‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 11 sur 40 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

De l'égalité des perfections en Dieu

» Voire Père céleste est parfait. »

Hlatth., Y, 48.

» II n'y a en lui ni variation, ni ombre, ni changement. -»

Jac, I, 17.

A mesure que nous avançons dans l'étude de notre adorable et divin Sauveur, nous découvrons des horizons nouveaux et inconnus jusqu'alors, qui nous font pressentir toujours de nouvelles grandeurs et de plus attrayantes beautés. Ne nous lassons point de contempler ce Jésus, dont nous devons acquérir une science grandissante sur cette terre ', jusqu'au plein épanouissement de la science parfaite dans la vision béatifique 'K

Maintenant que nous avons considéré en Jésus

1 Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. » II Pierre, m, 18.

'2 « Nous ne voyons maintenant que comme dans un miroir et sous des images obscures, mais alors nous verrons face à face. Maintenant je ne connais Dieu qu'imparfaitement, mais alors je le connaîtrai comme je suis connu de lui. » I Cor., xih, 12.

les deux natures divine et humaine qui Le constituent l'Homme-Dieu dans l'unité de Personne, cherchons à approfondir davantage les deux aspects de cet adorable Mystère. Pour bien comprendre les rapports intimes et essentiels qui existent en Lui entre ses deux natures et avoir de sa Personne divine d'Homme-Dieu une connaissance exacte, il nous faut étudier séparément d'abord les caractères intrinsèques soit de sa Divinité soit de son Humanité.

Nous ne pouvons nous contenter d'avoir de Jésus, comme Dieu, des idées par trop générales : nous n'en aurons sans doute jamais une intelligence complète sur cette terre, néanmoins nous devons chercher à Le connaître toujours davantage. N'oublions point que plus nous posséderons une connaissance approfondie de Jésus Verbe divin, et plus nous aurons une science exacte de Jésus Verbe Incarné, de Jésus Prêtre et Sacrificateur, de Jésus Victime et de Jésus toujours Hostie au Sacrement de l'Eucharistie.

A nous de nous passionner pour cette science par excellence, la clef et la raison de toutes les autres, science dont l'éternité ne suffira pas à approfondir toutes les splendeurs. Si comme Saint Paul nous étions ravis au troisième ciel et avions la connaissance des secrets de Dieu ',

1 II Cor., xii, 2-4.

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nous devrions encore, en redescendant sur la terre, nous consumer dans une étude non moins attentive de la Divinité qui aurait soulevé un instant pour nous le voile de ses impénétrables mystères. Mais nous n'avons pas cette faveur de voir Dieu à découvert, et il entre plutôt dans les desseins divins que nous peinions d'esprit et de corps pour acquérir cette science qui devra faire notre bonheur éternel '. Oh ! ayons un tel désir de connaître Jésus, et d'abord Jésus dans le sein de Dieu, Verbe incréé, Fils du Père et objet éternel de ses ineffables complaisances, que nous ne nous laissions jamais arrêter par aucune peine ni aucune difficulté.

Pour le moment, nous considérerons en Jésus

1 Nous ne devons point être étonnés de rencontrer des difficultés dans l'acquisition de la science de Jésus, si nous considérons, d'une part, la sublimité du sujet que nous étudions, et, de l'autre, notre infirmité naturelle. Mais il est un moyen infaillible de triompher de toutes les difficultés, c'est d'aimer ; ce triomphe, en effet, est un signe de la générosité de la volonté, qui a sa source dans la charité. Nous ne saurions trop nous le redire, pour raviver notre zèle et maintenir l'énergie et la constance de nos efforts.

Saint Thomas s'exprime ainsi à ce sujet : « Une œuvre peut être difficile et laborieuse de deux manières : 1" D'après sa grandeur ; et alors l'étendue du travail ajoute au mérite. La charité ne diminue pas l'effort ; elle fait même entreprendre les plus grands travaux. — 2° D'après le défaut du sujet qui opère ; car chacun trouve pénible et difficile ce qu'il ne fait pas avec prompte volonté. Cette sorte de peine diminue le mérite, mais la charité la détruit. » S. Thom., F II, q. 114, a. 4, ad 2.

ce qui, dans sa nature divine, sera le plus capable de nous Le faire mieux comprendre ensuite dans sa nature humaine par les oppositions forcées qui existent entre elles. Il importe tout d'abord de poser en principe, qu'en Dieu il n'y a pas de plus ni de moins, mais une égalité complète dans une perfection absolue '. S'il y avait quelque inégalité en Lui, il y aurait nécessairement imperfection, contingence et succession de temps. Or, ce qu'est Dieu, il l'est par essence, il l'est nécessairement et il l'est éternellement.

I. — Il y a égalité de perfections en Dieu parce qu'il est infiniment parfait

La notion même de Dieu nous dit un Être suprême, non seulement auquel rien ne manque, mais encore qui possède toutes les perfections et la perfection des perfections. S'il y avait en Dieu simplement la possibilité de n'être point

1 « Toutes les perfections sont confondues en Dieu et identiques nécessairement à son essence. Il est impossible d'être infini en perfection, lorsqu'on est susceptible de perfectionnement. Or, un être qui possède quelque perfection accidentelle est susceptible d'en recevoir quelque autre ajoutée à son essence, puisque tout accident est une addition à l'essence. Donc en Dieu nulle perfection ne peut être accidentelle, mais tout ce qui est en lui appartient essentiellement à sa substance. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 14.

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totalement et absolument parlait, il serait déjà imparfait et, dès lors, ne serait pas Dieu.

La perfection fait partie de son essence ; être parfait et être Dieu, c'est tout un '. Et cette perfection atteint tout en Dieu, au point que, de même qu'il ne peut pas être plus parfait à un moment qu'à un autre, aucune de ses perfections ne peut être inférieure à une autre perfection. S'il en était autrement, il ne serait pas également parfait en toutes choses ; il y aurait en lui du plus ou du moins, mais non plus de l'absolu comme il en faut en Dieu -.

1 Saint Thomas prouve que Dieu étant le premier principe actif, doit être nécessairement et infiniment parfait. « Dieu est le premier principe comme cause efficiente, et à ce titre il faut qu'il soit très parfait. En effet, comme la matière est par sa nature en puissance, de même l'agent est par sa nature en acte. D'où il suit que le premier principe actif doit être absolument en acte et, par conséquent, aussi parfait que possible. Car un être est plus ou moins parfait selon qu'il est plus ou moins en acte. » S. Thom., I p., q. 94, a. 1.

- Le Docteur angélique, en parlant de l'immutabilité de Dieu, en déduit que Dieu possède la plénitude de toute perfection, par le fait qu'il ne peut y avoir en lui aucun changement. Et il le prouve, i" Parce que Dieu est un acte pur : « Il y a un être premier que nous appelons Dieu ; cet être premier doit être un acte pur, sans qu'il y ait rien en lui qui soit seulement en puissance, parce que ce qui est en puissance est nécessairement postérieur à ce qui est en acte. Or, tout ce qui est susceptible de changement n'existe sous certains rapports qu'en puissance . D'où l'on voit qu'il est impossible que Dieu subisse aucun changement. »

2° Parce que Dieu est simple : « Tout ce qui change a quelque chose de stable et quelque chose qui ne fait que passer. C'est

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La perfection consiste à ne pouvoir jamais être augmentée ni diminuée ; la perfection totale et universelle, comme l'est la perfection divine, ne souffre point de comparaison, elle est absolue ; elle est ce qu'elle est, elle l'est nécessairement et ne peut pas ne pas l'être.

Si, par impossible, Dieu pouvait admettre de n'être pas également parfait dans toutes ses perfections, ce qui comporte déjà une contradiction frappante dans les termes comme dans les idées, il se détruirait lui-même ; il manquerait par là même d'une perfection, celle de ne pas vouloir pour lui la perfection suprême ; et n'étant pas souverainement parfait, il ne répondrait plus à la notion essentielle de la Divinité.

Il ne peut pas être davantage question en Dieu d'une perfection simplement relative, en ce sens qu'elle serait encore la plus grande perfection de toutes les perfections qui existent. La perfection

ainsi que l'objet qui de blanc devient noir, reste substantiellement le même pendant que ce changement s'opère. Par conséquent, tout ce qui change est composé. Or, Dieu est absolument simple. Donc il est évident qu'il ne peut changer. »

3° Parce que Dieu est infini par essence : « Tout ce qui est mû acquiert quelque chose par l'effet de son mouvement, et il est après ce qu'il n'était pas avant. Or, Dieu étant infini et comprenant en lui-même toute la plénitude de la perfection totale de l'être, ne peut rien acquérir. Il ne peut pas non plus arriver à quelque chose qu'auparavant il ne possédait pas. Le mouvement ne peut donc être en aucune manière compatible avec sa nature. « S. Thom., I p., q. 9, a. 1.

divine doit être, sans doute, la perfection la plus grande qu'on puisse imaginer et qu'aucune autre perfection ne pourra jamais ni égaler ni dépasser" ; mais elle doit être aussi une perfection qui dépasse toutes nos conceptions et qui ne puisse être jamais complètement comprise par aucune intelligence créée, cette intelligence fût-elle des millions de fois plus parfaite que la plus parfaite des intelligences angéliques - ; en un mot une

1 Une des raisons pour lesquelles la perfection de Dieu est audessus de toutes les perfections créées, c'est qu'il est lui-même la cause de tout ce qui existe. « On dit que Dieu est universellement parfait, parce qu'il ne lui manque aucune des perfections qu'on trouve dans un genre quelconque. Tout ce qu'un effet renferme de perfection doit se trouver dans la cause qui l'a produit. Dieu étant la première cause efficiente des choses, il faut donc que les perfections de tous les êtres préexistent en lui éminemment. Saint Denis indique cette raison quand il dit de Dieu {De div. nom., cap. 5) qu'il n'est ni ceci ni cela, mais qu'il est toutes choses, dans le sens qu'il est la cause de tout ce qui existe. » S. Thom., I p., q. 4, a. 2.

2 Le raisonnement que fait l'Ange de l'Ecole pour démontrer que Dieu ne peut être compris dans son essence par une intelligence créée, peut s'appliquer également à l'incompréhensibilité de la perfection divine. « Il faut savoir, dit-il, qu'on ne comprend que ce qu'on connaît parfaitement et qu'on ne connaît parfaitement une chose qu'autant qu'on connaît tout ce qui peut en être connu. Or, il n'y a pas d'intelligence créée qui puisse s'élever au mode le plus parfait de connaître l'essence divine et tout ce qu'elle renferme.

« En effet, tout être est susceptible d'être connu selon ce qu'il est en acte. Par conséquent. Dieu dont l'être est infini, est susceptible d'être connu infiniment. Or, aucun esprit créé ne peut avoir de Dieu une connaissance infinie. Suivant qu'il est plus ou moins éclairé de la lumière de la gloire, un esprit créé connaît

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perfection absolue et essentielle, une perfection qui tire d'elle-même sa raison d'être et qui tient à l'essence même de la Divinité '.

Ce n'est pas sans un sérieux effort d'intelligence que nous pou\ons arriver à saisir quelque peu une perfection aussi sublime, parce que cette perfection comporte une idée qui n'existe que vaguement dans notre imagination et dont nous ne voyons aucune application autour de nous. Tout ce qui nous entoure dans le monde, comme tout ce qui nous constitue et tout ce qu'il y a en nous, est imparfait. Il n'y a sur cette terre que des perfections fort relatives, qu'on peut toujours grandir et accroître par la pensée. Et lors même que nous ferions tous nos efforts pour nous figurer une perfection absolue et totale, nous n'y arriverions pas, parce que nous sommes finis et que l'infini nous échappe.

plus ou moins parfaitement l'essence divine. Mais cette lumière de la gloire, par là même quelle est créée et qu'elle est reçue dans une intelligence qui est créée aussi, ne peut être infinie. Il est donc impossible qu'un esprit créé connaisse Dieu infiniment et partant qu'il le comprenne. » S. Thom., I p., q. 12, a. 7.

1 C'est la pensée qu'exprime le même saint Docteur, quand ii dit que « Dieu étant Xêtrc même subsistant par lui-même, il faut qu'il renferme en lui la perfection complète île l'être. » S. Thom., I p., q. 4, a. 2.

Et ailleurs : « L'être de Dieu n'étant point un être reçu ou communiqué, mais Dieu étant lui-même son être subsistant, il est évident qu'il est infini et parfait. » I p., q. 7, a. 1.

Cela est encore plus frappant, lorsque nous considérons nos vertus. Nous savons que Jésus nous veut parfaits, qu'il met à notre disposition, à cet effet, une surabondance de grâces ; nousmêmes, voulant correspondre aux desseins miséricordieux et aux volontés si clairement exprimées de Jésus, nous prenons des résolutions énergiques et nous usons de tous les moyens de nous sanctifier ; hélas ! à quel résultat arrivonsnous ? Après avoir longtemps peiné et beaucoup lutté, nous acquérons quelques petites vertus ; vertus qui, sans doute, glorifient Jésus et nous encouragent à poursuivre nos efforts pour en acquérir de nouvelles, puisque la sainteté ne s'obtient que par la pratique quotidienne des petites comme des grandes vertus ; mais vertus quand même encadrées de tant de défauts et sujettes encore à tant de fléchissements, que la notion d'une perfection absolue peut difficilement trouver place dans notre entendement.

Néanmoins, ce contraste entre Dieu et nous est de nature à faire ressortir davantage la perfection qui est en Dieu. Sans la bien comprendre, nous la pressentons ; en raisonnant sur l'essence divine, nous sommes obligés d'admettre cette perfection, c'est une vérité qui s'impose et qui relève à nos yeux la grandeur et la majesté de Dieu.

Cette perfection divine, qui fait l'objet de notre

admiration et qui réclame nos adorations, Jésus la possède, et II la possède dans sa plénitude '. Par suite, comme Dieu, il n'y a en Lui rien d'inégal, rien qui ne soit infiniment parfait sous tous les rapports, rien qui soit susceptible d'accroissement, rien qui puisse être supérieur ou inférieur, premier ou second, plus grand ou plus petit, plus ou moins essentiel - : tout en Lui est infiniment grand, infiniment beau, infiniment parfait, infiniment adorable, dans une égalité totale et une harmonie parfaite 3.

1 « Il a plu au Père que toute plénitude résidât en Lui. » Col., i, 19.

- « On ne peut pas dire que le Fils de Dieu n'arrive à sa perfection que successivement et par une série de changements. On est donc forcé d'avouer que de toute éternité il a été égal au Père en grandeur. » S. Thom., I p., q. 42, a. 4.

:: « Jésus-Christ n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu. » Philip., 11, 6.

Saint Thomas donne de ce passage un bref commentaire. « La nature du Père et du Fils étant non seulement une, mais également parfaite dans l'un et l'autre, nous ne disons pas seulement que le Fils est semblable à son Père, mais nous ajoutons qu'il lui est égal. » S. Thom., I p., q. 42, a. 1, ad 2.

Plus loin, il ajoute : « Il est nécessaire que le Fils soit égal en grandeur, puisqu'il reçoit toute la perfection de la nature du Père. » Ibid., a. 4.

Cette grandeur est une et identique dans le Père et dans le Fils : « Le Fils est semblable et égal au Père, et réciproquement. Il en est ainsi parce que l'essence divine n'est pas plus au Père qu'au Fils. Par conséquent, comme le Fils a la grandeur du Père, qui consiste à lui être égal, de même le Père a la grandeur du Fils, qui consiste pareillement en ce qu'il est égal à lui. » Ibid., ad 3.

Jésus, d'ailleurs, s'est Lui-même chargé de nous enseigner cette doctrine des perfections divines. En nous révélant son divin Père, Il nous le présente comme le type éternel de toute perfection et II nous invite à être parfaits comme son Père céleste est parfait '. Et parce qu'il est l'image substantielle du Père2, Il s'offre également à nous comme un modèle de perfection et de sainteté : « Je vous ai donné l'exemple afin que vous m'imitiez », nous dit-Il. Ailleurs, Il nous déclare que Lui et son Père ne font qu'un ' et que tout ce que possède son Père est à Lui \ D'où, nous devons rendre à Jésus Dieu-Homme les mêmes hommages d'adoration et d'amour que nous devons à Dieu en lui-même6.

Comprenons combien Jésus est grand et immuable, puisqu'il est la perfection par essence, et cherchons à nous approcher de sa sainteté infinie, afin d'apprendre à rester fermes et inébranlables à son divin service, dans la pratique

1 Matth., v, 48.

'-' « C'est lui qui est Xitnagc du Dieu invisible. » Col., i, i5.

« Il est la splendeur de sa gloire et l 'empreinte de sa substance. » Hébr., 1, 3.

3 Jean, xih, i5.

5 Id., xvi, i5.

" « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père ; qui n'honore point le Fils n'honore point le Père qui l'a envové. » Jean, v, 23.

de toutes les vertus et dans une étude assidue et amoureuse de ses divines perfections.

II. — Il y a égalité de perfections en Dieu parce qu'il est absolument nécessaire

Dieu trouve en lui-même les raisons, la puissance et l'essence même de son existence. Il est « Celui qui est » ; c'est sa plus belle définition '. Comme il est infiniment parfait, cette perfection s'appuie sur une base non moins absolue, celle de la nécessité de son Etre. Si la perfection totale et infinie ne peut supporter la possibilité de la plus légère imperfection, elle ne peut supposer davantage le moindre degré de contingence-. Le

1 « Celui qui est » est le nom propre de Dieu, dit Saint Thomas. Il n'exprime point une forme quelconque, mais l'être lui-même. Car l'être de Dieu étant la même chose que son essence, — ce qui ne peut se dire d'aucune créature, — il est évident qu'entre tous les autres noms celui-là est le plus propre à la divinité... Dieu seul tire son nom de son être.

« Ce nom exprime l'être dans le présent, et c'est ce qui est tout-à-fait propre à Dieu, dont l'être ne connaît ni le passé ni l'avenir. » S. Thom., I p., q. i3, a. 11.

- « Tout ce qui peut être ou ne pas être est susceptible de changement. Mais Dieu est complètement immuable. Donc il n'y a pas en Dieu possibilité d'être ou de ne pas être. Or, tout être en qui il n'y a pas possibilité de ne pas être, existe nécessairement ; parce que la nécessité de l'existence et l'impossibilité de la non existence signifient une seule et même chose. Donc Dieu existe nécessairement. » S. Thom., Op. 2, c. 6.

seul fait d'admettre qu'en Dieu il pourrait se rencontrer quelque chose qui ne fût essentiellement nécessaire, ce serait déjà le diminuer et lui enlever une perfection : l'impossibilité d'être moins parfait.

Si tout en Dieu n'était pas nécessaire d'une nécessité absolue, il pourrait par conséquent se faire qu'une perfection complète à un moment donné ne le fût pas précédemment, ce qui supposerait une progression en Dieu '. Or, Dieu est essentiellement ce qu'il est et il ne peut y avoir en lui aucun changement ni aucun perfectionnement-. De sorte qu'il existe nécessairement dans sa perfection, c'est-à-dire dans toutes ses perfections, et nécessairement dans la plénitude de ses perfections, c'est-à-dire dans la perfection de chacune de ses perfections.

D'ailleurs, si Dieu n'existait pas nécessairement et si tout en lui n'était pas absolument nécessaire, ou il devrait dépendre d'un autre en quelque chose, ou il acquerrait par l'effet du

1 « Dieu est un acte pur, dit encore Saint Thomas, sans mélange d'aucune potentialité ; i! faut donc que son essence soit un acte dernier, car tout acte qui précède le dernier se trouve en puissance relativement à ce dernier. Or, un acte dernier n'est autre chose que l'être lui-même. Donc, l'essence divine, qui est un acte pur et dernier, est nécessairement l'être luimême. » S. Thom., Op. 2, c. il.

- « Dans le Père des lumières, il n'y a pas de variation, ni d'omhre, ni de changement. » Jac, i, 17.

hasard ce qui lui manquait jusque-là. Il serait absurde de penser que quelque chose en Dieu puisse être simplement fortuit et qu'un Etre, qui est la perfection suprême, puisse dépendre en quoi que ce soit de l'inconscience ou du hasard. Une semblable origine, que n'aurait contrôlée aucune sagesse et que n'aurait appelée aucune nécessité, répugne en Celui qui, ne pouvant pas ne pas être, ne peut pas davantage ne pas être parfait, et parfait d'une perfection voulue et nécessaire.

On ne peut pas davantage admettre que Dieu puisse jamais, même dans la chose la plus infime, dépendre d'un autre principe que de luimême '. Sans quoi, il serait inférieur à ce principe dont il dépendrait, ce qui constituerait immédia-

1 Suivons toujours l'enseignement si clair et, à la fois, si condensé du Docteur angélique. « Il faut admettre, dit-il, un être qui soit nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d'ailleurs la cause de sa nécessité, mais qui donne au contraire aux autres êtres tout ce qu'ils ont de nécessaire ; et c'est cet être que tout le monde appelle Dieu. » S. Thom., I p., q. 2, a. 3.

Dans un autre ouvrage, il dit encore sur le même sujet : « Tout ce qui peut arriver à l'être a une cause. Mais lorsqu'il s'agit des causes, on ne peut remonter jusqu'à l'infini ; il faut donc admettre un être dont l'existence est nécessaire. — D'ailleurs, tout ce qui est nécessaire a la cause de sa nécessité en dehors de soi, ou bien est nécessaire par soi-même. Or, on ne peut trouver à l'infini des êtres nécessaires qui aient la cause de leur nécessité en dehors d'eux-mêmes. Donc il faut admettre un premier être nécessaire qui soit nécessaire par lui-même ; et cet être, c'est Dieu. » S. Thom., Contr. Gent., L. 1, c. i5.

tement en lui une double imperfection, imperfection d'une chose qui lui ferait défaut et imperfection d'une dépendance qui le diminuerait. Il faut donc admettre d'une façon absolue que Dieu est essentiellement nécessaire en lui-même et que tout ce qui est en lui participe à la même essentielle nécessité. Et parce qu'il possède cette qualité intrinsèque d'être nécessairement et indispensablement ce qu'il est ', il jouit d'une égalité parfaite en toutes ses perfections infinies et ses divins attributs.

Nouveau contraste avec la versatilité des choses terrestres et les perpétuelles variations

1 « Une chose, dit Saint Thomas, peut être nécessaire d'une nécessité intrinsèque ou d'une nécessité extrinsèque. — On distingue deux sortes de nécessité extrinsèque. La première existe quand le sujet est soumis à une cause extérieure qui le contraint ; cette nécessité devient alors de la violence. La seconde est le résultat de la cause finale ; ainsi on dit qu'une chose est nécessaire par rapport à la fin, quand sans elle la fin ne peut exister, ou du moins être heureusement atteinte. — La génération divine n'est pas nécessaire d'une nécessité extrinsèque, parce que Dieu n'existe pas en vue d'une fin et que la contrainte ne peut s'exercer sur lui.

« On appelle nécessaire intrinsèquement ce qui ne peut pas ne pas être. C'est ainsi que l'existence de Dieu est nécessaire. » S. Thom., I p., q. 41, a. 2, ad 5.

L'allusion faite ci-devant à la génération du Verbe n'infirme en rien l'application que nous faisons de ce passage à la nécessité absolue de l'existence de Dieu, d'autant plus que le saint Docteur lui-même le fait dans sa conclusion.

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de l'âme humaine1. Habitués que nous sommes à voir tout passer autour de nous2 et tout changer en nous \ déçus tant de fois dans nos espérances, trompés si souvent dans nos amitiés et nos affections, désabusés par tant de promesses vaines et de rêves envolés, témoins de tant de bouleversements dans les nations et de ruines dans les sociétés et les familles, emportés par le Ilot des inconstances humaines et des apparences éphémères de ce monde, nous nous faisons difficilement l'idée d'une chose stable qui existe par elle-même et qui demeure éternellement ce qu'elle a toujours été.

Comme il nous paraît grand et élevé ce Dieu qui n'a besoin de personne pour être ce qu'il est, et qui tire de son propre fond la nécessité de son Etre, qui est maintenant ce qu'il a toujours été et ce qu'il sera sans fin, sans l'ombre d'une imperfection et sans la possibilité d'un changement !

Et ce Dieu nécessaire en son essence et tou-

1 Saint Thomas a raison de dire que l'homme ne connaît qu'une stabilité, celle de son inconstance : « Nous ne demeurons jamais un seul instant stables dans le même état, si ce n'est hélas ! que nous sommes constants dans notre inconstance. » S. Thom., Op. 61.

- « La figure de ce monde passe. » I Cor., vu, 3i.

3 « Toute chair est comme l'herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe. L'herbe se dessèche et sa fleur tombe. » I Pierre, i, 24.

jours égal à lui-même, c'est notre Jésus ' ! Jésus qui, quoique soumis extérieurement à des lois qu'il a Lui-même établies, n'en reconnaît aucune intérieurement, puisqu'il est la règle essentielle de toutes choses. Jésus qui apparemment suit un mouvement progressif universel, mais qui demeure dans sa Divinité cachée invariablement le même. Jésus qui se meut au milieu des flots changeants de l'instabilité terrestre, mais dont l'essence aussi nécessaire qu'elle est parfaite, ne subit pas le moindre choc et garde toujours la même invariable égalité. Jésus qui, par le fait de son éternelle stabilité, est l'appui suprême des âmes avides de vérité et d'immortalité. Jésus qui, bon en Lui-même d'une bonté dont II ne

I « L'essence du Père et du Fils, dit Saint Thomas, est la même aussi bien que la dignité, mais elle est dans le Père comme dans celui qui la donne et dans le Fils comme dans celui qui la reçoit. » S. Thom., I p., q. 42, a. 4, ad 2.

II dit admirablement ailleurs : « Les choses qui ne diffèrent pas en essence ne peuvent admettre aucune différence d'espèce, de durée ou de nature. Comme le Verbe est consubstantiel au Père, il ne peut différer du Père en aucun de ces trois rapports. — Et d'abord il n'y a pas de différence de durée. Puisque, en effet, le Verbe existe en Dieu par cela que Dieu se comprend lui-même en concevant son Verbe, qui est un acte intellectuel de lui-même, il faut que si le Verbe de Dieu n'a pas toujours été, Dieu n'ait pas toujours eu l'intellection de lui-même. Or, tant que Dieu a été, il s'est toujours compris, parce qu'en lui l'intellection est la même chose que l'être. Donc son Verbe a toujours existé ; aussi disons-nous de lui, dans le Symbole, qu'il est né du Père avant tous les siècles. » S. Thom., Op. 2, c. 43.

peut se départir, nous promet et nous donne tout ce à quoi nos âmes aspirent. Jésus dont la puissance est nécessairement égale à la miséricorde, et qui nous soutient de ses grâces et de ses pardons dans le chemin que nous semons hélas ! trop souvent de nos faiblesses et de nos infidélités. Jésus enfin qui, dans l'amour dont son essence divine est pétrie, ne peut pas ne pas s'aimer et ne pas aimer l'œuvre de ses mains ; Jésus qui nous fait entrer, en quelque sorte, en participation de son éternelle et nécessaire charité, par les tendresses qu'il a pour nous et par les saintes ardeurs dont II remplit nos cœurs pour Lui.

Ah ! bénissons Jésus d'être ainsi nécessairement ce qu'il est et de s'offrir à nos âmes comme le terme suprême de cette éternelle stabilité dans laquelle l'union béatifique nous établira à jamais '.

1 Saint Thomas, en parlant de la béatitude, dit, en effet, que non seulement les bienheureux ont par la vision béatifique, la compréhension parfaite de leur fin dernière, qui est Dieu, mais encore qu'ils se reposent dans la jouissance de cette fin.

« La béatitude consistant dans la possession de la fin dernière, on doit considérer ce qu'elle exige d'après la manière dont l'homme tend à sa fin. Or, l'homme tend à sa fin intelligentielle d'un côté par son intellect, de l'autre par sa volonté. Il s'y rapporte par son intellect en ce sens qu'il possède imparfaitement dès ici-bas une connaissance préexistante de sa fin. Il s'y rapporte par la volonté de deux manières : 1° par l'amour qui est le premier mouvement de la volonté vers une chose ; 2" par les

III. — Il y a égalité de perfections en Dieu parce qu'il est éternel

En Dieu, l'attribut d'être éternel tient à son essence tout autant que la nécessité de son existence et les perfections qui constituent sa nature divine '. Etre nécessaire, c'est avoir toujours

relations qui s'établissent entre le sujet aimant et l'objet aimé. Ces relations peuvent exister de trois sortes. Ainsi elles existent quand l'objet aimé est présent au sujet qui l'aime, en ce cas on ne le cherche pas ; ou quand l'objet n'est pas présent, mais qu'il est impossible de l'atteindre, alors on ne le cherche pas non plus ; ou bien quand il est possible de l'atteindre, mais qu'il est au-dessus des forces de celui qui le désire, de telle sorte qu'il ne puisse arriver à lui immédiatement. Telle est la relation qui existe entre le sujet qui espère et l'objet espéré, et c'est seulement dans cette hypothèse qu'on recherche l'objet que l'on désire.

Or, il y a dans la béatitude quelque chose qui correspond à cette triple distinction. Ainsi il y a la connaissance parfaite de la fin qui correspond à la connaissance imparfaite ; il y a ensuite la présence de la fin qui correspond à l'espérance, et il y a enfin la délectation dans l'objet présent qui est une conséquence de l'amour. C'est ce qui fait qu'il est nécessaire qu'il y ait trois choses qui concourent au bonheur: la vision qui est la connaissance parfaite de notre fin intelligible ; la compréhension qui implique la présence de cette fin ; la délectation ou la jouissance qui emporte avec elle le repos du sujet qui aime dans l'objet aimé. » S. Thom.; f, II, q. 4, a. 3.

1 « L'éternité, comme s'exprime Saint Thomas, est la possession entière, simultanée et parfaite d'une vie qui n'a pas de fin. Comme la nature du temps consiste dans l'énumération des pairies successives qui constituent le mouvement, de même

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existé et c'est devoir ne jamais cesser d'exister '. Etre pariait, c'est l'être en durée comme en intensité, dès lors, c'est l'être éternellement.

Si Dieu pouvait avoir un commencement ou une fin, il faudrait admettre qu'avant d'exister il n'était pas Dieu, ou qu'après avoir existé il aurait cessé d'être Dieu. De plus, au moment précis où il aurait commencé d'exister, il se serait donné lui-même l'existence, puisque nous avons vu qu'une dépendance quelconque répugne à l'idée de Dieu ; et cette existence, il se la serait donnée parfaite, puisque la moindre imperfection lui aurait enlevé la perfection essentielle qui convient a Dieu. Mais ce qu'il aurait pu se donner ainsi dans sa puissance infinie, a un moment

l'éternité consiste dans quelque chose d'invariable et d'uniforme qui est absolument en dehors de tout mouvement. Ce qui est absolument immuable ne peut avoir ni commencement ni fin, puisqu'il n'v a en lui aucune succession. » S. Thom., I p., q. 10, a. 1.

« Dieu étant souverainement immuable, dit-il dans l'article suivant, doit être souverainement éternel. Mais il n'est pas seulement éternel, il est lui-même son éternité, bien qu'il n'y ait aucune autre chose qui soit à elle-même sa durée, parce qu'il n'y en a point qui soit à elle-même son être. Or, Dieu est son être permanent et uniforme ; par conséquent, comme il est son essence, il est son éternité. » Ibid., a. 2.

« L'éternité n'est rien autre chose que Dieu lui-même. » Ibid., ad 2.

1 « L'être en qui l'existence est nécessaire, ne cesse jamais d'être ; parce que lorsqu'il n'y a pas possibilité de ne pas être, il y a impossibilité de n'être pas, et conséquemment, existence non interrompue. Or, Dieu existe nécessairement ; donc, /'/ existe toujours. » S. Thom., Op. 2, c. 7.

EGALITE DES PERFECTIONS EN DIEl' U1

déterminé, pourquoi ne se le serait-il pas donné plus tôt et de toute éternité ? Et s'il ne l'eût pas pas fait, c'eût été ou par impuissance ou par inconscience ; deux choses inadmissibles en Dieu. Si c'eût été par impuissance, cette impuissance aurait été la même après qu'avant et Dieu n'aurait pas pu exister par lui-même. Si c'eût été par inconscience, il eût manqué tellement de sagesse et d'intelligence, qu'il ne se fût pas donné ensuite cette plénitude de toutes les perfections qui sont essentielles en lui.

Il faut donc admettre de toute nécessité que Dieu a dû toujours exister et, dès lors, qu'il n'a jamais eu de commencement, pas plus qu'il ne peut avoir de fin ' : son essence même exigeant qu'il soit éternel en durée, comme il est absolu en nécessité.

Ajoutons que si pouvant exister, il ne l'eût pas voulu pour des raisons à nous inconnues, il y

1 « Dieu est sans commencement ni fin, dit le Docteur angélique ; il a tout son être en même temps, et c'est en cela que consiste l'éternité. »

Puis, considérant en Dieu la cause première de toutes choses, il ajoute : « S'il fut une époque où Dieu n'existait pas, et qu'il ait ensuite été produit par quelqu'un, il a passé du néant à l'être; mais ce n'est pas par lui-même, car ce qui n'est pas ne peut rien faire ; si c'est par un autre, celui-là est avant lui. Or, Dieu est la première cause ; donc /'/ // 'a pas commencé à exister, et par conséquent il ne cessera pas d 'être, parce que ce qui a toujours été a la vertu d'être toujours. Donc il est éternel. » S, Tho»i., Co/ttr. Cent., L. i, c. i5.

132 DE LA CONDITION DE l'hOMME-DIEU

aurait là un non-sens et une contradiction formelle dans les termes ; car un être ne fait usage de sa volonté que s'il existe, et par conséquent il ne peut pas en même temps vouloir et ne pas être ; et lorsqu'il s'agit de Dieu, c'est-à-dire d'un Etre essentiellement parfait et nécessaire, cet Etre ne peut pas ne pas se vouloir, mais il se veut avec la même nécessité qu'il est infiniment parfait et au même degré qu'il est absolument nécessaire. D'où il faut conclure que Dieu veut essentiellement et éternellement tout ce qu'il est, et que ne pas se vouloir équivaudrait en lui à ne pas exister.

En outre, si Dieu n'était pas éternel, il ne pourrait être parfait, d'après ce que nous avons déjà dit. Le moment où il aurait commencé à exister marquerait en lui une perfection qu'il n'avait pas auparavant. En passant de la puissance à l'acte, de la possibilité d'exister à l'existence elle-même, il aurait acquis une perfection qui, par le fait qu'elle n'aurait pas toujours existé, serait une imperfection. Donc, ou il faut admettre que Dieu existe de toute éternité, ou il faut nier qu'il soit absolument parfait.

Et ce que nous disons de Dieu dans son essence, nous le disons de chacun de ses attributs comme de chacune de ses perfections ; tout en Dieu étant également parfait et également néces-

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saire. Etant nécessairement parfait, il l'est infiniment et en tout; étant absolument nécessaire, il l'est dans son ensemble comme dans chacune de ses parties.

Cette éternité de durée établit en Dieu une égalité parfaite de perfections, qui ne souffre pas plus de gradation qu'elle n'admet de perfectionnement. Dieu est éternellement tout ce qu'il est, et c'est ce qui fait sa Divinité.

Nous ne pouvons nous imaginer cette éternité sans commencement, que par des comparaisons imparfaites. Il nous est difficile de comprendre une chose qui n'a jamais commencé, lorsque tout ici-bas a un commencement. Nous nous faisons une idée peu exacte d'un Etre éternellement parfait, éternellement nécessaire et éternellement toujours le même, lorsque sur la terre tout n'existe qu'avec succession et des alternatives constantes ou d'affaiblissement ou de progrès ' !

Il nous est impossible de trouver dans la création une chose ou une idée qui n'entraîne avec elle la notion de deux termes, l'un initial et l'autre final. Tout commence et tout finit ; tout naît et tout meurt ; tout paraît un moment et

1 « L'éternité, dit Saint Thomas, diffère du temps en ce qu'elle existe à la fois tout entière, tandis que le temps est successif. » S. Thom., 1 p., q. 10, a. 4.

l34 DE LA CONDITION DE LHOMME-DlEl

tout disparaît ensuite. Combien de choses qui ont existé et qui ne sont plus ; combien d'autres qui pourraient exister et qui n'existeront jamais ! Les choses les plus précieuses, les affections les plus fortes, les joies les plus grandes, les ardeurs les plus vives n'ont qu'un temps, elles passent. Les âmes elles-mêmes, ces reflets de la perfection divine, ne font qu'effleurer les années dont se composent les siècles ; à peine sorties des mains de Dieu, elles retournent à lui.

En considérant l'origine de tout ce qui est créé, la fin rapide de tout être terrestre, et de combien de choses contingentes dépend chaque existence humaine, on comprend combien est vain tout ce qui passe et combien est grand tout ce qui demeure. Et c'est parce que notre âme créée immortelle participe à l'éternité de Dieu que, considérant en elle ce qui ne doit jamais finir, nous essayons de comprendre en Dieu ce qui n'a jamais commencé1.

L'éternité d'existence qu'il y a en Dieu est en Jésus, quoique voilée sous les dehors fragiles de son Humanité-. C'est là un adorable mystère,

1 « Comme nous avons l'idée du temps d'après X écoulement de l'instant qui passe, nous concevons V éternité d'après la stabilité de l'instant qui reste. » S. Thom., I p., q. 10, a. 2, ad I.

- Cette vérité n'a pas besoin de démonstration, surtout après ce que nous avons dit précédemment de l'infinie perfection du

EGALITE DES PERFECTIONS EN DIEU l.V>

que l'Eternel se soit fait créature, et que Celui qui ne peut pas ne pas avoir toujours existé ait connu un moment de la durée où il a commencé à être ce qu'il n'était pas auparavant. Le mystère consiste précisément en ce que, d'une part, Jésus n'a rien perdu de ce qu'il est de toute éternité et que, de l'autre, Il s'est uni substantiellement une nature nouvelle dès lors inséparable de son existence divine : de sorte qu'en toute vérité Celui qui n'a pas eu de commencement a cependant commencé, Celui qui demeure de toute éternité a pris une vie dans le temps et, vivant éternellement dans le sein du Père, Il subsiste néanmoins sous une forme créée.

Cette union en Jésus de deux extrêmes qui semblent s'exclure, la perfection essentielle et la perfection créée, la nécessité absolue et la contingence terrestre, l'éternité et le temps, ne font que nous rendre plus adorable et plus cher Celui qui a daigné allier ainsi notre nature humaine avec sa Divinité. Aussi, maintenant qu'il s'est

Verbe divin et de la nécessité absolue de sa coexistence avec Dieu le Père. Complétons néanmoins cet aperçu rapide sur la Divinité de Jésus, par un dernier passage de l'Ange de l'Ecole. « Le Père n'engendre pas le Fils par sa volonté, mais par sa nature. Or, la nature du Père a été parfaite de toute éternité, et l'action par laquelle il produit son Fils n'est pas une action successive... Il reste donc à dire que le Fils a existé tant que le Père a existé, et par conséquent le Fils est coéternel au Père. » S. Thom., I p., q. 42, a. 2.

fait notre frère et qu'il a gagné notre cœur à force de nous offrir et de nous donner le sien, est-ce à Lui que nous devons aller, pour satisfaire en nous nos désirs d'immortalité ; c'est dans ses bras que nous devons nous jeter, pour oublier tout ce qui passe et ne nous plus appuyer que sur ce qui demeure ; c'est dans son Coeur que nous devons vivre, pour nous animer des divines ardeurs de son éternelle charité.

A Jésus, l'Eternel

O Jésus, mon Seigneur et mon Dieu,

Vous que je contemple dans les divines splendeurs

de l'éternité.

Vous que j'adore dans les infinies perfections de votre Divinité.

Vous que je vois dominant les mondes et devançant la durée.

Vous dont l'existence n'a jamais connu

ni temps, ni succession, ni progrès, ni dépendance,

ni commencement, ni fin.

Vous qui êtes à Vous-même votre unique raison d'être,

dans une nécessité voulue

et dans un éternel présent.

Vous qui êtes l'idéal de toute grandeur,

de toute perfection, de toute sainteté,

et qui aimez infiniment tout ce que Vous êtes.

Soyez à jamais

l'objet de mes continuelles contemplations,

le centre unique de mon amour et de ma tendresse,

la sainteté de mon âme, la vie de tout mon être,

et l'éternel Tout en qui je veux m'abîmer

dans le temps et dans l'éternité!

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