CHAPITRE XX
OIBNIIrE lEHAlNI Dl fisUl
n partit, en eflet, avec ses disdples, pour revoir une dernière fois la ville incrédule. Les espérances de son entourage étaient de plus en plus exaltées. Tous croyaient, en montant à Jérusalem» que le royaume de Dieu allait 8*y manifester. L'impiété des hommes étant à son comUe, c'était un grand signe que la consommation était proche. La persuasion à cet égard était telle» que l'on se disputait déjà la préséance dans le royaume. Ce fiit, dit^on» le moment que Salomé choisit pour demander en faveur de ses fils les deux sièges à droite et à gauche du Fils de rhomme. Le maiti^. ^ contraire, était obsédé de
graTes pensées. Parfois, il laissait percer contre ses ennemis un ressentiment sombre ; il racontait la parabole d'un homme noble, qui partit f^our recueillir un royaume dans des pays éloignés; mais à peine est-il parti, que ses concitoyens ne veulent plus de lui. Le roi revient, ordonne d'amener devant lui ceux qui n'ont pas voulu qu'il règne- sur eux, et les fait mettre tous à mort. D'autres fois, il détruisait do front les illusions des disciples. Gomme ils marchaient sur les routes pierreuses du nord de Jérusalem, Jésus pensif devançait le groupe de ses compagnons. Tous le regardaient en silence, éprouvant un sentiment de crainte et n'osant l'interroger. Déjà, à diverses reprises, il leur avait parlé de ses souffrances futures, et ils l'avaient écouté à contre-cœur. Jésus prit enfin la parole, et, ne leur cachant plus ses pressentiments, il les entretint de sa fin prochaine. Ce fut une grande tristesse dans toute la troupe. Les disciples s'attendaient à voir apparaître bientôt le signe dans les nues. Le cri inaugural du royaume de Dieu : f Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, » retentissait déjà dans la troupe en accents joyeux. Cette sanglante perspective les troubla. A chaque pas de la route fatale, le royaume de Dieu s'approchait ou s'éloignait dans le mirage de leurs rêves. Pour lui, il se confumait dans la pensée qu'il allait mourir, mais que sa mort sauverait le monde. Le malentendu entre lui et ses dis-? cipl'^s devenait à chaque instant plus profond.
%i% JÉSUS.
L'usage était de venir à Jérusalem plusieuns jours avant la Pâque, afin de s'y préparer. Jésus arriva après les autres, et un moment ses ennemis se crurent frustrés de l'espoir qu4ls avaient eu de le saisir. Le sixième jour avant la fête (samedi, 8 de nisan =. 28 mars), il atteignit enfin Béthanîe. Il descendit, selon son habitude, dans la maison de Lazare, Marthe et Marie, ou de Simon le Lépreux. On lui fit un grand accueil. II y eu chez Simon le Lépreux un dîner où se réunirent beaucoup de personnes, attirées par le désir de le voir. Marthe servait, selon sa coutume. Il semble qu'on cherchât par un redoublement de respects extérieurs à vaincre la firoideur du public et à marquer fortement la haute dignité de l'hôte qu'on recevait. Marie, pour donner au festin un plus grand air de fête, entra pendant le dîner, portant un vase de parfum qu'elle répandit sur les pieds de Jésus. EUe cassa ensuite le vase, selon un vieil usage qâ consistait à briser la vaisselle dont on s'était servi pottr traiter un étranger de distinction. Enfin, poussant les témoignages de son culte à des excès jusque-là inconnus, elle se prosterna et essuya avec ses longs cheveux les pieds de son maître. La maison fut remplie de la bonne odeur du parfum, à la grande joie de tous, excepté de Tavare Juda de Kerioth. Eu égard aux habitudes économes de la communauté, c'était là une vraie prodigalité. Le trésorier avide calcula toutdesuitecombien le parfum aurait pu être vendu et ce qu'il eût rapporté