo-chris-

tianisme, afin de lui enlever Thonneur d'avoir écrit

* Schenkel et Strauss Toni reprise récemment. > Jean I, 14.

» Id. IV, 22.

ta KÉaPt)TATION DÈS OBJECTTOOT.

révangile de FEsprit. Personne ne ccmteste qoe, ôoimne le6 antres disciples, il n'ait débuté par les idées les plus gn^ssières sur le i^ëgne du Messie, «t qu'il n'ait eu besoin d*une grande transFormaiMm morale. Mais, après la Pentecôte, nous ne le voyons -pas jouer un rôle prédominant dans l'Eglise de la chambre haute; il s'empresse de seconder le moaTement de prosélytisme qui s'est prononcé à Samane^ ; h Tépocpie du concile de Jérusalem, il tend la main d'association à l'apôtre des Gentils, conmie oda ressort du fhnieiiiL texte de Tépître aux Galates, si controversé depuis quelques années, et si clairpour Fesprit non prévenu '. Qnelle difficulté trouve-tron à admettre que, sous les leçons de l'expérience et sous le souffle de l'inspiration, le grand ^ptit de Jean se soit élargi graduellement? On nous oppose le judaïsme ardent de 1* Apocalypse, isais nous l'avons déjà réduit à sa juBte valeur ; nous y Mooa leoonnu, sous une forme nécessairement empruntée à Tancienne prophétie, les points fondamentaux de la théologie du quatrième évangile, à savoir : radomlMfn du Verbe, le sacrifice rédempteur, le salut pour tous les peuples. La peinture du jugement dernier, précédé par tant de jugements préliminaires, cefie de la résurrection des morts et du retour glorieux du Ohrist, rappellent, sans doute Tardent coloris des prof^bdles

i Actes vni, 14.

* « Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonne», ayant reconnu la gi^ftce qui m^avait été iu^cordëe, fne donnèrent à moi et d Bamabas la main d'association afin que nooa allassions Yers les Gentils et eux vers les Juifs » (Oalates II, 9).

JtÉPOTAlV»r ras OBJflCnOHS.

hAima; owift il n'y a xim dans œs mots q«i soit m opposition «roc l'éffaii^lOy car cehuKÔ, de l'«?eii èi plus ésmient contradiotenr de rauthaatiiâté de PÂpoealypse, se s'est point contenté d'une notion paiement morsk du jogement et de la lésnneetien * . Bien. k>in que Taiiteor du quatrième évangile ait emprunté à la gnose les termes de V0T6e^ de Vie, de Limière, de Fils wiiqne^ c'est la gnose qui lui a prs tes expressions métaphysiques; eUos avaient, en effe(t, le double avantage de se prêter h des interprétations subtile tout en ^ant consacrées par le respect de fEglise. Nous ne nions pas que Jean n'ait pai3é dans une certaine mesure la langue ]âiilosophique de £Km temps et de son milieu. Oela n'est pas plus étonnant que de voir saint Paul, à Athènes, citer la poâsia dasnique. Seulement, on n'étabUia jamais que, avec les mots, saint Jean ait pris les idées^ car rien n'est |dus opposé à la doctrine dn prologue que le dualisme pla- * tonkien ou l'idéalisme tiompeur de l'Onent. La gnose était asses avancée à Ephèse à la fin dn premier siède pour ijue notre évangile répondit parfaitement à la râtnation des esprits. Les PhHêsoph&wmma «xus ont (ait asâster à Télaborotion de l'hérésie, et les systèmes bÎEarres que les livres^ d'Hippolyte nous £Dnt oenoaltre nous reportent positivement au temps de saint Jean ^

* V«ir le Commentaire d« Locke «or Jam V, iSS, £9.

* Voir dimt mcm Mùtoire des trmis premiers siècUe é» i'BftUe dirttienne Je chapitre sur lee.pntmievt gaotfti^ues, t. H, p/4fr.

fU4 RÉPUTATION INBS OBJECTIONS.

Une dernière question reste à examiner; eUe se rattache étroitement à la précédente. Plusieurs théologiens qui admettent l'authenticité du quatrième évangile loi refusent le caractère historique, précisément à cause des discours qu'il renferme. Ils n'y voient qu'un essai de métaphysique chrétienne destiné à développer les idées favorites de l'auteur * . Les faits sont entièrement subor* donnés aux doctrines et sont plutôt des symboles que des récits. Ici encore on invoque la différence de langage entre les synoptiques et le récit de Jean. On ne trouve, dit-on, dans ce dernier, ni paraboles, ni paroles gnomiques, rien qui ressemble à ce tour populaire et incisif des discours de Jésus dans Matthieu et dans Luc, rien qui rappelle cette limpidité transparente, cette appropriation admirable aux circonstances et au milieu, mais au contraire une exposition toujours profonde, roulant sur les dogmes les plus ardus, procédant par sentences, telle enfin qu'on la rencontre dans l'épître de Jean. Remarquons d'abord que le même homme peut employer des formes de langage différentes selon la nature des sujets qu'il traite. Quelque part que Ton fasse à l'invention dans les dialogues de Platon, il est certain qu'ils répondent à un côté de l'en** seignement de Socrate. Or, il y a certes autant de distance entre ses discours dans Xénophon et dans Platon qu'entre le rabbi des synoptiques et le Christ de saint

' M. Raoss est le repr^sentaiit le plut éminent de cette opinion* Voir Oeseh. HeiL Schr. N. T., | 219. Hittoire de la ThéologU dw êUcU apostolique, t I, 2- édit, U, p. 306.

Jean. Le quatrième évangile laisse de c6té Tactivité galiléexme, qui s*était déployée dans un milieu essentiellement populaire; il nous fait surtout assister aux luttes de Jésu&Ohrist avec Técole pharisaïque au centre de la hiérarchie, et il se termine par les révélations intimes de la chambre haute.

D'ailleurs, n'exagérons rien; les discours qu'il rapporte ont plus d'une fois le tour parabolique familier à Jésus; nous rappellerons l'allusion aux eaux vives ou à la manne, la comparaison du bon berger et du mercenaire, et celle du cep de vigne et des sarments ^ n n*est pas exact non plus de prétendre que, dans le quatrième évangile, l'enseignement du Christ ait toujours une forme didactique; il ne parle pas à la Samaritaine de la même manière qu'à Nicodème; le dialogue est très naturellement coupé et se prête à des incidents variés. A Jérusalem, en face des re- ^ésentants d'une tradition formaliste qui prétend se fonder sur Moïse, Jésus invoque le nom du grand législateur; il oppose Abraham à ses prétendus descendants '. Avec ses disciples, à l'heure de l'adieu, son langage change entièrement et revêt une tendre mysticité, parfaitement appropriée à ces instants solennels. Le cadre historique de ses discours n'a rien de fictif : il est d'une étonnante précision. L'exactitude géographique n'est pas négligée. L'historien sacré se rappelle des incidents qu'on n'invente pas. Tel discours

» Jean VI, 38; X, 6; XV, 1^ • /d, V, 45 ; VIII, 56.

s'est tenu dans la portHiue de SakHscm ou prèa 4t tréem éxi temiple ' ; il Êôsait nvit à tel a»ti« nosieiit^. Les ckrniers eidaretiens de Jésos avee ses disoq^es sont interrompus par cette parole : c LevexriTOQS^ partons dlioi ; j parde que Tien n'amène si ce nest un souvenir minutieux*. On a remarqué^ avec beaueoup de raison, que nuUa part Ttoteur du quatrième évangile no met dans la bouche de Jésns les termes métaphysiques qu'il a employés en son propre nom dans le prologue. Jésus ne se donne jamais comme le y^be, les mots de lumière et de vie p^ent dans ks discours le s^is profond et métaphysique qu^ila ont daœ rintroduotton de l'évangile, ils ont simplement l'acception courante*. Parfois l'interprétaticm que l'évangéliste donne des paroles du Maître paraît subtile; il s'efibrce de résoudre une difficulté réelle, et, sans nier qu'il y réuesiase^ on est en droit d'affinner qu'S n'aurait certes pas rapporté tel ou tel mot qui l'embarrasse, s'U ne l'avait pas recueilli des lèvrea da Makre'.

Mais voici qui est plus décisif. Jeana sipeu tiréde son equrit Ja métafdiyaiqiie sublime des discours de Jésus que cette métaphysique était 0(mnue, admise dans TE* glise. avant marne que la premiàre lig^ de nos évaiih-

1 Jean X, 88; Vm, fOi

• j<f. xm, 30.

» Id, XIV, 31.

* WeixBaMker, UmÊertuek. iAeti dU en, 'OeulUch,^ p. 25t Lb ftonev

raisonnement de Jean X, 35, n*aarait jamais été inventé par Tanteur du prologue.

» Jean n, 19, 21.

gilflB,«3»optiqiiea fût écrite. EJle fait le fond de rensei-r giMiMnt de wnt Paul àms se^ lettres aux Colossieus et aux EphâEÔens. Près d'un denù-siècle avant la comfomûtax de xwtre quatrième évan^e Tàpôtre des Gentilfii, avait déclaré que toutes choses avaient été créées par le Gbrist étemel et pour lui, et que toute la plénitude de l&Divinité avait habité corporellement en lui * . DtoaVépStre aux Bomains, dont l'authenticité est incontestée» il avait dit que Dieu nous a donné son Fils, et 9^ après un tel do» il ne peut rien nous refuser ?. Ua{iôtre Pierre^ âa0QS sa première épître écrite dix aiMphifitard^xaaiâ près de tseate ans avant le quatrième é^aogile^ avait explicitement reconnu la préexistence de Jésus» car il assimilait hardiment l'Esprit prophétiqua^l'Esprit du Christ'. Nous avons relevé dans les sfn(q>tiqiies les traits qui impliquent la même doctrine. Aiûâ, bien loin que cette haute métaphysique soit une invention de l'école d'Ephèse à la fin du premier siède» elle fait partie intégprante de la tradition primitive dès le momœt où aous pouvons la saisir dans des documenta écrits* Nous connaissons les raisons qui faissient du disciple bien^aimé son gardien le plus sûr, il l'a conservée dans son cœur et rien n'empêche d'ad- , loettre qu'il ne Tait de bonne heure confiée à ses ta- Wettes,. En tout cas» il Ta prêchée longtemps avant de <^ûmpQger son évangile. Or, je le demande, où cette

*Colo8s.l, 16-19.

* Kora. VIII, 32.

fm RÉFUTATION DES OBJECTIONS.

métajphysique aurait-elle été puisée dans TEglise primitive & ces temps reculés? Elle pouvait bien trouver quelques points d'attache, pour ainsi dire, dans la littérature nationale, comme, par exemple, la personnification toujours plus tranchée de la Sagesse, que nous avons signalée dans les Proverbes et les apocryphes, mais elle n'en heurtait pas moins tous les préjugés juifs, toutes les idées païennes. Elle n'a pu avoir d'autre source que l'enseignement même de Jésus.

Le caractère idéal de l'évangile de Jean n'est point incompatible avec son caractère historique; la psychologie profonde qui lui fait reconnidtre et décrire dans la lutte de Jésus et des Jui& l'opposition entre les ténèbres et la lumière, cette notion sublime de Tamour qui, dans son abaissement, voit son élévation et son triomphe, toutes ces grandes idées répondent k de hautes vérités. Nous ne savions pas que les historiens qui ont dégagé le sens intime des événements par une généralisation puissante soient par 1& même taxés d'inexactitude. La fidélité n'est pas le monopole des chroniqueurs; n'a-t-on pas toujours réservé le nom d'historien à ceux qui ont su enchaîner les faits et en pénétrer le sens intime?

Si l'on nous objecte l'analogie qui existe entre le stjrle de la première épître de Jean et celui du quatrième évangile, nous demanderons d'abord s'il paraît plus probable que Jésus ait façonné l'esprit de son disciple, ou que ce soit le disciple qui ait formé son maître à son image après l'avoir proclamé Dieu. Que l'on doive faire

une certaine part à Tindividualité de Jean dans la reproduction des discours du Maître, c*est ce que nous sommes prêt à concéder : il les a traduits et résumés; par conséquent, il ne les donne pas tout entiers, et il n'a pu reproduire, avec une parfaite exactitude, leur forme première ; mais pour la substance, pour tous les traits décisi&, ce sont bien des discours originaux, c'est bien Jésus et non Jean que nous entendons.

On diminue notre évangile quand on y voit simplement le complément des synoptiques, ou une réfutation des erreurs de son temps; il complète et il réfute par le simple fait qu'il raconte l'histoire évangélique après les premiers récits canoniques et dans un milieu saturé d'hérésies dont il tient compte nécessairement, mais il prétend bien nous donner sous une forme positive et individuelle toute l'histoire du Christ. Nous possédons en lui le résumé de l'enseignement du dernier des apôtres, de celui qui fut le plus près du cœur de Jésus, n fut écrit, à la sollicitation des chrétiens d'Ephèse, après qu'ils eurent prié et jeûné pour connaître la volonté de Dieu, et c'est ainsi qu'ils reçurent des mains de saint Jean le portrait même de Jésus , d'autant plus fidèle qu'il leur présentait un plus haut idéal*.

I Noas lisons le passage snivant concernant TéTangile de Jean dans le canon de Muratori : « Cohortantibus condiscipulis et episcopis suis, dixit : Conjejunate mihi hodie trio et quid cuique fuerit rsrelatum, aiterutrum nobis enarremus. Eadem nocte revelatum André» ex apostolis, ut recognoscentibus cunctis, Johannes suo nomine cuaeu describereU » Saint Jérôme a recueilli une tradition analogue :

2aO CONCLUSION.

Nous avocui justifié la confîalice qvje mérltezit nos quatre évaBgika'Cauoiu(|uea* Qs sont pour nous autre chose que de aiuiplâs documents^ ils nouA font entendre la voix mâme de r%lise apostolique à quatre périodes différentes de son développameniL Chaque récit a ajouté quelque trait à l'image du Bédempteur, et ceqpendaixt tous eneeuiJble ils ne nous présentent encore que le miroir c où Ton ne voit qu'imparfiiitenaent > jusqu'au jour de lacontemplaticm directe. Ils nous font respirer avec une puissance exixaordinaire le soufQs de Vinspiration qui animait l'Eglise des apôtres. Ce sceau divin se révèle au cœur, et, 8*ily adu mysticisme à. le découvrir dans nos quatre évangiles, nous nous en reeoxuiaissons hautement coupable.

U n^en demeure pas moins que la scieox^ à elle. toute seule nous permet de conclure que nous avons hien dsms nos quatre récits canoniques des documenta histofiques remontant au premier siècle. U ne nous est plus permis dès lors de les remanier à notre gré, de les traiter conune une sorte de mosaïque dont oji peut détacher des fragments selon son caprice pour tenter des combinaisons artificielles» On comprendrait cette méthode si ntOB synoptiques n'étaient qu'un amas de traditions suspectes sans autre lien qu'une juxtaposition de hasard. Mais il n'en est rien; ils nous donnent une rmeetatàom saisie, oïdfioaée d'après un jiaxh détecmmé ;

«Coactos est ab omnibus pêne ttnic Abî» episooph et nraltomm eoei»> siaram legationibns de divinitate Saehratoris altiut fenb«w» » (Vil»»nym., P)rosfùtr m Matth.y

nous sommes tenus désormais de nous rendre compte de ce plan, d'expliquer le détail par l'ensemble etde confiponter sans cesse nos quatre évangiles. C'est pour nous le seul moyen de sortir de l'arbitraire effiréné dont on se plaît à user dans Temploî de nos sources, tantôt mêlant les textes les plus disparates, tantôt les coupant, les morcelant, traittmt en un mdt l^bistoûse éuangélique comme un métal en fusion qu'on peut jeter dans le moule qu'on a choisi. la agence a beiuu30up à perdre à de telles méthodes; dlos n'ont j^us de raison d'être dès que l'on a reconnu dans nos récits canoniques la dooUe enqHreinte des temps qui les virent naître et des écrrrains à qui nou» les devons. U faut en finir avec e^te divinalion qui sollicite les textes^ doucement ou non, poaryretr©»Ter ce qu'on avait déjà dans l'esprit, str moyen de découmr partout sa propre pensée. Une étude comparative des évangiles qui respecte Tordre des temps et cherche à k déterminef avec le soin le ^aa acmpnleux, coûte |iua. d'effiacta^ voim elk apporte plus de profit à la science.

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