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CHAPITRE PREMIER

Les théories de non-historicité jusqu’à la fin du XIX° siécle

Bayle rapporte qu’un des plus grands érudits de la Renaissance, Laurentius Valla, dit un jour, au cours d’un banquet, à Antoine Panormita qui en fut scandalisé autant qu’épouvanté, qu'il avait, dans son carquois, des armes contre le Messie lui-même (1). Voulait-il par là émettre des doutes sur la manière dont la tradition présentait l’histoire évangélique ? Ou bien allait-il jusqu’à contester la réalité historique de la personne de Jésus ? C’est ce que la manière dont le propos est rapporté ne permet pas de décider.

Jusqu'au xvri® siècle, l'autorité des évangiles n’était pas mise en doute. On se contentait de paraphraser, avec plus ou moins de liberté, les données de leurs récits. Aussi longtemps que protestants aussi bien que catholiques restèrent dominés par le principe de l’inspiration httérale de l’Écriture, il ne pouvait en être autrement.

(1) Bayze, Dictionnaire historique et critique, art. Valla.

Le seul problème qui se posait était celui de l’arrang et de la disposition des récits parallèles. Depuis. juqu’au xvuie siècle, d’Osiander à Griesbach, sors d’ingéniosité ont été déployés pour les co de telle manière que, suivant . verres ét emnp

rien d’ FRE ne fût ajouté, que l’ordre d'u % gile ne fût modifié (2). TR

Si l’harmonistique n'a pas encore été une vérital étude critique de la vie de Jésus, elle a, du moins, par complexité et l’invraisemblance des hypothèses € était obligée d'envisager, contribué à montrer. problème, tel qu'il était posé, restait insoluble et. était, par conséquent, nécessaire de le porter sur un autr terrain. de

C'est au cours du xvrr siècle que ce transfert aé opéré. Cette révolution, dont les conséquences ne se. dégagées que peu à peu, s’est faite, à peu près simult: nément, en Angleterre sous l'influence des déistes, € France sous celle de Voltaire et des Encyclopédiste en Allemagne sous celle de l’école des lumières (Aufkl

rung) à laquelle se rattachent Reimarus et LOS É

d’y justifier la religion naturelle en montrant que we chri: tianisme ne reposait que sur une base fragile.

(1} Dans le titre de son Harmonie publiée à Bâle en 1537. (2) Sur l’harmonistique, voir Maurice Gocuez, Intr., I, p. 49 s. (3) Sur ces débuts de la critique historique de la vie de Jésus voir Az Scuweirzer, Geschichte der Leben-Jesu-Forschung?, Tübingen, 1918, 26 et Cu. GuienegerrT, Le problème de Jésus, Paris, 1914, p.* rôle des déistes anglais et des philosophes français, complètement p silence par Schweitzer, a été bien mis en lumière par Guignebert

Reimarus, Jésus n’a jamais pensé à fonder une religion nouvelle. Sa prédication, exclusivement eschatologique et terrestre, n’avait en vue que sa manifestation comme Messie, fils de David. Jésus périt à Jérusalem alors qu’il tentait de se faire proclamer roi. Après sa mort, ses disciples imaginèrent l’idée d’un second avènement du

. Messie et d’une rédemption spirituelle par sa mort.

Le mérite de Reimarus est double. Il a, le premier, reconnu l'importance de l’eschatologie dans la pensée de Jésus et a essayé de découvrir un enchaînement naturel de causes et d'effets non seulement dans l’histoire de Jésus, mais encore dans celle du christianisme primitif.

Par la manière dont 1l présente la vie et l’enseignement de Jésus, Reimarus prétend saper à la base le christianisme traditionnel. Cette préoccupation introduit dans ses recherches un élément philosophique qui est de nature à les troubler autant queles préjugés dogmatiques reprochés par Reimarus à ses adversaires.

On peut en dire autant des rationalistes dont l’activité s'étend approximativement du milieu du xvrri® siècle jusque vers 1830. Éliminant tout élément surnaturel, ils veulent montrer en Jésus un maître de vertu dont l’enseignement concorde avec le leur. Tel est notamment le caractère des œuvres de Herder (1) et de Paulus (2). Ce dernier s’est particulièrement attaché à l’interpréta-

tion des miracles. Il y voit des faits réels mais entière-

ment naturels que les contemporains n’ont pas compris et auxquels ils ont attribué le caractère de prodiges.

Si, par exemple, on a crufque Jésus avait multiplié les

(1) Herper, Vom Erlôser der Menschen nach unsern drei ersten Evangelien,

1796 ; Vom Gottessohn der Welt Heiland, nach Johannesevangelium, Riga,

1797. Sur Herder, voir ScHwe1TZER, Gesch., p. 34-37.

(2) Pauzus, Das Leben Jesu als Grundlage einer reinen Geschichie des Urchristentums, Heidelberg, 1828. Sur Paulus, voir Scawe1Tzer, Gesch., p. 49-58,

pains c’est parce que, dans le désert où la foule Pavait suivi, il a donné, en distribuant les quelques pains dont il disposait, un exemple qu’ont suivi ceux de ses auditeurs qui avaient avec eux des provisions (1).

La conception rationaliste de la vie de Jésus ne difière pas essentiellement de la conception supranaturaliste. Elle aussi se borne à enregister les faits racontés en com: binant tant bien que mal les données synoptiques et des données johanniques, mais, au lieu de faire perpétuellement intervenir le miracle, les rationalistes déploient une extrême ingéniosité à donner des événements une interprétation naturelle.

L'œuvre des rationalistes ‘français du xvinre siècle a un caractère moins systématique ; sa portée n’en est que plus grande. Elle ne repose pas sur un travail exégé: tique approfondiet n’aboutit pas à opposer aux vues traditionnelles une conception nouvelle de l’histoire du christianisme primitif. Sous la forme enveloppée et prudente qui lui était imposée, Voltaire signale le peu de valeur documentaire des évangiles «écrits par des gens qui n'étaient au fait de rien, pleins de contrariétés “et d’impostures » (2), l’invraisemblance des prophéties es: chatologiques contre lesquelles s’insurge le bon sens“ « Que chacun s'interroge, écrit-il, qu'il voie si l’on peut pousser plus loin l’imposture et la bêtise du fanatisme » (3): Toute l’histoire de Jésus — seul un fanatique ou un sot fripon pourrait le nier— doit être examinée par les lu-

(1) Au rationalisme on peut rattacher les œuvres de Baurpr, (Aus/ührung des Plans und Zwecks Jesu, 1784-1792) et de Venrurint (Natürliche Ges= . Chichte des grossen Propheten von Nazareth, 1800-1802), qui font de Jésus un agent de la secte essénienne. Sur ces auteurs voir SCHWEITZER, Gesch., p38= LS.

(2) Vorraire, Examen important de Milord Bolingbroke, éd. de Kehl, t. XXXIII, p. 44, 60. C£. Sermon des cinquante, t. XXXII, p. 399-400; His= toire de l'établissement du christianisme, t XX XV, p. 274, 2938.

(3) Vozraire, Ex, de Mil. Bol., t. XXXIII, p. 68.

mières de la raison (1). Voltaire signale à mainte re-

prise, le silence des auteurs non-chrétiens sur l’histoire

évangélique (2). Manifestement, la tradition chrétienne ne lui inspire aucune confiance. Il ne va pas cependant jusqu’à soutenir qu’elle ne corresponde à aucune réalité. Il sait que « quelques disciples de Bolingbroke, plus ingémieux qu'instruits »} se sont autorisés des obseurités et des contradictions de la tradition évangélique pour nier l'existence de Jésus (3). Quant à lui, il écarte cette conclusion et il ne semble pas que ce soit uniquement par prudence, comme c’est parfois le cas, quant 1l veut exposer des opinions qu'il pourrait être dangereux de professer ouvertement. En effet, Voltaire donne ici, pour écarter les négations qu'il rapporte, des raisons de grand poids. Il cite des cas précis de généalogies forgées, d’histoires embellies et transfigurées et, quant à la disproportion qu'il paraît y avoir entre l'humilité de la personne de Jésus et l’importance du mouvement qu'il a déclanché,

1l rapporte le cas de Fox«cordonnier très ignorant, fonda-

teur de la secte des Quakers ». « Il faut, conclut-il, en at-

tendant la foi, se borner à tirer cette conclusion : il y

eut un Juif obscur, de la he du peuple, nommé Jésus, cru-

cifié comme blasphémateur au temps de l’empereur Tibère,

sans qu’on puisse savoir en quelle année » (4).

El) Vozrarre, Dieu ei les hommes, t. XX XIII, p. 271.

(2) Vorrarre, Dieu et les hommes, t. XXXIII, p. 272 ; Sermon des cin-

quante, t. XXXII, p. 401; Histoire de l'établissement du christianisme,

“+ XXXV, p. 274.

(3) Vozrarre, Dieu et les hommes, t. XXXIII, p. 273 s. >

(4) Vozraire, Dieu et les hommes, t. XXXIII, p. 279. Outre ce que nous avons cité, il faut lire l’Essai sur les mœurs (notamment le chapitre 1x), t. XVI ; les Homélies prononcées à Londres en 1765, t. XX XII ; les Conseils

raisonnables à M. Bergier, t. XX XIII ; les Questions de Zapata, t. XXXIII;

l'Eptire aux Romains, t. XXXIII ; de nombreux articles du Dictionnaire philosophique, t. XXXVII-XLIII ;etc. Des idées de VoLTAIRE, On peut rapprocher celles de »'’Horsacua (Système de la Nature, Londres, 1770, sous le nom de Mirabeau ; Le bon sens du curé Meslier, Londres, 1772 ; etc.).

Voltaire n’a esquissé aucune histoire des origines du christianisme. Son effort pour placer l’étude des -documents sur le terrain de la raison, nous dirions en termes modernes, de l’histoire, n’en est pas moins des plus-remarquables. Par là, il a porté à la conception tradition: nelle des coups décisifs.

Le caractère presqu’exclusivement négatif des“remarques de Voltaire explique les conséquences extrêmes formulées à la fin du xvii® siècle par Volney etpar Dupuis.

Dans son ouvrage intitulé Les Ruines ou Méditationssur les révolutions des Empires (Paris, 1791,°1808), Volney imagine une vision qui se déroule dans les ruines de Palmyre. Les représentants des diverses religions expliquent, tour à tour, comment les prêtres ont trompé les hommes en inventant des dogmes qui obscurcissent la véritable religion, spirituelle par essence. Pour Volney, toute l’histoire évangélique représente un mythe astral (1):

Les idées de Dupuis (2) sont très proches de celles de” Volney (3). Pour lui, les philosophes qui ont fait de Jésus un homme ne se sont pas moins gravement trompés que les théologiens qui avaient fait de lui un Dieu: Jésus est moins homme encore que Dieu, c’est, comme toutes les divinités que les hommes ont adorées, le soleil ; le christianisme est un mythe solaire .« Quand nous aurons fait voir, écrit Dupuis, que l’histoire prétendue d’un Dieu qui est né d’une vierge, au solstice d’hiver, qui ressuscite

(1) C’est sous l’influence de Volney que Napoléon I®T, dans une conversation qu’il eut avec Wieland'à Weimar, en 1808, aurait dit que c'était une grande question de savoir si Jésus avait existé (Scnwerrzer, Gesch., p. 445};

(2) Dupurs, L'origine de tous les cultes ou la Religion universelle (3 wol: etunatlas), Paris, an III (1794); A brégé de l'origine de tous les cultes, Paris, an VII (1798). Ces deux ouvrages ont été maintes fois réimprimés.

(3) Ce serait à la suite d’une conversation avec Dupuis que Volney aurait conçu l’idée de son livre. (Notice sur la vie et les ouvrages de Durs DRE Abrégé. Nouvelle édition, Paris, 1830, p. xv).

à Pâques ou à l’équinoxe du printemps après être descendu aux enfers, d’un Dieu qui mène avec lui un cortège de douze apôtres, dont le chef a tous les attributs de Janus, d’un Dieu vainqueur du prince des ténèbres, qui fait passer les hommes dans l’empire de la lumière et

qui répare les maux de la nature, n’est qu’une fable

solaire, 1l sera à peu près aussi indifférent d'examiner s’il y a eu un homme appelé Christ, qu'il l’est d'examiner si quelque prince s’est appelé Hercule, pourvu qu'il reste démontré que l’être consacré par un culte, sous le nom de Christ, est le soleil et que le merveilleux de la légende ou du poème a pour objet cet astre, car alors, il paraîtra prouvé que les Chrétiens ne sont que des adorateurs du soleil et que leurs prêtres ont la même religion que ceux du Pérou qu'ils ont fait égorger » (1).

L'année 1835 qui fut celle de la publication de la première Vie de Jésus de Strauss (2) est une date capitale pour l'histoire de la eritique évangélique. Strauss

aborde le problème avec un désintéressement dogma-

tique absolu qu'il doit à la philosophie de Hegel. La notion fondamentale de la religion, est, pour lui, celle de la Gotimenschlichkeit et 1l importe peu que cette idée ait été réalisée ou non comme phénomène. C’est l’idée qui : compte et non l’histoire. Les premières relations évangéliques n’ont pas été, pour Strauss, rédigées à un point de vue historique. Elles ne rapportent pas les faits tels qu'ils se sont passés mais expriment certaines idées au

(1) Dupuis, Abrégé, p. 251. On sait que les idées de Dupuis ont été spirituellement critiquées par J. B. PÈrès, bibliothécaire de la ville d'Agen, dans une curieuse brochure où il a appliqué la méthode de Dupuis à l’histoire de

. Napoléon : Comme quoi Napoléon n'a jamais existé, 4° éd., Paris, 1838.

(2) Srrauss, Das Leben Jesu, Tübingen, 1835-36,* 1840, Trad. française par Livrré (Paris, 1840). Cf. Das Leben Jesu für das deutsche Volk bear beitet, Leipzig, 1864 (trad, française par À. Nerrrzer et Cm, Dorrrus, Paris, 1864). Sur Strauss voir Scmwe1rzer, Gesch., p. 69 s. ; À. Lévy, David-Friedrich Strauss, Paris, 1910 ; Guieneserr, p. XXII Ss.

* la DES . résout l’antithèse de tu

raliste et de l'explication supranaturaliste de la. v Jésus. )

La Vie de Jésus de Strauss contenait une autre nouw té : c’est qu'elle posait, comme il ne l'avait jamais auparavant, le problème des relations entre le quat évangile et les synoptiques. Tandis qu’on se borne avant Strauss, à combiner les données des quatre é 1 giles, Strauss estime que les deux traditions en prés sont inconciliables et résout le problème que pos coexistence dans un sens défavorable au quatrième C gile.

Le point faible de la construction de strass qu'elle ne reposait pas sur une étude suffisamment sée des sources. Cette lacune fut comblée à la fois par travaux de F. C. Baur et de ses disciples et par ceux d'u série de critiques qui combattirent les thèses de le de Tübingue, tels que Weisse, Wilke, Reuss, : Réville, H. J. Holtzmann, Bernhard Weiss (1). L tat des discussions qui s’engagèrent sur la question gélique fut une théorie dont les points essentiels qu'il y a, à la base de la littérature évangélique, deuxs U principales : l’'évangile de Mare soit sous sa forme act soit sous une forme un peu différente (le Proto-M: un recueil de ‘discours, les {Logia (2), le quatrième gile étant considéré par la plupart des critiques

(1) Sur ces travaux voir Maurice Goquez, Intr., I, p. 67 ss., L (2) Désignés généralement, en Angleterre et en Ales pa (Quelle). Nous les désignons par A.

Ÿ nr” xd

idées dogmatiques et allégoriques. La Vie de Jésus qui serait laboutissement de ces travaux critiques n’a jamais été écrite, elle est comme impliquée dans l’œuvre de H.-J. Holtzmann (1).

A l’école de Baur se rattachent les travaux de Bruno Bauer (2) qui, dès 1841, prit position pour la priorité de Pévangile de Marc. Il expliquait les particularités des autres récits par ce qu'il appelait la puissance créatrice

des évangélistes et montrait notamment le rôle joué dans

l’évolution de la tradition par les préoccupations dogmatiques et théologiques. Mais il ne s’en tint pas là et soutint que les forces qui avaient déterminé la transformation de la tradition primitive expliquaient aussi la genèse du récit de Marc. Pour Bauer, l’évangéliste primitif est un créateur, son œuvre est le produit de la foi des premiers Chrétiens. Le christianisme est né, au début du n° siècle, de la rencontre de différents courants de pensée origi-

. naires de Judée, de Grèce et de Rome. La personne de

Jésus n’est qu’une fiction littéraire. Jésus est le produit,

non le créateur du christianisme.

Bruno Bauer resta un isolé, ses idées n’eurent que très

peu d'influence. Quand, plus tard, des idées analogues

aux siennes furent reprises, soit par l’école radicale hollandaise, soit par certains mythologues modernes, ce ne

fut pas sous son influence et ce n’est qu'après coup que

les auteurs de certaines théories que l’on croyait nouvelles

s’aperçurent qu'ils avaient eu en Bruno Bauer un pré-

curseur.

. La publication de la Vie de Jésus de Renan, en 1863, e A v (1) Scnwerrzer, Gesch., p. 124-140, :

4 (2} Bruno BAUER, Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes, Bre- ‘À men, 1840 ; Kritik der evangelischen Geschichie der Synoptiker, Leipzig. PS 1841-42 ; Kritik der Evangelien, Berlin, 1850-51 ; Christus und die Cäsaren,

Der Ursprung des Christentums aus dem rôümischen Heidentum, Berlin, 1877,

Sur Bruno Bauer voir M. Kecez, Bruno Bauer und seine Theorie über die Enistehung des Christentums, Leipzig, 1908 ; Scanwerrzer, Gesch., p.141-161.

Goquez. — Jésus de Nazareth 2

marque une date non moins importante que Vie de Jésus de Strauss dans l’histoire de la critiq ue. n’est pas que le livre fût très original. Toute sa sub à peu près, est empruntée à la critique allemand bien que la Vie de Jésus de Strauss ait été tradm de Renan fut la première œuvre française sur la ‘qu Elle attira d’autant ‘plus l’attention qu’elle s’ad au grand public. Aussi produisit-elle une énon sation (1). Peu originale pour le fond, la Vie de. Renan est, au point de vue littéraire, une œuvre premier ordre (2). Renan fait de Jésus une sorte rêveur qui se promène au milieu de la ce léenne, souriant à la vie et comme surpris du d quel il est mêlé. Quand il disparaît, la passion d* lucinée donne au monde un Dieu ressuscité.

L'œuvre de Renan a été suivie, dans les quarante nières années du xix® siècle, d’un grand nombre d° Vies de Jésus depuis Keim jusqu’à Oskar Holtzma Toutes s’efforcent de mettre en œuvre les résulta ; critique littéraire, souvent en combinant comme P : déjà fait Renan, les données du quatrième évan celles des synoptiques. Le point de vue sur les

© (1) On trouvera dans Scawerrzer, (Geseh., p. 647-651) une liste. ou brochures parus en 1863-64 à propos du livre de Renan. (2) Il y a cependant dans la Vie de Jésus des fautes de goût. «1 d'œuvre, écrit ScawetrzEer (Gesch., p. 182), qui fourmille de tant c de goût et de si graves que la Vie de Jésus de Renan. C’est de 1 dans le plus mauvais sens du mot. C’est un art de figures de ci Jésus, les jolies Maries, les délicates galiléennes qui forment le charmant charpentier ont été pris aux vitrines d’un magasin de è Saint-Sulpice ». Voir aussi dans la Revue de Paris du 15 x novembre p- 271 s., un jugement de Marcez PrRousr sur le style de la v qui est qualifiée d’ « espèce de Belle Hélène du christianisme ».. Marie Lenéru (Journal, Revue de France, 1€f juillet, 1924, p. 61 ainsi : « Ce ton a l’abondance ecclésiastique, le débit facile ue beau diseur et un peu fat», (3) Scnweirzer, Gesch., p. 193-221.

varie, mais, dans presque toutes, on trouve des essais d'explication psychologique de la messianité de Jésus et de la manière dont il l’a dissimulée au peuple et révélée à ses disciples. L’effort principal porte sur l'explication de la scène de Césarée de Philippe (Mc., 8, 27-33 et par.). Dans beaucoup de ces Vies de Jésus on s'attache à diminuer l'importance de l’élément eschatologique, avec la préoccupation, plus ou moins consciente, de découvrir un Christ qui ne soit pas trop étranger à l’homme

moderne et qui soit un représentant idéal de la religion

vraie, telle que la conçoit le protestantisme libéral. Aux environs de 1890, s’ouvre une nouvelle période

dans l’histoire des Vies de Jésus. La discussion porte prin-

cipalement sur la conscience messianique et sur l’eschatologie, deux questions qui sont étroitement solidaires l’une

de l’autre.

Déjà Reimarus avait mis l’accent sur les vues eschato-

logiques de Jésus et Strauss leur avait fait une place

importante. Mais, d’une manière générale, ils n’avaient guère été suivis et l’on s’était efforcé de donner des déclarations eschatologiques de Jésus une interprétation qui les éliminait en les spiritualisant (1).

L’attention fut ramenée sur le problème eschatologique par le progrès des études sur la religion du monde antique et sur le judaïsme contemporain de Jésus dans lequel les idées eschatologiques occupent une place centrale, et aussi par le succès de l’école de Ritschl qui at- Pa une importance capitale à la notion d’Église, plus ou moins explicitement identifiée à l’idée du Royaume de Dieu prêché par Jésus. L'examen !de la base biblique de cette doctrine amena Johannes Weiss, disciple et gendre de Rütschl, à formuler des conclusions d’une grande

(1) Parfois elles avaient été simplement déclarées inauthentiques, notamment par CoLanr, Jésus-Christ et les croyances messianiques de son temps, Strasbourg, 1864.

portée dans une étude capitale sur la prédicat Jésus sur le Royaume de Dieu (1). Pour lui Jésus a

tologique, il s’est considéré lui-même comme le Roi ce Royaume, c’est-à-dire comme le Messie. La thèse c Weiss a été reprise et poussée jusqu’à ses dernières. quences par Albert Schweitzer (2). Le

Si l’exégèse de 1 fin du XIXe siècle a mis en lu

dans le christianisme primitif, l'accord per éta loin d’être complet sur interprétation des faits cons stat

tianisme. Cette conception a été formulée par Y Wrede dans un livre très pénétrant sur 10

été messianique. La contradiction est résolue — imparfaitement, il est vrai— par la | du secret’ observé et imposé par Jésus.

s’attache à montrer que le secret messianique pas être interprété comme une sorte de procéd péc gogique employé par Jésus pour empêcher ses. rt de se lancer dans un mouvement de messiani tique qu’il n'aurait pu approuver et dont la. lui aurait échappé. Il voit dans le secret. messiani

un procédé littéraire grâce auquel ont été pr

(2) A Scawerrzer,, Das Leidens-und Messiasgeheimniss, Leipzig, 4901 ; Gesch., p. 390-443 ; Die psychiatrische Beurtei bingen, 1913. | EAN (8) W. Wrepr, Das Messiasgeheimniss in den Evangeli 4901 ; dE Halle a. S., 1904. ;

dans l’histoire évangélique les conceptions et les croyances de la communauté chrétienne.

Cette théorie a été discutée dans les multiples études consacrées au commencement du XIXE siècle à la question des rapports entre Paul et Jésus (1). Le problème débattu est celui-ci : Qui est le véritable fondateur du christianisme ? Est-ce Jésus lui-même ou bien ne seraitce pas l’apôtre Paul qui aurait introduit dans l’Église des notions de messianité et de rédemption étrangères à la pensée de Jésus et à la foi de ses premiers disciples ?

Les théories de Wrede n’allaient pas, sans doute, jusqu’à nier la réalité historique de la personne de Jésus ; elles aboutissaient cependant à la rendre pratiquement inutile et à réduire son rôle à celui de cause occasionnelle du développement du christianisme (2). De l’idée d’un Jésus n'ayant été, si l’on peut ainsi parler, que le prétexte de

la naissance du christianisme à la thèse de la non-histo-

Me

ricité de sa personne, il n’y a qu’une nuance. Nous sommes ainsi amené à exposer les formes modernes de la conception mythique exposée autrefois par Volney, Dupuis et Bruno Bauer.

Dans les vingt dernières années du xix® siècle, elle n’est guère représentée que par l'ouvrage anonyme publié à Londres en 1887 sous le titre de Antigua Mater

et par quelques critiques de l’école radicale hollandaise (3),

- (1) Sur cette littérature voir Scnweirzer, Geschichte der paulinischen

Forschung, Tübingen, 1911, p. 419-140.

(2) Tel paraît êtrele pointde vue auquel aboutit M. Loisy. Sousl’influence

de l’école sociologique plusieurs critiques insistent, dans ces dernières années, sur le rôle de la communauté et spécialement du culte dans le développement du christianisme et de la tradition évangélique. Nous citerons comme caractéristique de cette tendance l’ouvrage de BEerrram, Die Leidensgeschichte Jesu und der Christuskult, Goettingen, 1922. Voir les réflexions que nous avons présentées à ce sujet dans À. H. P. R., 1924, p. 94-96.

(3) Sur cette école voir le livre un peu partial de G. A. Van DEN BERGn van EysincA, Die holländische radikale Krüik des” Neuen Testaments, léna,

Pierson, Matthes, Naber, Van Loon, pendant ur te Loman, se sont prononcés contre l’historicité at és Les raisons qui leur ont dicté leurs conclusions sont cipalement d'ordre négatif. Ces auteurs font val certitude de la tradition évangélique, l’absence témoignage extérieur, et pensent justifier ainsi, n

une A cohérente des origines du christ:

et de la formation de la tradition évangélique e le peu d'influence que leurs théories ont exercé.

depuis le début de xx£ siècle.

Pour J. M. Roberston (1), les religions se dé

(1) Rosentson, Christianity and Mythology, London, re short History of Christianity, London, 1902 ; Pagan Christs, Studié parative Theology, London, 1902, 21911 ; The Jesus Probleme aR

p. 458 s. GuicNEBERT, P- 88 s. Dés idées de Robertson on peu les théories astrales développées par À. Nremosewsxi (Ga

nouveaux dieux quiviennent se substituer ou s’adjoindre aux anciens, parfois en étant présentés comme leurs fils. Le monothéisme juif a ainsi donné naissance au culte du Messie. L’adoration de Jésus n’est que la réapparition d’une vieille religion qui avait existé en Israël alors qu'Abraham, Isaac, Moïse, Josué, étaient encore des divinités. Parmi ces cultes, le plus important fut celui de Josué, divinité solaire d’'Ephraïm, adoré sous les symboles de l’Agneau et du Bélier. Ce dieu Josué n’est pas sans contact avec l’Adonis syrien et le Tammouz babylonien. Le nouveau culte de Jésus-Josué s’est surtout développé à partir de la destruction du Temple. Il a créé toute une tradition légendaire dont les principaux éléments ont un caractère nettement mythique. Il est possible cependant que, dans ces développements, aient été intégrés certains souvenirs historiques relatifs notamment à Jean- Baptiste et à un certain Jésus Ben-Pandera mis à mort sous Alexandre Jannée (106-79 av. J. C.).

Albert Kalthoff (1) voit dans le christianisme un phénomène social. La religion nouvelle est née quand les masses du prolétariat opprimé dans le monde romain se sont trouvées en contact avec les espérances messianiques juives. L'idéal communiste à joué un rôle capital dans la genèse de la religion nouvelle. L’histoire de Jésus n’est que celle de lidée du Christ, elle reflète le

développement de la communauté.

fremder und eigener Forschung, München, 1910 ; Das werdende Dogma vom Leben Jesu, Iéna, 14910) et par C. P. FunrMann, (Der Astralmyihus vom Chris- tus, 1912). L'idée d’un culte préchrétien de Jesus-Josué est aussi admise par Borrano, De evangelische Jozua, Leiden, 1907 ; Het Evangelien, Leiden, 4909, 21910, Cf. aussi W. Ergr, Von Jerusalem nach Rom. Uniersuchungen zur Geschichte und Geschichisdarstellung des Urchrisientums, Leipzig, 1912. (1) Kazrnorr, Das Christusproblem, Grundlinien zu einer Sozialiheologie, Leipzig, 1902, 21905 : Die Enistehung des Christeniums, Leipsig, 1904 ; Was swissen sir von Jesus ? Berlin, 1904, Sur Kaïthoff, voir Scawe1Tzer, Gesch,, p. 345 s. ; GuicNesERT, p. 785,

gamesch est un personnage, en mue Va en humain ; son histoire, àflaquelle Jensen reconnaîtune tère Set est celle de la recherche de l’immortalité

William Benjamin Smith (3), professeur de math tiques à la Nouvelle Orléans, part d’une triple observa

amené à admettre l’idée d’un HE PR. préc tien. C’est lui qu'adorait la secte des gnostiqu à sénes connue par Hippolyte et la secte ju

se

terial in seinen H au PR dargestellt, Berlin, 1910) ane outre de l'épopée de Gilgamesch celle des cultes de Marduk, de Mithra et mouz.

(3) W. B. Sumrru, Der vorchristliche Fo Giessen, 1906, “À Deus, Die vorchristliche Lehre des reingütilichen Jesus, Léna, christian Jesus, Am, Journ. of theology, 1911, p. 259 s. Aux idi se rattachent celles de G. T. SADLER, ue the New M 4924 |

(4) Voir plus loin p. 628. : ;

dont l’existence serait fort douteuse. On y trouve la racine NSR qui exprime l’idée de protection et de salut. A l’appui de sa théorie d’un Jésus préchrétien, Smith cite une série d’autres preuves telle que la conjurationt par le dieu des Hébreux, Jésus » (xaxa vod eco Toy ‘Ecoalwv ’Insoùd) du papyrus magique de Paris, lequel, il est vrai, ne date que du [IVe siècle après J. C., ou encore le cas d’Apollos et des disciples de Jean-Baptiste à Éphèse (Actes, 18, 24-28 ; 19, 1-7) lesquels connaissent « ce qui concerne Jésus » avant d’avoir été en contact avec Paul. Le magicien Elymas, surnommé Bar-Jésus, (Actes, 13,6-12) et Simon (Actes, 8, 9-13) ont été des adorateurs de ce Jésus préchrétien. Son nom, forme grécisée du nom de Josué, signifie délivrance, il est aussi apparenté avec la racine du verbe grec qui signifie guérir (zu). L'histoire de Jésus a été créée par les adorateurs du Jésus préchrétien, elle exprime l’histoire de la première communauté. Les théories de B. W. Smith furent accueillies avec enthousiasme par Arthur Drews (1) qui, dans un ouvrage de philosophie religieuse publié en 1906, avait soutenu que le culte de Jésus était un reste de fétichisme dont il était nécessaire de purger la religion. Le système de Smith lui parut de nature à opérer la réforme religieuse qu’il souhaitait. Il admit donc la théorie d’un Jésus préchrétien en la combinant avec un système astral et en ajoutant au tout quelques considérations de son cru, notamment un rapprochement, au moins imprévu, entre le Christ, agneau de Dieu (agnus dei) et l’Agni védique. Les théories dont nous venons de résumer les plus

(1) A: Drews, Die Christus-mythe, Téna, 1909, #1910, 2 Teil, Iéna, 1911; Die Petruslegende, Frankfurt a. M., 1910 ; Das Markusevangelium als Zeugnis gegen die Geschichilichkeit Jesu, Téna, 1921 ; Die Entstehung des Christentums aus dem Gnostizismus, Iéna, 1924. Sur Drews, voir ScHWEITZER, Gesch., p. 483 s. GuieneBEerT, p. 1075, K. Sraar, Wege zur « Christusmythe » von À. Drews, Billica, 1924, p. 26-23,

caractéristiques ont fait en Allemagne, dans mières années du xx£ siècle, HObE d’une intense

publiées par les soins de l’union moniste allemande et traduites en par À. Lipman, Jésus a-t-il existé ? *Paris, 1912.

(2) De toute cette littérature nous citerons seulement : L swissen sir von Jesus ? Halle a. S., 1904 ; L. C. Frrzrow, L'existence hist de Jésus et le rationalisme contemporain, Paris, 4909 ; Jüzicner, Jesus gelebt ? Marburg, 1910 ; H. von Sopen, Hat Jesus gelebt?B lin, 1910; Weinez, Ist das « liberale » Jesusbild widerlegt, ® 1910 ; Jon. Weiss, Jesus von Nazareth, Mythus oder Geschichte. À b

4910 ; DuNEMann, Der historische Jesus, der So Le Christus und .

un anonyme, Re) FE Doktor Martin Luther nie pa hat, . Ch Welt, 14 avril 1910, + (3) Le plus fécond de ces auteurs est ARTHUR Hesse chrétien (Jésus-Christ n'a pas existé), Paris, 1908-1910, 11 vol. ; Le: chrétien : La vérité: Barabbas. Le mensonge: Jésus, édition réduite lume, Paris, 1913 ; Tu es Petrus, l'histoire et la légende, Paris, 1914, H ‘résume sa théorie dans les deux thèses suivantes (Le Mensonge c réd., p. I} : «10 C’est le juif connu sous le nom de Jean le Baptise disait Christet Bar-Abba (fils du père) et il n’a nullenïentété décapité; ceBarabbas qui, condamné par la justice desonpays, pourcrimes pt ; trahison, assassinat et vol, a été use au CCG pa :

personnage fictif substitué par les évangélistes au ‘crucifié rée . fabriqué pour donner les couleurs de l'innocence à l'individu dont ils e

avec quelques réserves, par M. Salomon Reinach et dans toute son intégrité par M. Couchoud et par M. Stahl.

M. Salomon Reinach (1) ne se prononce pas formellement pour la thèse négative à cause du témoignage des épîtres pauliniennes qui ne lui paraissent pas pouvoir être considérées comme inauthentiques. Mais, tout en admettant que Jésus a vécu, M. Reinach insiste sur trois objections à l’historicité de la passion. La première est tirée du silence des auteurs non-chrétiens, notamment de l’absence d’un rapport de Ponce Pilate à Tibère sur la condamnation et l’exécution du Nazaréen. Le second argument est que l’histoire de la passion réalise diverses prophéties, notamment celle du verset 17 du Psaume 22.

Une dernière raison est tirée de l’existence de l’hérésie docète, c’est-à-dire de l’opinion qui réduisait la vie his-

torique et humaine de Jésus à une simple apparence. Un effort très intéressant a été fait par M. P. L. Couchoud (2) pour rapporter le témoignage paulinien à un

(1) Sazomon Rernacu, Orpheus, Paris,1909 ; Le verset 17 du Psaume XXII, C. M. R,, 1, p. 437-442 ; À propos de la curiosité de Tibère, C. M. R., III, p. 16-23 ; Bossuet.et l'argument des prophéties, C. M. R., IV, p.174-180 ; Simon de Cyrène, id., p.181-188 ; Une source biblique dudocétisme, id. ,p. 189-206.

(2) P. L. Coucuoun, L'Énigme de Jésus, Mercure de France, 17 mars 1923, p- 344-406 ; (tirage à part, Paris, 1993, traduction anglaise : The Enigma of Jesus with Iniroduction by J. G. Fraze, translated by Mrs. G. Wnazrr, 1924) ; Le Mysière de Jésus, Mercure de Frante, 1®7 mars 1924, p. 335-858 ; le mysière de Jésus (christianisme, cahiers publiés sous la direction de P. L. Coucaoup, n° 8}, Paris, 1924, Le premier -article de M. Couchoud a été discuté par nous: À propos de l'énigme de Jésus, M. d. F.,1€T juin 1923, p. 389-404, et par le R. P. de GRANDMAISON, Jésus dans l'histoire, M. d. F., 15. août 1923, p. 22-48. Sous prétexte qu’il n’était pas une revue d'histoire religieuse le Mercure de France a refusé d’insérer un article dans lequel nous discutions le second article de M. Couchoud. D'autre part, M. Couchoud a exposé ses théories dans une série des entretiens de PUnion pour la Vérité (janvier-avril 1924). Nous y avons présenté les objections qu'elles nous paraissent appeler et dont on trouvera le développement dans le présent volume. Cette discussion doit être publiée das le Bulletin de l'Union pour la Vérité.

Christ purement idéal et éliminer ainsi la dificu empêchait M. Salomon Reinach de conclure forme ment à la non-historicité de Jésus. M. Couchoud distingue essentiellement des RHONE en ce c

être spirituel et, de fait, il y a chez lui une intelligen de la valeur spirituelle du christianisme et de l’influer religieuse exercée par la foi en Jésus qui le différ profondément des théoriciens tels que Drews, Smith Roberston. | |

depuis Renan jusqu’à Loisy, essayent de se repré l’histoire de Jésus et la genèse du christianisme se |

se rapporter à un agitateur juif inconnu du nom de C tos. Les deux autres, ceux de Pline et de Tacite, établ

donnent sur ses origines que des renseignements € em tés aux Chrétiens eux-mêmes. ‘118

- Quant aux évangiles, M. Couchoud fait remarquer ce ne sont pas des histoires, Mais des exposés de la bo AI

L’évangile de Marc, le plus ancien, est l’apocalyps: homme qui manquait d’envolée ; c’est une créati l’exégèse imaginative, non un EN d’histoir un commentaire libre et fabulé des textes bibli des souvenirs spirituels où se fondait la foi chr

À un tel livre il ne faut pas demander l’humble et banale information historique.

Par delà les évangiles, il faut remonter jusqu’à la plus ancienne forme de la foi chrétienne, celle que nous font connaître les épîtres de Paul. Le christianisme de Paul n’est n1 la déification, ni le culte d’un homme. Son Christ n’est qu'une nouvelle forme du vieux Dieu d'Israël, Yahwé en Messie. Quand, après la ruine de Jérusalem, des masses nombreuses entrèrent dans l’Église, ilse produisit dans la foi chrétienne une sorte de transposition. Le mystère de Jésus se fixa en récit et passa de l’état lyrique à l’état narratif. L’épopée ineffable de Paul devint une légende artificielle. L'invention hardie des prédicateurs populaires fit son chemin ; mais cette forme secondaire du christianisme n’a fait que dissimuler la véri-

table nature de l'Évangile. En réalité Jésus n’est pas un

homme progressivement divinisé, c’est un Dieu progressivement humanisé. Ce n’est pas un fondateur de reli-

gion mais un Dieu nouveau.

Dans son article de 1924, après être revenu sur le caractère très particulier du problème de Jésus, M. Couchoud s’est attaché à préciser sa théorie. « À l’origine du christianisme 1l y a, si j’ai raison, écrit-il, non une biographie individuelle, mais une expérience mystique collec-

tive, appuyant une histoire divine mystiquement révé-

- lée » (1). A l’origine, Jésus n’a pas été un homme, mais un

Esprit quise manifestait. On a cru à cet Esprit à cause de

ses manifestations et parce qu’on pensait découvrir son

existence et lire son histoire dans Isaïe et dans les Psaumes. Et M. Couchoud s’attache à démontrer que c’est bien à un être spirituel que se rapporte le témoignage paulinien. Quant à l’origine de la tradition des paroles de Jésus, les épîtres de Paul permettraient de la saisir sur

(1) Coucnoun, le mystère de Jésus, p. 117.

projection dans le passé et attribution La En. de l’histoire apostolique dans lesquels on avait rec Paction de l'Esprit, et, enfin, influence du culte: telles sont les sources dont a Het toute la tradition évangéli

Jésus aurait donc été, à l’origine, le dieu d’un mys! Au temps de Paul, ni le dieu, ni le mystère ne sont. core historisés. Ils le seront dans la période qui suiv l’âge créateur, lorsque l’on ne sera plus en état de & prendre la haute spiritualité qui avait animé la foi ri mitive et qu’on transportera sur la terre le drame. dont avait vécu le christianisme de la press g tion.

maison ou par nous-même, soit au cours as entre de l’Union pour la ere M. P. FR Couchoudz na

aucun point ses conceptions ; : il n’a même pas jugé propos de dire en quoi elles ne lui paraissaient pas fo: dées. Il s’est borné à ajouter à ses précédents. expo trois chapitres. Dans le premier, il essaye de mo que l’étude de lApocalypse et des épîtres nonniennes du Nouveau Testament confirme les conclu auxquelles l'avait conduit l’examen des épîtres niennes. Dans le second, ik evient sur ce qu'il avait d dit de la formation du la tradition évangélique; L dans le dernier, il résume les conclusions de ses recher:

paradoxale de M. R. Stahlqui porte un titre un peu énigmatique : «Le document 70 » (1). Ce « document 70» est le fragment d’apocalypse juive que Wellhausen a dégagé de l'analyse du chapitre 12 de l’Apocalypse johannique. On y trouve l’idée d’un Messie enlevé au ciel immédiatement après sa naissance. Alors que Wellhausen voyait dans cette apocalypse de 70 un fragment Juif utilisé par l’auteur chrétien de notre Apocalypse, M. Stahl croit pouvoir y reconnaître le document chrétien le plus ancien, on pourrait presque dire l’acte de naissance du christianisme, Le Messie apocalyptique dont il est question aurait été d’abord concrétisé, d’une manière symbolique, dans le quatrième évangile, puis, plus maté-

riellement, dans les synoptiques qui seraient plus

jeunes que l’évangile de Jean. Les lettres de Paul seraient toutes inauthentiques. Paul cependant ne serait pas une figure entièrement fictive, mais le per-

sonnage réel, dont une image quelque peu altérée a

été conservée dans le livre des Actes, aurait été seulement un missionnaire pharisien qui aurait eu des démêlés avec les sadducéens au sujet de la résurrection des morts. M. Stahl a essayé de donner un schéma du développement du christianisme tel qu'il se le

représente. On pourrait le résumer dans la série sui-

vante : « Document 70 » — Apocalyptique. — Qua-

trième évangile — Synoptiques. Il ne s’explique pas

sur les premières manifestations du christianisme à Rome et notamment sur la persécution de Néron. Pour

l’éliminer, il faudrait bouleverser les idées reçues sur

la littérature latine autant que celles qui paraissent le mieux établies sur les livres du Nouveau Testament.

(1) R. Sraux, Le document 70, Strasbourg, Paris, 1923. Sur ce livre voir les remarques de M. Arraric, À. H. P. R., 1924, p. 286-290.

Le problème

La revue que nous avons passée des principales ries qui, utilisant le travail critique du xixe siècle, été, depuis une vingtaine d’années, opposées à le mation traditionnelle de l’historicité de Jésus, pe | de faire diverses observations.

sans ns te toute l’histoire UE M.

choud a GONE insisté sur ce point. « Le problè

Vouloir soustraire à sa compétence ce qui n° 'aur au moins, le caractère de fait collectif, ce 0 terdire de s’occuper des grandes personnalités, et de son domaine un Jules César, un Mahomet, u. Lu un Napoléon, par conséquent supprimer l’un des teurs les plus importants de l’évolution de l’h | Aussi bien, même quand on prétend qe le pro Jésus n’est pasun problème historique, c’est cep et M. Couchoud ici ne fait pas PUR — thodes de la critique et de l’histoire qu’on e résoudre. |

* (1) P. L. Coucuoun, le mystère de Jésus, p. 107. (2) P. L. Coucou», M, d. F., 1° mars 1924, p. 339.

Il convient, Croÿyons-nous, de soigneusement distin-

guer la constatation des faits et leur interprétation, Si,

dans cette seconde partie du travail historique, on fait plus ou moins œuvre de philosophe, il n’en'est pas de même pour la première. Pour la mener à bien, il faut, par un effort d’impartialité, se dégager de toute idée préconçue et voir les textes tels qu’ils sont pour en extraire ce qu'ils contiennent, non ce qu’on voudrait qu'ils disent.

Mais une complète objectivité est-elle possible en une

question dont la solution ne peut manquer d’avoir des

contre-coups très directs sur nos conceptions philosophiques et religieuses ? L’objection est grave, elle ne nous paraît pas décisive, pour peu que l’on consente à admettre comme prémisse de toute philosophie religieuse que ce ne sont pas les faits qui doivent être conformés et adaptés à nos théories, mais que ce sont nos théories qu'il faut, si cela est nécessaire, corriger et recüfer pour les mettre en harmonie avec les faits. C’est

dans le domaine religieux, plus que dans n’importe quel

autre, que vaut le principe posé par l’apôtre Paul : « Nous ne pouvons rien contre la vérité, nous n’avons de force que pour la vérité » (ZI Cor., 13, 8), principe qu’exprimait aussi l’un des plus éminents représentants de la théologie allemande au commencement de ce siècle, Wilhelm Herrmann, qui aimait à répéter « Pflicht der Religion ist Wahrhaftigkeit ».

C’est une question de fait qui est posée : Y a-t-1l des preuves historiquement valables de l'existence historique de Jésus ? Aussi laisserons-nous de côté la discussion des théories plus ou moins compliquées proposées pour expliquer, autrement que par l'existence et par l'action de Jésus, l'apparition et le développement du christianisme. Il serait facile de montrer tout ce qu’il entre de conjectures, de rapprochements superficiels, d’interprétations contestables dans les systèmes d’un

GoGuEL. — Jésus de Nazareth 3

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ou d’un Stahl. Nous ne nous attarderons pas à le”

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