‹ Jésus de NazarethChapitre 12 sur 47 · LA · texte numérisé non relu

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de torturer les textes d’une manière inadmissible (1), de donner du mot « frères » une autre interprétation que celle qui le prend dans son sens naturel (2). Il y avait donc dans l’Église de Jérusalem, Paul le savait et les Églises de la Diaspora ne l’ignoraient pas, des hommes qui passaient pour les frères de Jésus selon la chair. Comment ce fait bien établi pourrait-il se concilier avec la théorie . d’après laquelle le Christ prêché par Paul aurait été un personnage purement idéal (3) ? Drews (4), il est vrai, a soutenu que « frère du Seigneur » signifiait simplement membre de la communauté, mais, pour désigner les fidèles, l’apôtre dit simplement « les frères » ou « les frères dans le Seigneur » et, dans les passages où il est question des frères de Jésus, Paul les nomme à côté d’autres Chrétiens, des apôtres et de Céphas, il ne les confond pas avec eux. Dans 7 Cor., 9, 5, en particulier, il est remarquable que Paul, parlant de la femme qu'il pourrait avoir, dise tout simplement « une sœur », alors qu’il dit « les frères du Seigneur » à propos des personnages auxquels il se compare (5).

Un autre fait impose une conclusion identique. Paul assimile entièrement son apostolat à celui des Douze, il a obtenu, non sans peine, la reconnaissance par l'Église de Jérusalem de la réalité de sa vocation (Gal., 2, 1-10). Il rattache son apostolat, comme celui des

(1) 11 ne peut être question de voir dans le terme de « frère du Seigneur », la désignation d'un titre ou d’une fonction ecclésiastique, d’abord parce que ce serait une conjecture ne reposant sur aucun fondement, ensuite parce qu’il ne serait pas possible de différencier cette fonction de l’apostolat auquel pourtant elle ne pourrait être identifiée.

(2) Si, comme le fait l’exégèse catholique, on donnait à «frères de Jésus », le sens de demi-frères (fils d’un premier mariage de Joseph), ou de cousins de Jésus, la portée de notre argumentation ne serait pas sensiblement affectée.

(3) Il est aussi question de frères et de sœurs de Jésus dans Mc. 3, 31 ; 6,3s. Mt, 12,46 ,13,55 s. Le., 8 196. Jn.,2 12 ; 7,3,5. Actes, 1, 14.

(4) Drews, D. Christusm,. I, p. 125-127.

(5) Jon. Weiss, Jes. p, Naz., p. 105.

Douze, à une apparition du Christ ressuscité (1), maisala dû mener un rude et persévérant combat pour établi qu'il n’était en rien inférieur à ceux qu’il appelle par dérision les archiapôtres (71 Cor., 11, 8 ; 12, 11). Ceux-ci, ou du moins leurs partisans, devaient donc soutenir qu'il … manquait à Paul un titre dont pouvaient se prévaloir ses rivaux. On ne pouvait discuter ni les titres de Paul au point de vue du judaïsme (Phil., 3, 4-6. II Cor., 1, 21-. 22), ni les services rendus par lui à la cause de l'Évangile … et les souffrances acceptées pour cela (1 Cor., 15, 40: II Cor., 11, 23-33. Gal., 1, 17) (2), ni les signes accomplis … et les visions obtenues par lui (11 Cor., 12, 1-12). Un texte de l’épître aux Galates permet de comprendre de quelle … nature était l’objection faite à l’apostolat paulinien: À propos des apôtres de Jérusalem, Paul dit : « Quant aux considérés (3) — ce qu’ils étaient autrefois peu m’importe, Dieu ne regarde pas à l’apparence des hommes...» (Gal., 2, 6). Le titre dont se prévalaient les apôtres de D et qui manquait à Paul appartenait donc au ë passé. Les Douze pouvaient se vanter d’avoir été chré=… tiens et apôtres avant Paul, mais lui ne cherche nullement à dissimuler qu’il a autrefois persécuté l’Église et qu'il est un tard venu à l'Évangile (4). Ils’en vante, au contraire, comme d’un titre de gloire (1 Cor., 15, 8- 40), parce qu'il y voit une preuve manifeste de Lintesve tt de Dieu

(1) Cela résulte du rapprochement de I Cor., 9, 1, avec I Cor., 15, 8. \ (2) Les stigmates dont il est question dans l’épître aux Galates (6,17) fi sont, selon toute vraisemblance, les cicatrices des coups reçus au service … du Christ. 4 (3) Il y a, dans l’épître aux Galates, trois désignations des apôtres de Je rusalem : « les considérés » (2,6), « les considérés pour quelque chose » (2, 6), … « les considérés comme les colonnes (de l'Église) » (2, 9). 11 semble que Paul fasse allusion à une désignation courante des apôtres, dont il n’est plus possible de reconnaître l’origine, Ë % (4) Ceci explique pourquoi dans II Cor., 5, 16, Paul paraît dénier toute valeur au fait d’avoir connu Jésus.

dans sa vie. Que pourrait être ce titre d’autrefois dont se prévalaient les apôtres de Jérusalem, sinon qu'ils avaient été les témoins et les associés du ministère historique de Jésus ? Les controverses de Paul avec les apôtres de Jérusalem établissent ainsi que ceux-ci se vantaient d’avoir été — ce que Paul ne contestait pas — les témoins de la vie de Jésus.

Examen des textes dans lesquels on a cru reconnaître des allusions à un mythe du Christ

Dans la salutation initiale de l’épître aux Romains, Paul parle du « Christ Jésus, né de la semence de David selon la chair, comme Dieu l’avait annoncé à l’avance par les prophètes dans de saints écrits » (Rom., 1, 2-3). Pour M.Couchoud (1), il ressort de ce texte que la vie humaine — ou en apparence humaine — de Jésus n’a {pas été relatée, mais révélée à Paul et cela par des prophéties. Le fait que l’apôtre a cru reconnaître une concordance entre l’histoire de Jésuset certaines prophéties n’établit pas que l'histoire ait été déduite de la prophétie (2). Mais ce n’est pas tout. Deux choses sont énoncées dans le membre de phrase qui nous occupe, l’une est l'existence de Jésus, l’autre le fait qu’il descend de David. L’origine davidique affirmée par Paul sur la foi des prophéties insère Jésus dans une lignée humaine. La notion de l’origine davidique de Jésus paraît avoir une origine théologique. Les évangiles ne rapportent aucune parole de Jésus qui Patteste. Elle est seulement impliquée dans quelques épisodes auxquels on ne peut pas attribuer une grande por-

(1) Coucou», le mystère de Jésus, p. 131.

(2) Nous reviendrons dans un chapitre ultérieur sur les relations de la prophétie avec l’histoire évangélique.

tée (1). L’aveugle Bartimée interpelle Jésus une fois sous le nom de « Jésus fils de David », une autre fois sous le nom de « fils de David » d’après Marc (10, 47-48) et Luc (18, 38-39), tandis que Matthieu (20, 30, 32) a, les deux fois, simplement « fils de David » (2). Dans le récit de l'entrée à Jérusalem organisée pour réaliser la prophétie de Zacharie, 9, 9, la mention de David dans l’acclamation populaire n’occupe pas la même place chez Mare (11, 9) et chez Matthieu (21, 9) et manque chez Luc (19, 38), ce qui oblige, pour le moins, à considérer que l’authenticité n’en est pas certaine (3). Une seule idée ressort de ces textes, c’est que, considérant d’une manière plus ou moins vague Jésus comme le Messie, on l’aurait parfois qualifié de Fils de David. Mais rien n'indique que Jésus luimême ait accepté, encore moins qu'il ait réclamé ce titre.

Au contraire, dans une parole dont l’authencitité est indiscutable (4), Jésus paraît opposer l’une à l’autre les

(1) Nous faisons abstraction des deux généalogies, d’ailleurs inconciliables, qui se trouvent dans Mt., 1, 1-16 et dans Le., 3, 23-38, Toutes deux

supposent l’origine davidique de Jésus, mais ce sont des éléments récents de

la tradition qui manquent chez Marc.

(2) 11 en est de même dans le récit de M4., 9, 27 s., qui n’est qu’un doublet

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