‹ Jésus de NazarethChapitre 33 sur 47 · LS · texte numérisé non relu

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fe.

Il y a d’ailleurs une objection très grave à l’idée de la rédaction des évangiles pour des besoins cultuels : c’est qu’il n’y a aucune trace dans le christianisme du premier siècle d’un usage liturgique des évangiles (1). La remarque qu’on lit dans Marc, 13, 14 et dans Matthieu, 24, 15 : «(Que celui qui lit fasse attention » peut viser une lecture publique (2), mais elle se trouve dans l’Apocalypse synoptique, qui paraît avoir eu, à l’origine, une existence indépendante (3). Les seuls textes que nous possédions sur le culte chrétien du premier siècle, celui des chapitres 12 à 14 de la première épître aux Corinthiens et celui de la Didachè (4), ne contiennent aucune allusion à la lecture au culte d’Écritures saintes, pas même d’Écritures saintes de l’Ancien Testament (5). La première attestation d’une lecture cultuelle des évangiles se rencontre chez Justin Martyr (Ap., I, 67). La lecture des évangiles n’était certainement pas, de son temps, une

(1) I n’y a pas trace non plus d’une lecture liturgique des épîtres.

(2) Il n’est pas certain que cette note soit primitive. Luc (21, 20) n’en a pas l'équivalent, Son texte pourtant, malgré la substitution de Jérusalem assiégée à l’abomination de la désolation, est étroitement apparenté à celui de Marc et de Matthieu. Le cadre de la phrase (lorsque vous verrez... qu’alors ceux qui sont en Judée s’enfuient vers les montagnes) est le même. Nous avons essayé (Zntr., I, p. 301 s.) de montrer que le texte de Luc est le plus ancien et qu’il a été corrigé, dans Matthieu et dans Marc, pour dissocier le sièse de Jérusalem des événements de la fin. S’il en est ainsi, la note pourrait être considérée comme un avertissement au lecteur, destiné à souligner la portée de l'indication nouvelle,

(3) Les apocalypses paraissent avoir été, dès l’origine, destinées à la lecture publique, ainsi que le montre la notice de Ape., 1, 3 : « Heureux celui qui lit

et heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et qui gardent ce qui y est écrit ».

(4) On peut même dire que toute la première partie de la Didachè, qui est un résumé de l’enseignement moral des évangiles à l’usage des catéchumènes, ne se comprendrait pas si les évangiles avaient été, au moment de la composition de ce livre, l’objet d’une lecture régulière,

(5) Il n’y est fait aucune allusion, non plus, dans ce que Paul dit du culte chrétien,

nouveauté. Rien cependant n’autorise à en faire remonter l’usage jusqu’au premier siècle. En l’état actuel des recherches sur la formation du canon du Nouveaw Testament, il semble établi que la lecture publique a été une des causes, non pas la conséquence, de leur canomisation.

Qu'il y ait une relation organique entre les récits des

évangiles et le rite eucharistique, c’est évident, et 1l n’est pas douteux, notamment, que la différence qu’il y a entre les trois récits synoptiques et le récit johannique touchant la date de la mort de Jésus corresponde à une différence entre le rituel de l’Église de Rome et celui des Églises d'Asie, mais cette relation est complexe. Si les rites ont

influencé les récits, ceux-ci, surtout à la période des or.

gines ont dû aussi agir sur les rites. L’exphication unique-

ment liturgique de ceux des récits évangéliques qui sont

en rapport avec des rites ne serait possible que si les rites chrétiens pouvaient se ramener sans réserve à des rites antérieurs. Or c’est là une thèse qui ne saurait être considérée comme établie, surtout en ce qui concerne l’eucharistie. Quelle que soit l’importance que peuvent avoir les

contacts que, surtout sous ses formes secondaires, elle

présente avec des rites étrangers au christianisme, il ya en elle quelque chose d’original qui ne peut résulter d’emprunts (1). Ce qui confirme cette remarque, c’est que le

baptême qui, lui, paraît être la transformation et l’adap-.

tation d’un rite juif, n’est pas mis par la tradition chrétienne en rapport avec un épisode de la vie de Jésus.

L'interprétation de l’histoire évangélique par la liturgie -

n’est pas à écarter seulement parce qu’elle a un caractère hypothétique et qu’elle est l'explication de cequiest en partie obscur par ce qui est totalement inconnu, maïs

encore parce qu'elle se heurte à cette objection déci- …

(1) Voir là-dessus notre livre, L'Eucharistie des origines à Justin Mariyr.

sive que l’action du culte sur la tradition n’a pu s’exercer qu'à un moment où la tradition était déjà constituée, du moins dans ses éléments essentiels (1).

(1) À plus forte raison, pouvons-nous écarter, sans les discuter en détail, les explications liturgiques de certains récits qui ont été proposées par M. Saintyves. Par exemple celle de la multiplication des pains « par un culte de mystère analogue à celui de Dionysios » dont il suppose « qu’il existait dans le judaïsme ou, tout au moins, parmi les Syriens » (Essais, p. 305 s.), ou celui de la marche sur les eaux « par une cérémonie qui se rattache à un rituel saisonnier et initiatique qui fut à la fois juif et chrétien, le rituel de la pâque » (p. 348). Si ce sont là des hypothèses gratuites, que faut-il penser de l’explication du déchirement du voile par un rite qui est ainsi décrit : « Lorsque mourait ou était censée mourir la victime annuelle qu’immolaient les premiers Chrétiens, afin de bien montrer que cette victime jouait le rôle du grand-prêtre éternel peut-être déchirait-on le voile du sanctuaire et en dispersait-on les parties » (p. 424)? Inutile d'ajouter que pas un texte — et pour cause — n’est cité pour établir l’existence de ce rite.

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