CHAPITRE TROISIEME
De l'infériorité de l'Humanité en Jésus
a Celui qui avait été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons, à cause de ses souffrances et de sa mort, couronné de gloire et d'honneur. »
Hébr., II, 9.
Il y a en Jésus deux éléments distincts et non moins essentiels l'un que l'autre, sa Divinité et son Humanité. Il n'est pas plus Dieu qu'il n'est Homme, ni plus Homme qu'il n'est Dieu ; et II n'existerait pas, en tant que Verbe Incarné, s'il était simplement Dieu ou simplement Homme. Nous ne pouvons donc séparer en Jésus ce que son Incarnation a uni d'une façon aussi essentielle et indissoluble.
Et c'est là la beauté de cet adorable Mystère qui unit deux éléments aussi distincts sans cependant les confondre et qui, par l'Union hypos-
tatique, nous donne une Personne vivant en deux natures.
Nous avons vu que cette union est tellement étroite qu'elle atteint l'essence même de la Divinité et de l'Humanité, et qu'une fois accomplie c'est à la Personne divine en Jésus qu'il faut attribuer toutes les opérations des deux natures, comme c'est à cette unique Personne que s'adressent tous les hommages rendus a la Divinité et à l'Humanité du Sauveur. De sorte qrc, nous divinisons en Jésus tout ce qui est humain, de même que nous contemplons dans sa condition humaine tout ce qu'il y a en Lui de divin. Quand II parle, ce sont les paroles d'un Dieu ; quand II agit, ce sont les actions d'un Dieu ; quand 11 souffre et quand II meurt, c'est un Dieu qui souffre et qui meurt.
Quand je tombe à genoux et que je L'adore, j'adore un Dieu ; quand je prête l'oreille à ses accents, j'écoute un Dieu ; quand je suis ses enseignements et que j'accomplis sa loi, j'obéis à un Dieu ; quand, pleurant mes fautes, je me frappe la poitrine et Lui demande miséricorde, je suis pardonné par un Dieu ; quand, à la vue de ses infinies tendresses, mon cœur s'émeut et s'attache ardemment à Lui, j'aime un Dieu ; quand, par besoin d'expiation ou sous l'action de l'amour qui me presse, je cours au sacrifice
et prends ma part de la croix que me tend mon Bien-Aimé, j'unis mes immolations à celles d'un Dieu.
Il ne s'ensuit pas cependant qu'en Jésus les deux natures participent au même titre à la Divinité. Il est Dieu par nature et par essence, et Il ne peut pas ne pas l'être ; Il est Homme par choix et par volonté, et II aurait pu ne pas l'être. Ce qu'il est comme Dieu, Il l'est en Lui-même ; ce qu'il est comme Homme, Il ne l'est que par assomption. Son Humanité reçoit de sa Divinité les perfections qui l'élèvent et la divinisent, tandis que sa Divinité ne reçoit aucun accroissement de son Humanité. L'une est parfaite en elle-même, tandis que l'autre le devient. Et c'est dans ce sens que Jésus Lui-même nous dit que son Père est plus grand que Lui '.
Il v a donc en Jésus, Homme-Dieu, des diffé-
1 Jean, xiv, 28.
<■ C'est quand on le considère sous le rapport de la nature qu'il a prise, qu'on dit du Fils qu'il est moins grand que le Père. » S. Thom., I p., q. 43, a. 7, ad 1.
Saint Thomas, commentant le grand Docteur d'Hippone, dit encore ailleurs : « Selon l'argumentation de Saint Augustin {De Trin., L. 1, c. 7), la forme de serviteur a été prise par le Fils de Dieu de manière à ne pas perdre la forme de Dieu. Or, d'après la forme de Dieu qui est commune au Père et au Fils, le Père est plus grand que le Fils par rapport à la nature humaine. » S. Thom., III p., q. 20, a. 2.
rences et des degrés, qu'il importe de connaître, si nous voulons en avoir une intelligence exacte ; c'est pourquoi l'étude de son Humanité s'impose au même titre que celle de sa Divinité. Descendant des hauteurs où nous L'avons contemplé dans le sein du Père et dans les sublimités de ses perfections infinies, considérons- Le maintenant sous l'aspect de son existence terrestre. Tout ce que nous avons observé en Jésus, comme Dieu, va servir à nous éclairer dans nos nouvelles considérations. En établissant un parallèle et en taisant des comparaisons, nous saisirons mieux les différences qui existent entre ses deux natures et le degré de supériorité de sa nature divine sur sa nature humaine.
En parlant de l'infériorité de l'Humanité en Jésus, nous ne diminuons en rien notre tendre et divin Maître : Il reste toujours adorable, toujours infiniment parfait, toujours divinement aimable, toujours souverainement digne de notre constant amour : nous voulons simplement Le voir tel qu'il est, Le connaître tel qu'il se connaît, L'aimer comme II s'aime et Le glorifier comme II le mérite.
Donnons-nous ù cette étude avec la même joie et le même amour que nous avons apportés jusqu'ici à Le contempler dans sa Divinité.