‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 2)Chapitre 17 sur 40 · II. — Son état de suppliant vis-à-vis de son divin Père · texte numérisé non relu

II. — Son état de suppliant vis-à-vis de son divin Père

Jésus ne s'est tant abaissé en se faisant créature, que pour se constituer vis-à-vis de son Père dans un état de suppliant, qu'il ne pouvait prendre en tant que Dieu '. Egal en toutes choses à son Père, dans sa nature divine, Il n'a pas à lui demander ce qu'il possède déjà ; Il trouve en Lui-même la Perfection totale et la Puissance infinie, la Sainteté suprême et la Bonté sans bornes, la Vie par essence et la Charité qui la communique. Il n'a qu'à se consulter pour agir, qu'à vouloir pour opérer, qu'à considérer son œuvre pour la perfectionner, qu'à se communiquer pour guérir, purifier, sanctifier et vivifier.

1 Saint Thomas dit excellemment à ce sujet : « La prière est une manifestation de notre propre volonté que nous taisons à Dieu pour qu'il l'accomplisse. Si donc il n'y avait dans le Christ qu'une seule volonté, c'est-à-dire la volonté divine, il ne lui conviendrait de prier en aucune manière ; parce que la volonté divine est par elle-même la cause efficiente de ce qu'elle veut, d'après ces paroles du Psalmiste (c.vxxiv, 6) : « Toutes les choses que Dieu a voulues, il les a faites. » Mais parce que dans le Christ la volonté divine est autre que la volonté humaine, et que celle-ci n'est pas efficace par elle-même pour accomplir ce qu'elle veut et qu'elle ne l'est que par la vertu divine, de là il résulte qu'il convient au Christ de prier, selon qu'il est homme et qu'il a une volonté humaine. » S. Thom., III p., q. 21, a. 1.

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Jésus pouvait taire tout cela en restant le Verbe Eternel, mais II a poussé plus loin sa condescendance, sa miséricorde et son amour : Il a voulu que ce soit l'humanité elle-même qui directement suppliât et obtînt les grâces qui lui sont nécessaires. Mais comme de sa nature elle n'a aucun mérite ni aucune puissance dans le domaine surnaturel, et qu'il lui faut être prévenue et aidée de la grâce pour poser des actes méritoires qui soient agréables à Dieu et en obtiennent une assistance efficace ou une récompense ', le Verbe se l'est unie, afin de se substituer à elle et de lui donner ainsi une voix assez puissante pour qu'elle puisse toucher le cœur de Dieu et le forcer à l'écouter -.

Depuis l'Incarnation l'humanité n'est plus si

1 Pour nous montrer que dans l'ordre surnaturel le secours d'en haut nous est indispensable, Saint Paul va jusqu'à dire que, sans la grâce, il nous est impossible de prononcer d'une façon méritoire le nom adorable de Jésus : « Personne ne peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est par l 'Esprit-Saint » (I Cor., xii, 3). Ce n'est pas sans raison que les commentateurs rapprochent ce passage de celui de Saint Matthieu, dans lequel Jésus dit à Saint Pierre, après que celui-ci eût confessé publiquement sa foi en la divinité de son Maître : « Ce n'est ni la chair ni le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les deux » (xvi, 17). C'est-à-dire, le Père seul a pu te faire connaître le Fils, suivant ces autres paroles de Jésus : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père » (Matth., xi, 27).

2 « Aux jours de sa vie mortelle, il offrit des prières et des supplications accompagnées d'un grand cri et de larmes, et il fut exaucé. » Hébr., v, 7.

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éloignée de la Divinité ; elle n'est plus si isolée dans son infidélité qui l'avait violemment séparée de son Créateur ; elle n'est plus marquée du sceau de la réprobation que laissait peser sur elle le châtiment de ses crimes ; elle n'est plus condamnée à la terrible impuissance de ne pouvoir jamais se relever de sa chute. De son sein s'élève une supplication incessante qui monte jusqu'au trône de l'Eternel, une prière ardente comme l'amour qui l'inspire et efficace comme la toute-puissance qui la formule. Du fond de ses iniquités une source vivificatrice a surgi qui baigne l'humanité tout entière dans des flots de pureté, de sainteté, de grâce et d'amour. Du milieu de ses infirmités et de ses impuissances, il s'est fait entendre une plainte douce et suave qui charme le cœur de Dieu parce qu'il y reconnaît la voix de son Fils ; il en écoute les accents pleins de miséricorde et de tendresse, et il ne peut résister à ces supplications filiales qui lui demandent de bénir et de pardonner l.

Tout en Jésus supplie : et ses pensées qui Lui mettent sans cesse les âmes devant les yeux "2 ; et ses désirs qui ne cherchent que la gloire de Dieu

1 « Mon Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez écouté. Pour moi, je savais que vous m écoutiez toujours. » Jean, xi, 41, 42.

2« Père, je prie pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous. Sanctifiez-les dans la vérité. » Jean, xvh, 9, 17.

dans le salut du monde ' ; et sa charité qui s'embrase au souvenir des âmes qu'il aime-; et sa compassion pour les créatures coupables qu'il veut pourtant rétablir dans leur sainteté primitive" ; et ses abaissements voulus dont II se fait une recommandation pour implorer plus éloquemment la bonté divine4; et sa volonté arrêtée de poursuivre ses supplications jusqu'à ce qu'il ait obtenu le pardon total de l'humanité coupable 5,

Cette attitude de suppliant est essentielle en Jésus; l'Humanité dont II s'est revêtu porte ce caractère en harmonie parfaite avec le but de son Incarnation : elle Lui permet de se consti-

' « Père, je vous ai glorifie sur la terre. J'ai manifesté votre nom aux hommes. Ils ont gardé votre parole. Je prie pour eux. » Jean, xvii, 4, 6, 9.

- « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Père saint, qu'ils soient un tomme nous. C'est pour eux que je nie sanctifie. » Jean, xv, 9 ; xvii, 11, 19.

'■'• « Père saint, conservez dans votre nom ceux que vous m'avez donnés. Je veux que là où je suis ils soient avec moi. » Jean, xvii, 11, 24.

4 Père saint, je ne suis pas du monde. Vous m'avez envoyé dans le monde, et ils ont cru véritablement que/V suis sorti de vous. Je ne demande pas que vous les ôtiez du monde, mais que vous les préserviez du mal. Sanctifiez-les. » Jean, xvii, 16. 18. 8, 15, 17.

•'• « Père, pardonne z- leur , car ils ne savent ce qu'ils font. » Luc, xxin, 34.

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tuer vis-à-vis de Dieu dans un état d'infériorité, en même temps que sa Personne divine donne une valeur infinie et une efficacité certaine à sa prière et à tous les actes qu'il pose dans cet esprit de supplication '.

Pensons à tout ce que Jésus a accumulé de grâces et de bénédictions sur l'humanité pendant les trente trois années de sa vie mortelle, Lui qui n'est pas resté un instant sans intercéder, son Humanité demeurant constamment en prière devant la Majesté divine '-' : et nous comprendrons

1 Citons, à l'appui, l'Ange de l'Ecole qui lait consister principalement l'efficacité de la prière de Jésus, en ce que sa volonté humaine a toujours été conforme à celle de Dieu. « La prière, dit-il, est d'une certaine manière l'expression de la volonté humaine. La prière de celui qui prie est donc exaucée quand sa volonté est accomplie. La volonté absolue de l'homme est la volonté de raison ; car nous voulons absolument ce que nous voulons d'une volonté délibérée. Ce que nous voulons d'après le mouvement de l'appétit sensitif, ou d'après le mouvement de la volonté simple, qu'on appelle volonté comme nature, nous ne le voulons pas absolument, mais sous un rapport, c'est-à-dire si rien ne s'y oppose de la part de la raison délibérée. Par conséquent, on doit plutôt appeler cette volonté une velléité qu'une volonté absolue ; c'est-à-dire que l'homme voudrait cela, si autre chose ne s'y opposait.

« Or, selon la volonté de raison le Christ n'a rien voulu autre chose que ce qu'il a su que Dieu l'oulait. C'est pourquoi toute volonté absolue du Christ, même humaine, a été accomplie, parce qu'elle a été conforme à Dieu ; et, par conséquent, toutes ses prières ont été exaucées. » S. Thom., III p., q. 21, a. 4.

2 Jésus, le Prêtre de la nouvelle alliance, « a été constitué Prêtre par un serment divin, car Dieu lui a dit : Le Seignçur l'a juré et son serment est immuable. Tu es Prêtre pour l'éternité...

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que cela eût suffi pour sauver le monde, si l'amour incompréhensible de Jésus ne L'avait poussé à s'immoler tout entier et à verser tout son sang dans des excès de charité divine.

III. — Son état d'hostie sans cesse offerte pour le salut du monde

Cette attitude d'incessante supplication dans laquelle Jésus se tient devant son divin Père, depuis le premier instant de son Incarnation, enveloppe en quelque sorte toute sa Personne et la constitue une véritable hostie dans un état de perpétuelle offrande. Ce n'est plus simplement une prière qui se fait entendre, c'est une action divine qui s'empare de l'Humanité du Verbe, la pénètre jusque dans ses profondeurs, la marque d'un sceau particulier et l'établit dans une dépendance tellement absolue de la Justice éternelle qu'elle la consacre hostie pour accomplir toutes les volontés de Dieu en vue du rachat du genre humain '.

Mais parce que celui-ci demeure éternellement, il possède un sacerdoce éternel. C'est pourquoi il peut sauver pour toujours ceux qui s'approchent de Dieu par lui, car /'/ est toujours vivant pour intercéder pour nous ». Hébr., vu, 21, 24, 25.

1 « Les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas été agréables ; vous m'avez donné un corps, voici

C'est l'être tout entier du Sauveur qui s'offre perpétuellement à la Majesté divine pour l'honorer et l'adorer ' ; qui se voue aux exigences de sa Justice pour accomplir toute réparation • ; qui implore sa Miséricorde pour pardonner aux coupables 3 ; qui fait appel à son éternelle Charité pour rendre son amitié à ceux qui l'ont méprisée * ; qui rappelle à sa Toute-Puissance que les créatures sont l'œuvre de ses mains et qu'elle ne peut les rejeter sans merci s ; qui montre à sa

que je viens pour faire votre volonté. » Hébr., x, 5, 7.

Jésus est donc hostie dès le premier instant de sa conception. Il offrira plus tard son sacrifice complet sur le Calvaire, mais pendant tout le cours de son existence terrestre il demeure essentiellement une victime constamment offerte et vouée à l'immolation. C'est ce qu'exprime Saint Thomas, quand il dit : « Bien que la nature humaine ait été dès le commencement offerte à Dieu en Jésus-Christ, rien n'empêche que, lorsqu'elle a été offerte dans la passion, elle n'ait été alors sacrifiée d'une nouvelle manière, comme une hostie actuellement immolée. » S. Thom., III p., q. 22, a. 2, ad 3.

1 « Il s'est livré lui-même pour nous, en s' offrant à Dieu comme une ablation et une hostie d'agréable odeur. » Ephés., v, 2.

* « Celui qui ignorait le péché, Dieu l'a fait victime pour le péché. >> II Cor., v, 21.

3 « Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à acquérir le salut par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous. » I Thess., v, 9, 10.

'* « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. » Jean, m, 16.

5 « Est-ce donc en vain que vous avez créé les entants des hommes ? » Ps. lxxxviii.

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Perfection infinie que les hommes sont créés à son image et qu'elle ne peut les méconnaître à jamais ' ; qui redit à son adorable et éternelle Sainteté que c'est pour rétablir toutes choses dans la pureté et la vérité, qu'il s'est lait Homme et qu'il a pris l'apparence du pécheur-.

Bien plus, Lui l'innocent et l'immaculé, le pur et le saint par excellence. Il s'est fait en réalité pécheur, puisque prenant sur Lui tous les péchés du monde ;, Il s'est substitué à tous les pécheurs et à l'humanité pécheresse tout entière \ Sans

1 <■ Regardez, o Dieu, la face de votre Christ. » Ps. i.xxxm, 10. — « Ne vous soui'eiiez /tins de nos iniquités. » Ps. lxxvih, 8.

- « C'est une vérité certaine que le Christ Jésus est venu dans ce monde pour sauver les pécheurs. » I Tim., i, l5.

:; « Jésus est apparu pour porter nos péchés, lui qui était innocent. » I Jean, iii, 5.

1 « Dieu, dit Saint Thomas, a lait le Christ péché, non pour qu'il eût le péché en lui, mais parce qu'il l'a fait victime pour le péché. C'est aussi dans ce sens qu'il est dit (Is., un, 6) que <• Dieu a mis l 'iniquité de tous en lui », c'est-à-dire qu'il l'a livré pour être victime pour les péchés de tous les hommes. Ou bien, il l'a fait péché, c'est-à-dire qu'il lui a donné la ressemblance de la chair du péché, selon l'expression de Saint Paul (Rom., viii, 3). » S. Tho.m., III p., q. i5, a. 1, ad 4.

Ailleurs, il commente ainsi ce passage de l'Epître aux Romains : « L'Apôtre ne dit pas seulement « dans la ressemblance d'une chair », mais il ajoute « de péché », parce que le Christ a pris une chair véritable, mais non une chair de péché, puisque le péché ne s'est pas trouvé en lui. Cependant sa chair a ressemblé à une chair de péché, dès lors qu'il a pris une chair passible, telle qu'était celle de l'homme par suite du péché. » S. Tho.m., Contr. Gent., L. 4, c. 29.

« Ce qui signifie, dit-il plus loin, qu'il avait une chair sem-

cesser d'être l'objet des complaisances de son divin Père, Il sera aussi sa victime. S'offrant pour être la rançon de l'humanité et pour expier dans son corps et dans son âme les offenses faites à Dieu, Il sera voué à toutes les souffrances, à toutes les humiliations et à tous les sacrifices. Jésus sait qu'il mérite, au nom des pécheurs, tous les châtiments, et II s'offre en holocauste à leur place: Il voit la justice divine prête à frapper et II s'offre à ses coups inexorables ; Il sait qu'avant d'obtenir miséricorde il faudra payer toutes les dettes, et II s'offre à verser jusqu'à la dernière goutte de son sang ; Il n'ignore pas les desseins adorables de son divin Père, qui a résolu de Le faire passer par les voies les plus douloureuses et de Le plonger dans des abîmes d'humiliations et d'ignominies et, à l'avance, Il s'offre et II se prête â l'accomplissement de ces décrets éternels.

Jésus s'est donc constitué hostie, et II reste perpétuellement exposé au bon plaisir divin qui peut librement exercer sur Lui ses droits sacrosaints. Sa vie s'écoule dans cette offrande constante de Lui-même. 11 ne prononce pas une parole, Il ne pose pas un acte, Il n'éprouve pas un sentiment, 11 n'a pas un désir, 11 n'accomplit

blable à celle des pécheurs, c'est-à-dire passible et mortelle, Ibid., c. 55.

pas une œuvre, sans que tout soit imprégné de cet esprit d'hostie qui Le tient dans une dépendance absolue de son divin Père et qui l'anime à tous les moments de son existence.

Qu'elle est sublime cette attitude d'un Dieu hostie devant un Dieu plein de majesté ; d'un Dieu humilié devant un Dieu adoré ; d'un Dieu suppliant devant un Dieu outragé ; d'un Dieu criant miséricorde devant un Dieu souverainement juste ; d'un Dieu s'immolant devant un Dieu qui frappe la victime ; d'un Dieu qui offre tout son sang devant un Dieu qui le réclame inexorablement ; d'un Dieu tendrement aimé devant un Dieu non moins divinement aimant ; d'un Dieu qui disparaît presque dans ses abaissements devant un Dieu qui les exige ; d'un Dieu agonisant qui appelle au secours devant un Dieu qui L'abandonne ; d'un Dieu qui meurt devant un Dieu qui vit éternellement !

Contemplons en silence cet adorable mystère et comprenons tout ce qu'il y a de beau, de grand, de sanctifiant et de divin dans cet état de Jésus s'offrant en hostie perpétuelle d'expiation, d'adoration et d'amour à la gloire de son divin Père.

Offrons-nous avec Jésus notre Sauveur, unissons nos sacrifices aux siens, afin de les grandir

par sa dignité et de les féconder par ses mérites infinis ; et tenons-nous perpétuellement à la disposition de notre divin Maître, pour accomplir toutes ses volontés et courir à l'accomplissement de tous ses desseins d'amour et de miséricorde sur nous.

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