‹ Jésus de NazarethChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jésus le Nazaréen

nage historique ou un héros cultuel ? Le terme de Naza signifie-t-1l « Sauveur Protecteur » et doit-il être con déré comme un nom divin, du même type que .

Xénios, Hermès Psychopompos ou Yahvé Seba

& Il y a, écrit Drews, toutes raisons de penser « nom de Josué ou de Sert était celui sous lequel le M attendu était adoré dans certaines sectes juives » | A l'examen, les arguments invoqués à l'appui de opinion paraissent assez minces. Robertson (2). naît dans le culte de Jésus une forme nouvelle du v

une trace de ce culte dans un passage du ro charie, où 1l est question du grand-prêtre Josué coi raissant devant l'ange de l’Éternel qui lui fait ôt vêtements salis et lui fait revêtir des habits de

(1) Drews, D. Christusm., I, p. 28. ù (2) Roserrson, À short History of Christianity, p. 8°

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reçoit cette promesse : { Si tu marches dans mes voies et si tu observes mes ordres, tu jugeras ma maison et tu garderas mes parvis » (Zach., 3, 1-10. Cf. 6, 9-15). Jésus serait un nom divin, Jésus Seigneur ce serait Dieu considéré dans la fonction essentielle de libérateur, de guénsseur, de gardien et de sauveur. N’est-il pas dit en effet dans Mi., 1, 21 : « Tu l’appelleras Jésus, car ce sera lui qui délivrera son peuple de ses péchés » (1) ?

Il est inutile de rechercher si Josué a pu être, à un moment donné, une divinité solaire ; il suflit de constater qu’à l’époque qui nous occupe, les Juifs qui lisaient son histoire dans le sixième livre de la Bible voyaient en lui un héros national, successeur de Moïse et continuateur de son œuvre. C’était un des héros les plus populaires de l’histoire d'Israël, comme le prouve le nombre des personnages qui portent son nom (2) et dont il ne peut venir à l’esprit de faire des êtres mythiques ou des héros divins (3). Le grand-prêtre Josué, nommé par Zacharie (4), est, lui aussi, un personnage historique ; on doit si peu l'identifier au Messie qu’il reçoit la promesse de sa venue (3, 9).

Robertson et Drews (5) trouvent aussi une mention du Jésus préchrétien dans le papyrus magique de la Bibliothèque Nationale (6) où se trouve la formule: «Je t’adjure par le Dieu des Hébreux, Jésus ». Ce papyrus

(1) Jésus signifie « Yahvé aide »,

(2) Il suffit de rappeler ici Jésus fils de Sirach, l’auteur de la Sagesse, Jésus surnommé Justus (Col., 4, 11), un Jésus nommé dans Pap. Oxyr., IV, 816 (de 6/5 av.J.C.). Quatre grand-prêtres ont porté le nom de Jésus entre 55 avant J.-C. et 63 après (Scnürer, Gesch., I, p. 216-220). Voir aussi le registre des noms propres dans l'édition Niesx des œuvres de Josèphe.

(3) Jo. Werss, Jesus p, Naz., p. 23.

(4) C£. aussi Esdras, 3, 2.

(5) Surru, D. vorchr. Jes., p. 37 ; Drews, D. Christusm., I, p. 26.

(6) Suppl. gr. N° 574, ligne 1549 s. Publié par Wessezy, Denkschriften der K, Ak, d, Wiss, zu Wien, XXXVI, Berlin, 1888, p. 120,

n'autorise cependant à la faire remonter aussi haut | le voudraient les mythologues. La formule doit, sa

doute, être attribuée à un 1 paien, elle prouve seulei

dans le christianisme primitif suffit à expliquer (4). formules magiques païennes ont volontiers adopté noms juifs ou chrétiens (2). Cela ne prouve pas, com le remarque Reitzenstein (3), que leurs auteurs réellement connu et compris le judaïsme ou le christ nisme. C’est ce qu’établit, par exemple, un texte par Dieterich (4) dans lequel Abraham, Isaac et Jacol sont pris pour des noms du Dieu d’Israël. %

Si rien n’autorise à considérer le nom de Jésus « com un nom divin, en est-1l de même de l’épithète de Naza: qui l'accompagne ? En dehors du Nouveau Testam aucun texte n’atteste l'existence, en Galilée, d’un ville nommé Nazareth. Ni l'Ancien Testament, ni Josèp ni le Talmud ne le mentionnent, mais il n’est pas légi de conclure de ce silence que Na snetN ne soit, OI le pense Cheyne (5) et comme les mythologues le : sidèrent volontiers comme établi, qu’une fiction g graphique. Nous savons par Josèphe que la Galilée très peuplée et qu’on y comptait 204 villages et 15 v.

(1) Jon, Werss, Jes. p. Naz., p. 19.

(2) Daisies Licht vom Osten3-3, Tübingen, 1909, p. 186. (3) RerrzeNsreiN, Poimandres, ape 1904, p.115; 0, TON (4) Dixrenicn, Abraxas, Leipzig, 1891, p. 203, * (5) Cuevne, art, Nazareth, Encyclopaedia en III, col. 3358-4 (6) Josèrur, Via, $ 235.

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ne seraient nommées dans aucun | texte (1). Il n’y a rien d'étonnant à ce que Nazareth (2), village de minime importance (Jn., 1, 46), soit du nombre (3).

Le fait que la tradition évangélique fait venir Jésus de Nazareth (4) est loin d’être sans portée. D’après la dogmatique messianique le Messie devait naître à Bethléhem et les évangiles de l'enfance de Matthieu et de Luc, par des procédés différents et inconciliables entre eux (B), s'efforcent de tenir compte de ce postulat. La tradition chrétienne n'aurait pas créé le fait qui devait tant l’embarrasser, de la naissance de Jésus à Nazareth (6).

Les explications du terme de Nazaréen proposées par les mythologues ne paraissent d’ailleurs guère vraisemblables. Ce terme qui constituerait la désignation la plus ancienne des Chrétiens viendrait, d’après B. W. Smith (7), de la racine NSR qui se trouve 63 fois dans

(1) Meyer, Urspr. u. An/., III, p. 423, n. 2. (2) Werrnausen (Jsraelitische und jüdische Geschichte®, Berlin, 1897, p. 266, n. 2), a proposé de voir dans Nazareth, une désignation de la Galilée,

qui se retrouverait dans la forme Gennesar (Jardin de Nesar), que l’on ren-

contre dans 1 Macch., 11, 67 ; Mt., 14, 84 et Me., 6, 53 (dans le ms. D). Le

rapprochement de M4, 26,69 et 26, 71, établit l'équivalence de Galiléen et

de Nazaréen, Cette ingénieuse hypothèse paraît se heurter au fait, que, sila désignation de la Galilée par le terme de Nazar ou Nazareth avait été cou rante, il serait bien étrange qu’on ne la trouve directement nulle part.

(3) Le fait que la tradition ultérieure a connu Nazareth ne prouve rien. Dès l'instant où on était persuadé que cette localité avait existé, on ne pouvait manquer de la retrouver.

(4) Me., 21, 11. Me. 1, 9. Jn., 1, 45. Actes, 10, 38. Le rapprochement de Me., 6, 1 et de Le., 4, 16, montre que Nazareth était considérée comme la patrie de Jésus.

(5) Matthieu (2, 13-23) raconte que la famille de Jésus originairement fixée à Bethléhem, revint, après la fuite en Egypte, habiter à Nazareth pour ne pas tomber sous la juridiction d’Archelaüs, petit-fils d'Hérode, Luc (2, 1-7), fait naître Jésus pendant un voyage que ses parents avaient fait à Bethléhem, à l’occasion du recensement de Quirinius,

(6) Jo. Werss, Jes. v, Naz., p. 21. Nous savons, par Jn., 7, 41, que la naissance de Jésus en Galilée constituait une des objections juives à sa messianité.

(7) Surru, D, vorchr, Jes., p. 36., 42 s.

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